‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 27 sur 267 · DOM RAYMOND DE CARDONA, VICE-ROY DE NAPLES · texte numérisé non relu

DOM RAYMOND DE CARDONA, VICE-ROY DE NAPLES

En cestebattaille, dom Raymond de Gardona fut plus malheureux qu'il ne pensoit ; car les Italiens, François et Êspaignols, le blasment d'y avoir faict une assez honteuse retraicte; voire usent-ils aucuns de ce mot , fuite , pour le rang de gênerai qu'il tenoit , et pour avoir tant bravé et piaffé au partir de son gouvernement , dont il lira et traisna après luy toute la fleur des cavalliers napolitains et êspaignols, si braves , si bien en poinct , si bien montés et si dorés, que j'en ay veu un petit traicté en espaignol , qui s'intitule Quesiiones de amor, où il descrit leurs superbes parures et devises d'eux , et garnitures de leurs chevaux , jusques aux livrées de leurs pages, estafiers et lacquais, qu'il n'y avoit rien à voir si beau ny si superbe, tant tout estoit or, azur et argent ; de sorte que par là ils pensoient en espouvanter toute la France ; ce qui fut autrement : et mesmes dom Raymond se mit fort légèrement à la retraicte,

qui fut plus viste que le pas , et emporta sur le front plus de honte que n'avoient de livrées ses cavaliers, pages, estafiers et lacquais. Et, sans ce malheur, les Espaignols l'avoient tena pour brave et vaillant capitaine , comme il Tavoit mieux que là faict parestre ailleurs, mesmes en Galabre, en une victoire qu'il obtint sur nous. Et puis,quelquetempsaprès, fut tué devant Gayette d'une canonade.

FABRiCiO ET PROSPERO COLOMNE.

Fabricio et Prospero Golomne ont esté tousjours estimés aussy deux bons capitaines ; mais Us furent blasmés d'un des plus grands vices qui soient au monde, qui est l'ingratitude: car le roy Charles VIII, à sa couqueste du royaume de Naples , les fit très grands , et les honnora de biens et de grandeurs , jusques là qu'eux et les autres Golomnes, ennemys quasy héréditaires des François (non tous), furent agrandis et préférés aux Ursins , toujours bons et vrays François (dis-je aucuns aussy). En quoy le roy Gharles eut très grand blasme et son conseil aussy; mais il vouloit gaigner ceux-là, et laisser les autres, qui luy estoient tous gaignés et acquis. Et c'est une faute que plusieurs grands princes ont, qui laissent et quiclent souvent les certains et fidelles serviteurs, pour en faire de nouveaux et incertains, où bien souvant ils sont trompés , et comme mal en prit audict roy Gharles : car ce furent ces deux, Fabricio et Prospero, qui, quasy les premiers de ces pays, luy firent la fausse poincte, et se révoltèrent contre luy, et en firent encor, qui pis est, force autres révolter. Mais aussy Dieu, ennemy de l'ingratitude, les en punit.

Fabricio, en la battaille de Ravanne, combattant vaillamment, et enfonçant furieusement un gros de cavallerie françoise, fut fort blessé et pris prisonnier, non sans grand peur et lielle vesarde qu'il eut, que le roy de France LouysXH ne lui fit payer la menestre de sa révolte, comme infailliblement il eust faict sans M. le duc de Ferrare Alphonse, ce brave, vaillant et bon prince, auquel ayant esté mené, et l'ayant prié d'avoir pitié de luy, et qu'il ne tombast sur

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