‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 7 sur 267 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

que des autres : aussi Mars et rAmour font leur guerre presque de mesme sorte; et Tun a son camp et ses armes comme Tautre.

Le 8' traicte comment les belles, bonnestes et généreuses dames ayment coustumierement les braves, vaillans et généreux hommes; aussi tels ayment les dames telles et courageuses , ainsi que j'en allègue des exemples d'aucuns et aucunes de nos temps.

J'estoys, cecy escrivant, dans une chambre et un lit, assailli d'une malladie, si cruelle ennemie, qu'elle m'a donné plus de mal, plus de douleurs et tourmens que ne receut jamais ung pauvre criminel estandu à la gesne. Helas! ce fut ung cheval malheureux , dont le poil blanc ne me présagea jamais de bien, qui, s'estant renversé sur moy contre terre , par une très rude cheute , m'avoit brisé et fracassé tous les reins. De sorte que j'ay demeuré l'espace de trois ans et demy perclus et estropié de mon corps; tellement queje ne me povois tenir,

remuer, tourner et aller qu'avecq les plua grandes douleurs du monde , jusqu'à ce que je trouvay ung très grand personnage et operateur, dict M. Saint-Gristophle, que Dieu me suscita pour mon bien et ma guerison, qui là me remit ung peu, apprès que plusieurs autres médecins y eurent fiiilli. Cependant, durant mon mal , pour le soulager , privé de tout autre exerdce , je m'advisé et me proposé de mettre la main à la plume, et faisant reveue de ma vie passée et de ce que j'y avois veu et appris , feis cest œuvre. Ainsi faict le laboureur, qui chante quelquefois pour alléger son labeur ; et ainsi le voiageur faict des discours en soy pour se soutenir en chemin ; ainsi faict le soldat estant en garde , qui songe à ses amours et adventures de guerre , pour autant se contenter. Je prie doncq tous ceux et celles qui me liront excuser les fautes qu'on cognoistra icy , sur ma malladie, qui me rend, comme le corps, mon esprit imbécille, bien que tel ne l'ayede nature.

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