‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 60 sur 267 · LE COMTE PALATIN · texte numérisé non relu

LE COMTE PALATIN

Il me faut aussy dire quelque chose de ce grand comte Palatin , qui garda vaillamment et sagement Vienne en Autriche contre une si grande multitude de Turcs, qu'à les voir campés on eust pensé que c'estoit un petit monde là assemblé ; car elle Fut assiégée et environnée de cinq camps plantés en divers lieux ; si bien qu'on estimoit le siège contenir huict milles de territoire au dessoubs la ville , sans compter celuy de l'eau, du costé du Danube, par lesquels Furent si serrés qu'ils ne pouvoient sortir ny par terre ny par eau, combien qu'ils ne Furent point battus en batterie , d'autant que leurs grosses pièces Furent mises à fonds, montant â contremont sur le Danube , mais bien de mines et de sappes qui furent Faictes par les assapes. U siège ne dura pas plus de trente joors , commencé le troislesme de septembre et finy le qain ziesme d'octobre : mais , pour si peo qu'on les tint, ils Furent bien secoués , assaillis, minés, sappés , tant ouverts de bresches et combattus que bien servit à ce grand capitaine et à ses gens d'estre bien résolus en courage et en valeur; car, en autant d'assauts que lesTurcs leur donnèrent, autant de fois furent-ils repoussés et grand nombre de tués : encore batoît-on les Turcs â grands conps de bâtons pour les hire aller à l'assaut et combattre.

Enfin Solyman , qui y estoit luy mesmes er personne, comme certes il estoit en tout magnanime , courageux , brave et vaillant , bicfl

LE PRINCE CASIMlft.

despité d'avoir fiiilly à 9on entreprise , fut contrainct dYn partir : mais avant renvoya dans la ville plusieurs prisonniers qu'il avoit pris , avec de belles robbes d'or et d'argent et de soye qaM leur donna pour présent , mandant par eux aux Viennois et à leur gênerai qu'il n'estoit pas Teou là pour assiéger et assaillir la ville soubs la délibération et dessein de la prendre (quelle finesse! car notez qu'auparavant H l'avoit menacée de fèu et de sang si elle ne se rendoit ) , ains pour cause particulière, et pour rencontrer son ennemy Ferdinand , avec lequel il peust vnider la querelle de l'Hongrie par une noble battaille. Que c'est que de la gloire , comment elle pénètre le cœur des plus barbares ! Et par ainsy il partit, non sans louer â jamais les Viennois et leur chef, ainsy que je Tay ouy dire à M. le baron de [«a Garde , â qui Solyman fit le discours.

Avecques eux estoient aussi trois bons chefs: le comte Palatin , leur gênerai , et le comte de Rocandolph, premier maistre d^hostel du roy Ferdioand, et le comte deSalme, qui avoit faict Fort bien auparavant â la battaille de Pavie. J ay cog^neu son fils , ou son petit fils au moins. 11 fut lieutenant de M. de Lorraine en Lorraine, et qui avoit deux compaignies dans Theonville lors qu'il fut pris. Je l'ay cogneu , et le tiens pour un gentilhomme de fort belle façon , brave, vaillant , et fort politique en sa charge; mais on le tient cruel.

J'ay ouy conter, estant â Bouloîgne, à quelques UQS anciens , que, lors que Tempereur y fut couronné, ledicl comte Palatin s'y trouva comme il devoit, estant un des principaux eslecleurs ; mais le pape , l'empereur et tous les grands qui estoient là luy deferoient tous un grand honneur, non tant pour son illustre maison, ny pour son rang , ny pour sa grand barbe blanche et beau poil chenu , comme pour le beau siège qu'il venoit de frais de soublenir contre un si grand effort.

On dict que ce grand service signalé faict à la chrestienté fut bien aussi cause que l'empereur ne luy en prestast une aux guerres des protestans aussi bien qu'aux autres ; car il y estoii bien brouillé. Aussy un tel service merîtoitbien d'abolir un plus grand crime deux fois qneceluy là.llest bien vrayqueVVolfang Oder, grand capitaine, luy aida bien à soubtenir son

siège , d'autant qu'il desRt tout à trac l'armée navale du grand seigneur , qui monloit amont du Danube là où estoit toute sa grosse artillerie et munitions dans des batteaux qu'il mit à fonds très à propos , et desfit les gens qui les coudui soient.

Ce comte Palatin laissa un fils après Iny * ^ qui prit nourriture du roy François; mais pourtant fut btasmé despuis d'avoir esté ingrat de cette nourriture à l'endroict de ses petits enfens, les roys d'emprès et de la France, à cause de la grand faveur qu'il presta aux huguenots pour leur avoir envoyé des forces d'Allemaigne , dont il s*en fust bien passé ; car on ne luy demandoit rien , ny à personne ny à son estât , ny ne vouloit-on demander. On l'excuse que, poussé du zèle de sa religion, il leur fit ce bon office ; car il estoit fort religieux , ayant embrassé plus la religion de Calvin que de Luther. Au demeurant un très habile seigneur et fort remuant.

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