LE MARQUIS DE LA PADULE
Ce fiit en ce siège du chasteau de Milan , où Marc AnthoineGolomne, bon partisan françois, fut tué par une grande mesadventure, dict le livre; car, s'estaut là paru avec Tarm^e, par dessus les autres signalé par belles armes dorées et de grandes et belles plumes , Prospero Golomne Tadvisant , sans le recognoistre pourtant, luy mesmes ayant afFustéet bracqué one longue coulevrine, et longs temps miré et adressé sa visée, fit donner le Feu, dont la balle alla si droict, qu'au mitan de M. de PoQtdonny et Camille Trivulse, elle alla choisir ledicl Marc Anthoine Golomne , son propre nepveu; et despuis^ayant sceu que de sa propre main il avoit tué son nepveu , il en cuida mourir de despit et de deuil. Quel desadventure pour ToDcle, et perte de nepveu pournos Fraih çoisl car il en estoit bon partisan , et brave et vaillant capitaine.
On dict que c'a esté le premier qui a donné les inventions de fortifier bien des places (M. de Langeay le dict aussy en son livre de VJrt milUaire)^ et aussy pour les bien garder et rem« parer au dedans, et les opiniastrer.
Auparadvaot, les chasteaui deNaples, la Tille de Gayette et autres forteresses de là , ne liodrent rien en la conquestre du roy Charles, Ravanne aussy peu, et tant d'autres. Pour fin, il fut fort estimé parmy les Italiens, Espagnols et François. Sa vieillesse et ses maladies Tempescherent de faire encor mieux qu'il ne fit.
Le marquis de Pescaire, (encor qu'il eust espoQsé sa niepce Victoria Golomne ) , et luy ne se poavoient jamais guieres bien accorder ; car c'estoit un jeune homme bouillant, qui alloit visle selon son aage et son cœur , comme j'en parle ailleurs; et l'autre froid , qui pesoit toutes choses: si bien qu'à chasquc coup ils avoient des disputes de guerre , jusqucs là que, sans le légat du pape, une fois ledict marquis, ayant mis la main à l'espée à demy luy en voulut donner, mais il l'empescha , et se mit au devant : à quoy il n'eust eu grand honneur pour «I vieillesse, foiblesse et parentelle ; et de desoit, ledict marquis se retira des armées à Naples, jurant qu'il ne combattroit jamais sous sa charge , et s^en alla après en Espaigne trouver ''empereur pour s'en excuser. J'en parle en son lieu. Cela se trouve dans aucuns livres espaignols dont je le tiens.
Telles contentions entre ces deux capitaines m'ont faict resouvenir de celles qui se passoient souvant en nos armées entre M. le mareschal de Tavanes, et M. de Brissac qui ne se pouvoit jamais accorder avec luy, tant il luy porloit d'envie et de jalousie, bien qu'il fust fort vieil et pratique capitaine, et l'autre jeune, brave , vaillant et entreprenant : j'en parle à son tour ailleurs.
liC dict Prosperoct Fabricîo avoient chascnn une compaigniede cent hommes d'armes, des vieilles ordonnances du royaume, qui ont esté tousjours très belles , et surtout bien montées. Ceux de Fabricio furent bien estrillés à ceste batiaille de Ravanne, comme il le confessa luy mesmes à Ferrare, y estant prisonnier, ainsy que j'ay dict , et s'y faisant penser, que d'un seul coup de canon il vit emporter devant Itif trente hommes de ses hommes d'armes. Que s'i^ eust creu dom Pedro de Navarre à s'opiniasirer de ne bouger de leur retranchement, ils fussent mieux estes esclaircis; de sorte que , comme par une desesperade, il sortit de son retranchement en disant : « Faut-il qu'à l'ap- «petit d'un marranne opiniastre, nous nous «faisions ainsy tuer à coup de canon , sans de- «battre nos vies vaillamment? » et sortant, ce fot alors qu'il fit le premier la charge sur nn gros des nostres , comme j'ay dict. C'est asseï parlé de ces deux frères, car les histoires en parlent assez.