‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 28 sur 267 · FABRICIO COLOMNE · texte numérisé non relu

FABRICIO COLOMNE

tout devant le roy, il en eiU pitié, et le fit très bien penser, (juenr et délivrer.

A la (lierre qu'il fit aussy à Naples, M. d'Aubigny le prit dans Gapoue ; et, estant fort désiré et menacé du pape Alexandre et de Gssar Bori^ia qu'il (umbast entre leurs msiins, pour luy f^ire beaucoup de maux, comme ils le haïssoient à mort, les nobles François ne le voulurent livrer. Geste obligation cncor estoil très grande à la nation Françoise. La rançon, et la grâce â un tel ingrat n'estoit pas bien employée , ains plustost la mort ou prison perpétuelle.

li fut malheureux aussy à la rencontre qu'il eut à Soriane contre Gharles Ursin et Viiello, très braves et vaillans capitaines: si bien que s^il nVust gaigné de bonne heure Roncillon il estoît troussé ; car ces braves capitaines estoient bons François, partisans, et l'eussent livré au roy , qui Teust bien chastié. Et ne fut pas trop content dequoy M. de Ferrare l'avoit délivré ; car les grands et principaux capitaines estoient à luy et en sa disposition , par le droict de guerre. Encor le faut - il louer que s'il fut ingrat envers nos roys , il ne le Fut envers ce grand duc : car, après la battaille de Ravenne, que les François eurent quicté leur part de l'Italie, ce fut à M. de Ferrare d'adviser à ses af-^ bires, et faire sa paix avec le pape Jules II, qui le menaçait tousjours ; et h chaque coup il disoit : Ferrare^ Ferrare ^io t'havrb Ml la vouloit fort pour la dire appartenir à monseigneur Sainct Pierre , et la remettre à son domaine , tant il esioit zélé au bien de l'église plus qu'à son particulier, dont il en a acquis une grande louange.

Le duc de Ferrare donc, abandonné des François ses bons amys, fit tant qu'il fut receu du pape à submission , pardon et repenlance. Et, pour ce, estant venu à Rome sur un bon sauf-conduict , furent suscités soubs main , par Sa SaiDCteté, ou aultres faisans pour elle, aucuns créanciers à demander quelque argent que le duc leur devoit, dont ils en firent prière à SadîcteSaincteté d'en permettre la justice; ce qu'il accorda très volontiers, disant : que le gênerai ne peut prejudicier à l'interest du particulier ; ce qui estonna fort le duc ; et en fut esté en peine

■ Le mantMcrit dit : • Ferrare, fU Corpo di Diot (car il juroit, le bon pape , autsy bien qu*un aulire, auny teaoit-il plus de Tadventurler que de recclesiaslique ) io Vhavrà >.

sans que ledict Fabricio Golomne, recognoissant les courtoisies qu'il avoii rcceues dudict duc, monta aussy tost à cheval avec plusieurs de ses amys, parens et son cousin Prospero, qui, en forme de retraicte et arrière garde le suivoit de loing, et le firent tous deux bravement sortir par te petit portereau de Sainct Jehan de Latran , qu'ils trouvèrent renforcé d'une garde plus que de l'ordinaire, laquelle fût faucée par Fabricio, qui , estant le plus fort, sortit le duc, et le conduisit jusques à Maryne , et de là se sauva et s'en alla seurement à Ferrare.

L'obligation , certes, en fut grande , et qui paya bien celle qu'il avoit au duc , dont il le faut louer ; car ne faut point doubter que le pape , luy voulant mal mortel, ne luy eust faict mauvais party sur sa vie, son honneur, et sur ses biens et terres, ou il luy eust pardonné de la mesme façon d'une pareille infamie que fit après luy le pape Léon aux deux cardinaux Bernardin Garavajal et Federic de Sainct Sevrin , partisans du concile de Basie < ; lesquels ayant esté par advant dégradés de leurs chapeaux et rouges cappes par ledict pape Jules, et désirant entrer en leurs estais et en grâce du pape Léon , il les fit un jour venir et entrer à la veuc du Pape, et d'un cbascnn , et d'une infinité de monde après, dans le consistoire, vestus de quelques meschantes robbes noires , comme simples prestres de village ^ ; et ainsy firent amande honorable au pape, luy demandant pardon les genoux en terre , et avec autres signes de grande humiliation , et se desdirent par confession ignominieusement tout hault de ce qu'ils avotent faict ou dict contre ledict feu pape Jules; et puis saluèrent tous les cardinaux très reverentieusement , sans que les autres leur rendissent la pareille 3.

Geste ignominie, après avoir esté beue de ces messieurs douce comme lait, furent revestus de leurs bonnets et robbes rouges, ayant estes devestus de leurs robbes noires, et mis

> Ou plutôt de Pise.

* Le manuscrit dit : Comme pauvre btireR et simplet prestres de villages ou de Medoc en Gascoig oe. >

3 Le manuscrit S771 ajoute : «Ce qui estoit un trop grand desdain et une ignominie trop insupportable. J'ay bien cogneu force généreux cardinaux qui n*eu8sent pas fiaict ce traict, quand ce ne seroit aulure que le courageux cardinal d'Esi dernier, dont j'en parle en son lieu. >

VIES DES GRANDS CAPITAINES

en pourpoinct ^ ; et puis ils Furenl admis en leurs places premières de cardinaux. Mais voicy le pis, car ils ne furent remis en leurs offices, bénéfices et biens, d'autant que le feu pape les en avoit despouillés et donnés à d'aultres ^.

Il eust voulu bien faire de mesmesànos cardinaux François et leurs partisans , s'il eust peu ; mais ils avoient un bon garrieur que nostre brave roy, qui esloit très bon et très fort partisan dudict concile de Basle.

Je quicte là ma disgression , bien plaisante pourtant , qu'on doibt plus s'amuser à l'imaginer qu'à la lire , pour dire encor un mot dudict Fabricio. 11 fut estimé en son temps un si bon capitaine , que ce bon galant Machiavel , mauvais instruiseur de guerre certes , en son livre de VJrt militaire, le faict le principal chef de son parlement en cela , et comme à qui il falloit déférer beaucoup. Il y Introduict ledict Fabricio, comme donnant à entendre que ce quil y dict ce sont comme arrests ou sentences : et Dieu sçait si nos grands capitaines y ont trouvé à dire.

Quant au segnor Prospero Golomne , il fut le premier qui commança à se révolter advant son cousin Fabricio , qui se laissa par emprès aller à luy; et de faict fit quelques guerres pour nous , et son cousin contre nous , vers Napics. Et il fut après esleu , par sa valeur et mérite, chef gênerai de la ligue contre la France , encor qu'aucuns l'ayent blasmé de n'avoir pas trop bienfaicten labattailledeRavanne. Il fut fort blasmé et mesprisé de n'avoir sceu garder le passage des monts contre le roy François, Tatiendant depiedcoy dans Villefranche, pour luy donner la venue s'il eust peu , disant à tous coups : Questi Francesi son miei , como gU pigioni nella gabbia ^. Mais il fut bien autrement circonvenu ; car il fut pris luy et !es siens dans la cage, qui estoit sa ville, où il s'estoit retiré luy et sa troupe de douze cents hommes d'armes des ordonnances , qui estoit la plus belle et la

* liC manuscrit 8771 ajoute : « Gomme lacquais en propre place marchande. >

* Le manuftcril 8771 ajoute : « Qui aroient bonnes dents et ne les vouloieot de^mordre; mauvaise excuse pourtant et hors de raison. Il eust mieux valu qu'ils eussent quicté le rou^e et Tescarlatte, et s'habiller d'autre livrée qui leur fusl esté plus profitable. •

' Ces Francis sont à moi , comme des pigeonneaux en cage

mieux montée qu'on avoit vene il y avoit long temps pour estrangers ; car nos François avoient aultrement paru auparavant. Il estoit bien plus à présumer qu'il scroit pluslost pris dans sa cage , resserré dans sa ville, puis qu'il s'y estoit enfermé , et que nos François tenoient la campaigne. Tant y a qu'il fut pris et mené au roy François , qui ne faillit de luy faire une réprimande de son ingratitude. Je ne sçay s'il le donna à M. de la Trimouille ; mais il fut emmené prisonnier à Montegu en bas Poictou , chasteau et ville de forteresse qui appartient à M. de la Trimouille : m'estonnant comm' il fut mené là; car ce furent messieurs de Imbercourt et de Bayard qui firent bravement la première poincte , et M. de La Palice après.

Geste place escheut depuis en partage à madame la princesse de Gondé , sœur de M. de la Trimouille dernier mort , que depuis le mareschal de Raitz fit raser et desmolir; dont M. le prince luy en voulut si grand mal , que s'il l'eust trouvé, il Teust tué en despit de tout le monde : qui fut cause qu'il n'osa aller au dernier parlement que fit la reyne mère près de Cognac avec le roy de Navarre ; et , pour revanche , luy fit brusier et raser son chasteau de Dampierre. * Ce Prospero estant sorty de prison , se banda encor plus que jamais contre nous en la guerre de Testât de Milan; et en fut cause de la perte, pour en avoir pris le chasteau ; l'ayant assiégé par le dehors de grandes et de haultes tranchées, comme est la coustume : et, sachant que M. de Lautrec le venoit secourir, ils'advisa encor de faire aultres tranchées par delà les premières , et se loger et camper (ayant aussy retranché par le dedans de la ville) avec toutes .ses Forces entre toutes deux , et là attendre son cnnemy, où il se rendit si fort imprenable , qu'il fui impossible à M. de Lautrec de l'y forcer , ny de l'appeller au combat , ny non plus secourir le chasteau.

J'ay leu celadansun livre espaignol,qui dict de plus ledict Prospero avoir appris ceste forme de Jules Cœsar lorsqu'il assiégea Allexia , que ledict livre assure estre Arras * ; mais d'autres y contrarient , et mesmes M. de Viginaire , qui en parle plus au vray. Nostre grand roy d'aujourd'huy en fit de mesmes devant Amiens.

< Alexia est Alise, autrement appelée Satnle-ReiDe, près de Semur en Auxois

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