MBSSIBE CLAUDE DE LORRAINE, DICT M. DE GUYSE
^pe r«D a yeu plasîeim en tels combats monrir, qui ii*ont eu telles assistances de leurs escuyers, ny serviteurs ni gentilshommes! si bien qu'ils n'eussent sceu dire après le combat qu'estoit devenu leur maistre , ny s'il estoit vif ou mort : comme j'en dirois un qui, le soir de la battaille de DreuT, ne peut estre sceu de ses serviteurs ny gentilshommes, ny le lendemain au matin, ce qu'il estoit devenu , si-non sur les buict à neuf heures du matin fut recognu entre les morts auprès du bois d'un peu de gens , où avoit esté la dernière charge ; dont M. de Guyse en lança aucuns , d'avoir si mal accompaigné leur maistre, ny d'en avoir si peu sceu de nouvelles. J'en dirois bien d'autres, mais j'aurois peur d'interrompre et brouiller mon discours.
En ceste battaille perdit près de soy M. de Guyse, son tiers frère, qui estoit un très-brave et vaillant prince ; dont ce fut grand dommage, car il promelloit de luy qu'il seroit un grand personnage. De raconter les combats et bons et périlleux affaires où s'est trouvé ordinairement M. de Guyse, commandant ou à l'infanterie ou à la gendarmerie, ce seroit à moy chose superflue, puisque cela se lit tant. Gomme il fit à Mouson , quand le comte de Nassau vint en France, où il commandoit encor à six mille hommes de pied allemands; comme tout de mesmes il commandoit à autant à la prise de Fontarrabie par M. l'admirai Bonnivet, lieutenant gênerai pour le roy, mondict sieur de Guyse luy obeyssaut très- volontiers , estant encor jeune, non si jeune en armes pourtant, car il y commançoit à estre vieux, pour en avoir dejyà faict deux ou trois belles preuves , et mesmes parmy les gens de pied , dont la charge façonne fort un grand capitaine, tant pour les continuels hazards que l'on y court que pour les belles pratiques que l'on y fait. Aussy M. de Guyse en ayant longuement exercé la charge, et fort scalabreusemcnt, il devint puis après un très-bon et grand capitaine.
Entre autres belles et fort signalées vaillances que fit ce prince , et pour monslrer qu'il avoit très-bien practiqué rinfanterie, fut quand les Anglois descendirent en France , au commancement du règne du roy François, pour secourir rempereur;ilssemirentassiegerHedin. Mondict aieur de Guyae et M« da Ponidopiny «llans^ft la
guerre, ils rencontrèrent quatre cens Anglois qui venoient de la guerre chargés de grand butin; ils les chargèrent et les deffirent tous, fors une quarantaine qui se retirèrent en un jardin renfermé de grandes bayes et fossés , qui ne se voulurent jamais rendre. M. de Guyse mit pied à terre , contre l'opinion de tous , parce qu'ils n^estoient qu'à demy lieue du canip ennemy, et les alla mettre en pièces sans qu'il en reschappast un seul, tant ils furent opiniastrès au combat ; et puis s'en tourna bravement d'où il estoit venu. Ce sont des coups ceux-là !
Le roy le sceut, et l'en estima fort, et le prit despuis en amitié et affection, comme j'ay ouy dire ; l'advança et se servit très-bien de luy, et luy donna de belles charges, comme de gouverneur de Bonrgongne et Ghampaigne, d'une compaignie de cent hommes d'armes.
J'ay veu un petit livre intitulé VHistoîre de nostre temps, de testât de la religion et de la republique de France, soubs Te rof Henry second, François second et Ctiarles neuviesme ^ qui dit : qu'après la prise du roy, s'estant esleyé en Allemaigne quelques quinze ou vingt mille marauts de communes '|ui disoient que tous biens estoient communs, et ravagcoienl tout par tout où ils passoient , firent semblant, et de faict tournoient leste vers la France, poqr la piller et saccager, qui ne se fust opposé à eux. Mais M. de Guyse, brave et vaillant prince, et très-bon catholique et chrestien, s'arma soudain, et ne leur donna pas loisir de venir à luy ; mais luy alla à eux , et , ayant assemblé sa trouppe , assez petite pourtant , les alla charger à la pleine de Saveme, et les deffit tous, si bien qu'il n'y eif resta pas mille pour en porter nouvelles en leur pays. Madame la régente na le trouva pas bon , pour avoir bazardé les forces du roy estant prisonnier, destinées à soustenir un grand effort, en cas que Tarmée victorieuse de l'empereur après Pavie eust marché et entré en France; et de faict, elle le voulut faire trouvef très^mauvais au roy, et en faire foire un mauvais party audict M. de Guyse , sans M. le cpnnestable, qui (ce dit ce livre) appaisa le roy et luy fit en cela office d'amy. Le livre le peut dire; mais pourtant j'ay ouy dire aux anciens et seigneurs et dames qui es-
^ Cet ouvraije est de U Place et se trouve dans uu des yo}^ixtk^é\kPHnthtôri
toient des ce temps là , qu'il est bien vray que madame la régente en vouloit bien faire aigrir le roy ; car elle parloit quelquesfois bien autant par passion et affection que pour raison; aussy que le chancelier Duprat, qui nestoit point guerrier, et toutesfois s'en vouloit mesler, luy avoit soufflé aux oreilles. Mais le roy trouva le traict fort bon ; et ne luy fallut point d'intercesseur, si-non la jusie raison , ayant bien pesé les choses et la deffaicie, combien elle împorloità la France, et la venue de ces marauts s'ils y fussent enlrés , et en eussent eslevé en France deux fois autant qu'ils estoient, et l'eussent brouillée plus que jamais n'avoit esté.
Quelque temps advant, La Mothe des Noyers, crealure de M. de Bourbon, conduisoit en France, avec Guillaume de Furstemberg et le comte Félix, dix mille hommes, et estoient desjà assez advancés en Ghampaigne : mais M. de Guyse les prit si à propos, et à demy passés devant Neufcbastel , qu'il en tailla en pièces la rooictié, et l'autre moictié fut mise en routte.
Les duchesses de Lorraine et de Guyse en eurent la moictié de Tesbat, estant aux fenestres avec toutes leurs dames et damoiselles, qui en virent le jeu jouer à leur ayse et sans danger : espectacle peu veu de ceste façon de telles personnes, ainsy que moy-mesme j'ay ouy conter à madame de Guyse la bonne femme.
Qui considérera ces deux services faicts à la France par M.deGuyse,advouera sans difficulté, quelque inimitié que l'on porte à la maison , qu'ils ont esté de fort grand importance et d'une belle marque.
Je mets à part comment ce prince s'est bien gouverné en ses gouvernemens , et comment Vempereur n'a jamais rien sceu gaigner sur luy que Sainct-Dizier : mais de cela j'en parie ailleurs, et ne fut nullement sa faute.
Le roy Ta voit donné, quelque temps advant, h feu M. d'Orléans pour son principal cbef et conseil, en la conqueste de la duché de Luxembourg , qui fut rafflé et frisé en un rien, autant par la conduicte de ce vieux et grand capitaine que par la belle vaillance et nouvelle fortune de M. d'Orléans.
J'ay ouy raconter à gens vieux, et forpe qui vivent encor, que, quand Tempereur menassoit tant Paris, après Sainct-Dizier, et que le roy y vint pour les asseurer, ainsy qu'il y en-
tra et passa par les rues il avoit à costé de hy M. de Guyse : si bien que c'esloit une très-belle chose à voir , ces deux princes braves et si bien asseurés, et avec uue façon et contenance si hardye, que la pluspart dirent qu'ils u'avoient plus de peur , puisqu'ils avoieut leur roy et M. de Guyse pour deffenseurs de leur ville; et tous perdirent peur.
Pour fin, ce prince est mort tout plein de gloire, de renom et de beaux faicts, ayant après luy six enfans, tous dignes d'un tel père, desquels j'espère parler à leur tour