‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 68 sur 267 · LE COMTE GUILLAUME DE FURSTEMBERG · texte numérisé non relu

LE COMTE GUILLAUME DE FURSTEMBERG

Le comte Guillaume de Furstemberg fut estimé bon et vaillant capitaine ; et le fust esté d'advantage, sans qu'il fut léger de Poy, trop avare et trop adonné à la pillerie , comme il lefit parestre en la France quand il y passoit avec ses troupes ; car après luy rien ne restoit. Il servit le roy François Tespace de six à sept ans avec de belles compaignies tousjours montans à six et sept mille hommes : mais après si longs services, ou pluslost ravages et pilleries , il fut soupçonné d'avoir voulu attenter sur la personne du roy, dont j'en fais le conte ailleurs. Et, pour le mieux encor sçavoir, on le trouvera dans les Cent Nouvelles de la reyne de Navarre Mar^ gueritte, où Ton peut voir à clair la valeur, la geoerosité et la magnanimité de ce grand roy, et comme de peor Tautre quitta son service et s'en alla à celny de l'empereur. Et , sans qu'il csioit allié de madame la régente, à cause de la maison deSaxe, d'où est sortie celle de Savoye, possible eust-il couru fortune si le roy eust voulu; mais il voulut faire parestre en cette

occasion sa magnanimité plustost que le faire mourir par justice.

Lorsqu'il fut pris en sondant la rivière de Marne qu'il avoit d'autres fois tant recogueue en allant et venant par la France avec ses troupes à la venue de l'empereur en Ghampaigne et Saint Dizier, il lui pardonna encor. Il fut mis en la Bastille et quitte pour trente mille escus de rançon. Il y eut aucuns grands capitaines qui dirent et opinèrent ne devoir estre traictés ainsy en prisonnier de guerre, mais en vray et vil espion, comme il en avoit faict la profession; de plus , qu'il estoit quitte à trop bon marché de sa rançon ; car ce n'estoit pas le moindre larcin qu'il avoit faict en France de Tune de ses monstres. Enfin il fut mieux traicté qu'il ne valloit, disoiton.

L'empereur ne s'y fioit point autrement, ny en luy ny en ses gens : et mesmes quand il leur commanda de s'aller jetter dans Vitry pour la garder et favoriser les vivres de son armée. Tant s'en faut; après qu'ils y eurent tout mangé et gouspillé , quatre compaignies qu'on avoit laissées dedans y mirent le feu , le bruslerent tout (le nom encor y reste de Viiry-le-Bruslé), et puis s'en tournèrent au camp retrouver les autres troupes : dont l'empereur entra en extrême colère , sans pourtant en faire justice ; mais il patienta fort ce coup pour avoir affaire de ces gens sur l'entrée d'une guerre et d'un pays. Ce traict meritoit d'estre puny à toute outrance de rigueur : ce sont des coups et patiences de nécessité.

Paulo Jovio parle d'un certain Vulcan ^ fils du comte de Furstemberg, qui fut tué ù la battaille de Gerizolles. Je ne sçay s'il estoit fils de ce comte Guillaume dont nous parlons ; mais il avoit pris , ou son parrain pour luy , un nom estrange que de Yulcan ^. Force Italiens et aucuns AUemans aussi se plaisent à prendre des noms antiques de ces braves Romains , dont j'en nommerois une infinité ; mais n'en prennent nullement aucun des dieux antiques et paycns , comme de Saturne , Jupiter, Baeehus, Mars, Pluton, Radamante et autres dieux ftits. Gestuy cy pourtant se nomma Vulcan. Du nom

» Wolfîsang.

* Telle est la manière, à vrai dire étraDge, dont Bran- .tome francisait le.nom de Wol^ans; de là ses réBexiont auxiiueltes il ne manque que la base.

VIES DKS GRANDS CAPITAINES

XUll.

LE COGRONNEL FRANSBERG.

Avant tous eux avoit esté au service de Teinpereur le couronnel Fransberg >, qui avoit ses

de Mercure s'en est veu en France; mais c'estoit un nom de place et de seigneurie, mais non pas de baptesme. Je croy que ce nom deVulcan et surnom deFurstemberg ne servirent guieres ny Pun ny Tautre à le sauver s'il tumba vif entre les mains des François. Pour le Vulcan, cestoit pour faire peur aux peiits enfans ; pour celuy de Furstemberg , il estoit trop hay et abhorable aux François , si que possible quelques vieux advanluriers françois se souvenans des maux que ce nom avoit apportés en France, et qu'eux mesmes possible en avoient souffert, s'ils le prirent en vie, le despescherent aussitost, ou bien s'il demeura mort au conflict , en eurent joye de le voir estendu par terre. Ainsy se font les vengeances.

MARTIN ROSSEN.

Il y eut aussi ce brave Martin Rossen ^ , très bon capitaine estant au service du duc deCleves. Il le fit parestre en plusieurs belles expéditions qu'il fit contre Tempereur et aucuns de ses capitames , comme le prince d'Orange et autres , qu'il desfit , et donna jusques aux portes d'Anvers , où il en brusla la moitié des faubourgs. Mais aussi avoit-il avec luy M. de Longueval , brave capitaine , que le roy luy avoit envoyé avec une bonne troupe de François, mais petile pourtant : et sans luy ledict Martin Rossen possible n'en eust pas tant faict. En fin, Duren prise d'assault , et le pays de Gueidres reduict à la dévotion de l'empereur, il pardonna au duc de Gleves et audict Martin Rossen , et pour sa valeur le prit à son service et ses gages ; et il luy mena de belles troupes en Ghampaigne et à Saint Dizier. Ainsy alla la fortune de guerre en ce capitaine , aujourd'huy pour le roy , et le lendemain pour l'empereur.

* Martin de Roêcheim, qui mourut de la peite & Anven, enlâ56«

troupes avec M. de Bourbon à la prise de Rome, lesquelles toutes estoient affriandées de la religion de Luther. Aussi elles le firent bien paroistre envers les prebstres et gens d'église auxquels ne pardonnèrent jamais qu'ils ne passassent le pas tant qu'ils en trouvoient : de sorte qu'on dict et est escrit, que tel soldat et capitaine allemand se trouva qui avoit une chaisne et la portoit

enfilée de soixante-dix c de prebstres. En

nos premières guerres civiles se sont trouvés plusieurs, tant soldats que capitaines, qui en ont porté de telles, et mesmes un gentilhomme d'Anjou que je ne nomme point 3; dommage pourtant qu'il s'adonnast à cela; car il estoit gentilhomme de bon lieu , et brave et vaillant. Ce Fransberg ayant sceu qu'on tiroil vers Rome, avoit faict faire une belle chaisne d or , exprès, disoit-il, pour pendre et estrangler le pape de sa propre main , parce qu'à tous seigneurs tous honneurs, et, puis qu'il se disoit le premier de la chrestienté, il luy falloit bien déférer un peu plus qu'aux autres. On dict que s'il fust esté du commencement de la prise, que les cruautés s'y fussent encor exercées plus énormes que ne furent ; car il estoit très cruel et mortel ennemy du pape et des papistes ^ ; mais il estoit demeuré à Ferrare , malade extresmement de ses gouttes. Qu'eust-il sceu faire pis qu'il s'y fit , sinon qu'il n'y eust mis le feu pour l'embraser toute? Dieu ne le voulut pour avoir esté et pour estre encore le chef du monde , ou pour le moins de la chrestienté ; aussi que les Gots et Visigols l'avaient assez visitée de feus et de ravages d'autres fois , de sorte qu'elle demeura un long temps toute déserte et deshabitée.

* FreundàbergjWâfiotviT deUaidt\hem, de Fetenberg et de Steruingen, daiis la Souabe. Gaspard, son fils, chef des lansquenets de la garnison de Milan, ftaC après lui seiBneur des mêmes lieux. Le père mounii en 1528, et le fils en 1536. Voyez aussi les Mémoires de Du Bellax» Hv. m.

* L« manuscrit 877 1 dit : • QuLs'appelle Brassaut, qui en portoit tout de mesme. > René de La Rouvraye» sieur de Brenaut , eut le cou coupé à Anvers dans le temps do massacre.

* Le réviseur a substitué : • Catholiques. »

LE COURONNEL FRANSBERG.

Où se tenoit donc le sainct père alors ( ay je veu aucuns de la reli^oa fiiire ceste belle demande )? Dieu le gardoit , colloquoit et assistoit ailleurs , tant il sçait bien garder les siens où il luy ptaist. Faut noter une chose , que si les gens et laosquenets de ce Fransberg firent du mal à Rome, ils en firent bien autant dans Naples qaand ils furent assiégés et enserrés; car lors qnlls Y entrèrent il y avoit des vivres et des Tins pour deux ans; mais ils gouspillerent , beure nt et mangèrent tout avec une gloutonnie que, sans le malheur qui arriva à M. de Laulrecq et i toute son armée de maladies , de pestes , la ville estoit troussée, et la prophétie de M. de Lautrecq accomplie, qui disoit tousjours qu'il les auroit la corde au col ; car les vivres y Failloient dedans estrangemeut,jusques à une poule qoi valloit cinq escus, un pouUet deux , le pain de mesmes; en quoy falloit bien se rendre , ou mourir de Âiai.

De sorte que j'ay ouy dire à de grands capitaines que les lansquenets ne sont pas trop bons renfermés dans une place , pour estre mal rciglés et fort subjects à leurs bouches. Je m'en rapone à Anlhoine de Levé dans Pavie; que s'il n*eust joué un tour de son escrime , comme i*ay dict en son lieu , il estoit perdu; au comte de Mansfcld dans Yvoy , le tour qu'ils luy firent et dont il s'en doulut fort. La seigneurie de Sienne , avec M. de Montluc, s'en sceut gentiment desfiiire dans leur ville ; autrement ils estoient perdus de réputation et de vies. A la campaigne et aux sièges ils sont très bons , et combattent tris bien quand ils ont esté aguerris un peu. '

Cest assez parlé de ces couronnels allemans , que si je les voulois spécifier je n'aurois jamais bict; et ce seroit aussi une grande honte à moy d'en escrire tant, puisque tant d'histoires en parlent. 11 feut parler un peu aussi des braves Italiens, desquels, tout de mesmes qu'il y a eu de bons et de braves capitaines parmy les Espaignols et Allemans, comme j'ai dict cy de* vant, soubs l'empereur et le roy son fils , il y CD a eu aussi de tous pareils de ceste brave nation , comme ces Medicis , ces Golomnes , ces Ursins, ces Gonzagues , ceà Baillons, ces Malatestes, ces Vilellis, ces Martinengues , ces Dories, ces Malespines , les Spinolas genevois ^ ,

iC'ett-à.dire:Géooit.

iftAHTOVB. 1.

desquels est sorty ce grand marquis de Spinola , aujourd'huy l'espou vante des Pays Bas, qui ne doibt rien à ses braves prédécesseurs , voire les surpasse en tout, duquel je parleray ailleurs à son tour, bref une infinité d'autres. J^ ne suis pas pour spécifier tous ceux que j'ay dict, sortys tous de très nobles , illustres et vaillantes familles, de pères en fils; car j'entreprendrois un * œuvre trop grand et difficile à moy. Jediray seulement qu'au combat naval Faict devant Naples assiégée, Gxsar Fieramosqua y mourut combattant bravement; Ascanio Gollumna y fut pris aussi; Philippe Cerveillon ^ y fut pris aussi; et force autres braves capitaines y firent très bien, auxquels les Espaignols ne firent point de honte.

Au si^e de Florence furent et accompagnèrent le prince d'Orange, Pierre Louys Farncse, le comte Rosso de San Segondo, Alexandre Vitelly, Joan-BaptisU Savello, Marlio Ck> lumne, et son parent Gamillo Mutio , Pyrro de Slipicciano, le segnor Scalingo, Asfrzan Braccheo et Sforza , frères , Malaiesta , le vieil capitaine Joanni Sassatello de Romaigne, Hieronimo de Trani,et force autres; lesquels tous là firent bien parestre leurs valeurs. Aussi av«îent-ils à faire à de très braves et vaillans capitaines de ceux de dedans , qui le roonstrerent bien en une infinité de combats , et mesmes en une saillie que firent un jour le déterminé Jehan de Turin , duquel je parle ailleurs , Bar ■ tholomeo de Fanno, Jacobeto Gorso, et autres braves capitaines, dont servit bien à ceux de dehors se bien deffendre. Cipsa, pisan, Bonifacio di Parma, Rosso et Alexandre Vitelli y furent fort blessés , et Sciarra Golomne aussi.

Pour le voyage de La Colette, s'y trouvèrent aussi force braves capitaines, comme fut Spinello Garafa et le vaillant comte de Sarno , qui fut tué devant le fort en une forieuse saillie qu'y fit Salec, commandant dedans , contre ledict comte allant (ecognoistre la place, qui fut rembarré avec les siens jusques dans ses tentes et pavillons, qu'ils pillèrent, et meubles et vaissaille d'argent. Et après ledict comte tué, ledict Salec en fit couper la teste et l'envoya à Barbf rousse pour présent , dont il fut bien joyeux ; car ledict comte luy avoit faict la guerre ailleurs

« Ccrbellonl

VIES DES GRANDS CAPITAINES

vers la Barbarie. Les Etpaignols ne furent pas marrys de la desFaicte de ce comte et de ces Italiens (que c'est que d'envye! ) d'autant qu'il svoit demandé au marquis del Gouast cesle faveur pour Faire la première poincte pour recognoistre la place ; qu'il luy accorda volontiers pour sa valeur qu'il avoit souvent faict paroistre, et aussi qu'il l'aymoit. En quoy le marquis les tança Fort de se resjouir et se rire du mal d'autruy, et mesmes estant là tous pour le service de l'empereur et du gênerai.

Quelques tempsaprës,lesEspaignols n'eurent pas grand occasion de se rire des Italiens à l'assaut et la prise de la ville de Duren que fit l'empereur , y estant el comparant en personne , armé de toutes pièces et une casaque de drap d or, tant pour se Faire bien paroistre et animer ses soldats , que pour l'en vye qu'il portoit à ceste place, et à la vengeance qu'il en vouloit avoir. Aussi et les uns et les autres, par une généreuse jalousie , le jour de Tassault venu et la bresche Faicte, tous faisant à l'envy , sans en attendre le signal et commandement de l'empereur, ny de Fernaudde Gonzague, gênerai deSadicte Majesté, passant le fossé plein d'eau, monte* rent et donnèrent Tassault si Furieusement, et si opiniastrement y combattirent ^ qu'en fin îla emportèrent la place , non sans y cstre demeurés morts plus de cinq cens, tant des Espaignols que des Italiens, sur le rempart et la bresche ; aussi , ayant tout forcé, tuèrent tout tant qu'ils peurent , pour la vengeance de leurs compaignons et capitaines.

Ils estoient commandés par Scephano Golomna , envoyé par le grand Gosme de Medicis à l'empereur; lequel, pour sa suffisance et mérite , le fit là maistre de camp de toute l'inFanterie italienne montant à quatre mille hommes, dont il s'en acquitta très dignement; et Gamille Golomne et Antlionio Doria, qui avoient de belles troupes et estoietit de bons capitaines , ne desdaignerent de lui obéir. Dqm Alvaro de Sando et Ludovic Perrez commandoient aui Espaignols, montant auUnt que les Italiens. La ville prise et le combat et massacre cessé, pilla qui peut, dont s'en enrichirent Fort les soldats. L'empereur, qui vit donner Tassant, en estant Fort près, loua publiquement, entre autres Italiens, pour avoir très vaillamment combattu et bien Faict , un Falio de Pise, et on

Scveria de Naplea, morts sur la place.

11 loua aussi fort deui alfiers ou porte ensei^ gnes, l'unnavarrois, nommé Randolazzo, et l'autre genevès S nommé Gregorio, qui demandèrent après Thonneur et la recompense de la couronne murale , comme jadis firent ces braves Romains, parce que tous deux contestoient avoir monté les premiers sur la moraille; et de Faict en produirent leurs tesmoiogs, estant les afFections de chacun des deux pays fort adonnées à la Faveur de l'un et de l'autre. L'empereur en remit et diFFera sa sentence pour n'offencer l'un ny l'autre, et les entretint long temps en longueur et suspens, et en bonnes esperences à tous deux , de peur que par ce débat s'engendrassent de chaacun eosté des haynes et des envyes qui peussent venir à quelque mutinerie. L'empereur, en ce traict comme en plusieurs autres, monstra sa sagesse; car il y avoit assez dequoy pour s'animer des deux costés; où il acquit grand louage, mais encore plus grande d'avoir conquis bravement cestt? ville, et Faict mieux que ne firent les cohortes romaines de Jules Gcsar, soubs Gains Getta et Titurius Sabinos, qui là furent desFaictes et mises en pièces des gens de ceste omtrée. Gela se trouve par les histoires.

Il y eut aussi des Italiens à l'entreprise d'Alger : ils coururent pourtant fortune en une saillie que leur fit Faire Assan-Aga, commandant dedans; et sans qu'ils Furent bravement secourus ils estoient mal. Ils estoient commandés et menés parGamillo Golomne, brave et vailllant capitaine. Il se lit et se dict que l'empereur se repentit Fort à son siège de Saint- Dizier qu'il n'avoit amené des troupes d'Italiens, puis qu'il les avoit veu faire si vaillamment au siège de Duren , et que là ils en eussent autant deschargé ses Espaignols, qu'il aimoit tant et vouloit tant espargner ; car ils y Furent bien estrillés , battus et grillés d'artifices à feu , jusqu'au nombre de cinq cens.

Or, c'est assez pour ce coup parlé d'eux ; et pour conclure , je diray un mot de ce brave et vaillant Januin de Medicis, et du grand Gosme de Medicis , duc de Florence y son filSb «Génois.

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