PHILIBERT, DUC DE SAVOYE
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rear, an Heu qu'auparavant il estoit bien à son ayse, et ne luy demandoit rien. II se dict et se lit que l*empereur estant à Naples à son retour de Thunes, M. de Savoye, son mary, escriyit une lettre à un gentilhomme, nommé Montfiailconnel , qu'il aymoit fort , et se tenoit prèsdeFempereur, qu*il sceut de luy comment il se devoit gouverner en ce faict de guerre de Savoye, qu'il voyoit se préparer et tomber toute sur luy. L'empereur luy manda : qu'il se gouvernast à Paccoustumée , en connivant, sans aotrement se déclarer ny pour Tun ny pour Tautre. Mais sa Femme, qui estoit aliiere et d'un courage animé, ne cessa jamais qu'elle ne le fist déclarer du tout; dont mal en prit à l'un et à l'autre; car il Fut despouillé de son bien; et elle, de deuil de sa perte et qu'elle en estoit cause, mourut à Nice comme désespérée. On dict que la mère du duc de Gleves mourut aiusy de tristesse, quand elle vit son fils privé de s^ biens et reduict à petit pied. Et dictes que les femmes meurent de joye ; non pas ces deux-là. Pour fin, ceste duchesse de Savoye Fut très mauvaise Françoise.
J'ay ouy conter à un vieux gentilhomme de Dostre pays, qui s'appelloit le bon homme Premillac, vieux advanturier de guerre du temps passé, qui avoit près de cent ans, lequel , tournant du royaume de Naples après le siège et la mort de M. de Lautrec , et perte de nostre armée , il arriva un jour de Penthecoste en passant à Ghambery, où il s'advisa, avec quelques cinquante ou soixante compaignons qu'il avoit commandés en enseigne, d'aller à la porte de la grand église demander la passade et l'aumosne à Leurs Altesses, ainsy qu'elles yroient à la messe; comme pauvres soldats desvalisés. Voicy venir madame la duchessede Savoye avec son arrogance et su|)erbeté , tant de ses façons naturelles que de ses habits, et avec sa grand beauté Hussy , car elle en estoit pourveue , et de beauté cl de gloire, comme il falloir. Ces pauvres François, estans tous de rang, luy demandèrent la t>as.sade.Elle, les regardant desdaigneusement, leur dict : « Vous estes François? je ne donne « point d'aumosne aux cnnemys de l'empereur «mon frcre. Vous avez esté bien estrillés d'où «vous venez; je voudrois que tant de François «qu'il y en a en France Fuissent de' mesmes. »
Et ainsy passa sans leur fiiire du bien autrement. Voyià le bien que cette duchesse nous souhaictoit.
M. de Savoye donc, son mary, ayant peràii tout son estât, tant de Savoye que du Piedmont , au moins la plus grand part, il se retira à Nice , et son fils, M. le prince de Piedmont , avec l'empereur qni le receut de très bon cœur (j'en dirois bien aucunes raisons secrettes, mais je m'en passeray bien ), et luy Faict un très bon traictement, le tient en sa cour fort honorablement, et l'esleve en luy Faisant voir les armes : si bien qu'en peu de temps il se rend très capable pour servir l'empereur; et pour avoir perdu son bien ne perdit jamais le cœur, mais l'en augmenta d'advantage; et pour mieux le Favoriser prend en devise ces mots de Virgile des ^neides :
. SpoUatU arma tupersunt.
Gomme voulant dire : qu'il n'est pas despouillé celuy à qui restent encor les armes en main. Belle devise certes, et digne d'un si courageux prince ! Et paroist bien autant altiere et brave que celle du marquis de Villenna , l'un des plus grands signeurs d'Espaigne, à qui l'empereur ayant osté, Fust ou par justice ou force, deux de ses plus belles terres , neaùmoins , pour cela il n'en demeura si pauvre et desnué qu'il ne luy en restast encor d'advantage, Uut il estoit opulent. Et pour ce fit Faire un jour un saye sans manches, et avec le bas de saye très long, fort ample; et tout à l'entour avoit cet escriteau, en broderie très riche en plusieurs endroicts dudict saye : Aunque me sean quitadas las mon" gas, mmefùltan las f aidas. G'est-à-dire : «Encor qu'on m'ait osté les manches, les pans cde la robbe, où bas de saye, ne Faillent, et me tf sont restés. » Et ainsy se pourmenoit en la cour de l'empereur avec son saye et ses escriteaux , qu'un chascun advisoit et lisoit par grand speciauté. Ge marquis de Villenna estoit celuy auquel l'empereur ayant commandé de loger en son logis M. de Bourbon , il luy fit respcmce qu'il ne trouvast pas mauvais si, après qu'il en seroit party, qu'il y mist le feu , car il ne voudroit qu'il luy Fust reproché que sa maison eusf servy de retraicte à un traistre et infidel à son roy M. de Savoye donc s'estant faict bien expert aux armes , rcmpereor en eut telle bonne opir
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VIBS DES OilANDfi CAPITAINBSk
Dion qu'il Uiy donna A mener avec le duc d'Albe Tavant garde en la guerre des protestana, puis le fit son lieutenant gênerai aux guerres de Picardie; et ne Tappelloit-on que le prince de Piedmont , et mesmesaux prises deTherouanne et Hesdin (où je perdis mon pauvre Frère le second, dîct le capitaine Bourdeille, Tundes braves de son temps) , là où il se remit et rempluma un peu ; car encor que l'empereur luy baillast tout son entretien de sa maison, si estce qu'il luy falloit beaucoup despenser ailleurs; et pour ce bien souvant les moyens luy iailloient. Et en ces deux prises il y gaigna force prisonniers: les plus grands cheFs comme à luy deubs ; et les moyens, il les achepta à vil prix des soldats et après en tira de grandes rançons. Dont M. de Bourdeille, mon Frère aisné, pris là à Hesdin , en Fut d'un grand escot , qui a porté grand préjudice à nostre maison. Puis il Fut gênerai du roy d'Espaigne à la battaille de Sainct- Quantin et au siège, là où ii gaigna beaucoup aussy^etdemesme Façon, de prisonniers, comme des autres. Pour fin , il fit si bien, et servit si bien ses maistres,que la paix se faisant entre nos roys, en une heure et un traict de plume, il recouvra tousses biens et terres qu'il a voit perdu isguer^ res en (rente ans. Quel heur voyià ! Outre plus, il eut Force argent , il eut de bonnes pensions et d'un cosiéet d'autre, mesmesune chose que guîeres on n'a veu avoir, qui est deux compaignies de cent hommes d'armes : Tune du roy de France , très bien entretenue, appoinctée et payée , dont j'ay veu le comte de Montravel , lieutenant ; et Tautre du roy d'Espaigne, entretenue de mesmes : ceste cy pour servir TEspagne et Kauire pour servir la France; laquelle ne failloit , quand elle éstoit mandée , de venir et se rendre comme les autres où elle estoit commandée. Je Tay veue souvent , et mesmes au siège de La Rochelle, où elle entra en son quartier; et la Faisoit très beau voir, car elleestoit très bien montée et de bons hommes, avecquea les casaques très belles , toutes de velours cramoisy en broderie d'or et d'argent.
Tant que madame sa femme, nostre bonne fille de France, Fut en vie, il ne fit de Faux bon contre la France ; car elle l'esclairoit et le gaignoi! et amadouoit de tout ce qu'elle pouvoit , et tant aussi que nous tenions encor Pignerol et Sa^iliaa daûsson pays, qui luy servoieqt d'es-
^ pine €n son pied. Mais il ne cessa jamak ip^il ne les eut en gaignant le roy par belles parolles et persuasions, et par bonne chère qall iuy fit en ses terres , par les bons melons d'Ast qu'il luy donna à manger , et par la fraische glace qu'il luy donna à boire ; tous petits «t foibles appas pourtant pour l'induire à le récompenser au double par ces deux villes. Mais on croyoit qu'à grand peine le roy en eost dict le mot sans madame de Sa voye , sa bonne et vraye tante , qui meritoituo tel présent, voire meilleur, pour la bonne amitié qu'elle luy portoit, et à la grandeur de son estât.
(I ofFrit de plus au roy quelques trois ou quatre mille hommes de sa milice (ainsy estoientils nommés), que nous pourrions comparer proprement à nos legionaires. Mais quelle milice estoit-ce? très piètre. Et quels gens de guerre? qui ne servoient que de nombre et non de faction. Tesmoing le siège de Leveron , que s'il n'y eust eu devant de nos braves François, ceux de dedans avec trois cens hommes les eussent mis en pièces cent fois , et ne fost esté jamais parlé de milice. Or, avec tous ses artifices, il obtint du roy tout ce qu'il vouloit.
Tout cela Fust esté bon (car Faict ses afFairei qui peut) si , quelques années après , il n'eust tenu la main avec le marquis d'Ayamont, gouverneur de l'estatde Milan, au mareschal deBet> legarde de s'emparer du marquisat de Saluces, et se rendre rebelle au roy, afin de se l'impatroniser et rendre propre à luy par amprès, comme a faict monsieur son fils despuis, lequel le trouvant desnué de gens, d'argent et de moyens, l'usurpa, au grand despit du roy, qui, ces jours en ayant sceu les nouvelles , aiusy qu'il estoit sur le poinci d'aller à la messe et faire ses pasques, il s'en retourna et ne les fit point, tant il Fut en collere. Et comme M. de Locinge , un fort grand personnage et digne de sa charge, voire d'une plus grande , ambassadeur de son Altesse devers Sa Miyesté, luy en voulut Faire des excuses , il en fut bien rejette. Entre autres qu'il allega, c'est que son maistre avoit eu advis que M. de Les-Diguieres et tous ses huguenots luy en vouloient ; et pour ce il avoit gaigné les devans, d'autant qu'ils estoient ses enuemys.Le roy disoit partout : qu'il ne vouloit point de lel$ oFflcieux que celuy là ; que, quand bien M. de Ua-Diffuieres l'euai pris, il luy eust aussi tost