‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 255 sur 267 · LE DUC D*ESPERNON · texte numérisé non relu

LE DUC D*ESPERNON

Leroy, voyant que M. d'Espernon estoit par trop occupé à ses gouvememens de Xaîntonge et d'Angoumois, et pour ce ne pouvoit pas vacquer à son estât de couronnel , ou qu'il le voulaat autrement, desiroit Fort qu'il se desfist de sondict estât de couronnel pour en honnorer M. deGhastillon; mais M. d'Espernon n*avoit garde de s'en desfiiire; tant s'en iaut, il en

porta quelque jalousie sourde et bayne à M. de Ghastillon, encor qu'il Fust fort proche de madame d'Espernon sa Femme.

Gertes, le roy avoit raison de désirer cest estât à M. de Ghastillon, car il en estoit trèscapable, Fust en vaillance, Fust en conseil et conduicte; car il estoit très-sage, tout jeune qu'il estoit , et tout vaillant et hasardeux, qu'on n'en eust sceu trouver d'autre qui le Fust plus que luy. Il representoit en tout le père par le visage fort, mais la mère (qui esloit petite, sortye de la maison de Laval et du Lude) en petitesse. Je laisse doncques à penser comment l'extraction de ces braves races de Ghastillon , Laval et Lude, luy aydoient à le Faire vaillant comme il estoit; et fort Froid avecques cela coDune le père , et point esmeu , si-non sur l'heure du combat. Au reste , qui est le bon , il estoit homme de bien et de claire vie , craignant Dieu. M. l'admirai Tavoit Faicl, avecques ses deux Freresautres, très-bien et vertueusement nourrir, si bien que tous avoient très-bien retenu de leur nourriture. Aussy tous les trois Frères ont esté fort bonnestes et braves seigneurs. Il Furent pourtant abandonnés bientost de leur père, qui, après sa mort, Furent contrainctsse sauver à la Fuite dans la ville de Basle, où les habitans, pour Tbonnorable mémoire du père, les reçurent en toute courtoisye et honnestetés; et y demeurèrent assez de temps, au moins les deux, avecques madame de Telligny leur sœur, despuis princesse d'Orange ; laquelle (casestrange), en ce pays barbare et rude, prit telle grâce et telle habitude vertueuse et si agréable, qu'estant en France de retour, elle se rendit admirable par ses vertus et belles et bonnes grâces, et donna au monde occasion de s'esbahir et de dire pour l'amour d'elle : que les pays durs et agrestes et barbares, rendent bienquelquesfols les dames aussy accomplies et gentilles que les autres pays doux , courtois et bous ; non que je veuille dire que le pays de Basle soit tel , car il produict Force personnes et choses bonnes , mais non pas les femmes siadvenantes, cointes et agréables comme les autres pays. Mais on dira bien aussy que ladicte princesse avoit pris sa première habitude en France, et coustumierement retient-on mieux les premières et plus jeunes impressions.

Leur jeune frère ne les peut suivre, qui est

eOO HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

M. d'Andelotd'aojourd'huy, lequel Fut précipité du haut d'une tour en bas, mais Dieu le sauva ; et demeura long-temps perclus de ses membres ; mais il s^est très-bien remis despuis : de sorte qu1I est de très-belle taille, et brave et vaillant gentilhomme , et point huguenot.

On en eust foict de meemes à ses frères si Ton les eust peu empoigner, par la grand hayne qu'ils portoient à M. Tadmlral. Ce Fust esté dommage; mais plus grand dommage a esté de M. de Ghastillon, car, s'il eust vescu, il Fust esté Tun des grands personnages un jour de son temps, et n'eust faict deshonneur au père. Il aymoit fort TinFanterie et s'y accomodoit trèsbien, et aspirait Fort à cest estât de couronnel ; et bien souvent combattoit-il avecques elle , comme il a faict en plusieurs lieux , et mesmes au siège de Chartres, où il alla à Tassaut, et eut un grand coup de cartier sur la teste , et sans le casque il estoit mort tout roide; mais le coup luy en demeura si sourd et si dangereux , que, n'en Faisant de cas et ne gardant ny lict ny chambre, car il n*estott autrement vantenr de cour, au bout de quelques jours le mal longtemps couvé vint à jouer son jeu, et emporta avecques luy le renom d'un des parFaicts seigneotrs de la France.

LE CHEVALLIER D'ÂUMÂLLE.

Messieurs de la Ligue ont encor en leur couronnel comme les autres, comme a esté M. le chevallier d'Anmalle, lequel a esté un trèsbrave et vaillant jeune homme; et si ceux de la Ligue en eussent eu une demye-douzaine de pareils, asseurez-vous que leurs aflFaires en fussent mieux allées; car il estoit Fort entreprenant et hasardeux j et le monstra à Tentreprise de Sainct-Denis : que si tous eussent faict comme luy, la place estoit gaignée. Aussy le Dionstirerent-ils bien, car, luy mort, estendu sur le pavé) tout le reste se t-etira à sanve-qnipeut. Lar^e faillit en luy, que aucunsont dict, que: quiconque veut estre bien nourrisson de Man, il faut dès Tenfance teter du laict de la deessé Bdlonne. Mais celny, comme force autres, n'en allaicta jamais, car il avoit esté desdié-ft l'église^ et long-temps Tay-je veu

qu'on Tappelloit M. Tabbé du Bec. Mais je vous asseure que c'a esté un très-bon et vaillant homme de guerre; et, sUI eust vescu longuement, il eust esté un très-bon et dangereux capitaine contre les partisans royaux.

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