‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 213 sur 267 · M. DE NEVERS, FRANÇOIS DE CLEVES · texte numérisé non relu

M. DE NEVERS, FRANÇOIS DE CLEVES

madame sa femme, qa'il n'y a voit long- temps qu'il n'avoit veue. En y allant, il vint à rencontrer quelques gentilshommes huguenots qui alloient à 1 armée, dont la pluspart estoient ses vassaux et voysins. Sans dire gare , il les chargea ; il en porta par terre un , et son vassal, qui, tout par terre, luy deschargea son pistollet à la jambe vers legenouil, et le blessa tellement, que l'on en attendit plustost et long-temps la mort que la vie. Mais pour avoir esté bien secouru de bons chirurgiens, et par la bonne assistance de madame sa femme , il eut la vie sauve ; mais il demeura ainsy estropié, comme nous Pavons veu , et très-mal sain toute sa vie: dont ce fut un très-grand dommage, car il estoit un très-beau et bon prince. 11 ne laissa pour tout cela à bien servir le roy, et se trouver en toutes les bonnes occasions qu'il falloit.

Au siège de La Rochelle je Ty ay veu peiner et travailler comme s'il fust esté le plus sain et gaillard du monde. Il faut que je die, avecques d'autres avecques moy, que Pune des belles choses qui s*y soient faictes fut celle que M. de Nevers inventa et ordonna, qui fut Tescallade que nous donnasmes le plein jour, le matin à six heures en esté : ce que Ton trouva estrange, le matin en plain jour donner une escallade ; mais il la debatit si bien au conseil du roy, qu'il fiit creu; et si Ton s'y fust gouverné la place estoit nostre.

L'entreprise estoit telle , que toute la nuict devant on ne Ai que donner des fauces allarmes à ceux de dedans et tirer si très- tant, qu'Us furent si fort fattigués, que le lendemain, les aliarmes cessantes, et croyant que tout estoit passé, ils se mirent tous à dormir, et chascun tirer en son logis, et laissèrent la garde du re* tranchemeut si foyble, et encor demeura-elle si fort endormie et assoupie, que nous eusmes un bon loysir de faire nostre escallade.

Le roy de Navarre, qui ne venoit que de frais dresser sa garde, pria Monsieur qu'elle fist la première poîncte, qui la fit très-bien ; et la fit beau veoir atout < leurs beaux mandils neufs de velours jaune, avecques du passement d'argent et noir. Entre autres premiers fut un La Flesche d'Anjou, un La Cassaigne et un La Tour, Gascons, qui ne venoient que de frais du siège

«Avec.

de Monts d'avecques M. de La Noue, très-bra* ves et très-renommés soldats.

En ce siège, on leur avoit commandé que quand ils seroient montés sur le rampart, qu'Qs avisassent bien la contenance de l'ennemy, et fissent signe s'il y faisoit bon, ce qu'ils firent bien : mais au lieu d'attendre que quatre ou cinq cens montassent, comme les uns après les autres ils y alloient tant qu'ils pouvoient , ils ne leur en donnèrent le loysir, et se mirent tous à crier :« Dedans, dedans ! ils sont à nous I » Et donnèrent si grand allarme que l'ennemy s'esveille, s'asseure, prend les armes, commance à tirer à ceux des nostres qui estoient montés, qui prindrent l'espouvante de telle façon, que nous les vismes tomber avecques si grande confusion et peur sur nous qui estions prests à monter, et à deux eschellons, qu'ils nous renversèrent par terre ; et cuydasmes estre crevés , et mesmes des corcellets.

M. de Longueville , qui estoit ce jour là de garde à son tour, comme estoient tous les grands avecques leur suitte, estoit desjà au pre^ mier eschelon, tant il estoit vaillant. M. de Strozze et moy, qui estions avecques luy, cuydasmes aussy estre tués de deux grenades qui nous tombèrent à nos pieds. Par ainsy tout cessa.

Yoylà la faute que nous fismes en ceste belle entreprise, sans laquelle nous eussions bien donné de l'affaire à la ville; car ceux de dedans me le dirent bien après, que je fus parlamenter avecques eux. 11 y en a aigourd'buy encor force vivans qui le peuvent dire. 11 y en eut aucuns qui soupçonnèrent ces deux soldats nostres qui estoient huguenots avoir donné à dessein ceste allarme , par l'advis d'un que je ne nomnic point, pour les advertir et esveiller, car Ils rstoient tous endormis. Toutesfois, ces pauvres soldats y furent fort blessés, et moururent quelques jours après : qui fut dommage, car ils estoient braves et vieux soldats.

Le roy de Navarre les regretta fort , qui me les mena veoir panser en une salle basse où ils estoient couchés : il s'en peut bien souvenir possible encor. Je leur demanday sur quoy ils donnèrent ainsy ceste allarme et ce cry ; ils me dirent qu'ils les voyoient ainsy esveiller desjà, et grouiller en rumeur, et bransler, et crier bellement aux armes, et que s'il y eust eu avecques

eux seulement deux cens hommes , et eussent donné, ils gaignoient le retranchement.

Voylâ nostre entreprise d'escallade très-bien inventée par M. de Nevers et mal exécutée par nous. Certes il estoit très-ingenieux, et n^avoit faute d'inventions , et les premeditoit et consideroit bien avant, car il n*aIloit point visteen besoigne.

Aussy le roy de Navarre et les huguenots disoienl de luy, quand il alla avecques son armée contre eux en Poictou : «Il nous faut craindre a M. de Nevers avecques ses pas de plomb et son « compas en la main. » Comme de vray il a esté un très-sage et meur capitaine, et le leur fit bien paroistre; car, au beaumitan de Tliyver froidureux, pluvieux et fangeux, prit en peu de temps Mauleon et Montagu , dans lequel y avoit un bon homme dedans, M. du Preau, gouverneur de Chastelleraud, qui a faict beaucoup de belles preuves de sa valeur aux guerres de Flandres l'espace de six ans, et en France , comme je dis ailleurs, et acquit beaucoup d'honneur en la deffence de cesie place; car elle ne veuoit que d'estre desmantellée par le mareschal de Raiz, et très-mal fortifiée despuis. 11 prit aussy La Garnache et autres places; et sans qu'il fust mandé par Le roy, amprès la mort de M. de Guyse , pour aller secourir la citadelle d'Orléans, il eust faict autres conquestes et expéditions.

Lorsque Monsieur, frère du roy, partit de la cour et prit les armes, il fut faict lieutenant de roy et commandé par luy de le suivre et luy rompre ses desseins ; de sorte qu'à la cour cela se disoit que, pouraitrappcr Monsieur, qui s'en alloità belle erre, le roy y avoit envoyé un boitteux. Mais pourtant, si la rayne ne fust intervenue, qui vouloit adoucir tout , il Fattrappoit à bon escient, et luy eust practiqué le proverbe, CId va piano va lontano ^ car il luy dressoit une belle entreprise que je sçay. Il me fit cest honneur de me la communiquer à Ronneval en Reausse, ainsy que nous le suivions vers la rivière de Loire, d'où nous luy allions bien ejnpescber et couper le passage , et de venir en Guienne; mais la reyne luy manda une nuict par un courrier et coaunauda de ne passer plus outre : par quoy il se retira à Paris.

^ Qm va doucemenr , va looff-temps

Or, plusieurs s^enquirent, lorsque la ligue commança à s'eslever après la mort de M. de Guyse, que M. de Nevers ne s'y enfonça bien advant ; ce que Ton croyoit, d'autant qu'il avoit esté des premiers avecques le mareschal de Raiz à la bastir : mais il n'en fit rien, car ceste guerre se fit plustosl contre le roy et pour vengeance, que contre la religion, et luy estoit fort serviteur du roy et de TEstat, ainsy qu'il le fit bien paroistre après la mort du roy ; car il tint le parly du roy, bien qu'il fust de la religion; et luy voyant que l'Estat s'en alloit perdu et dissipé si nostre roy, qui estoit légitime et de tout droit vrai roy, n'estoit maintenu en son siège et auctorité, se mit de son coslé; aussy qu'il avoit le cœur grand et haut, que, pour un demy royaume, il n'eust pas voulu obeyr à M. du Mayne, car il se sentoit aussy grand que luy en dignité, auctorilé et tout, et plus vieux et prati j capitaine.

De plus, il avoit si grande fiance en Dieu que nostre roy se fairoit catholique, et pour ce le royaume en bransle se pourroit relever et appuyer très-bien par ceste conversion, ainsy que nous le voyons à l'œil. Ce ne fut pas tout , car il alla vers le pape pour intercéder pour le roy à le vouloir recevoir en son giron et en celuy de l'Eglise : il y peina beaucoup ; il y alla à ses propres despens ; qui fut grand peine à ce boa prince, mal dispos et cassé, entreprendre si loingtain et fascbeux voyage. Sa Saincteté enfin s'eslant ravisée, el voyant les bons effecta de la religion catholique dont le roy usoit , tout est bien allé. Dieu mercy ! comme nous voyons.

11 ne faut point demander si mondict sieur de Nevers fut ayse de veoir une telle conversion ! Et mieux que jamais le servit, tant en soq gouvernement de Champaîgne qu'aux années, avecques le roy et ailleurs, son lieutenant gênerai ; et si on l'eust attendu lorsqueM. l'admirai de Villars fut desfaict vers Dorlan, tout ea fîist allé mieux; il ne tint pas k luy, car il venoit à belles journées et se hastani tant qu'il pouvoit ; manda bien qu'on l'attendist. Ceste desfaicte porta ce coup un grand prc^udice au service du roy et une fort grand perte d'environ quatre ou cinq cens gentilshommes, comme j'ay ouy dire. Ainsy qu'il fit aussy à la prise de Cambray, là où œ bon prince, irès-loyal et Irès-genereux , y envoya monsieur son lils sf perdre dedans (a'ayant

M. DE MONTPEINSIER.

pas encor quinze ans ) pour le secourir et le garder; et y entra fort heureusement , autant conduit par son bonheur et vaillance, que par la prévoyance et le bon ordre que luy ordonna ce sage capitaine monsieur son père ; dont en cela on ne sçauroit assez louer sa généreuse bonté et loyal zelle, d'avoir ainsy exposé, pour le service de son roy et du royaume, monsieur son fils, n'ayant que celuy-là, qui, estant leans, se monstra si asseuré et courageux, qu'il se jettoit ordinairement aux hasards comme le moindre soldat de leans.

Mais il fallut pourtant céder à la nécessité et à la force. Donc fut faicte une composition belle et honnorable , comme cbascun sçait ; et ce jeune prince fut fort honnoré de tous ceux de Tarmée espaignoUe, et mesmes d'aucuns vieux capitaines cspaignols et italiens qui avoient jadis combattu soubs son grand oncle, le seigneur Ferdinand deGouzague; et tous Tadmirerent, et s'esbaliirent fort de quoy ce jeune prince s'estoit ainsy allé précipiter ; et resleverent jusqu'au ciel, et luy offiirenl beaucoup de services, luy trouvant la façon très-belle. J'espère de parler de luy et de ses faicts plus au long dans la vîe de uostre roy.

Ne faut point demander si M. son père fut ayse de veoir son fils retourné sain et sauve, avecques une très-glorieuse réputation qu'il rap* porta de ce siège ; mais au bout de quelque temps îl mourut, aucuns disent de tristesse ; pour ne veoir lors les affaires du roy aller si bien comme il le dcsiroit, autres disent de malladie; car il estoit tousjours si mal sain despuis son coup. Dont il délaissa madame sa femme très-desolée, car elle l'aymoit et honnoroit fort , et luy en faisoit de mesmes; et le maryage en estoit bon et heureux , duquel est sorty, ce jeune prmce leur fils que je viens de dire, madame de Longueville, fille aisnée, très-sage, belle et vertueuse princesse et bonne, et madamoiselle de Nevers, très-belle princesse aussy.

Ce fut une grande perte de ce prince , car il estoit très-bon prince et tenoit encor de ceste vieille bonne paste que peu voit-on aujourd*huy tenir parmy nous.

11 estoit fort splandide, comme M. son beaupere et beaux-freres, car il despensoit fort honnorablement à la cour, et son train et ordinaire alloien^ tousjours bien. Quand il luy falloit faire

quelques festes et magnificences et festins, nul ne Ten a jamais surpassé, car il emportoit tousjours le prix. Quand il s'y mettoit, il jouoit, et peu , et non si souvent comme M. son beaupère; mais quand il y estoit il jouoit fort gros jeu , comme il fit au voyage de Pouloogne.

Il estoit fort provident en ses affaires, ainsj qu'il le fit paroistreau bien de madame sa femme, lequel, encor qu'il fust très-grand, il le trouva un peu brouillé pour les grandes debtes des pères et frères passés; il nettoya et accommoda si bien sa maison, qu'elle estoit des grandes de la France et des aysées. Il estoit fort doux , affable et gracieux, et faisoit très-bon avecques luy ; il estoit très-grand et profond discoureur, et parloit bien; et disoit aussy bien le mot comme madame sa femme , qui le disoit aussy bien que dame de France, et qui avoit aussy bonne grâce.

Or, c'est assez parlé de ce prince, j'espère encor en parler ailleurs, en la vie de nos deux roys derniers; car jeThonnorois fort, et le tenois pour l'un de mes bons seigneurs et amys, comme madame sa femme m'a esté tousjours Tune de mes meilleures dames de la cour, et que j'ay tousjours honnorée , ainsy que sa vertu et ses mentes me Tont toujours commandé.

M. DE MOINTPENSIËR.

Puisque nous sommes encor sur les princes, il en faut encor continuer deux; et parleray de M. de Montpensier le premier.

M. de Montpensier, Louys de Bourbon, fut extraict de Testoc de ce grand roy sainct Louys, ainsy qu'il en faisoit grande jactance; et tascha fort de l'imiter en l'observance de saincte religion catholique, et en probité de mœurs tant qu'il pouvoit, bien qu'il fust homme comme un autre : toutesfois il vivoit plus sainctement que le commun; pour le moins le monstroit-il fort par apparance, du reste je n'en puis juger, puisque cela appartient à Dieu de cognoistre le juste.

Il fut petit-fils de ce M. de Montpensier, dict messire Gillibert de Montpensier, qui fut laissé viscô-roy par le roy Charles VIU au royaume de Naples, qu'il garda le mieux qu'il peut; mais

après il le perdit par faute de secours et d'argent, dont il en mourut de tristesse, autres disent de poison, autres de sa naturelle mort, qu'il advança des malayses qu'il receut après le traicté d'Atelle mal accomply, comme je Tay ouy dire audict M. de Montpensier sondict petit-fils, dont je parleray maintenant.

Les histoires, tant les nostres que les estrangeres , en parlent diversement. M. Philippe de Gommines y vient au point, auquel je renvoyé les lecteurs, et mesmes quand il parle du traicté d'Atelle , qu'il dit estre le plus ignominieux qui aye esté jamais veu, après celuy des fourches caudiennes du temps des Romains, puis qu'estant encor de reste cinq ou six mille hommes de guerre, tant François qu'Allemans, Suisses, Italiens, ils pouvoient donner unebattaille, où, quand ilsTeussent perdeue, n'eussent perdu tant de gens de coup de main comme ils en perdirent de pauvreté , faim et misère; si que possible l'eussent-ils gaignée. Pourquoy non? Les Arragonnois s'en mocquoient fort et s'en mocquent encor, comme je l'ay veu dans Naples, sans rire ; mesmes que dans le chasteau vous en voyez despaintures, qui nous en doibt faire mal au cœur quand nous les voyons. Lesdicts Arragonnois et Espaignols disoient, et disent encor : que ce malheur arriva audict M. de Montpensier par une vengeance divine, pour avoir rompu les trefves faictes dans le Gastel Novo en sortant par mer, laissant ses pauvres ostages, gens de bien et d'honneur, tels que les histoires nomment, à la mercy du cousteau de la justice. Que si Ferdinand fust estéaussy cruel qu'aucuns de ses prédécesseurs, sans faillir ils avoient tous la teste tranchée par juste droit de guerre. En quoy ledict M. de Montpensier fut fort blasmé, tant des siens que des estrangers.

Ce Giliibert ne mourut sans enfans, car il laissa lx)uys, Charles et François de Bourbon.

Ce Louys mourut au royaume de Naples , y allant soubs la oonduicte du comte d'Armaignac; duquel Louys on trouve par escrit que, visitant là les os et la sépulture de son père, et luy donnant de l'eau beniste , il devint si trausy et si perdu de deuil et de tristesse , que soudain H tomba tout estendu mort sur le tombeau. Je Tay ainsy ouy raconter à aucuns dans Naples, qui mesmes me disoient qu'il eust mieux valu

qu'il eust redoublé son courage pour en faire une belle vengeance que mourir ainsy, et d'autant plus en fust-il esté très-honnoré et loué.

M. Charles de Bourbon ne fit pas ainsy ; car, tant qu'il prit le party de son roy, il haussa autrement son courage et esveilla ses esprits: car il fut grand ennemy des Espaignols, et en sacriffia plusieurs d'eux sur la mémoire de sou père : mais après il les ayma bien autant quand il se mit avecques eux,;.qui luy firent acquérir beau renom et belle mort à la prise de Rome, comme j'ay dict.

Son jeune frère François, très-vaillant cbevallier, fut tué à Marignan.

De tous ces trois enfans venus dudict Giliibert et de Clere ou Clerice de Gonzague , dont est très-grande alliance entre ces deux maisons de Bourbon et Mantoue , là où ledict M. de Bourbon fut très-bien retiré et receu quand il tira en Italie au service de l'empereur, fut leur sœur et première née, dicte Louyse de Bourbon, qui fut femme de Louys de Bourbon, prince de La Roche-sur- Yon, d'où sortit : M. de Montpensier duquel je parle, et qui le premier a esté duc , et les autres paradvant ne portoient que titres de comtes, M. le prince de La Roche-sur- Yon, dict Charles de Bourbon, et Suzanne de Bourbon, dicte madame de Rieux, maryée en oeste grande maison de Rieux en Bretaigne.

J'ay veu ceste dame Louyse de Bourbon , que je dis sœur à M. de Bourbon , une très-honnorable, sage et vertueuse dame, qui a vescu cent ans ; et sa vieillesse estoit très-belle , car le sens et la parolle ne luy avoient point manqué. Le roy François il demeura avecques sa cour trois jours à Champigny ; il Talloit veoir tous les jours en sa chambre (laquelle n'en bougeoit pour son imbecille vieillesse) avecques tous les princes n grands de la cour : si faisoient les reynes et mercs régnantes et toutes les dames; et eniroit lors qui vouloit. Tout le monde l'arregarduit fort attentivement, et moy aussy bien que ks autres, et nous Tadmirions, autant pour sa vénérable vieillesse que pour estre sœur de ce grand M. de Bourbon; et les plus vieux > qui l'avoient veu , nous disoient qu'elle ressembioit fort à son frère de visage , et d'autant plus la regarda-on. Il ne sçauroit avoir plus haut de trente ans qu'elle est morte, là où le roy, la reync et tous les princes de la cour» et d'ailietirs

M. DE MONTPENSIER

ses alliés, envoyèrent ambassadeurs et agents pour se trouver à ses obsèques , ainsy qu'est la coustume de ce foire parmy les grands.

J'ay faict ceste disgression de généalogie, que j'ay apprise raesmes de M. de Montpensier, pour monstrer son droict à aucuns doubteux sur la succession de M. de Bourbon , laquelle il retira en partye petite à la fin , avecques de grandes peynes et procès, puisque le bien a esté confisqué à la couronne.

Il n*en peut avoir grand cas du temps du roy François , pour la hayne qu'il portoit à M. de Bourbon, et que la playe qu'il luy avoit faicte esloit fort récente encor, et aussy qu'il estoit fort exact observateur de ses edicls et de ses droicts, car il en pretendoit de très-grands par celuy de madame la régente, dont sourdit le mesconteniement et la rébellion dudict M. de Bourbon.

Du temps du roy Henry, il en eut quelques lipées par le moyen de madame Jacquette de Longvlc, de la maison ancienne de Givry, issue de celle de Ghaaion et des palatins de Bourgoigne. Geste dame, madame la duchesse de Montpensier, du temps du roy François, par un moyen que Ton disoit lors , M. d'Orléans la servant (quel mal pour cela? M. de Rostaîn, qui vit encor, le sçait bien), eut grande faveur à la cour: mais elle n'y peut rien faire à ceste succession, pour la raison que j'ay dict; aussy qu'elle estoit jeune et non si spirituelle comme elle fut despuis. Du temps du roy Henry elle eut beaucoup de faveur, car elle devint plus habille et gouvernoit fort la reyne.

Le roy François II vînt à son règne, où elle peut beaucoup , car je Tay veue gouverner si bien le roy et la reyne, que j'ay veu aussy deux fois de mes yeux que le roy faisoit recommander la cause de madicte dame, qui faisoit tout et son mary peu, et solliciter contre la sienne propre. Gela estoit fort commun à la cour ; et si vis une fois M. le cardinal de Lorraine, de la part du roy, en parler à messieurs de la cour, quMI avoit aussy envoyé quérir à son hostel de Gluny lorsque le roy alla à Orléans, et leur recommander le droict de ladicte dame (elle y estoit présente), jusqu'à dire que le roy la vouloit gratifier en cela qu'il renonçoit pour sa part et son droict à ceste succession, et qu'il n'en vouloit nulle portion ny part , et qu'ils pas-

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