‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 182 sur 267 · M. DE SANSAC · texte numérisé non relu

M. DE SANSAC

donné ses oyseaux; et pais il eut ceux du roy

à gouverner lorsqu'il se commança à se Faire

F cognoistre à la cour ; et tant qu'il a vescu il a

i aymé cest exercice par dessus tous autres après

' les armes.

s 11 eut cest beur , estant dans Fossan lors du

i; siège , d'estre despesché vers le roy pour luy ( porter les nouvelles du siège et de la capitula- ' tion , et d'en rapporter la response de son roy, t et commandement et congé de faccepter , ne *' pouvant la secourir dans le temps convenu. il II a esté en réputation d'estre un des meil-

i leurs chevaux légers de son temps , et au- ( tant digne d'y commander; aussy, lors et 1 tant que M. d'Aumalle fut prisonnier du mari quis Albert , sa cbarge de couronnel de la cat vallerie légère luy fut donnée, et l'exerça trèsu dignement durant sa prison , qui fut longue. \i Et s'est veu cedict M. de Sansac commander aux t princes du sang, comme MM. d'Anguien, t Gondé,de Nemours, et une infinité d'autres princes et grands seigneurs qui avoient des I chevaux légers : car alors les plus grands, pour f leur commancementdeguerre, se jeltoient tous i: à la cavallerie légère.

Voyià donc l'honneur , qui n'estoit pas petit , r que ce M. de Sansac a eu de commander à ceste belle principauté et noblesse françoise. El tous luy obeyssoient très-bien pour sa suffisance , encor que aucuns n'approuvassent guieres sa façon rebarbarative, et son parler et commandement trop rude : ce qui est une grande imperfection à un capitaine, car les parolles douces et courtoises sont plus agréables et plaisent plus , et en profite-on davantage , si ce n'est en cas qu'il en faille user de braves et rudes. I Nous en avons une infinité d'exemples de

^ ceux qui ont esté courtois, qui se sont très-bien trouvés. Je n'en veux dire que deux , Gâesar et I feu M. de Guyse. Je nommerois bien deux autres François qui ne s'en sont pas mieux trouvés de leurs rudesses hautaines et ouirecuydées parolles , que je ne nommeray point.

Pour tourner encor à M. de Sansac , il acquit beaucoup d'honneur au siège de U Mirande , qu'il soustint longuement , et s'en fit louer estant lieutenant de roy ; pour ce le roy rhonnora de son Ordre: marque qui se debvoit alors pour un acte signalé.

Il eut encor cest honneur d*estre esleu avec le

bon homme M. de La Brosse, gentil chevallier et digne capitaine, duquel je parleray en temps et lieu, pour se tenir près de la personne du petit roy François ordinairement, non comme gouverneur, car ce nom ne luy eust pas pieu , estant en assez bon aage et marié, mais comme quasy conseiller, et se tenant près de sa personne.

En nos guerres civilles il a plusieurs fois mené nos armées en aucunes expéditions comme lieutenant de roy, comme es. sièges de La Charité et Vezelay, et autres factions. Bref, ce seigneur a esté honnoré de plusieurs belles charges , et est mort en titre de mareschal de France, non proprement qu'il en ait esté jamais ponrveu; mais il en avoit Testât, les gages et la pension , comme d'un vray mareschal de France. En quoy plusieurs disoient à Lyon, lors que M. de Montluc fut faicl mareschal de France à la barbe du bon homme M. de Sansac qui y estoit^ qu'on luy avoit faict tort de ne ravoir esté, puisqu'il y avoit long-temps qu'il en tiroit Testât, et l'autre non. Je sçay bien à quoy il tint (ce que je diray ailleurs}, et ce que M. de Sansac m'en dit touchant son mescontentement; car madame de Sansac et moy estions fort proches parens , et si le bon homme m^aymoit fort : et de ce pas là se retira en sa maison, et oncques plus ne vint â la cour, et quelque deux ans après (s'il me semble) il mourut chez soy.

VoyIà le discours le plus bref que j'ay peu faire de la sympathie de ces trois precedens bons chevalliers et capitaines et de leur fortune, mais non de leur mort, car M. d*Essc mourut sur le haut d'un rempart, et les deux autres moururent dans leurs licts. Ils moururent tous trois pauvres de biens, du leur ou d'ncquis, fors d'honneur, des bienfaicts du roy, de leurs cstats et pensions et biens d'église pour leurs frères et parens, fors M. de Burie qii en eut peu.

Tous trois espouserent des femmes de bonne maison. M. d'Esse espousa ceste fille, fort belle et honneste, de la maison des Adrets, comme j'aydict, bonne maison, non de Dauphiné, mais d'Anjou ou du Mayne ou de Vandosmois; je ne le puis pas bien asseurer.

M. de Sansac espousa la sienne de Tantique maison de Montberon en Angoumois , sœur de

M. d'Ausances, et qui a esté en son temps, jusqu'à faage de soixante -dix ans quY'lle est morte, une très-belle et agréable dame.

M. de Burie espousa une fille de la maison de Languilliers, belle fille portant le nom de Luxembourg.

M. d'Ësse laissa un seul fils de luy, esgal à luy en vaillance seulement, mais non en si belle Façon ny bonne grâce. Il mourut jeune, à la deffaicte des Provençaux en Peri^ord.

M. de Sansac laissa aussy après soy un seul fils, aussy très-beau, agréable et honnesie autant que gentilhomme de France , et brave et vaillant. Il mournt aussy jeune, à ce dernier siège de Chartres, de maladie et de misère qu'il souffrit là devant.

M. de Burie mourut sans lignée et n'en eut jamais. Sa femme, qui estoit naifve et libre , disoit qu'il n'avoit pas tenu à luy ny à elle, car ils en avoient bien faict le debvoir pour en avoir; mais que son mary avoit eu d'autresfois aux guerres un coup d'espée ou de masse-d'armes sur la nucque du col, qui luy empeschoit le conduict de la semence, si bien que la vraye cresme n'y pou voit passer ny couler , si- non quelque petite espèce d'eau claire dans sa matrice , qui ne servoit nullement pour engendrer ny concevoir.

Cesle femme avoit en soy une naifvelé naturelle et une liberté de parler naifvemcnt, sans y songer autrement à mal; si que l'on en a faict d'elle en Xaintonge des contes p!aisans , dont je feray cestuy cy pour en rire, toute ma parente qu'elle fut , cousine {germaine de mon père. Lors que le roy Charles vint à Bourdeaux pour l'entrevue de Rayonne, madame de Burie, quelque deux ans avant, ainsy que son mary M. de Burie y faisoit faire quelque reveue de gens de guerre, en passant par les rues il y eut quelque mauvais barquebusier qui lascha son harquebuse mal à propos, qui perça à ladicte dame le bras de part en part, tirant vers Tespaule. Elle estant venue à Bourdeaux pour faire la reverance au roy et à la reyne, ainsy qu'elle estoil dans la chambre de la reyne, ayant faict toutes reverances accomplies , M. de Cypierre, lors gouverneur du roy, l'ayant âussy saluée, la convia de s'asseoir tous deux sur un col'Fre; et tous deux portoient un bras en esiJiarpe, M. de Cypierre pour les gouttes

dont il estoit fort tourmenté, et madame de Suris pour son harquebusade. M. de Cypierre, ne sçachant point que ce fust un coup, mais quelque goutte comme luy, se mit à luy dire fort naïvement : a Madame, il faut que nous nous a consolions tous deux de nostre mal, car il n'y a a icy que nous deux qui portons le bras en uescharpe. — Non, monsieur, luy respond ma- «dame de Burie; mais il y a bien de la difPe- «rcnce du subjcct et du mal, car vous la portez «pour l'amonr de la goutte, et moy pour une a harquebusade. » Qui fut estonné? ce fut M. de Cypierre, oyant parler de ceste harquebusade, ainsy qu'il en vint aussy tost faire le conte à M. de Memours, que j ouys moy-mesme. Parquoy, se levant d'auprès d'elle, et en riant froydcment : aVrayment, madame, cest rai- « son , et vous m'avez bien estonné. C'est bien «le monde renversé cestuy-cy , et de vous voir «plaindre de vostre harquebusade que je a n'eusse jamais pensé que vous eussiez eue , a c'est bien signe que vous avez esté à la «guerre; je n'en sçaurois monsirer pour à ceste «heure autant; vous estes en cela plus heu- «reuse que moy ; et peu m'a servy pour y avoir «esté tant de fois, et laut de fois m'estre mis «aux hasards, et a avoir dequoy maintenant «vous damer d aiie pareille marque, encor que «J'en aye Lien sur mou corps, et qu'au lieu que «je vous deus.se dire que je porte mon bras en « cscharpe pour une harquebusade et vous pour «le goultage, il ne se peut. Adieu donc, ma- «dame; Dieu vous donne donc guerison de « vo-sire harquebusade , et à moy de ma goutte : «jamais le monde ne joua mieux à l'envers que «ce coup icy.» Puis, s'estant enquis à d'autres comment ceste femme avoit esté ainsy à la guerre et blessée, il en fit sou conte; mais il se faut imaginer de la façon que M. de Cypierre le disoit, qui l'a bien coguu; car c'estoit l'homme du monde qui faisoit mieux un conte et le sçavoit mieux représenter avecques la meilleure grâce et les plus belles parolles qu'où eust sceu dire, tant il estoil bien accomply en tout. J'en vis bien rire la reyne mère mesroe, quand elle songeoit, disoit-elle, à Teslonnement que M. de Cypierre eut quand il ouyt parler de ceste harquebusade , comme voulant penser et dire : «Mort-Dieu! cesle femme s'est voulu cadvantager de cela sur moy, que nous n'es-

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