LE CONNESTABLE
et JoD desdain I car elle n'estoit si vieille ny cassée qu'elle ne voulust encor se marier^. Le voyage de Valencienes se présenta , oi\ M. de Bourbon cuydoit mener Tadvantgarde, qui luy fat ostée et donnée à M. d'Alençon ; dont accroissant despît sur despit , partit de la France. Âacuns disoient qu'il eut tort pour ce subject, car ildevoit au beau frère de son roy, bien qu'il fast connestabic, un peu céder.
Il s'en alla au service de l'empereur, non sans grande peine et hasard de sa vie par les chemins, car il estoit guetté de toutes parts , et les passages tous gardés ; mais la Fortune luy fat si bonne qu'il se sauva tout seul avec M. de Pomperant. Que c'est que d'avoir un bon second pour compaignon! Et voylà pourquoy les poètes de jadys nous ont figuré ces braves héros ayant tousjours avecques eux en leurs braves entreprises un bon, fidel et vaillant compai- ^on et coafidant. Les exemples en sont communs : comme bien en prit à M. de Bourbon d'avoir avec luy cet assuré et sage second , lequel ayant tué en homme de bien , à Âmboise, le seigneur de Ghissay, qui estoit fort aymé du roy, et estoit des gallants de la cour, ce fut lui que M. de Lautrec envoya au pape Léon avec quelques gens pour conquester la duché d'Urbin (Marot en a faict une complainte en ses œuvres). Fallut qu'il s'en fuist par l'excortc et adresse que luy donna M. de Bourbon , non sans un raesconientement du roy ; et par ainsy sauva sa vie , qu'il employa despuis 2 au service de son bienfaicteur.
Enfin voylà M. de Bourbon sauvé et veu par Pempereur de fort bon œil, qui le récompensa et repeut de belles parolles. Cependant le sert bien et ftdellement , par son moyen ayant emmené à propos le secours d'Allemaigne cl de M. le marquis de Pesçayre , qui furent cause ions deux que la battaille de Pavye fut gaignée. Il fut après lieutenant-gcncral de l'empereur, là où il acquist telle gloire , honneur et renom, que les soldats firent de luy une chanson , qui feialtoient grandement par dessus Caesar, Anibal et Scipion ; et commançoit ainsi :
Cùl!a, caila, Julio César, Anibal , y Scipion. rii^a la lama de Bourk7n !
' Le manuscrii 8771 dit, d*unR manière pins vi?e : « car b bonne dame n'e«loit si vieille ny caMée qu'elle u*en voulut laster en bon mariage. > * ht manuscrtt 8771 ajoate : « Luy nullement ingraf . »