‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 171 sur 267 · DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

DE MONTMORENCY

père ; qui fut cause sur ce subject que le roy fit l'edict que l'on observe encor contre les enfans qui promettent maryage sans le consentement des père et mère. M. de Montmorency consentit bien à ce maryage pour obeyr au père, car il l'honnoroit bien fort, autant que pour un si bon et haut parly.

En plusieurs autres bons endroicts il s est trouvé, où il a tousjours bien faict paroistre sa valeur, comme au voyage d'Allemaigne et au siège de Metz, à la prise de Calais, et en une infinité d'autres endroicts, et sur- tout à la battaille de Sainct-Denys , à qui on donne réputation d'avoir tenu ferme et rassuré les Suysses qui bransloient aucunement , et arreste aucuns fuyards; et puis après chargea si à propos, qu'il fut un des principaux autheurs et exécuteurs du gaing de la battaille, mettant à vau de routte aucuns des plus asseurés de M. le prince de Condé ; ce qui apporta un grand espouvantement à si peu d'infanterie que M. le prince avoit, et d'une retraicte en desordre un peu; laquelle, pour n'avoir peu suivre M. le prince et M. Tadmiral, marchoit pourtant en entretenant l'escarmouche avecques nos gens de pied catholiques : car nostre infanterie ne s'esprouva trop en ceste battaille, ny ne vint aux mains autrement que de ceste façon, car M. d'Andelot avoit emmené la plus grand part de leur infanterie pour l'entreprise de Pontoise , et en avoit là fort peu M. le prince, mais très-bien menée par le capitaine Valefreniere gentil soldadin et bon capitaine, nourry et faict autant parmy les bandes espaignolles que les françoises. J'en parle ailleurs.

Or, outre que M. de Montmorency fut valeureux il estoit sage et advisé capitaine et fort politiq; et pour ce le roy , quand il s'en alla faire le tour de son royaume, il le laissa gouverneur de risle de France et de Paris. Et là il monstra bien sa sagesse et bonne conduicte; car ayant trouvé ce peuple de Paris, et de frais ne sortoit que de la guerre civille, encor grand enneroy des huguenots, mutin, séditieux, croulant et bouillant tout de mutination et d'envie d'espandre tousjours du sang, qui ne pouvoit encor bien remettre son poux encor fort mal agité; toutesfois il le mena ores par douceur, ores par temporisement, ores par rigueur, ores par justice, si bien et si beau, qu'il

le remit en sa première force d'obeissaoce et d'observance des edicts du roy. Il le-rendit souple et maniable comme un gand de cbevrolin de Vandosme; dont le roy en eut un trèsgrand contenlemenc.

Et ne fut le service si petit que tout le royaume ne s'en ressentist; car plusieurs villes jettoient Tœil sur Teiemple de Paris, qu'il contint ainsy par tel debvoir et craincle , que à leur nez et dans leurs rues il fil ceste bravade à M. le cardinal de Lorraine, qui vouloit entrer en armes nonobstant sa dePence, ei le chargea tellement devant eux, quiauparadvant cryoient tant Five Gu/sel et qui hounoroient tant ce nom , que , quiconque eust touché le moindre de leurs valets, ils se mettoient tous en armes et faisoient une sédition et massacre sans aucune considération , et là, se faisant tel affront au chef de la maison (M. son fils jeune enfant cncor), au diable Tun des habitans qui osa crouler, remuer ny sonner le moindre mot du monde , qui fut un grand heur pour luy ; mais plus grand fut le respect qu*on luy porta et la crainte qu'on eut de luy. Ainsy à cest exemple se doibvent faire plusieurs gouverneurs de nos villes et provinces.

J'estois à la cour à Arles en Provance, venant d*Espaigne, lorsque ces nouvelles arri- Ncreni. Le roy, la reyne, M. le connestablc, en F'.iiTnt esmeus et attristés; mais api-ès avoir oiiy les raisons d'une et d*autre partie, Ton ndvisa d'appaiser les choses tellement quel lement.

On en parloit diversement, selon les raisons et passions des deux partis , et par la bouche des parties.

Ceux de M. le cardinal disoient qu'il y avoit long-temps que le roy François II luy avoit donné ses gardes , et permission et toutes franchises de les tenir et mener près de soy, à la cour et partout, dès la sédition d'Amt>oise, que vis la faire dresser, et en fit son gentilhomme servant La Chaussée, capitaine. Le roy Charles luy confirma ladicte permission, et Tay veu longtemps la practiquer à la cour, mais non pourtant qu'ils marchassent en armes quand le roy marchoit , comme du temps du roy François , car il avoit lors tout crédit, ny aussy qu'ils portassent armes dans le logis du roy, mais Tespée sealement.

Ceux de M. le mareschal disoient qu'il eslolt bien vray tout cela; mais si le roy le vouloit ainsy et l'enduroit et Ten dispensoit, que ce n'estoit à luy à l'en dispenser ; car ce que le souverain fait, le subjecl ne le peut faire; que si le roy peut dispenser la loy de laquelle il est l'auiheur, il ne s'ensuit pas pourtant que le gouverneur et magistrat le puisse faire, estant règle infaillible qu'il appartient seulement â celuy qui ordonne les loix de les casser ou d>n donner privilège; et celuy qui luy-mesme est soubs rauthoriié de la loy, encor qu'il en soit ministre, il ne peut rien ordonner ou permettre au contraire de ce qu'elle commande. GaV il faut notter que le roy avoit deffendu toutes armes à feu, et en avoit faict un edictque j'ay veu observer fort estroictement et rigoureusement contre ceux qui alloient à rencontre; et lorsque nous tournasmesdeMalte, il nous falloit cacher et rompre tous les fusts de nos belles arquebus que nous y avions porté , et les empaquetter qu'on ne les vist point.

Ceux de M. le cardinal disoient que M. le mareschal le chargea sans dire gare , ny sans premièrement lavoir adverty qu'il ne vinstà Paris eu armes, et qu'il ne luy souffriroit, veu l'edict du roy, qnil vouloit faire oDserver en son gouvernement, duquel il estoit responsable

Ceux de M. le mareschal disoient qu'il ne faut point d'advertissement à ceux qui doibvent obeyr au roy et à ses loix, car la publication des loix est assez suffisante pour advertir un chascun en son debvoir, encor que M. le mareschal l'eust assez crié haut souvent, que, s'il se mesloit d'entrer en son gouvernement, armé, qu'il le chargeroit; et mesmes qu'il en avoit adverty le roy à Chàlons, à Bar et Mascon, et à Lyon , que s'il eiltroit ainsy avecques ses armes en son gouvernement , qu'il s'essayerait aussy tost de desarmer sa garde. A quoy le roy ne fit aucune response, monstrant assez par son taire qu'il se contentoit; aussy quV>n sçavoit 1rs menées que feisoit ledict seigneur cardinal avecques M. le prince de Gondé, pour le retirer de la religion et faire quelque party nouveau i part , en luy voulant donner en maryage sa niepce, madamoiselle de Guyse, luy venant de fraisa estre veuf, ou bien la reyne d'Ëscosse son autre niepce, à laquelle le prince tendoit fort l'oreiUe; ce qui fiist esté un grand coup et bon-

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