IL DE LA ROCHBPOT
Après la mort de M. Bussy, M. de La Rodl^ pot, gentilhomme de grand maiwn et bonne valeur, eut sa place de couronnel , et MoDsiew la lui donna pour le oognoistre tel, qui loi donna de la gloire et de l'exercice en la guerre de Flandres que son maistre y a feict, et qui a commandé à de très-belles troppes et à de trèsbons et vaillants maistres de camp et capitaines. Ce fut lui qui commança dans Anvers à célébrer la feste de sainct Anthoine, où s'e$tant$aL^ d'une porte, donna le premier d'unooupde tracquet dans le corps d'un bourguemaislre de la ville, et le tua tout roide mort. On dictque» tous les François de la porte eussent iaictde mesme que luy, et chascun eust tué son bonuoe, la porte estoit à eux , et par conséquent les forces de dehors dans la ville , et la ville prise. Despuis, ledict M. de La Rocbepot a toosj<Nin très-bien servy son maistre jusqu'à la mort. U fut gouverneur d'Anjou, et tousjours en bdk réputation. Venons à d'autres couronoels.
M. DE LAVAADIN.
Le roy de Navarre, en sa guerre hogoeDOtique , a eu ses couronnels aussy bien que les aatres. Il a eu le premier M. de Lavardia qu'il avoit nourry et eslevé dès son enfance, et estoient tous deux pareils d'aage etderelligioii Il scavoit sa portée, il l'avoit ven en affaires rt le cognoissoit pour fort vaillant. Aossy le if* noit-on plus garny de vaillantises que de coodnictc. Mais, soit ce qu'il fiist , il n'a point eu de reproche en sa charge.
Eu la dernière guerre de la Ligue il qni«« sa charge , et tint le party contraire à cdoy <ïi roy de Navarre, qui l'avoit créé, et deft«ï» estant dans Niort avecques M. de MalicomesaD oncle, lui faisoit fort la guerre, à bon ess^ En quoy on le tenoit très-ingrat, et le sosdici roy luy en portoît grande hayne, mais non « cruelle qu'il ne luy envoyast tousjours qn^fl* bon mot de guerre gentil, ou recomoiandatioitf)
DES COCRONNELS FRANÇOIS.
et qu'il Tavoit nourry, et qu'il sçavoit ce qu'il porioit avecques soy. Âussy , hors le cul sur la sdie , il iuy feisoit toutes les courtoisyes qu'il pouvoit, et à ses gens.
Aucuns le tenoient ingrat; mais qui voudra considérer l'obligation qu'il avoit à son roy naturel , et celle qu'il avoit au roy de Navarre, il ne le trouvera si taché de ce vice d*ingratitude qu'on diroit bien ; car, outre le debvoir naturel qu'il debvoit à son roy, il Iuy estoit grandement tenu et obligé de la grâce qu'il Iuy avoit donné de la mort du jeune Randan, qu'il avoit tué un peu trop promptement ei légèrement, ce disoit-on ; aussy pour tel bienfaict servit-il bien le roy, et ferma les yeux à tout.
Advant ceste guerre de la Ligue, il estoit allé servir Monsieur en Flandres avecques une trèsbelle trottppe,et se fit fort remarquer. Pour fin, par^tout oA il s'est trouvé il a foict très-bien; il avitailla Vitray en Bretagne, assiégé de M. de Mercure ; il y avoit près de neuf mois qu'il n'en pouvoit plus et estoit prest à se rendre. Il y entra dedans avecques forces fort heureusement et vaillamment ; et puis (ce qui est le plus beau ), après y avoir mis les gens qu'il feUoit et pourveu à tout, il en sortit , Iuy guetté et attendu par toutes les portes , et empesché de barricades, de corps-de-garde, de fossés, bref de tout; mais il sortit par la bresche en menant les mains , Iuy et ses gens, comme un piffre. Enfin Vitray, qui s'en alloit perdu et exposé entre les mains de M. de Mercure dans peu , se sauva ainsy par le moyen dudict sieur de Lavardin : bref, je ne sçaurois dire tant de bien de Iuy qu'il y en a, par lesquels despuis il a esté faict mareschal de France. Puis il y a tant d'escrivains aujourd'huy, je leur en quitte la plume. Si dirai-je encore comme il fut biasmé à la battaillede Goutras ^ Après avoir faict la première charge, il ne tourna au combat. Il n'estoit pas possible de mieux faire qu'il fit ; car y estant mareschal de camp, et faisant la première poincte, il chargea si vaillamment et si furieusement, qu'il mit la cavallerye légère du roy de Navarre en routte, et,. poursuivant son ennemy foyant jusqu'à Goutras, el voulant tourner ne trouvant plus à combattre, retourna à son gros; il vit son gênerai desfaict et mort,
lU 20 octobre 1687.
f par quoy ce fut à iuy à songer à se sauver à Aubeterre , comme les autres..
Il fut aussy biasmé de n'avoir bien reoognu son champ de battaille, ny assis ses baltaiilons, ny rangé, ny logé ses gens , comme avoit faict ce brave, vaillant et expérimenté M. de Favas. A cela, comme j'ay dict, il estoit plus meslé de vaillance que de conduicte. Mesmes les huguenots s'en esmayoient ^ qu'on Tavoit créé tel , car ils le tenoient toujours pour fort vaillant, mais non si sage et advisé comme il estoit requis en une telle charge. Sur quoy je me souviens qu'au siège de La Rochelle, comme vous sçavez qu'en tels endroicts et rencontres il y en a tousjours quelqu'un qui dit le mot, le capitaine Normand , qui estoit l'un des principaux chef de leans, encor qu'il ne fust noble de lignée, mais fort de l'espée. car force l'avoient veu aux premières guerres goiyat du sergent Navarre, d'une des couronueiles de M. d^Andelot, il nous dit un jour en gaussant : «Vous n'avez garde, a vous autres messieurs, de vous fascher tant que «nous, d autant que vous avez avecques vous «le fol et bouffon de la cause, qu'est le jeune a Des Pruneaux, et la petite monine^ de la cause, a qu'est Lavardin, qui est brave et vaillant; « mais ils vous donnent mille petits passse-lemps, «et font milles petites gentillesses et singeries «pour vous resjouir, comme ils faisoient à nous «autres advant que vous nous les eussiez substraicts ! s Je vis Des Pruneaux fort en collere de ces petits brocards; voulant appeiler au combat le capitaine Normand ; et en consulta avecques aucuns de ses amis, dont j'en estois l'un, à qui je dis en riant : que c>stoit un abus de le faire appeiler là , car il n'y viendroii jamais, acquérant plus d'honneur et de gloire leans, dont il en estoit tout saoul et replet, que se battre à Iuy : et quand bien il y voudroit venir qu'on l'en engarderoit dans la ville , pour en avoir affaire ailleurs. Par quoy il désista de cest appel ; car je cognoissois ledict capitaine Normand pour un gosseur qui se mocqueroit de Iuy. Par quoy il me creut et d'autres. 11 est encor vivant, il le peut dire ainsy ; car M. de Strozze et moy l'avions ainsy ensemble conféré.
Quant à M. de Lavardin, il n'en fit que rire, et ne se formalisa point autrement, si-non que, s'il Teust trouvé, il Iuy eustbien faict sentir; iS'ea étonnaient. - * FamUle du singe.
mais au reveoyr il Tattrapperoit. Notez que les huguenots vouloient grand mal à ceux qui les avoient quittés; et M. de Lavardin ne pouvoit pas mieux faire, car il avoit veu son père jette dans Teau et noyé, et que sans madame de Dampierre qui le garda dans sa garde-robbe caché , il estoit mort et noyé comme le père. En
ceux-là. Tant y a, après avoir faia pbsiears tours d'allées dans ce beau jardin du Lode , s'estre contentés et embrassés et faicts bons amis, ils vindrent à la porte du jardin prier qu*on leur ouvrist. M. du Lude, qui les y attendoit, n'y faillit pas, et l&s mena tous deux soopper et coucher ensemble, et faire mille folies.
quoy despuis ne le recognutensonendroict, I et toute la nuict en place et en chemises tirer
et de sa fille madame la mareschalle de Raiz, leurs espées nues Tun contre l'autre, et fiaire
comme je les en ay veu plaindre. mille jeunesses sans venir à mal; ainsy^que
Ce fust esté grand dommage si ce brave sei- i M. de Lavardin luy-mesme me Ta conté , au
gneur fust esté traicté ainsi comme son père; i bout de quelque temps, en la chambre de la
car despuis il a faict de si grands et signallés services à la France , qu'après la mort du mareschal d'Aumont , il a eu son estât , qui e^ des vieilles places, et se peut dire vray mareschal de France , et non pas de la recreue des autres. Or ce conte de luy, et puis plus.
Gompe j'ay dict cy-devant, M. de Bussy faillit à eslre tué à Paris en rue de Grenelle; il sceut despuis que M. de Lavardin estoit le chef de ces douze tueurs; par quoy il résolut de le tuer, et luy rendre ce qu'il luy vouloit prester, ou le combattre. Luy, après avoir esté longtemps en Gascongne avec le roy de Navarre, vint en Anjou. Après longues allées, venues, entremises, menées, et difficultés recherchées , il fut concerté que, pour la seureté du combat, ils s'en remettroienl et fieroient du tout à M. le comte du Lude, qui a esté certes en son temps Pun des honnestes, braves, et vaillans seigneurs de la France , et autant homme de bien ; et a servy ses rois aussy bien et noblement en soldat à pied, en cheval-leger ou capitaine de chevaux-legers de gens-d'armes, de gouverneur de province et lieutenant de roy, qu'aucun son pareil.
Le conseil donc faict tel, et le jour arresté et venu, arrivèrent au Lude l'un après l'autre. M. du Lude, sans autre cérémonie, les prit tous deux par la main, les enferma tous deux dans son jardin, et puis les laissa faire. Les uns disent que M. du Lude prit parolle de tous deux de ne mettre point les armes en main, qu'ils n'eussent parlé ensemble et advisé de se contenter de parolles; autres disent que l'un et l'autre avoient commandement d'autres grands de ne se battre, ains de se faire des satisfactions très-honuestes , comme en tels cas pareils se doibvent faire entre cavalliers scentils comme
reine-mere, à La Reole, lorsqu'elle mena la reyne sa fille au roy de Navarre son mary. Il vit encor, il s'en peut souvenir. Qui lira et sçaura ce conte le trouvera par trop estrangc, que deux si braves, vaillants , escallabreax et^^ pointilleux gentilshommes, ayent passé leor^ différend de telle façon. Or, c'en est assez parlé, venons à d'autres.