M. LE MARESCHAL DE SAINCT-ANDRÉ
tapisserie de la battaille de Pharsalle, que le marescbal de Vieilleville achepta, dont il en décore sa belle salle de Durtal, qui est une chose très-riche et belle à veoyr, et qui se peut quasy parangonner à Tune de ces deux belles tentes du feu roy François, que j'ay dict ailleurs, qui eslotent hors de prix. Il avoit aussy deux tapis velus tout d'or, persians, qui esloient hors de prix. Bref, qui voyoit de ce temps là Vallery meublé, n'en pouvoit assez estimer ny en priser les richesses. La pluspart desquels meubles madame la marescballe de Sainct-André , estant vefve, donna à M. le prince de Gondé,avecques ladicte maison de Vallery, tout en pur don , pensant Fespouser; d'autres disoient par capprisse, car, estant de la religion et ne voulant accomplir le maryage promis entre sa fille madamoiselle de Sainct-André et M. de Guyse, que les deux pères avoient accordé , elle luy fit ce beau présent par amourettes , afin qu'elle espousast M. le prince , et sa fille le marquis de Gonty, despuis prince de Gondé. Tant y a que ce fut là une liberallilé qu'une grande emperiere ou reyne n'en eust voulu user.
Or, si mondict sieur le mareschal se monstra un vray Lucullus en luxes , boubances et magnificences, il s'est monstre , durant les guerres, au camp, aux armées, tout pareil en valleur. en cœur et en réputation de grand capitaine. Estant jeune, il fut estimé des gallans de la cour en tout , si qu'il fut eslcu de M. le Dauphin pour un de ses plus grands favorys. Il eut la réputation d'avoir très-bien faict et combattu à la battaille de Gerisolles, si bien (comme j'ay dict ailleurs) qu'allant des plus avant à la charge, où il faisoit bien chaud , M. d'Anguyen, jaloux , voulut se desbander à l'envy aussy bien que luy ; mais luy ayant estéremonstréle grand tort qu'il faisoit au grand debvoir de sa charge et à toute l'armée, et qu'il se souvinst de M. de Nemours à la battaille de Ravenne, qui, par trop d'hardiesse, se perdit et fit perdre les autres, il respondit seulement :« Qu'on fasse done- « ques retirer Sainct-André. »
Ge voyage le mit en grand honneur et en faveur de son maistre plus que debvant; et s'y maintint si bien , et mieux que le sieur de Daînpierre mon oncle, que tant qu'il a vescu il ne Ta jamais perdue d'un seul poinct, tant il fut bien sage et advisé,et bon courtisan, comme
il a esté tousjours à s'y bien maintenir et à complaire à son maistre en toutes les façons qu'il voyoit estre agréables.
11 le fit premier gentilhomme de sa chambre quand il fut roy, qui est un des grands honneurs qui soit en la maison du roy, pour coucher en sa chambre et estre près de luy à son lever et coucher; si bien qu'à toutes heures il en avoit l'oreille. En quoy il fit très-bien ses besoignes, tant pour les grandes dignités que pour les biens qu'il eut et acquit à foison. Il fut faict mareschal de France et eut la place de M. le mareschal du Bié ^ qui venoit de bonne main ; aussy elle toafl>a en bonne main , et s'estonna-on à la cour comment il eut ceste charge si jeune, laquelle ne se donnoit qu'aux plus anciens chevalliers.
Après le traicté et l'accord de Bouloigne, entre le roy Henry et le petit roy Edouard d'Angleterre, le roy son maistre l'envoya vers ledict roy Edouard, pour en faire un serment très-solemnel , et luy porter aussy son Ordre, qu'il luy donna avecques les cerimonies accoustumées, fors celles de l'Eglise. Aussy ledict roy bailla le sien audict mareschal, par la permission de son roy, qui ne l'eust osé prendre autrement, et envoya le sien pareillement au roy Henry; si que pour un coup s'est veu à la cour, pour la feste de Sainct-George, célébrer et porter cest Ordre de trois François, ce que Ton observoit par curiosité : à sçavoir le roy, M. le connestable, qui Tavoit eu du roy Henry d'Angleterre durant sa faveur, et mondict sieur le mareschal; qui estoit une belle chose à veoyr, car la solemnité en est très-belle, et TOrdre et le manteau très-beau, avecques la jarretière, dont rinstilution est fort antique et plus que de tous les autres, fors celuy de l'Annunciade deSavoye, qu'on tient la plus ancienne.
Or, faut notter que , lors de la partance dudict sieur mareschal vers Angleterre, bien que la paix fost entre l'empereur et le roy, toutesfois les mainsriemangeoient si fort à l'empereur, qu'il necherchoitque les occasions à toute heure pour la rompre; à quoy veilloit la reyne de Hongrie, sa bonne sœur, qui le sçavoit trèsbien servir selon son goust, en tout ce qu'elle pouvoit du coslé de son gouvernement des Pays- Bas; si bien qu'ayant armé grande quantité de
> Liiez de Gié.
navires, leur Faî6oit tenir la mer de ce costé en faraude subjection , et plusieurs insolanœs en sortoicnt sur nos navires françois, à les desvalHser de leurs biscuits, vins et munitions, jusqu'aux agrais, ancres et voyiles; et ladicte reyne ayant sceu le voyage dudict mareschal vers TAngleterre, fît tenir ladicte armée entre Calais et Douvres, afin qu1I ne pasaast qu'à leur mercy.
De quoy adverty,M. le mareschal prit le chemin de Dieppe, là où il fit arrester deux ou (rois navires flamans pour deux ou trois jours seulelement, pendant lequel temps il peut estre passé et pris terre en Angleterre : ce qui s'eut* cuta si dextrement et gracieusement, qu'il n'y eut un seul marinier offensé, ny chose dans leur navire ostée, ny navire qui ne fiist relasché aussy tost qu'on sceut ledict mareschal arrivé en Angleterre.
A quoy ladicte reyne prit pied, et poinctîlla aussy tost , qu'elle fit arrester à ses ports tous les navires françois, à Tappetit de trois petits navires flamans arrestés pour trois jours seulement, leur faisant oster les voyies, mettre la marchandise en terre, et consommer les marinniers, qui estoient en grand nombre, et les marchans, en frais de poursuittes, sans leur faire autre response, si-non qu'on leur a^oit retenu en France leurs navires, combien qu'ils fussent desjà délivrés et que ceste rédemption fust seulement particulière à Dieppe, et pour juste cause, où l'autre estoit generalle, sans cause et exécutée aveeques tous les termes d'aigreur. Davantage ceste collere s'estendit sur les marchans qui par terre Iraficquoient à Anvers, bien qu'ils n'eussent rien de commun aveeques ceux qui naviguoient; et leur saisirent toutes leurs marchandises qu'ils portoient sur leurs chariots.
J'obmets tant d'autres insolances qui seroient trop longues à réciter, par lesquelles l'on pourroit à plein cognoistre combien bonne ministresse estoit ceste reyne des dessains, secrets, entt*eprises et actions de l'empereur son frère. Et disoit-on qu'alors , si elle eust peu arrester mondicC sieur le mareschal et son armement, qu'elle l'eust fort bien retenu et rançonné pour un mignon et favory du roy, et butiné, tant raoimosîté et ambition d'un grand transporte son ame quelquesfois !
A quoy sceut très-bien remédier par sa sa-
gesse ledict sieur mareschal , tant pour l'aller que pour le retour, dont il fut fort loué et estimé, non pas pour ce faict seul, mais en plusieurs autres qui s'ensuivirent après, et en toutes les armées , où , après M. le oonnestabie , il avoit tousjours la principauté et charge de commander, ou en l'avant-gardo , ou en la liattaille, ou arriere-garde sur les retraictes; car il estoit tout plain de valeur et de sage conduicte.
Il fit très- bien au ravitaillement premier de Mariembourg, comme il fit aussy à la batiaille de Sainct-Quentin,oà il fut pris prisonnier aveeques beaucoup de réputation et l'espée sanglante en la main. Et puis Ait l'un des plus principaux moyenneurs de la paix entre les deux roys. Et puis la guerre ctville entrevenue, d'autant qu'il estoit très-bon et ferme catholique, il se monstra fort ennemy des huguenots; et disoit-on que ce fut luy le premier qui fit l'association du triumvirat. Aussy les huguenots rhayssoient fort, et l'appolloient harquebusier de Ponant ^ et n'eussent sceu dire bien au vray pourquoy. il fut envoyé au-devant du chevalier d'Andelot pour luy empescher le passage de France aveeques ses reistres; mais il le trouva si fort et marchant en si bel ordre, que , le costoyant pourtant tousjours pour en espier une occasion pour le combattre, jamais il ne peut ; aussy que M. d'Andelot ne vouloit que passer et joindre messieurs le prince et admirai : et mondict sieur le mareschal ( eux ayans estes joincts), sçachant qu'ils venoient assiéger Corbeit et prendre Paris par là ( comme on dict en commun proverbe), il s'y alla jetter dedans, et le garda si bien, qu'ils en levèrent le siège et vinrent assiéger Paris.
J'ay ouy dire de bon lieu, et nous le tenions aucuns, que ce fut luy qui ordonna l'ordre de la battaille de Dreux, qui fut en mode de croissant , mettant entre chasque bataillon de gens de pied un régiment de gendarmerie, estant pourtant en baye. Messieurs de Guyse et connestable trouvèrent ceste forme belle et bonne, et la luy deforerent, tant parce qu*its le tenoient de bon esprit et advisé capitaine , et aussy que tous trois s'entendoient si bien , que ce que l'un vouloit l'autre t'appronvoit, et n'avoient nulle contestation ensemble; ce qui est fort rare.
Le matin avant la battaille il vint trouvef
■ Sodomitce.