M. LE MARESCHAL DE MONTMORENCY
heur pour eeste bonnorable reyne, pour la délivrer des maux, misères, tourmens et martyres qu'elle endura puis après. Et defeict, disoit-on, cela se fust Faict, si Tentreprise fust esté à vive force poursuivie; mais elle ne se débattit que d'une œsle , ou bien que le destin ne les voulust, ou que les ministres en destournerent le prince et furent vainqueurs sur le cardinal, ou du tout qu'il aymast mieux la beauté prochaine et sa voysine de madamoiselle de Loogueville , Tune des belles princesses de son temps, que d'attendre si longtemps l'autre plus esloignée.
Voyià ce que Ton en disoit pour lors A la cour : touiesfois, sur ces pour-parlers de la reyned'Ëscosse, Ton en creutou en appréhenda quelque chose; et mondict sieur le mareschal de son costé en estoit altéré , en allarme et en jalousie de son gouvernement, disant cognoistre assez M. le cardinal pour un grand bmuillon , ainsy qu'aucuns de ses compaignons disoient; et mesmes M. le cardinal Vitelly, que j'ay vcu d'autresfûis bon françots et pensionnaire du roy Henry II, luy reprocha à Rome quil brouilleroit et descouseroit plus de besoigne que tous les cardinaux du sainct siège ne sçauroient coudre.
Voyià ce qui donnoit à M. le mareschal fort à songer en soy et à espier son gouvernement , et surtout la ville de Paris, qui estoit pour lors fort guizarde; et plusieurs villes estoient au guet et en sentinelle , je dis les brouillonnes et séditieuses à lors, pour voir de loing quel remuement ftroit le cardinal â sa venue à Paris : si bien qu'elles en demeurèrent fort estonnées et en Frayeur quand elles sceurent ce qui arriva pub après.
Ceux de M. le cardinal disoient que, pour ei^viter ce grand affront qu'il receut dans Paris, il luy debvoit avoir faict fermer les portes; qui ne luy fust esté si grand que l'autre, et en fust esté quitte , trouvant visage de bois , de s'en retourner en arrière.
Ceux de M. le mareschal disoient que de fermer les portes à un désobéissant, c'estoit Toffice d'un gouverneur couard , qui n'a puissance ny conduicte, ny courage de tel traict pour faire céder la desobeyssancedcs rebelles â fauihorité de la loy; mais les gouverneurs sagrs , vaillans et vertueux , qui entendent et
où et quand, et quelle occasion il fhut légitimement user de Tauthorité du roy contre les infracteurs de la loy, les meneni et assubjectissent au lieu où ils se vantent svoir plus de puissance pour â jamais faire perdre leur crédit , comme il fit en pleine rue de Sainct- Denys.
D'avantage, si la porte luy eust esté fermée, M. le cardinal , au lieu de se plaindre de la honte , il estoit bien assez présomptueux pour se vanter et dire : «Ah ! qu'il a eu belle peur «que j'entrasse dans sa ville , et que je luy fisse «contrecarre à son authorité qu'il y a, comme «certes je l'eusse faict si j'y fusse entré, et luy «eusse bien osté son crédit, et luy eusse bien « taillé de la besoigne : mais il n'avoit garde, le «galant, de m'y laisser entrer; une autre fois «j'y entreray bien sans luy : je la luy garde « bonne, t Et tant d'autres vanteries qu'il eust peu alléguer là dessus. Voyià pourquoy M. le mareschal fit très-bien d'user de la façon qu'il usa.
Le seigneur de RuFTet , gouverneur d'Angoulesme, ferma la porte à M. de Montpensier, qui alloit pour la mettre entre les mains de Mousieur, ou un auire pour luy, et en prendre la possession , parce f|ue, par accord faici , le roy la luy avoit donnée. Ledict seigneur de Montpensier demeura à la porte, qu'il trouva fermée, et luy fit-on parler pardessus la muraille, que M. de Ruffet n'y estoit point , lequel pourtant laisoit parler le truchement. Il Ait conirainct s'en retournera Poictiers, d'où il estoit venu trouver la reyne, à laquelle conta tout; il sem* bla en estre aucunement faschéel despité, et eslois dans la chambre quand il en faisoit rapport à la reyne, qui l'asseura que le roy luy en feroit raison. Mais , après avoir songé un peu à soy, il dit : «Madame, j'en auray bien raison «sans que le roy et vous vous en mettiez en «peine. Il luy semble m'avoir faict un aFFront «et opprobre que de m*a voir fermé la porte, de «m'avoir faict parler par-dessus la muraille, «et par une vieille, sans avoir eu le courage •de comparoistre; mais comme poltron et «craintif, il s'est caché , et a Met dire qu'il n'y «estoit pas. Tels traicls se font par telles gens «qui le ressemblent; car, s'il fust esté brave et a généreux, il debvoit estre monté à cheval a vec- «ques ses gens, et venir parler à moy en brave
cet asseurée contenance, et me dire toat à plat «et en parolles, fustou modestesou audacieuses, «que je n'y entrerois pas ; car ainsy doibvent «procéder en telles actions les braves et vail- « lans capitaines , et parler en lyons , et non a cachés comme renards dans leurs tasnieres : «mais, en quelque part qu'il soit, je Tanray cbien.»
On trouva que M. de Montpensier disoit fort bien en cela ; et plusieurs à la cour avecques luy disoient qu'il estoit bien mieui séant à un gentil cavallier et brave capitaine user de telles façons cavaleresques que poUronnesques, encor que ledict Ruffet eust réputation d'aucuns de valoir quelque chose.
Au bout de quelque temps, le roy le pria d'oublier le tout ; mais il y eut force difficultés , que je me passeray bien de dire : mais pourtant, quand la reyne emmena la reyne sa fille en Guyenne au roy de Navarre son mary, jamais M. de Montpensier ne le voulut voir, non pas d'entrer dans Goignac qu'il y Fust, où il estoit lieutenant du roy au pays; autrement, que s'il se presentoit devant luy, il luy donneroit de la dague dans le sein. Parquoy la reyne fot contraincte, de peur de scandale, de commander audict sieur de RufFet de partir et s'en aller.
Ainsy parla M. de Montpensier, et ainsy aussy M. le mareschal de Montmorency ne voulut point Fermer les portes à M. le cardinal , estimant estre acte d'un gouverneur craintiF et poltron de ne se Faire craindre et respecter autrement que sans fermer une porte.
De cest aFFront y eut M. le prince qui en Fut fort Fasché, et pour ce envoya un gentilhomme à M. le mareschal pour luy en parler. M. de Montpensier en fit de mesmes, qui en prit plus au viF l'aFfirmative, d'autant que M. le cardinal luy avoit Faict entendre que cela touchoit à tous les princes de France, et aussy bien à M. de Montpensier qu'à luy, et pour ce luy envoya un double de lettre Faict de sa main , qu'il prioit de la signer et fcovoyer à M. le mareschal.
Elle estoit un peu altiere et assez brave, car il ne Faut doubler qu^elle avoit esté bastie de bonne matière et escrite d^ancre bonne et bien noire, puisqu'elle vcnoit d'un fort habile artisan Srandement ofFencé; aussy que M. de Mont-
pensier avoit esté fort gaigné : mais M. le ma rescbal y respondit très-pertinemment, et qu'il sçavoit bien quelle difFerence il Falloit mettre entre les princes du sang et estrangers; que, quant à luy, il le recognoistroit tousjours et le respecteroit en toutes choses; mais , quant aui princes estrangers, il les recognoistroit en ce qu'il luy plairoit , n'estans plus en France que luy.
Gela s'adoucit un peu par les providences et sagesses de la reyne , m^is non pourtant qu'il n'en restast quelque dent de laict, et mondict sieur le cardinal ne brassast à mondict sieur le mareschal soubs couvert tout ce qu'il pouvoit de sinistre , jusqu'à ce qu'il Fut un des principaux solliciteurs de sa prison avecques une dame de la cour, et fort brouillonne, que je ne nommeray point. Elle-mesme me Ta dict y avoir du tout poussé ; et est assez grande et fort partialle, de la maison de Guyse, et fort ennemye de celle de Montmorency, sur le subject qu'on luy fit accroire estre l'un des principaux autheurs d'avoir Faict prendre les armes pour le mardy gras, et persuadé à Monsieur et au roy de Navarre Faire les remuemens que le comte de Goconas et La Molle déclarèrent. J'en parleray à part dans le discours de Monsieur, moy estant lors à la cour, et comme le sçachant bien.
On se donna donc la garde que pour un matin M. le mareschal de Montmorency et mareschal de Gossé Furent encoFFrés et Faicls prisonniers au bois de Vincennes , et puis par un beau malin menés par les gardes Françoises et suisses, tambourins battans, dans un coche, î\ Paris, dans la Bastille, où ils demeurèrent près d'un an et demy, et n'en bougèrent jusqu'à ce que Monsieur s'en alla de la cour la première Fois mal content, et qu'il prit les armes, qui les demanda et voulut avoir avant toutes choses pour le traicté de paix; et en sortirent sans autre procédure de procès.
On disoit à la cour que, sans madame de Monimorency sa Femme, que le roy son Frère aymoit uniquement , aussy tost qu'il vint de Poulongne eust Faict Faire le procès à mondict sieur le mareschal; car on disoit qu'il avoit quelques preuves coulre luy, et que M. le mareschal de Cossé, qui aymoit quelquesFoLs à causer, dit : aie ne sçay pas ce que M. de «Montmorency peut avoir Faict, mais, quanta