MAISTRE DE MALTHE
hasards qu'il a passé despuis six ans, et ie fait vivreplusIoDguementquesesooiqiietblesieures ne luy debvoient permettre. Je parie de faiy ailleurs.
M. PIAISOT, GEAfiO MAIOTU DE MALTHL
f avuis toutes les envyes du monde de mettre fin à ce livre dès â ceste heure, car il en est tem[KS ou jamais non , sans qu'à moy se présente un si grand capitaine qui ait esté de nostre temps , et qui se peut parangonner aux plus grands que j'ay mis en ce livre, qui est M. Parisot , dict frère Jean Vallelte, grand maistre de Malthe, François en tout de nation et Gascon ; et bien qu'il n'ait foict trancher son espée pour son roy de France, son supérieur et seigneur, nous autres François ne le debvons desadvouer, mais noustemr très-heureux et très-honnorés d'avoir eu en nostre nation un si grand capitaine, qui a tant respandu de sang des infidelles et ennemys de Dieu et de nostre ioy, et a beaucoup vangé celuy chrestien vilainement escoullé par eux,ily a tant d'années.
Ce ne sont pas nous seulement qui le louons , mais toutes les nations chrestiennes, et letf Turcs autant que nous, et non sans raison. Le seul siège de Malthe en donne ample subject, où il fit paroistre sa valeur et sa suffisance, la place n'estant des plus fortes, ains estimée plus foible que forte, assaillye de tant d'hommes, battue de tant de pièces d'artillerie et de telle furie, qu'aroprèsle siège levé elle avoit ressemblance plus d'une niyne que d'une ville. Les assauts grands, longs et assidus, donnés, rafraischis et soustenus, nous le doibvent encor d'autant plus faire admirer.
Entr'autres des plus grands que j'ay ouy raconter, fut un qui fot livré un jour à la poste de Castille , si soudain et si furieux , qu'on vint Pappeller ( ainsy qu'il s'estoit un peu retiré pour se deslasser de la fatigue qu^il avoit enduré toute la nuict ) , et annoncer que l'ennemy forçoit la bresche. Luy, sanss'estonner ny s'esmouvoir ( car de son naturel il estoit froid) : ail y faut aller doncques, dit-il, pour les rea pousser ; mais passons à Teglise pour faire ua a mot de prière à Dieu ; et . pour si peu que r
«le prierons , le temps n'en sera point perdu ny «nostre aller retardé. Cependant Dieu, s'il luy « plaist , battaillera pour nous. » Ayant faict sa courte prière, arrive à la bresche, trouve ses gens très-vaillamment combattans, prend sa picque, qu'il fait très-beau veoyf en la main de ce grand homme, de très-belle et haute taille , qui paroissoit par dessus tous , combat bravement , et anime un chascun à faire comme luy : si que tous unanimement, combattans à Tenvy par un long espace de 'temps plus qu'hommes, repoussèrent les ennemys dans le fossé avecques une très-grande tuerye.
J'ay ouy raconter à aucuns gentilshommes et marchands , italiens et françois, qu'ils ouyrent dire dans Constantinoble à aucuns Turcs jurer et affirmer qu'ils avoient veu des diables et esprits d'enfer combattre à la bresche pour ces chiens , afipellans les chrestiens tels, comme nous les appelions, et mesmes ce jour de cest assaut que je viens de dire , et que ce n*estoient point hommes, mais vrays diables, que ces chiens avoient invoqués et appelles à leurs secours. Tel lesmoignage est bien autant glorieux pour ces braves chevalliers et leur gênerai qu'il est fiiux.
Je me souviens qu'après le siège levé, mondict sieur le grand maistre envoya et despescha des ambassadeurs vers tous les princes chrestiens, pour leur annoncer leur heureuse victoire et délivrance du siège ; ambassade certes bien plus agréable que celle qu'envoya le pauvre grand maistre de TIsle-Âdam , après la prise de Rhodes, pour raconter sa misère et pitié.
Pour noslre roy fut le chevallier de La Roche, que despuis avons appelle le commandeur de La Roche , d'une fort bonne maison de Dauphiné , brave et vaillant , et fort accompli gentilhomme, qui parloit très-bien françois, italien et espaignol et grec , et qui lors estoit premier escuyer de M. le grand maistre.
Il trouva le roy à Tours, au Plessis. Le roy et la reyne le receurent avecques une très-grande allégresse , et Fouyrent l^rt attentivement et d'affection en son discours de ce siège, qu'ils luy prièrent de conter tout au long; et encor plus rinterrogeolent sur plusieurs particularités qui leurvenoient enfantaisye:â quoy ledict La Roche respondoit si pertinemment , que Leurs Majestés y prindrent un très-grand plaisir, et en
furent fort salisfaictes , et surtout demenrirent ravis d'admiration de la valeur et sage condaicte de M. le grand maistre. Surquoy M. lechancellier de THospital , ce grand et non-pareil sénateur, qui estoit présent , après que tout fut dict , prit la parolle, et l'addressaut à la reyne, luy dit : « Ma- « dame , c'est un poinct fort remarquable en cecy, «qu'en trois gros et signalés sièges qu'ont souf- « fert ces bravos chevalliers de Sainct -Jean, des a infidelles et des Turcs , les grands maistres qui août dedans leurs places commandé sont esté a tous François; si que Ton diroit que Dieu les « avoit esleus , suscités et appelles pour en plana ter la vivegloire,etplus grande que des autres «nations, et que, comme vrays et anciens chrcs- «tiens, ils estoicnt destinés par-dessus les au- «très à defFendre le nom chrestien. L'un fut «le grand maistre d'Aubusson, qui deffenditsi «vaillamment Rhodes contre le grand soudan «d'Egypte, qu'il contraignit d'en lever le siège « et se retirer avecques sa grande honte et peric «de ses gens. L'autre fut M. le grand maislre «de risle-Adani à ce dernier siège de Rhodes, «qu'il soustint six mois durant, sans nul secours «de prince chrestien, et puis, reduîct à toute «extrémité, la quitta par une très-belle et Irès- «honnorable capitulation. Encor, en quelque «estât et contraincte qu'il fust , sans un traistre «chevallier portugais, qui meschammeut trahit «son Dieu, sa religion, son grand maistre et «ses compaignons, et sans aussy un médecin «juif renié, il ne fust esté jamais pris, eteust «faict retirer aussy bien sultan Soliman comme «l'autre fit son ayeul. Le troisiesme fut M. Pa« «risot , que vous voyez de frais et de nouveau «ce qu'il a faict en cestuy-cy. et en est demeuré «victorieux.»
La reyne , qui estoit curieuse de sçavoir toutes belles choses, respondit : «Vrayement, «monsieur le chancellier, voylà une observation «très-belle et digne d'estre remarquée et ^^ «cueillie. » En se tournant vers le roy, qui estoit encor jeune, la luy fit noter, et le grand booneurque ce luy estoit età son royaumeet regoe: et sur ce, se mirent à discourir quel siège des trois avoit esté plus grand , plus dangereux et fascheux.
M. le connestable, qui estoit présent, respondit qu'il falloit laisser à part le premier, car il estoit hors de nos cognoissances, bien que