‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 216 sur 267 · M. LE PRINCE DE LA ROGHE-SUR-YON · texte numérisé non relu

M. LE PRINCE DE LA ROGHE-SUR-YON

M. le prince de La Roche-su^YoQ fut frère i M. de Montpeuisier; il ne fut , par apparance* comme luy si grand religieux ; mais pourtant il le fut, et fort bon catholique , encor qu'aucuns ont eu opinion contraire, naais c'estoient abus. Bien est-il vmy qu'il estoit pUi^ politiq que passionné catholique , comme M. son frère, et qu'il conseilloit et tendoit plus appayser les troubles de la France par la douceur que par ta guerre et la rigueur; et pour ce aucuns Ten te* noient plus sage.

Aussy s'il ne fust esté bon catholique et sage prince, on ne Teust donné au roy Charles !X pour son principal surintendant, gouverneur par dessus M. de Sipierre, qui Testoit dlHerops qu'il estoit M. d'Orléans. Et quand il vint â eitre roy , l'on advisa , par Tadvis de la reyne mère, du roy de Navarre et autres grands du conseil, que, pourbonnorer davantage la personne du roy, qu'il eust près de soy un grand prince du sang et advisast à ses actions, bien que M. de Sipierre ne perdist jamais sa charge, car il la meritoit très-bien ; et c'estoit un tel homme qu'il falloit â la jeunesse du roy , qu'il dressa si bien , que nous en avons d'elle de irt»magnanimes cfTects : aussy M. le prince luy cedoit beaucoup, cognoissant sa suffisance , aussy grande que de seigneur de France; et M. de Sipierre, qui estoit très-sage, portoit aussy grand honneur et reverance ft M. le pijpce : si bien qu'ils s'accordoient très-bien ensemble. Et faisoit très-bon veoirces deux messieurs les gouverneurs près la personne du roy , tenans leurs rangs comme il falloit , l'un haut et l'au^ tre un petit bas ; enfin s'en ensuivit d'eux la t>elle et honnorable nourriture que nous en avons veu.

Ce M. le prince fut en ses jeunes ans fort pauvre; et sans la vefvedu mareschal Montijan^ madame Philippe de Montespedon, riche héritière qu'il espousa, il estoit plus que très-pauvre : ainsy le tenolt-on à la cour du roy François ; mais il se remit si bien, que sur ses ans il devint fort riche, et pour ce très-magnifique et très-splandide, lant en luxes et en grandes despenses de table qu'en beaux meubles et autres magnificences, qu'il fit fort paroistre en

Espaigne, lorsqu'il y fut conduire la reyncd'Espaigne , et aussy au voyage de Rayonne, où, recogooissant et renouvellant ses vieilles cognoissances de ce temps, il les Festina très-superbement et y fit très-bien l'honneur de la maison de France pour son cosié , car il estoit très-liberal autant que M. son frère avare.

Au retour de ce voyage il mourut , n'ayant laissé après luy aucuns enfans , en ayant perdu Tun des beaux , gentils et bonnestes princes qu'on eust sceu veoir ( M. le marquis de Beau Preau se nommoit-il ) , qui mourut à Orléans ainsy que le roy et toute sa jeunesse se jouoient à cheval. On dit que le comte de Maulevrier ^ le porta par terre et le creva , dont M. son père en eut si grand despit , qu'il chercha ledict comte long-temps pour le tuer; et fut à luy à s'absenter et à se perdre de vcue de luy, car il luy alloit de la vie.

Toutesfois le roy et la reyne , quelque temps après, obtinrent de M. le prince qu'il oublieroit le tout et ne luy demanderoit rien, et ce qu'il ne se monstrast jamais devant luy, autrement il perdroit patience et en(reroit en si grande coUere et regret de son ancienne douleur, et ne se pourroit tant commander qu'il ne le tuast. A quoy il ne faillit pas une fois, que nous tournasmes de la prise du Havre , que M. le prince, sortant de la chambre des filles, qui estoit en un lieu bas , et le comte y voulant entrer, fut rencontré, et aussy-tost mondict sieur le prince mit Tespée au poing. Ce fut à Tautre à avoir bonnes jambes. Et par bon encontre va trouver une fuye qu'il contourna plusieurs fois, ainsy que M. le prince le poursuivoit tousjours Tespée au poing. Enfin il se sauva galantement ; dont il y eut après de la risée parmy nous, songeant à ceste fuitle, que ledict comte faisoit encor plus valoir quand il la contoit , car c'est l'homme du monde qui est de la meilleure et plus plaisante compaignie. Mais alors, et sûr le coup, il n'y avoit pas à rire pour luy, qui gaigna plus en la mort de ce prince qu'en sa vie; car il n'eust fallu qu'un malheur, ou bien qu'il se fust du tout banny de la cour. Il falloit pardonner à la passion de ce noble père et prince; car il n'avoit que ce fils, son seul espoir, sa seule joye et consolation, sa seule attente de le veoyr un jour ce que desjà sa

* Charles Aoberl de Maulevrier.

jeunesse si belle et si accomplie luy promettoit; et l'avoir veu mort de tell esorte, c'estoit uq grand dommage et pour le père et pour le fils!

Entr'autres belles vertus qu'on donnoit à M. le prince , c'estoit qu'ile stoit fort homme de bien et d'honneur, et qu'il ne trompoit point les personnes qui s'adressoient à luy à la cour et auxquels avoit une fois promis : aussy une belle fille de la cour (de laquelle il estoit amoureux, voyre jouyssant) l'appelloit le Grison fidelle, sur l'exemple ou allégorie d'un fort beau cheval grison que le roy avoit, qu'on appelloit ainsy.

Il estoit brave et vaillant ; il le monstraen une querelle qu'il eut contre M. d'Andelot , trèsmauvais garçon; et j'en parle ailleurs.

11 estoit très^ge et bien advisé, et avoit uo très-bon sens, et le tenoit-on meilleur que celuy de M. son firere ; aussy le roy Henry le fit gouverneur de Paris et de l'Isle-de-France après la battaille de Sainct-Quentin , où il le servit trèsbien et à son contentement et de tout le royaume.

M. LE MARESGHAL DE SAINGT-ANDRÉ.

C'est assez parlé des princes , parlons à ceste heure encor un peu d'aucuns par cy-devant.

Ceux qui n'ont bien congnu M. le marescbal de Sainct- André , messire Jacques d'Albon, par ses faicts de guerre , et qui n'ont ouy parler de sa vie délicieuse, n'ont peu jamais bien juger ni croire qu'il fust esté si grand capitaine qu'il a esté ; car il a eslé fort subject de tout temps à aymer ses ayses , ses plaisirs et grands luxes de table. C'a esté le premier de son temps qui lésa introduicts à la cour, et certes par trop excessifs , disoit-on , en friandises et délicatesses de viandes, tant de chairs que poissons et autres friands mangers.

Pour les superbetés et l)elles parures de beaux meubles (rès-rares et très-exquis, il en a surpassé mesmes les roys, ainsy qu'on les a veus long-temps paroistre en aucunes de ses maisons, et principallement à Vallery, l'une des belles et plaisantes de la France ; et après sa mort , qu'où les a veu vendre à Paris aux enquans, desquels on n'en peut quasy jamais veoyr la fin, tant ils durèrent. Entr'autres, il y avoit une tente de

Page 1