‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 61 sur 267 · LE PRINCE CASIMIR · texte numérisé non relu

LE PRINCE CASIMIR

Il se servoit pour principal instrument du prince deCasimir, son second fils, jeune, entreprenant, qui , de mcsme que le père , fut accusé d'ingratitude ; car il avoit receu nourriture du feu roy Henry , et M. de Lorraine et luy estoient quasy nourris ensemble en sa cour. Il estoit jeune homme très ambitieux et courageux.ll vint lousjours très bien accompaigné de grandes forces en France , et sur tout la dernière fois que M. le prince deCondé l'emmena; et se joignirent tous deux avec Monsieur, frerc du roy: et eussent bien troublé la France sans la bonté de Monsieur et la prévoyance de la reyne mère qui fit la paix : mais elle cousta bon; car il fallut payer ces reistres, qui montoiciit à plus dehuict mille , et force lansquenets; puiè au prince Casimir il luy fallut donner pensions et appoinctemens excessifs, jusquesàluy donner la duché d*E$tampes.

^ Ce comte Palatin ( Philippe ), qui mourut à HeidelhevQ, Âgé de quarante-quatre ans, ne laiMa point d*enfans. Celui que Brantôme croit éire «on fils, est Frédéric III j électeur Palatin , zélé protestant, fiis de Jean II , comte Palatin et père de Louis, qui lui succéda , et du prince Casimir.

Au partir de làil rentre en Allemaigne, et s'y Faict faire triumphe, ny plus ny moins qu'à la mode superbe des anciens consuls et capitaines romains; jusques là encor (ainsy que je Tay ouy dire) qu'en son triumphe furent menés et conduicts une infinité de bœufs qui avoient esté pris en France , caparaçonnés et accommodés ny plus ny moins qu'estoicnt ceux desdicts Romains, menés tant en leurs triumphes qu'en leurs victimes et sacrifices. Il n'avoit pas eu grand peine à conquérir ces bœufs, car ils estoient en proye à un chascun. Mais quoy ! il falloit ainsy conduire ce triumphe: autrement, pensez qu'il fust esté imparfaict et point esgal aux Romains anciens. Bref, toute solemnité antique des Romains requise en leur triumphe ne fut oubliée en ce triumphe du Casimir, voulant monslrer à tous qu'il avoil triumphe de la France. Si est-ce que ny de luy ny des siens pour ceste fois n'y eut de trop grands coups rués ; mais voilà ! telle fut son ambition de triompher, aussi bien à faux que pour le vray. Il pouvoit pourtant dire que les bagues , les joyaux , les buffets , la vaisselle d'argent , les chaisnes , et sur tout les beaux escus au soleil, le pillage et despouille que lui et les siens avoient eu de la France , pouvoient beaucoup servir au subject de son triumphe; et en pourra dire en diverses façons qui voudra. Tant y a que pour ses venues en France il y a bien faict du mal : car il estoit très mauvais aux François, n'estant si zélé à sa religion qu'il ne fust confédéré à la ligue dernière , au commencement de laquelle il se trouva pour un mardy gras à Nancy avecques M. de Lorraine et M. de Guyse, où ils travaillèrent et cousurent force besoigne tous ensemble; et s'il ne fust mort à poinct , il vouloit venir en France contre le roy d'aujourd'huy, qui Tavoit bien des fois assistée , à ce que je tiens de bon lieu. Aussi le roy ne le regretta guieres : je m'en remets à ce qui en est. Parlons d'autre subject.

* Le maniMcrit ajoate :cEn sa religion calviniste. >

VIES DES GRANDS CAPITAINES

Page 1