‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 226 sur 267 · MM. DE CHAVIGNY ET DE LA VAUGDYON · texte numérisé non relu

MM. DE CHAVIGNY ET DE LA VAUGDYON

amityé éh$\t$iege de Brouage, où n'ajrant pourtant aucune charge que de sa compaignie de gens-d'armes, il servit très-bien leroy en tout plain de belles occasions qui s'y présentèrent, car il estoit très-vaillant et fort homme de bien. U regretta fort son roy et son bienfeicteur, et se rendit, disoit-on, animé contre la ligue , autant pour vanger la mort de son roy que pour autre subject.

Avant qu'il fut mareschal, ayant querelle contre le capitaine Villeneufve , jeune gentilhomme et très-dcterminé, U fut fort blessé de luy dans un bras, dont il cuyda mourir. Et en vis le roy en si grande oollere, que, s'il enst tenu ledict Villeneufve, il luy eust faict trancher la teste quand il eust eu cent mille vies : dont ce fnst esté grand dommage; carc'estoit un brave et vaillant gentilhomme. Je le vis despuis suivant M. de Turaine aux guerres huguenettes en quelque entreveue que nous fismes.

Ce ViHenenettfve, un jour que ledict sieur mareschal se pourmenoit en coche avecques madame de la Boordesiere , qu'il espousa despuis , et madame de Raix et un autre gentilhomme , dont pour à ceste heure je ne m'en souviens pÊÊ bien et n'en ay cognu d'autre ( il me leiinble que c'estoit Bouchemont , qui estoit à M. le ducd'Alençon. Ondisoit pour lors à la cour que ces deui gentilshommes avoient de la semence de chien. Quant aui dames, elles eurent si grand peur et appréhension, qu'elles se firent aussy tost saigner pour ne devenir ladres de ceste vezarde , comme elles le confessèrent fort bien ), ce Villeneufve , avecques un autre déterminé soldat,! vint au coche, le bit arrester, tire son coup depistollet, dont il blessa au bras .M. d'Aumont : l'autre tire à l'autre gentilhomme et le tue tout roide mort, qui tumba sur madame la mareschalle de Raiz. Ayant feict ainsy leurs coups, se retirèrent vers la porte de Bussy fort bien , et se sauvèrent au lieu de leur retraicte. On trouva ceste resolution et exécution fort estrange ainsy dans Paris en plain jour.

M. d'Aumont, qui n'estoit encor mareschal, mais bientost après , fot fort plainct et regretté, et fort visité de la pluspart de la cour et de Paris, car on le tenoit tous les jours pour mort ; et endura beaucoup de douleurs ; enfin il en rescfaappa. Le *,roy le visitoit souvent au logis

du comte Ghasteauvlllain, y estant retiré; et telles visites de ces grands guérissent bien souvent de grands maux et malladies , comme j'ay veu.

Ondisoit que M. de Beaupré, très-brave et vaillant gentilhomme, estoit fort meslé en cela, car il avoit pareille querelle contre mondict sieur le mareschal. Je ne sçay si du despuis le roy les a accordés : ce qui à esté bien de besoing, car et les uns et les autres ont laissé de trèsbraves et vaillans enfans , messieurs le comte de Ghasteauroux et de Ghappes , de mondict sieur le mareschal , et M. de Beaupré d'aujourd'huy. Il en pouvoit arriver dangers et de grands inconveniens. J'ay ouy dire, je nesçay d'il est vray, que le mesme bras de mondict sieur le mareschal, qui fut blessé en ceste querelle, fot de mesmes en cest assaut dont 9 mourut. Ce sont des coups de guerre qui se rapportent ainsy en mesmes lieux des personnes, comme le bon homme M. le mareschal de Biron : en sa mauvaise jambe il eut Tharquebusade de La Rochelle, et Tautre il se la rompit et cassa , estant lieutenant de roy en Gascoigne, d'un cheval qui luy tumba. Gela arrive souvent que là où on a mal, ou que Pon y a eu, on y est subject de s'y blesser tousjours. Les médecins et chirurgiens le disent que : le mal recherche toujours le lieu ot la nature est la plus foible.

IV et V.

M. DE GHAVIGNY ET M. DE LA VAUGDYON.

Dudict M. le mareschal d'Aumont furent contemporains quasy et compaignons MM. de Ghavigny et de La Vauguyon ; mais M. de Ghavigny, plus vieux aussy que tous eux, fut premier advancé en grades. Il ne faut doubter que sans qu'il a perdu la veue , qu'il fust esté, il y a long-temps, mareschal de France; car il en meritoit Testât pour avoir faict de bons services à la couronne, en France et en Piedmont, et est un fort sage seigneur. G'est grand dom^ mage de cest accident malheureux, car encor eust-il bien servy le roy. Je l'ay veu l'un des capitaines des archers de la garde , faire aussy bien sa charge et aussy modestement , et sans

636 HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS mesoontenter ny ofFenser personne : luy et i aussyCassir n'en fut point ingrat, car il le

M. de Brezay son compaignon eurent mesme charge, quiestoit un fort sage et honneste seigneur. li est mort s'estant retiré en sa maison long-temps avant mourir, pour une maladie qu'il avoit.

M. de La Vauguyon a tousjours servy le roy tant qu'il a peu , et ne s'est jamais retiré, bien qu'il fust fort vieux et cassé, mais il roulloit tousjours , tant il avoit le cœur et le zèle bon; et mesmes se trouva au siège de Chartres dernier, où il se soucyoit autant des harquebusades que de rien, et se prcsentoit aussy resoluement hors des tranchées comme tout autre. L'on disoit qu'il faisoit cela exprès pour se foire tuer, voyant ses jours approcher, les estimant mieux et plus honnorablement là achevés que dans son lict. Ses longs services meritoient bien qu'il fust mareschal de France, mais il a esté si malheureux, qu'on luy a faict passer une infinité de places vacantes soubs son nez; au diable s'il en a jamais peu attrapper une : si bien qu'on le disoit en cela très-mathcureux, car tels Festoient qui ne le meritoient pas mieux que luy. La fortune Ta voulu ainsy. L'on disoit qu'il ressembloit ces oyseaux de proye qui chasseront tout un jour et ne prennent rien, et d'autres qui en une heure feront plus de chasse qu'ils ne voudront.

Je parle du susdict M. de Ghavigny fort ailleurs, par quoy icy je me tais.

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