‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 8 sur 267 · A LA REYNE DE FRANCE ET DE NAVARRE · texte numérisé non relu

A LA REYNE DE FRANCE ET DE NAVARRE

Madame^

Si i'ay heu quelquefois , par vottre peroiinion , oest bonneurde parleràVoetre MjjettéauMipmement que gentil homme de la cour, àbaitnnt eo cela, par vottre genereuae bonté, vwtre grandeur, j'ay remarqué en vous telle curioaité, qu*enoor que vous soyez la princesse et la datne du monde la plus accomplie en toutes vertus et sciences, si voulez vous toujours apprendre quelque chose de plus, sHI se peut. Que c'estque d'une belle ame , qui despend du ciel en toute perfection, et toutesfols elle s'applique en tout !

Je le dis. Madame , d'autant que je tous vis un jour curieuse d'ouyr raconter des Rodomontades espaignolles; en quoy vous primes tel plaisir, que dès lors je m'advisé de faire cest œuvre, où tous y en verrez de toutes façons, non pas seulement de celles des Espaignols, mais de celles de vos nobles François et autres.

Je le vous dédie. Madame, et l'appends&vos pieds. D'estant digne d'estre touché de vos belles et royalles mains; car, et qui est l'œuvre, tant parfaict soit-il , qui se puisse toucher de vous, si ce n'est ce qui vient de vousroesmes, qui estes toute parfoicte? Toutesfois , Madame, pour la confiance que j'ay en vostre curiosité , j'ay opinion que possible, en passant, vous y jetterez vos beaux yeux. Et par ainsy, je le vous adresse, vous priant. Madame, de l'asseurer et le fortifier de vostre sacré et divin nom. Que s'il en peut estre le moins du monde supporté, il peut braver par-dessus toutes.

I Cette première dédicaoe générale, qui t'appliquait particulièrement aux Rodomontades, a depuis été remplacée par une dédicace partioalière au Recueil des UoMWES, et indiquée d^ dans la préftoe qu'on vient de lire.

Des Rodomontades qui sont icy escrites, je n'en ty mis aucunes estrangères en leurs langues, si non les espaignolles, d'autant que le langage en est plus bravasche, et ressent mieux sa superbeté. Aussi l'empereur Charles le Quint le disoit fort brave , superbe , et de soldat , comme il tenoii ritalien pour lecourtisan etl'amoui^eux ; et le françois, le réservoit pour les roys, les princes et les grands.

Au reste, Madame, s'il vous prend envie, par curiosité , à quelque mescbante heure de loisir , en lire quelques feuillets, et qu'y remarquiez quelques foutes, excusez je vous supplie, le peu de profession que j'ay foict du sça vot et de l'art de bien escrireetde bien dire:car,depuisquej'ay commencé à veoir le monde, je me suis amusé tousjours à faire voyages en plusieurs endroicu, servir les roys mes maistresenleursarmées, les suivre et les courtiser en leurs couru , et passer aussi mon temps en autres exercices.

Je seray doncquesexcusé, Madame,si vous ne voyez point Icy ung seul bel ordre d'escrire, ny aucune belle disposition de paroles éloquentes. Je les remets aux mieux disans : j'entends de ceux qui vous ont peu imiter en vostre beau parler. Bien vous dirai-je,Bladame, que ce que j'escriis est plein de venté : de ce que j'ay veu , je l'asseure; de ce que j'ay sceu et apprU d'autruy , si on m'a trompé, je n'en puis mais. Si tiens-je pourtant beaucoup de choses de personnages et de livres très véritables tt dignes de foy.

Voy U comme je me présente à vous , a vecq vœu et dedication queje faicu à Vostre Majesté de vous demeurer pour jamais vostre très humble et 1res obéissant subjcct, et très affectionné serviteur,

BOURDBILLE.

DES HOMMES

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