XX II
M. DE CHIEVRES.
Il faut parler un peu de M. de Chievres, de la noble maison de Croy, lequel, pour manifes* ter que c'a esté un grand personnage, ne luy faut que trois preuves.
* lit unissent et renouvellent pareillement leurs travaux.
* Le manuscrit 8771 ajoute : « S'il fit la faute de ces ambassadeurs, aucuns disoient que ». pour le service de son maistre^il faut fermer les yeux à toutjuf^ues âson donneur. •
L'une , que quand le roy dom Philippe mourut, voyant qu'il laissoit son fils Charles aagé seulement de unze ans i, et que le roy Louys XII , devant qu'il fut en aage, veu la légèreté des Flamans,se pourroit investir des Pays-Bas, ordonna par testament ledict roy Louys son curateur (quelle finesse et bonne pour un si bon roy, mais non pour un autre qui eust eu l'ame traversée!), et le roy, par le consentement des Pays-Bas, y ordonna ledict M. de Chievres. Voylâ une eslec* tion et ordonnance du roy grandement à l'advantage et honneur dudict M. de Chievres.
La seconde preuve fut de la belle et illustre nourriture qu'il donna à ce jeune prince , que vous lirez dans les Mémoires de M. du BeU lay, sans que je les redie icy ; et de telle sortp, qu'il le rendit l'un des plus grands empereurs et capitaines que l'on ayt veus guieres, comme j'ay dict.
La troisiesme preuve est de l'eslectîon que fit ledict empereur, l'envoyant gouverneur et son visce-roy en Espaigne; en laquelle charge il faillit pourtant, non par Faute de capacité, car il en avoit ce qu'il Palloit, mais pour les extorsions qu'il y fit, et pour sa grand avarice à amasser et accumuler ces beaux doublons à deux testes, qui luy plaisoient tant, que, de tous les payements que luy faisoient les thresoriers, il les contraignoit à les faire de ces belles pièces , et n'en vouloit point d'autres , comme je l'ay ouy dire, mesmesen Espaigne, outre d'autres grandes extorsions qu'il y fil; de sorte qu'il vit devant luy s'eslever les sept ou huict principalles villes de Caslille, Tollede , Valledolit, Burgos, Léon, Salamanque , Mcdina del Campo, A vile et Segovia, auxquelles l'evesque de Zamorre, dom Ànthonio de Acugna, fit acroyre de se mettre toutes en republique comme celles d'Italie, Venise, Florence, Sienne, Lucques, Gennes et autres, et n'obéir plus à un roy.
Cet evesque fut très dangereux^ pour la sédition, et telles gens ont grande auctorité parmy le peuple là et ailleurs ; ainsy que nous en avons veu force pareils en nos guerres civiles , et mesmes en ces dernières de la Ligue, que je ne nommeray point ^. Ledict evesque dt
1 Charles, né en 1500, n'avoit que six ans, lorsque son père mourut en 1506.
« Le manuscrit 8771 dit : • Un très dan^reux paillard. » * Le manuscrit 8771 ajoute : « Sinon un , qui estott Té-
M. DE CHIEVRES.
Karoorre gaigna et corrompit force honnestea gfeos et grands seigneurs, comme Hernand d'Avalos , dom Pedro Giron , dom Charles d*Âvila, dom Pedro Pyrae ntel, dom Pedro Lasso et dom Jouan de Padilla et sa femme dona Maria de Padilla (ainsy la nomme Antonio deGuevara; d autres la nomment dona Maria Pacheco), dout je parle ailleurs, avec force autres grandes dames qu'y estoient des plus escbauffées, ainsy œmme aussy nous en avons veu en nos guerres civiles de la ligue, lesquelles on n'eust sceu dire pourquoy, sinon qu^elles avoient esté embabouynées de quelques prescheurs séducteurs, de leurs presches et persuasions.
Ce ne fut pas tout; car ils avoient esleu aucuns de leurs capitaines, et quelles gens ! comme Âurorîa le sarrurier, Pedro Tesperonnier, Bohadilla le retondeur, Pegnueles le cardeur, Mandez le libraire, et Larrez le cordonnier port'enseigne, tous principaux chefs des mutins de Valledolit, Burgos, Léon, Zamorre, Salamanque, Avîle et Medine, séditieux meurtriers, tels comme nous avons veu aussy en nos sedilioDs, et me^mes à Paris, un messer René le parfumeur, un Gbanet le brodeur, et un tireur d*or, et un Leclerc et autres, auxquels rien ne plaisoit que le sang; et de leurs mains en tuèrent et firent tuer une infinité de pauvres innocents.
Et voylà les profficts que raportent les séditions civiles , desquelles à la fin les plus séditieux se iaschent; ainsy qu'il arriva en ceste sédition de Gastille d*un curé du village de Médiane, lequel affectionna si fort dom Jouan de Padilla des principaux chefs amutinés, que tous les dimanches il ne failloit à son prosne le recommander d'un Pater noster et jii^e Marin, ei pour la saincte sédition dont il estoit grand fauteur; et continua ses prières Tespace d'un mois, au bout duquel la fortune veut que les troupes dudict Padilla vindrent à passer par le village dudict M. le curé , qui luy mangèrent ses poulies et son lard, et beurent son vin, et, qui plus est , luy emmenèrent sa chamberiere. Le dimanche après il en fit sa plaincte au prosne,
Tesqoe de Perigueux, mon parent, de mesmes nom et armes que moy, qui estoit un rray asne mytré et caparaçonné quand il avoit chappe, qui eust plustost enduré la gesne que dire ud seul mot de latin , osié ceUiy de 8on brcTiaire, mats séditieux , matlicieux, sansuinaire à toute outrance.
> et leur raconte tout le dommage que ces troupes luy avoient faict, et sur tout de sa chamberiere Catherine, la nommant tout à trac, admonestant le peuple de ne suivre plus le party de Padille, mais celuy du roy, donnant au diable tous ces partisans et séditieux, les conjurant tous de crier Fi^^e ie roy et meure Padille ! ce qui fut faict; et renvoya tous les autres à tous les diables.
Force pareils traicts avons nous veu se faire aussy en nos guerres de la ligue, selon les despits et mescontentements des personnes qui I avoient esté pillées, qui renioient et saincte li- ' gue et belle union comme le diable.
1 Or, pour finir la sédition d'Espaigne, elle : fut enfin appaisée , tant par la sagesse dudict ' M. de Chievres ( puisqu'il avoit faict la faulte . , il falloit bien qu'il la rhabillast) que par autres : grands seigneurs d'Espaigne, que vous trouverez dans les histoires d'Espaigne , et sur tout par Tarmée qu'y mena M. d'Esparre, laquelle fit fort bien pour le commancement , mais tout I alla mal après, lorsque les séditieux Castillans , cogneurent que tout alloit mal pour leur desu- ' nion , et tout bien s'ils se remettoient en leur I premier devoir et obéissance.
Ce ne fut )>ourtant que ledict M. de Chievres n'en receut une bonne repreheusîon ; lequel mourut emprès sur une fort belle entreprise qu'il avoit faicte, luy qui avoit esté gouverneur de l'empereur, avec M. de Boisy, qui avoit esté gouverneur du roy François , pour accorder le^ deux maistres , voire disciples, et en faire une bonne paix.Et quasy ces deux gouverneurs moururent en un mesme temps, et ne firent rien, comme il se void par les histoires. Et pareillement la belle nourriture que donna ledict M. de Chievres à l'empereur, en laquelle certes il s'y porta très bien et très sagement ; et l'instruisit si bien, qu'il en fit un bon cheWœuvre, ainsy que de son costé fit aussy très bien M. de Boisy à l'endroict du roy François; si bien que de ces temps on les pouvoit nommer vrayment deux très braves pères de la chrestienté, en toute sorte de valeur et de vertus *.
« Le manuscrit 8771 ajoute : «On tint pourUot mon seigneur de Chieyres plus comme guerrier que monaeigneur de Boigy , te>moing quand le roy Françow pria monseigneur de la Palice de luy lascher Testât de grand maistre pour le donner à monseigneur de Boisy, et quH
VIES DES GRANDS CAPITAINES
XXUI.