‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 22 sur 267 · LE GRAND DUC D*ALBR · texte numérisé non relu

LE GRAND DUC D*ALBR

«frères, cousins, ny aucuns de vos proches, sans caucun respect ny pardon; je prens tout sur ma ccoulpeet sur mon blasme. » Le roy d'Espaignc n'avott garde d'en dire de mesmes dudil duc, car il sçavoit bien que lun et l'autre en avoient trop fïict , et que les diables leur pourroient jouer une trousse en cachette; et par ainsy se (1(^har{|^aDt Tun sur Taulre, qui auroit moins (le chaire se sauveroit plus aisément d'eux. Voylà ce que m'en dict ce bon religieux de Tun et de l'autre. Enfin ce grand capitaine mourut en Taage de quatre-vingts ans ou plus, chargé de force chapeaux de victoires, de triumphes et de trophées, monstrant, jettant, et produisant e&cor en son vieux tronc tousjours quelques petits jettons verds, vigoureux, et tous généreux, ny plus ny moins qu'un beau, grand et vieux arbre jette de ses racines quelques gentils et verds arbrisseaux qui dénouent bien qu'il a esté d'autres fois l'honneur d'une grande forest, ainsy que ce grand due Ta esté de son pays d'Espaigne : lequel, oultre ses vaillantises, prouesses et sages conduictes, je pois dire que ce seigneur, tout vieux qu'il estoit, monstroit bien une bonne grâce et belle apparence en toutes ses actions.

il fut un des principaux conducteurs, i l'entrevene de Bayonne, delareyne d'Espaigne, ss bonne maistresse, là où il fut veu par tous les seigneurs françois et autres, grands et petits, et les dames, en grande admiration en tous les comliats à la barrière et courses de bagues qui se firent là. Le roy Charles Tavoit esleu pour l'un de ses mareschaox de camp avec M. le oonnestable. Il faisoit beau voir ces deux braves et honorables vieillards en ces boDoraUes charges; et monstroient bien qu'en DU bon jour de guerre ils avment sceu mieux hitt et à bon escient qu'en un fainct et de plaisir. M. le connestable defèroit tousjours à son compaignon comme à Testranger ; et la raison et l'usage le vouloient ainsy.

Le due d'Albe servoit le roy avec autant de respect et révérence comme si ce flist esté son roy, lui donnant sa lance, la luy prenant, lay donnant sa picque, son eq)ée, luy accoustrant son habillement de teste et ses autres armes, comme craignant qu'il ne luy en arrivast le tocsmes inconvénient qu'au roy son père, qu'il avoit veu mourir, tant il estoit soigneux de sa 1

personne, disoit-il. Ghascun l'en louoit fort; aussi la reyne sa bonne sœur le luy avoit fort recommandé; ce qu'il n'aymoit pas mieux.

11 aymoit le roy naturellement; car, bien qu'il fust fort jeune lors, il en presageoil de grandes valeurs et vertus qui luy escheroient un jour; comme de vray luy Fussent-elles estées eschenes, sans la mort qui le print advant le temps.

Le roy luy feisoit des demandes de ses guerres passées et de l'empereur, qu'il s'estonnoit merveilleusement de son vif esprit et de son bon jugement, comme certes il l'avoit. Je vous laisse à penser, s'il eust eu plus longue durée, ce qu'il fust esté. J'en parle d'advantage en sa vie.

Leroy Thonoroit fort (en tenant sa petite grandeur pourtant tousjours comme s'il fust esté plus en aage) pour l'honneur qu'il portoil à la reyne sa maistresse. Certes il estoit grand, fust ou qu'il se tint sur sa chaire derrière elle quand elle estoit à table, ou qu'il l'accompaignast en marchant, ou parlast à elle, tousjours la teste descouverte, bien qu'elle le priast sou vaut se couvrir; car c'estoit la mesmes honnesteté et douceur. Aussy estoit-elle toute noble Françoise, comme j'en parle en sa vie.

A tant , c'est assez parlé de ce grand capitaine; car j'en parle encor en plusieurs endroicts de mes livres. Meshuy, il est temps de finir en disant ce que deux braves vieux soldats me dirent une fois parlant de luy : Haï Seàor, el buen padre de los soldados es muerto i. Aussy en sa vie leur a-il donné de bonnes lipées, et de bons moyens pour gaigner la pièce d'argent, et mesmes aux curées de la Flandres. Et me disoient encor qu'ils s'y estoient veus pour un coup leur estre deues dix-huict payes, sans jamais s'en estre mutinés; aussy n'en perdirent-ils pas une. Quelle créance parmy eux, et quelle providence au chef 1

Il partit d'avecques eux en grands regrets, quand il laissa sa place au grand commendador, qu'ils n'aymerent tant.

* Le bon père des toMats M moTL

EL GRAN COMMENDADOR.

Si fut-il UD bon capitaine. Il n'en fault autre preuve que la baltaiUe de Lepanle, le roy d'Espaigne Payant donné à dom Joan d'Austrîe pour Fun de ses principaux conseillers et combatlans près de sa personne, où il fut plus heureux qu'en Flandres, où les choses commencèrent un peu à changer ; dont je m'en rapporte ù ceux qui les ont veues; c'est chose de frais.

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