‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 80 sur 267 · LU · texte numérisé non relu

LU

BA^BEROUSSE.

Advant ces deux grands capitaines et corsaires Dragut et TOuclialy, Tun faict de sa main, comme j*ay dict, et l'autre non, avoit esté ce grand Barberousse, le surpasseur de tous deux , duquel , bien que j'aye escrit de luy en mon livre des couronnels de France, si faut il que j'en die encor quelque petit mot , afin que le monde sçache que jamais des Romains ny des Grecs, grands conquereurs de royaumes et de terres, il n'y en a eu de tel. Il prit et conquesta , par sa prouesse et industrie , deux royaumes : celui d'Alger. Il est vrai que son frère aisné en fit le premier fondement ; mais aussi il luy ayda eu la conqueste, et le garda très bien après sa mort. L'autre royaume fut cehiy de Thunis. Qu'estoit cela, sinon qu'en peu de temps il conquit une seconde Garttaage, que ces braves et vaillans Romains consommèrent lant d'années pour en avoir la raison et la mettre à bas? Et ce Barberousse en un rien la conquit; et, pour la conserver, fit (este à ce grand et redoublé empereur Charles Y y estant en personne, qui, sans la révolte de ses esclaves qui estoient dans la rocque, et la surprise qu*ils y firent , on ne sait en quoy l'empereur eust esté, et luy eust, possible , donné à songer, vcu les grands empeschemens de toutes .sortes qu'il eut à y parvenir. Les histoires en sont assez plaines sans que j'en parle. Et nonobstant, ce brave roy corsaire ne s'estonne point de sa perte , arrivée plustost par disgrâce « fortune de guerre et de trahison; sort de la place; refaict un second petit armement de quatorze

galleres qu'il avoit caché et sauvé dans quelques petits recoings de pallus et canaux de là auprès, dont il les faict aussitost sortir en forme et belle contenance de guerre , et d'homme plustost vainqueur que vaincu , se faict paroistre et se faitrecognoistre par autres quatorze galleres que l'on avoit envoyées â André Doria , soubs la conduicte d'un certain capitaine genevois , nommé le segnor Adam , lequel aussi tost qu'il l'eut veu luy donne la chasse si belle et si affreuse, que s'il n'eust gaigné le gros d'André Doria il estoit troussé; met luy et toute son armée en allarme , et à sa barbe se sauve dans Alger : faict encor plus; d'un mesmes vol il s'en va piller et saccager l'isle de Minorque, y prend le port de Maon, et puis, chargé de butin, prend la route de Constantinoble, .se présente au grand seigneur, luy raconte sa perte et sa disgrâce; nonobstant laquelle, et ne la cognoissant point advenue par sa faute, le reçoit très bien, luy redonne un nouveau armement; et faict le diable pis que jamais. Allez m'en trouver de pareils capitaines et corsaires auxquels la fortune ayc si bien dict et si mal aussi, et s'en être si bien relevés. Voyez les histoires de ces temps , tant italiennes qu'espaignolies. i

S'il est vray qu'il soit esté françois , comme I j'ay dict ailleurs , il a f^ict honneur au nom françois; et, s'il ne l'est, il est à louer d'où il soit; car il a non seulement espouvanté les chrestiens, mais les Arabes et les Mores , ayant j faict la guerre aux uns et aux autres, et par mer et parterre, les ayant rendus tributaires.

Un des beaux exploicts qu'il fit contre les chrestiens fut le siège et prise de Castro Novo , où y avoit dedans en garnison trois mille I braves Espaignols naturels, desquels esioii maistre de camp ce vaillant capitaine Sarmento, qui, quelques années advant, avoit esté esleu des soldats amutinés en Lombardie, dont je parle ailleurs. Il mourut là en combat* tant vaillamment sur la bresche; et Barberousse estant après fort curieux de recouvrer sa teste pour l'envoyer en don au grand seigneur, quelque diligence qu'il y peust faire , ne la peut jamais trouver parmy les morts, tant il y en avoit de tués et amoncelés les uns sur les autres. Cestoit combattu et soutenu une bresche et un assauU vaillamment cela! Voyei

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