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sassent et coullassent cela le plus légèrement pour luy qu'ils pourroient.
Pour fin , ceste princesse et ce prince et les leurs, les uns après les autres, ont tant travaillé, sollicité et plaidoyé , qu'ils en ont eu pied ou aesie, fors la duché de Ghastelleraud , que les roys par cy-devant n'avoient voulu desmordre et l'avoient mise à leur propre; laquelle despuia donnèrent pour apanage à madame leur sœur naturelle légitimée, que njus avons veu longtemps appeller madame de Ghastelleraud , aujourd'huy madame d'Angoulesme ^
A ceste heure ce duché est retourné à cest« maison de Montpensier, laquelle peut maintenant dire avoir cognu la fortune d'une et d'aulre façon, car elle a demeuré long-temps pauvre. Et disoit-on du règne du roy François et Henry au commancement : que M. de Montpensier estoit le plus pauvre prince de toute la France; et il est mort le plus riche, après le chef de son nom , qu'est le roy de Navarre , car il a laissé à son héritier plus de trois cens mille livres de rente , et en argent monnoyé et autrement, bagues, joyaux et meubles, plus de trois cens mille escus ( ce disoit-on à la cour, et comme je l'ouys dire à un grand qui le sçavoit bien) lorsqu'il mourut: si bien qu'on disoit de luy qu'il ressembloit les chevalliers de Malte, qui sur Taage avoientdes biens et honneurs; car, de ces règnes là que je dis, il n'eut tous ces grands biens.
Il ne fut non plus advaiicé en grades ny honneurs, ny à la cour, ny aux armées , auxquelles pourtant il se trouvoit près de la personne de son roy en simple ei privé prince, ne commandant qu'à sa compaignie de gens-d'arnies ( le père de Fontaine Guerin, brave et vaillant capitaine, estoit lors son lieutenant), qu'il avoit tousjours belle et la mettoit tousjours en besoigne , à laquelle il sçavoit tousjours bien commander : que si elle faisoit une petite faute, il disoit qu'elle avoit faict de la sotte; si bien qu'un temps cela couroit à la cour, qu'on disoit: a Vous avez faict €la compaignie de M. de Montpensier; » qu'estoit autant à dire: «Vous avez faict de la sotte.» Il estoit très-brave 3 et très- vaillant prince, ainsy qu'il le fit bien paroistre à la battaille de Sainct-
* Diane, légiUmée princesse de France.
• Le inanuscril ajoule ; • Trèa-bcau. »
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QoentiD , là où il fut pris en combattant vaillamment; il eut pourtant quelque petite charge de régiment au règne du roy François II, pour l'amour des hauts bruicts et crienes qu'on faisoit: que les princes du sang estoient du tout recullés d'auprès de la personne du roy , et n'avolent nulles ciiarges, grades ny dignités. On luy donna le gouvernement de Touraine et d'Anjou , et à M. le prince son frère celui d'Orléans, où fui son lieutenant M. de Sipîerre, qui servit beaucoup contre la conjuration d*Amboisc. Aux rejçnes de nos autres roys Charles et Henry, mondict sieur de Montpensier coinmança et continua d avoir f\)rcc grandes charges. Quand la première guerre civille vint, il fut lieutenant de roy en tous ces pays d'Anjou, le Mans , le Perche , Touraine et autres pays circonvoysins ; et là en cesle guerre, voulant du tout imiter le roy sainct Louis, son grand mirouer, contre les infidelles, cestuy-cy, disoit-on, de mesmes se monstra animé contre les hérétiques quMl bayssoit mortellement , jusque-là que, quand il les prenoit par composition, il ne la leur tenoit nullement, disant qu'à un hérétique on n'estoit nullement obligé de garder sa foy ; ainsy qu1l le praticqua bien à feniroict du capitaine des Marays, qu'il prit dans le chasteau de Ro* chefort sur Loyre par lionneste capitulation et sur sa foy, et puis le fit exécuter aussy tost, se fondant sur son apophtegme que je viens de dire. Quand on luy amenoii quelques prisonniers, si c'estoit un homme, il luy disoit de plein abord seulement :« Vous estes un huguenot, « mon amy, je vous recommande à M. Babeiot. » Ce M. Babeiot estoit un cordellicr, sçavant homme , qui le gouvemoit fort paisiblement et ne bougeoit jamais d'auprès de luy, auquel on amenoit aussy tost le prisonnier, et luy , un pea interrogé, aussy tost condamné à mort et exécuté. Si c'estoit une belle femme et fille, il ne leur disoit non plus autre chose, si-non : «Je vous c recommande à mon guidon; qu'on la luy mené. » Ce guidou estoit M. de Montoiron, de Faneienne maison de Farchevesque Turpin , du temps de Charles Maigne, et en portoit le nom de Turpin. Il estoit un très-beau gentilhomme, grand, de haute taille, et avecques cela si bien proportionné de son membre, qu'on disoit esire démesuré et extravagant et insatiable. Avecques cela repassoit ainsy ces pauvres prisonnières , les-
quelles, possible aucunes, nesmes les femmes, en estoient très-ajrses et contentes, et eussent désiré tousjours telle punition.Quani aux pauvres filles , je croy que le mal leur estoit cuysant pour un temps. Je ne sçay si tout cela est vray, mais j'estois un jour à un disner de feu M. de Guyse , à qui on iuy fit ce conte, en présence de madame de Guyse sa femme, de madamoiselle de TAdmirande , et autres dames et filles de la cour qui estoient à table, auxquelles mondict sieur de Guyse leur en fit à toutes la guerre; et ne fut sans faire rire et hommes et femmes. Et si, ce mot se dit long - temps à la cour parmy les dames et gallans de la cour, qui leur disoient : < Je vous recommande au guidon de M. de a Montpensier.» Dont aucunes qui en sçavoient le ta auiem et desmesurée proportion disoient, ou par timidité ou par bypocbrisie : <Ah! Diea «nous en gardM» D'autres disoient: «Il nous cferoit pis que la raison.»
Voylà la punition de ces pauvres dames ha* guenoKes, in vantée par M. de Montpensier, qui me fait penser avoir e sié prise et tirée possible de Nicepliore, par M. Babeiot, où il dit : que Tempereur Theodose osta et abolli t une eoustone qui estoit de long-temps dans Rome , à sçavoir que, si quelque femme a voit esté surprise en adultère, les Romains la pnnissoient, non par la cohercion du crime qu'elle avoit commis, mais par plus grand embrassement de paillar* dise; car ils enfermoienten uneestroiaelogette celle qui avoit commis l'adultère, et puis après pcrmettoient impudemment qu'elle asaouvist si lubricité et paillardise son saoul , et d'un chascun qui voudroit venir. Et qui estoit plus villain et salle, c'est que les compaignons gallans et paillards qui y alloient, se garnissoient et ac* commodoient de certaines sonnettes au temps qu'ils avoient compaigaie avecques la dame, à ce qu'au mouvement, elles, faisans un son ft tintement, donnassent non -^seulement advertissement aux passens et esconlans de leur faict et besoigne, qu'ils y estoient , meis anssy afin que par ce moyen, et à ee son de sonnettes, fust enseignée ceste peine conjoincte avecques ïo^tt et opprobre. Quelle opprobre! dont cUcs s>d soucyoient beaucoup.
Vrayment voylà une terrible ooustume que ce sage empereur abnlllt , ainsy que le dit ri»i«»tcrien iNicrj)l:orc, dans lequel , possible, M. B^
M. DE MONTPENSIER
bek>t ravoit feuilletée et tirée pour la faire pracciqner à ce brave guidon; lequel, au bout de quelque temps, despescbé de M. son capitaine vers le roy en poste, vint à la cour où il n'avoit jamais esté guieres veu ; mais je vous asseure qu'il fut là bien veu et cognu et fort admiré pour sa graod'vertu naturelle, et mesmes des dames, dont j'en vis aucunes qui en rioient bien sous bourre et en dtsoient bien leur raslellée. J'ay faict cesle disgression parce qu'elle m'est venue en main et m'en fust eschappée une autre fois , et aussy qu'il faut un peu rire quelque petH coup, et n'esire pas si sérieux qu'on ne se jette sur la bouHbnnerie et risée ^
Pour retourner à mondict sieur de Montpenaier, après qu'il eut bien purgé son gouvernement d'Anjou, Touraine et autres, puis par Tassistance aussy que luy firent MM. de Ghavigny et Puygaillard , deux très-bons capitainef), et le capitaine Richelieu, qu'on appelloit le moyne Richelieu, qui avoient tous faict très-Men autresfois en Piedmont , et ailleurs faict de trèsbelles preuves de leur valeur, il fut envoyé lieutenant de roy en Guyenne, Poictou, Aunix, Xaintonge et Angoumois , où il servit très-bien le roy; et les huguenots tremblolent fort soubs lny,et eussent encor plus faict , sans que le roy de Navarre vint à mourir; ce bon homme s'alla proposer en son ambition (car il en avoit sa lionne part, comme ceux de sa sorte doibvent en avoir) qu1l tiendroitsa place en France, comme lors premier prince du sang après M. le cardinal de Bourbon, mais son chappeau rouge l'excusoit, qui nonobstant y aspiroit un peu; et pour ce demanda au roy son congé, qui , moictié Tan, moictié l'autre, hiy accorda. Il s'en vint â la cour, disant aux uns et autres, quand il s'ofFroit à eux, ce seul mot: «A ccste heure j'ay moyen «de vous tous recognofstre et faire plaisir, mes «amys; car vous îjçavcz bien que le roy de Na- « varre est mort (sans dire autre mot ) et que je « m'en voys à la cour. » Mais y estant , comme je l'y vis arriver au bois de Vincennes, Il se donna garde qu'il trouva sa place prise et qu'il n'en tint autre qu'auparadvant; car il avoit affaire à one maistresse femme que la reyne mère, qui ne vouloit point de compaignon en ce lieu là , et aussy à feu M. de Guyse le Grand, qui s'enten-
* Ce passage est rectifié d'après le n^ 8772 et lédi'ion tfe Bastifu.
doH avecques elle, et qui d'an seul clin d'oeil gouvernoit la France, pour la grand créance qu'elle avoit en luy, et qu'il avoit les forces en main.
Toutesfois il sembla ( et le disoit-on } que mondict sieur de H^tontpensier en fit du malcontent, et voulut induire M. le cardinal d'en faire demeames, car ils ne bougeoioit d'ensemble; mais on leur donna à tous deux ceste petite souppe à la gorge (ainsy parloit-on), qu'ils seraient les chefs du conseil. Et sur ce encor la reyne les sceut bien mener el plastrer, qu'ils se sentirent encor très-heureux de ce petit morceau. Ceux qui estoient de ce temps, et qui ont veu ces mystères comme nioy, se souviendront bien si je dis vray ou non , car j'ay veu tout cela aussy bien qu'eux.
Les seconds troubles vindrent, où M. ât Montpensier fut ordonné du roy, avecques M. de Nemours, de mener Tavant-garde, qui fut autant que s'il fust esté lieutenant de roy ailleurs, voire plus, là où est la personne de son roy ou de Monsieur son frère, qui le représente en fout el tel que ecluy-là , car il n'y en eut jamais en France qui ayl eu telle auctorité.
Les troisiesmes troubles s'ensuivirent par amprès coup sur coup. Il fut lieutenant de roy; et à luy ne firent nul scrupulle d'ubeyr les plus grands et bizarres capitaines d'alors, comme MM. de Martigues, de Brissacet deStrozze. Ce fut lors qu'ils dcsfireut les Provençaux en Perîgord , qui fut une desfaicte de grande importance poor les huguenots. Gela faict , il s'alla joindre avecques M. nostre gênerai vers Chastellcraud. Et bien luy servit d'estre bon et sagecapitaine, de faire bonnes et longues traictes pour cela, car messieurs le prince et l'admirai le suivirent de près pour se mettre eùtre deux, et empescher leur assemblement.
M. de Montpensier menoit tousjours l'advantgarde, oùilestoit tousjours fort honnoré des nostreset redoublé des huguenots, car il ne parloit que de pendre, comme il fit à Mirabeau : et s'il eust esté creu , il ne s'en fust guieres eschnppé d'eux. Mesmes à ce grand M. de La Noue, et qiïl meritoit toute courtoisie, lorsquil fut pris il ne se peut garder de luy dire: «Mon amy, vostre procès est faict, et devons et a de tous vos compaignons; S()nn;e7. à vosfre «conscience. » Mais M. de Martigues vint là, qui le sauva, comme je diray ailleurs.
Les quatriesmes guerres 8*esmeurent. M. de MoDtpensier fut eocor lieutenant de roy ; car il ru; reffu.sa jamais de ces commissions, pour la hayne qu'il portoit aux huguenots , et pour le sainct zelle de sa religion. Il vint en Poictou , où il trouva de l'afFaire et un homme que je viens dire, M. de La Noue, qui luy en donna bien, et mesmes au siège de Fontenay et Lusignan, qu'il prit pourtant à la fin : aussy avoit-il de bons capitaines, et de cheval, comme M. de Chavigny, M. du Lude, gouverneur de Poictou , Puygaillard et autres , et de gens de pied , maistres de camp messieurs de Sarriou , de Bucy et Lucé.
Le siège de Lusignan fut fort long et de grand combat : j'en parleray possible ailleurs. U fut pris, et, pour éterniser sa mémoire, il pressa et importuna tant le roy nouveau venu de Poulongne, qu'il le voulut en ce gatifier, qu'il fit raser de fonds en comble ce chasteau si admirable et si ancien, qu'on pouvoit dire que c'estoit la plus belle marque de forteresse antique . et la plus noble décoration vieille de toute la France, et construicte , s'il vous plaist , d'une dame des plus nobles en lignée, en vertu, en esprit^ en magnificence et en tout, qui fust de soa temps, voire d'autres, qui estoit Merlusine, de laquelle y a tant de fables; et, bien que soient fables, si ne peut-on dire autrement que tout beau et bon d'elle; et, si Ton veut venir à la vraye vérité , c'estoit un vray soleil de son temps, de laquelle sont descendus ces braves seigneurs, princes, roys et capitaines portans le nom de Lusignan, dont les histoires en sont plaines, ceste grande maison d'Archiac en estant sortie en Xainctonge, et Sainct-Geiais, dont les marques en restent tfès-insignes.
Lorsque la reyne mère fit la Irefve avecques Monsieur, freredu roy , à Jaseneuil , que Monsieur estoit à Sainct -Mexant (j'eslois lors avecques elle, MM. de Strozze, de Grillon, Lanssac et La Rochepousay ; il n'y avoit que nous quatre de courtisans avecques elle), Tenvye luy prit, en s'en retournant à Poictiers, de s'esloigner un peu de son chemin, et passer à Lusignan pour en veoyr les ruynes.
Certes elle les y vit, et qui luy touchèrent fort au cœur; si que l'en vis en parler fort tendrement, et dire ces mots : « Hé! falioit-il que c si belle, forte et noble place, à Tappetit
« d'une certaine opiniastreté mal à propos de « M. de Môntpensier, soit estée ainsy ruynée « de fonds en comble ! Que quand le roy mon fib « bien qu'il y eust esté en personne, et qu'elle c luy eust faict telle résistance, il ne l'eust ja«< c mais voulu faire abattre, je m'en asseure; c pour le moins ce ne fost pas esté par moa « conseil, car c'estoit la perle antique de toutes <E ses maisons, et le plus bel ornement qu'on y a eust sceu veoyr. Jamais ne l'avois veue, dit- « elle, si-non lorsqu'estanl bien jeune j'y pasa say au voyage de Parpignan; mais, pour ma « jeunesse d'alors, je n'en avois jamais conceu a l'impression de sa beauté et grandeur comme a je la comprends encor par sa ruyne. Que, si « je l'eusse eue si bien emprainte en mon esprit « comme je fay, je vous asseure que le roy mon a fils n'eust donné jamais à M. de Môntpensier a le congé de i'abbattre à l'appelit de sa pas- « sion, et jamais Ghameraud n'eust trîumphé c de si noble et riche despouille pour bastir et a agrandir sa petite maison de Marigny. » Car il faut notter que le roy en donna toute la ruyne audict sieur deCbameraud, qui avoit esté son enseigne de gens -d'armes quand il estoit Monsieur, dont il en a faict bastir une très-belle maison, qui n'est qu'à deux lieues de Lusignan, qui s'appelle Marigny.
Voyià ce que j'en vis dire à la reyne, qui se pourmena, advisa par-tout, et s'y amusa si fort, que, bien qu'on luy dist qu'il sefaisoit tard et n'arriveroit qu'à la nuict à Poictiers, comme elle fit , n'en laissa sa contemplation.
Je la vis aussy fort blasmer le sieur deSaincte- Soline,qui l'avoit laissé prendre et perdre en estant capitaine, et en avoit achepté la capitainerie du sieur de Vigean , que luy et ses prédécesseurs de la maison du Fou avoient gardé plus de six vingts ans. Car on disoit que ledict Saincte-Solline, aymant un peu trop Tavarice, n'a voit leans qu'un pauvre vieux morte paye, qui se laissa surprendre : que s'il n'eust ouvert la porte, et l'eust bien formée seulement, et ne parler à personne, ceste place estoit imprenable à tout le monde.
Voylà la pitié et ruyne de ceste place. J'ay ouy dire à un vieux morte paye, il y a plus de quarante ans, que quand l'empereur Charles vint en France, on le passa par là pour la délectation de la chasse de$ dains, qui esCoient U,
M. DE MONTPENSIER
dans un des beaux et ancieus parcs de France, à très-grande foyson, qui ne se peut saouler d'admirer et de louer la beauté, la grandeur et le chef-d'œuvre de ceste maison, et faicte, qui plus est, par une telle dame, de laquelle il s'en fît faire plusieurs contes Fabuleux, qui sont là fort communs, jusqu'aux bonnes Temmes vieilles qui lavent la lexive à la fontaine, que la reyne mère voulut aussy interroger et ouyr.
Les unes luy disoient qu'ils la voyoient quelquesfois venirà la fontaine pours'y baigner, en forme d'une très-belle femme et en habit d'une vefve; les autres disoient qu'ils la voyoient, mai; très-rarement, et ce les samedys à vespres (car en cest estât ne se laissoit guieres veoyr), se baigner moictié le corps d'une très-belle dame, et l'autre moictié en serpent; les unes disoient qu'ils la voyoient se pourmener toute vesteue avecques une très-grave majesté; les autres, qu'elle paroissoit sur le haut de la grosse tour en femme très-belle et en serpent; les unes disoient que, quand il debvoit arriver quelque grand desastre au royaume, ou changement de règne, ou mort et inconvénient de ses parens, les plus grands de la France, et fussent roys, que trois jours avant on l'oyoit cryer d'un cry très-aigre et effroyable par trois fois : on lient cestuy-cy pour très-vray ; plusieurs personnes de là qui l'ont ouy l'asseurent, €t le tiennent de pères en fils; et mesmes que, lorsque te siège y vint, force soldats et gens d'honneur l'affirment qui y estoient; mais surtout, quand la sentence fut donnée d'abattre et ruyner son chasteau , ce fut alors qu'elle fit ses plus hauts crys et clameurs ; cela est très-vray, par le dire d'honnesles gens. Du despuis on ne Ta point ouye. Aucunes vieilles pourtant disent qu'elle s'est appareue, mais très-rarement.
Pour fin et vraye vérité finale, ce fut en son temps une très-sage et vertueuse dame, et maryée et vefve, et de laquelle sont sortis ces braves et généreux princes de Luzignan, qui par leur valeur se firent roys de Cypre, parmy les principaux desquels fut Geoffroy à la Grand Dent, qu on voyoit représenté sur le portail de la grand tour en très-grande stature.
Je n'ay guieres veu de personnes qu'ayent veu ce chasteau en son lustre et splandeur, et puis en sa mémorable ruyne, qui ne maudist M. de Montpensier et son opiniastreté folle en cela :
si que les roys ses enfans (disoit ladicte reync) n'en avoient tant faict envers les villes qui a voient tenu, eux presens, contre eux, et ne les avoient desmolies, et luy avoit voulu faire plus qu'eux et se faire craindre et respecter.
Aussy tint-on de ce temps-là que ce prince susdict ne l'emporta guieres loin , qu'il n'en eust une estrelte bien sarrée ; car le roy , le voulant continuer en sa charge de lieutenant gênerai, et l'envoyer en Xainctonge et aux isles pour achever ses conquestes et l'y faire obeyr, il n'y voulut point aller; ains, voulant passer son ambition plus avant, ce luysembloit, il sçait comme le roy s'achemine à Reims pour s'y faire sacrer, il s'y achemine aussy pour s'y trouver au sacre, et là y tenir le premier rang après Monsieur et le roy de Navarre, et Poster à M. de Guyse qui estoit là avant luy. Mais à quelles journées et en plain hiver! les plus grandes que j'aye jamais veu faire; car lors le roy m'ayant envoyé vers M. de La Noue à La Rochelle, et m'en retournant en poste le retrouver Je trouve mondict sieur de Montpensier à Bloys, ainsy que je courois et luyjà ses journées ; il arriva le soir à Paris, que je n'y estois arrivé que le matin; et comme j'estois allé veoyr madame de Guyse, qui estoit lors en couche, et que je parlois à elle, nous nous donnasmes la garde que nous vismes M. de Montpensier sur les bras, dont je fos fort estonné pour l'avoir laissé bien loing : marche de mesmes de Paris à Reims.
Ayant esté adverty de son intention à vouloir tenir le rang audict sacre, et entendu M. de Guyse aussy, qui ne luy vouloit pas céder ny perdre le sien , et mal-aysement souffroit passer telle paille par le bec (car il eust fallu que ce fust esté, ou Dieu ou le diable), commança à rentrer en collere et rumeur, et protester que si M. de Montpensier s'hasardoit le moins du monde de vouloir esjamber sur sa dignité, qu'il luy fairoit autre tour que ne fit Philippes le Hardy , duc de Bourgoigne, à l'endroict de son frère; car il le prendroit par le collet , et le chasseroit de là et le jetteroit par terre, ou possible feroit pis, selon que la collere le domineroit , tout son beau-frere qu'il estoit : car en cela ce sont les premiers anciens pairs de France qui tiennent lieu et rang là, non pas les princes du sang ny autres. Je vis le roy , la
reyne et Coûte la cour esmeue bien fort pour tout cela, et à trouver remède pour y pourveoyr; mais on n'en peut trouver aucun , pour la brave rcsolutîoQ de M. de Guyse.
Ce Alt doncques à opiner et arrester du tout, de mander à M. de Montpensier de ne se haster point tant à venir. Nonobstant, il vint près de deux lieues de Reims , résolu de passer plus outre. Mais, ayant bien sceu au vray la resolution de M. de Guyse, et qu'il y auroit du bruict et de la batterie , et n*y fairoit bon pour luy, et qne le roy luy manda qu1l avoit peur de quelque grand scandalle , ce Fut luy qui s'ar« resta tout court, et ne se trouva an sacre qu'il avoit tant abbaye dés la prise et ruyne de Lusignan, qui luy Fut possible malencontreuse en cela (ce disoient aucuns), et que madame Merlusine avoit là beaucoup opéré.
Il en couva pourtant en son ame nn grand despit et exiresme collere contre M. son beaufrère (mais cela s'accorda après), et très-grand mescontentement contre le roy : et quelques mois après, Monsieur ayant pris les armes pour estre malcontent et maltraicté du roy , Sa Majesté luy voulut donner sa lîeutenance generalle contre Monsieur; mais 11 la reFusa tout à plat , disant ne vouloir aller contre le fils et frère de ses roys, et que mondict sieur avoit quelque occasion de se mescontenter et mutiner, et qu'il le Falloit appaiser et contenter. A quoy il poussa si bien avecques la reyne , que raccord se fit , et treFves Furent accordées à Jaseneuil , entre Sainct-Mexant et Poictiers : et luy Furent accordées force villes et places pour sa retraicte; à quoy cependant mondict sieur de Montpensier travailla Fort pour l'y Faire entrer et ses gens, et principallement à Angoulesme, où il receut un affront que je diray ailleurs. Ainsy , M. de Montpensier se lia les bras contre Monteur et ses gens et les huguenots qui tous estoient avecques luy et l'avoient esleu leur protecteur : ce qu'on trouva à la cour et en France fort estrange, que celuy qui avoit esté si grand ennemy et le fléau des huguenots, maintenant il en estoit à demy appuy et soustien ; ce qui fit penser et dire à aucuns, qu'il se laissoit plus dominera son mescontentement et i son ambition qu'à sa religion, ce que n'eust pas faict son grand patron , le roy sainct Louys , avecques lesSarrazins, disoit-on.
Il en bailla un pareil exemple lorsque M. de Nevers et luy eurent une grande querelle pour Quelque parolle que M. de Nevers avoit dict en secret de Monsieur, frère du roy à M. de Montpensier, à cause de son mescontentement et eslevation , qu'il alla rapporter à Monsieur: dont Monsieur en voulut estre esclaircy et en avoir raison. Mais M. de Nevers nya les avoir dictes, et donna quelque desmenly en l'air; dont s'ensuivit une grosse querelle, et à qui Feroit plus d'amas de ses parens , amys et serviteurs. Sur quoy le roy de Navarro s'envoya oFFrir à M, de Montpensier avecques tous ses huguenots, que M. de Montpensier, sans aucun respect de sa religion , contraire à la huguenotte , accepta très voulontiers et fort librement. Il y avoit de l'autre costé M. de Guyse avecques tous ses bons catholiques (je sçay bien que m'en dit un jour M. de Guyse ) ; si bien qu'il y eust eu du combat et de la tuerie, sans la deFFence du roy qu'il leur en fit, et l'accord qu'il en traicta après.
Voyià ce qu'on en a plus voulu objecter à M. de Montpensier, de s'estre voulu ayder des huguenots , et aussy qu'il traicta et fit la paix avecques le roy de Navarre et les huguenots lorsque nous avions le siège devant Brouage.
Ce bon et grand prince Faîsoit estât et grand gloire ( comme j'ay dict ) d'estre descendu de l'estoc de ce grand et bon roy sainct Louys, et s'eFforçoit fort à l'imilter et se Façonner à ses bonnes et sainctes mœurs et belles dévotions.
Il avoit certes raison, car de plus beau modelle et patron n'eust- il sceu choisir ou trouver pour s'y conformer , et non à celuy du duc Charles d'Anjou , roy de Naples, son Frère , qui pour valeur n'en céda rien à sondict Frère , mais le surpassa bien en toute cruauté, tesmoin celle qu'il usa envers le roy ManFroy et Conradin après les avoir desconfis en battailles , et envers les prisonniers qui y Furent pris , tant seigneurs, gentilshommes qu'autres, les uns massacrés , les autres les yeux crevés , les autres morts en prison misérablement de Fain et de vermine , jusqu'à la reyne , Femme de Manfroy, et ses enFans, morts ainsy en prison. Voyez VHistoire de Naples , et autres qui en content assez à mon advis de ses cruautés. Aussy, ne les porta-il guieres lolng; car Dieu , juste vangeur des cruautés, luy en rendit de bonnes et cuysantes en durs chastimens, comme les vespres