‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 49 sur 267 · LE COMTE DE NASSAU · texte numérisé non relu

LE COMTE DE NASSAU

Le comte de Nassau, de fort bonne maison et grande, fut aussy bon capitaine, au moins fort estimé pour lors, et que l'empereur aymoit et croyoit fort. Il espousa madamoyselle la princesse d'Orange, qui estoit nourrie à la cour du roy, fort belle et honneste princesse ^ Ce fut lors qu'il vint en France de la part de Charles d'Austrice, qui l'aymoit fort familièrement , prester au roy la foy et hommages dé la comté de Flandres et Artois, et autres terres tenues

1 Henri, père de René, premier prinœ d'Oraose. meoUonDé à l'arUcle Philibert,

VIES DES GRANDS CAPITAINES

de la couronne de France: ce qa'il fit; et iraicta une paix par le mariage dudict Charles et madame Renée de France; mais tout cela se rompit.

Et tout ainsy que ce comte avoit faict ce bon coup, il en fit un très mauvais; car ce Fut luy qui le premier commença la guerre en France, qui fut cause despuis de grands maux : et commença à brusler, s'attaquanl premièrement aux terres de messire Robert de La Marche, et puis vint ravager et brusler quelques petits recoings de la France. Il vint assiéger Meziercs, qui ne valoit rien pour lors, et fort malavitaillée; mais M. de Bayard se jetia dedans, qui la garda, comme chascun sçait , contre la furie et Teffort de ce capitaine, qui la pensoil emporter de ptain sault pour ses menaces : et pour ce, il envoya un trompette à ceux de la ville pour se rendre; mais M. de Bayard respondit pour tous au trompette que devant que de Touyr parler d'en sortir, qu'il esperoit Faire un pont de corps morts de ses ennemys, pardessus lesquels il pourrait sortir. De plus, il luy manda qu'un Bayard de France ne craignoit |)oint un Roussin ^ d' AUemaigne. Enfin , elle fut si bien gardée par ce brave M. de Bayard (qui en avoit bien veu d'autres), que ledict comte en leva le siège après quelque temps; comme il fit devant Peronne quelques années après, où se trouva M. le marescfaal de La Marche, le comte de Dampmarlinet le couronnel Chiaramont, Napolitain qui avoit esté gouverneur du chasteau de Montmelian en Savoye, lorsqu'il fut pris et s'estoit mis au service du roy, lequel j'ay veu et tenu pour homme de Fort bonne Façon , et qui estoit bon et advisé capitaine. Il y avoit aussy dedans Force braves et vaillants gentilshommes de Picardie et capitaines, jusques aux habitans et aux Femmes de la ville; si bien que, par la brave conduicte et vaillance de mondict sieur mareschal et comte de Dampmartin (qui fit fbrt bien tousjours , aussy il y mourut) ; tant qu'il fallut quicter le siège à ce brave comte, lequel estant venu devant la reyne d'Hongrie, qui alors commandoit absolument en tous ces Pays Bas pour l'empereur son Frère, elle se mit à courroucer contre luy s'il n'avoit pas honte de n'avoir peu prendre ce coulombier. « Ouy, «de vray, respondit-il, madame, c'est un cou-

• Jeu de mots sur Barard et Roussin , Doms de chc-

«lombier ; mais les pigeons qui estoient dedans «se sçavoient bien deFFendre et Faire autre «chose que s'en vol 1er.» Voylà deux grands malheurs qu'a eus ce capitaine au siège de deux places fbrt Foibles; et par ainsy il a esté malheureux capitaine, encore qu'il Fust brave et vaillant, comme cela arrive à aucuns et autres non.

On dict et se lit que luy avec Charles de Lanoy ayda Fort à Faire la paix de Madrid , et la persuada Fort à l'empereur ; et ces deux le gouvernoient, et si n'estoient pas trop ennemys du nom François, pour en eslre voisins et en parler la langue. Aussy madame la régente luy esci i voit souvant pour avoir son fils en recommandation.

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