‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 62 sur 267 · DOM ALVARO DE SANDE · texte numérisé non relu

DOM ALVARO DE SANDE

Les Espaignols ont eu en grand estime dom Alvaro de Sande , lequel de son temps, parmy les Espaignols, a esté réputé pour un fbri brave , vaillant et digne maistre de camp , et fort politique , grand et sevcre justicier, s acquittant de cet estât tousjours très dignement quasy en toutes les guerres de l'empereur , co Italie , en Piedmont , en Barbarie , en France , au camp de Saint Dizier , bref en une infinité de lieux , et principalement en la battaiile des proteslans , où il fut estimé d'avoir esté un des plus seurs et principaux instrumens à ayder au gain de la bataille avec son infanterie, très bien commandée et conduicte par luy. Gela se trouve par escrit , et aussi que j'en ay ouy raconter les particularités au petit capitaine Vallefreniere, qui alors estoit son page et en vit tout le passetemps ; et l'avoit si bien veu et retenu qu'il foisoit beau l'ouyr en discourir : et il paroissoit qu'il avoit esté bien nourry , car il estoit un gentil soldat, sage, advisé et vaillant. 11 fut tué devant Aouvq sur mer aux troisiesmes troubles, luy estant venu trouver M. l'Admirai avecqu'ung autre fort vaillant soldat et capitaine , nommé le capitaine Rouvray ; et tous deux vindrent par mer jusques à La Rochelle ; car ledict Valiefreniere estoit marié à Dieppe , où il m'avoit une fois festiné chez luy , estant fort mon amy. Et ce fut là où il me fit de beaux contes de son maistre dom Alvaro de Sande.

Il nous fit fort aussi la guerre en Piedmont et Toscane , ayant en teste M. de Montluc, qui ne luy fit pas grand peur , tant tous deux estoient esgaux en valeur. Il fit très bien à la battaille de Gerbes, là où combattant vaillamment il fut pris et mené à Gonstantinople en signe de triumphe , et présenté au grand Solyman qui le fit garder fort curieusement et estroictement , en faisant serment sur son grand dieu Mahon qu'il ne luy feroit jamais plus la guerre, et qu'il vieilliroit et mourroit en prison sans le vouloir jamais mettre à rançon ; car il sçavoil bien que le roy d'Espaigne son maistre le rachepteroit de beaucoup. Enfin, voyant que, pour or ny argent il ne le pouvoit faire rançonner ny avoir, il envoya prier avec grande suplica

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