‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 235 sur 267 · M. PARISOT, GRAND · texte numérisé non relu

M. PARISOT, GRAND

Il avoit lors une compaignie de gens-d^armes, et à la battaille de Jarnac; mais quelle compaignie estoit-ce? composée d'aussy honnestes gentilshommes, jeunes et vieux et tout, et riches, de la Gascoigne, qu'on eust sceu veoîr, tant à Tenvy estoient-ils désireux de ce pays là d'estre soubs ce bon capitaine, qui leur donnoit tous les jours de très-bonnes leçons et practiques; au reste, tous la pluspart montés sur de beaux et nobles chevaux d'Espaigne ou de Gascoigne ; si qu'As foisoient factions de gens-d*arma et chevaux-Iegers quand bon leur sembloit.

A la battaille de Jarnac, il entra si avant à la charge avecques ceste belle compaignie, que la pluspart de ces honnestcs gens furent ou morts ou blesssés, comme je la vis ainsy desfaicte, descousueetbien changée decequ'elle avoitesté : et fallut que le roy luy baillast congé pour s*en aller en son pays et sa maison pour la reffaire, que despuis, il retourna si bien refaicte et recousue, qu'on n'y trouva guieres à redire à la première, tant la noblesse de Gascoigne Taymoit et avoit créance en luy, et desiroit faire armes soubs luy.

il fut lieutenant du roy en une mezze-partye > de la Guyenne, qu'il gouverna bien sagement et avecques Tamour de tout le monde , et avecques un grand regret quand il mourut , qui fut de sa mort naturelle, et enoor en un aage assez verd et ferme, et point encor fleny pour bien servir son roy et sa province. Et ne faut point doubler que s^îl eust vescu plus vieilles années , qu'il f ust esté mareschal de France , car ses mérites luy promettoient cela , et que force autres qui vindrent après luy ne luy eussent osé passer ceste paille par le bec.

Âussy M. d'Espernon, son jeune fils, gouvernant si bien le roy son maistre, qu'on le tenoit pour un Monsieur et le second de France, Teust poussé encor à plus haut degré que celuy de mareschal ; car, quand la valeur et la faveur sont ensemble, elles font de grands effects; et aussy qu'il faut donner ceste gloire naturelle à M. d^Espemon , que c'estoit le fils qui honnoroit le plus son père, et honnore encor fort sa mère, tant grand qu'il est, tout ainsy que quand il estoit soubs le fouet; et pour ce croit-on que Dieu Ta préservé de grands incooveni^ns et

1 Moitié, de l'Italien mezzo.

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