‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 205 sur 267 · M. LE PRINCE · texte numérisé non relu

M. LE PRINCE

enseml)le sans y appeler la nation estrangere, comme Ton Faicl d'estranger contre estranger. Certes la guerre en fust esté plus noble ; voir en mesme campagne , mesmes enseignes , pareilles et mesmes armes, mesmes sonneries de tabourins et trompettes , et mesmes façons et ordre de guerre ; ainsy qu'on vit aux plaines de Pliarsalle, mesmes Romains ( dit Lucain) , mesmes aigles, mesmes armes et pareilles ordonnances des gens et formes de guerre ; si que Pompée eust force est rangers ramassés et vraye racaille. Gesar en avoit aussy , mais plus disciplinés et aguerris pourtant à lamilice romaine.

Pour moy, et pour en faire fin , je sçais bien ce que j'en ay veu dire et jurer à M. Fadmiral (ainsy que j'ay dict cy «devant ) , combien cela le fasclia d'avoir esté contrainct de s'estre jamais aydé de ces reistres, et dequoy ils est oient jamais venus en France ; et que , s'il cstoit à refaire , ou que la guerre recommençast jamais ( que Dieu l'en engardasl ), il n'appelleroit plus de telle gens pour s'en servir; ils esloient trop fascheux, avares, importuns, et trop mal-aysés à contenter. Nostre grand et brave roy d'aujourd'liuy en a pris Tinstruclion , qui a faict et parfaict ses guerres, et acquis son royaume sans ces gens-Iâ, fors quelques trouppes que M. de Turaine luy amena , qui ne servirent guieres : aussy il s'en desfit bientost. En quoy il monslra son grand cœur et sagesse , de se passer de tels gens et desmeler sa guerre par les siens propres.

J'en ay parlé ailleurs, oh je les loue pourtant, ne voulant mal dire nullement de la valeur qu'ils ont, ny de leur belliqueuse nation; car on ne leur sçauroit rien reprocher, que un peu trop grande avarice; car en tout ils sont braves et vaillans gens de guerre.

DE CONDÊ.

M. LKPRINGËOSCONDÉ.

Parlons à ceste beure de M. le prince de Coudé, liouys de Bourbon, que plusieurs de iHMitre temps disoient avoir esté drebsc, au cornuianceiuent de ces guerres cîvilles, de la main

de ce grand M. l'admirai ^ , duquel je viens de parler, bien qu'il eust faict auparadvant un trèsbeau commancement d'un très-brave prince, et tout remply d'esprit et fort belle monstre, et de l'un et de Tautre, aux guerres estrangeres, tant aux charges de cheval qu'il eut, et de chevaux légers et de gens-d'armes, que de pied ; car il fut couronnel de l'infanterie en Piedmont , comme j'ay dict ailleurs.

Sur quoy il me souvient d'un conte, que, quand la reyne mère eut faict madame la princesse de La Roche-sur- Yon sa dame d'honneur, M. le prince de Condé lui voulut remonstrer (voyre s'en mocquer, car il s'en aydoit) le tort qu'elle s'estoit faicte, et à ses parens en cela, elle, qui avoit espousé un prince du sang, avoir accepté ceste charge pour quasy servir de servante ; à qui elle respondit qu'elle ne pensoit pas plus faire tort en cela , ny aux siens, que luy en lachargequ'ilavoitautresfois prise de couronnel de sa belle infanterie et pieds puants de gens de pied, par la succession encor de deux gentilshommes qui estoient moindres que luy, comme feu Bonnivet et le vidasme de Chartres; par quoy, qu'il advisast à ses fautes , et non aux siennes, s'il y en avoit en cela pour elle : mais n'y en sentoit aucune puisque ce n'estoit se faire tort de servir sa reyne et sa dame souveraine en une charge si honnorabIe«Ce fut à M. le prince à se taire, combien qu'il parlast très-bien, et aussy bien et à propos, je ne diray pas qu£ prince, mais qu'homme du monde, et sur-tout quidisoit bien le mot , et se mocquoit bien , et aymoit fort à rire.

Aussy de lui fut faicte une chanson en France, à mode d'un vaudeville, qui disoit :

Ce petit bomme tant joTTy , ToaijMirt cause et laasjodri rU , Et tOQsjours baise sa mignoDiie.

Dieu garde d' mal le petit bomme.

Car il estoitde fort basse et petite taille, non que pour cela il ne fust aussy fort, aussy verd,

^ En marge da mamiêcrlt 120 on lit , en cet endroit où finit rarilcle sur CbattiUon, et commence celiii nir M. le prince de Condé, Louis de fiourlMiB :

f Mataud , ne pa&aez plus outre. >

D*oà on peut conclure que c*est sur ce manuscrit 120 qo'a été faite, par Mataud, secrétaire de Brantôme, la mise au net fue mos possédoni dans les mannscrils 8771,

vigoureux et adroict aux armes, à pied et à cheval , autant que homme de France, comme je Tay veu en affaires.

Au reste, il estoit fort a£preable , accostabie et tiymable. Aussy ritalien disoit : Dio miguarda del bel g/Ugnetto del principe di Conde et de animo el stecco del VadmiragUo! c'est à dire : «Dieu me garde de la douce façon et gentile du a prince de Gondé, et de i*esprit et curedent de aradmiral!» parce qu'il en portoit tousjoursun, fust en la bouche , ou sur Toreille, ou en la barbe.

On tenoit ce prince, de son temps, plus ambitieux que religieux; car le bon prince estoit bien aussy mondain qu'un autre; et aymoit autant la femme d'autruy que la sienne , tenant fort du naturel de ceux de la race de Bourbon, qui sont esté fort d'amoureuse complexion.

Il fut esleu de ceux de la religion et conjuration d^Amboise leur chef, non qu'il le sceust autrement ( disoit-on ) ; mais sans luy sonner mot et sourdement l'esleurent , usans en cela de la façon d'Allemaigne; et tel l'appelle -on le capitaine muet Et si leur entreprise eust bien reussy à souhait, lors on luy eustfaict à sçavoir.

Aucuns disoient pourtant qu'il la sçavoit, et mesmes que le sieur de Malligny, brave et vaillant gentilhomme, et de ïbvi bonne maison, qui luy estoit fort famillier, favory et parent, se trouvant avecques luy à Amboise quand il vit le tout descouvert, s^en alla aussy tost sans s'estonner à l'cscurie dudict prince, et y prit le meilleur courtaut qu'il avoit , et se sauva viste, dont bien luy en prit, et s^en alla à Genève, dont plus n'en revint; car, en se baignant dans le lac, il se noya parmy un sable mouvant. L'on courut apr(s luy; mais il s'en alla grande erre. Et disoit-on lors à la cour, comme je Touys, que, s'il eust esté pris, il eust mis mondict sieur le prince en grande peyne.

Toutesfols, le dimanche matin, quand les conjurateurs se présentèrent , à la porte des Bons Hommes, pour entrer dans la ville, à M. d'Aumalle', qui estoit constitué pour la garde de la porte, M. le prince s'y rendit, et ayda à les chasser, et y fit bonne mine. Mais despuis on cognut la faute, et en fut soupçonné. Sur quoy il en fit quelque rodomontade de quelque certain desmenty en l'air, mais non en présence, comme s'est dict et escrit, car lors il n'osoit parler si haut, bien que d'ailleurs il eust la parolle

belle, bonne, haute et hardye : mais pourtant , cognoissant qu'il n'y faisoit pas bon pour luy, et que Ton commançoit à descouvrir le pot aui roses, il partit de la cour et s'en alla trouver le roy de Navarre son frère; dont pourtant Ton se repentit bien (car je le sçay) dequoy on Tavoii lais.se aller.

Mais, pour avoir ce coup eschappé, il n'es chappa pas sa prison; car il vint à Orléans, là où il fut attrapé à bon escient : et croyoit-on que, sans la mort du roy François, son procès fust esté faict, et luy sentencîé.

Lorsqu'il entra dans le logis du roy, non à cheval comme le roy son frère, comme aucuns ont dict , car je le vis, mais ayant mis pied à terre, jamais je ne vis prince faire meilleure mine. Mais au sortir de la chambre du roy, qu'il fut conduict en prison par MM. d*0 et de Chavigny, il estoit bien autant estonné, et le roy de Navarre autant, lequel pensoit, à son arrivée, comme premier prince du sang, parler haut, braver et estonner toute la cour.

Ce fut à luy àcaller et faire, non du prince, mais du simple gentilhomme; car je le vis deux fois venir trouver M. le cardinal de Lorraine, en son jardin une fois, et l'autre en sa chambre, pour le prier et intercéder pour son frerc; mais il parloit à luy plus souvent descouvert que couvert, et l'autre se mettoit très-bien à son ayse, car il faisoit grand froid. Mais deux mois api'ès on vit bien un autre revire-marion de fortune.

Geste conjuration d'Amboise fut le principal subject de sa prison ; car le roy s'estoit imprimé si bien ceste opinion, que si elle eust pris fin qu'il eust passé le pas comme messieurs ses Frères, et dcGuyse, et autres, et quïl se fust fort bien mis en son siège royal , ce disoit-on , car il estoit de cœur haut et ambitieux, et qui aymoit plus une royauté qu'une principauté ; et pour ce, dès lors ne le tint-on jamais pourtant plus religieux qu'ambitieux.

Et ce qui l'aveugla plus en son ambition, ce fut aux premières guerres civillcs, quand il se vit quasy commander â la tnoictié de la France, morceau très-friand que M. l'admirai, son oncle, luy avoit très-bien préparé. Et ce fut ce que dit un seijjneur de par le monde : «Le diable y ayt « part , qu'un tel en est le chef; car je cognois «son humeur. S'il a mis une fois lenezdans ceste

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