‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 103 sur 119 · MAD4ME · texte numérisé non relu

MAD4ME

J'ay prié le seigneur de La Sayete, doyen de Poictiers, que bien cognoisscz, d'aller devers Vos Majestés pour vous faire entendre l'assembléequej'ayfaicte avecques les sieursdcs Cars, de La Vauguyon, de Pompadour etd'Argence, que je vous puis dire n'avoir jamais veu une plus belle Irouppe de noblesse, pour avoir esté mise si tost ensemble ; car nous sommes bien cinq cens gentilshommes tous de bonne volunté et prests pour s'employer pour vostre service: vous asseurant, madame, queladicte assemblée n'a pas esté inutile au service de Vos tre Majesté; car, quand ne seroit qu'avoir rompu les desseins de vos ennemys, et empescher que le viscomte de Thurenne ne leur menast tant de gens qu'il eust faict , me semble que cela n'est pas peu de chose. Et si nous avions quelque grand pour nous commander en ce pays, vos affaires se porteroient mieux qu'ils ne font : et crains bien que ces pays s'en vont perdus, si on n'en tient autre compte, pour des raisons que j'escris amplement au roy, comme vous pourrez veoyr. Par quoy, madame, il vous plaira y mettre ordre, et aussy faire payer le voyage du sieur de La Sayete. Je vous ramenteray icy que le sieur de La Vauguyon est bien fort affectionné et prend beaucoup de peyne au service de Vos Majestés, combien il aye peu d^occasion de s'y affectionner tant. Je ne fauldray vous advertir de tout ce qui se passera et adviendra touchant les affaires de vostre service. Sur ce je prieray le Greateur, madame, vous maintenir Vostre Grandeur en toute prospérité, très-longue et très-lieureuse vie.

De Perigueux, ce

LETTRES

Lettre du roy Henry 111 au seigneur de i;

Bourdeiiie.

EiiToyée par La Beylie, le 31 de man 1576

Monsieur de Bourdeiiie, j*ay veubien particulièrement les advis que vous me donnez des desseins et délibérations d'aucuns mesennemys et rebelles, qui sont du costé de delà , ensemble de leurs forces, et le désir qu'ils avoient d*attaquer et surprendre , s'il leur estoit possible , le comte Martinengue. Mais je m'asseure tant de la>devotion que vous avez à mon service et à la conservation de ceux que vous cognoissez m'estre fidèles et affectionnés, comme il est, que vous aurez employé tous les moyens que vous aurez eu pour les secourir, et que vous aurez esté assisté des sieurs de La Vauguyon et des Gars, comme vous m'escrivez les en avoir advertis.

Et d'autant qu'il est nécessaire pour le bien et utilité de mon service , et la conservation de mon pauvre peuple, depourveoir et remédier aux entreprises que le^dicts rebelles pourroient fiiire au préjudice de mondict service, mesmes à présent que le viscomte de Tburenne est joinct avecques eux, j'ay advisé de vousescrire expressément la présente, pour vous prier, monsieur de Bourdeiiie , en continuant la mesme fidélité et affection que vous avez tousjours eueà Taugmentation et grandeur de ceste couronne et de mes bons et loyaux subjects, vouloir, le plus promptement et diligemment qu'il vous sera possible , assembler le plus de forces que vous pourrez, pour, avecques celles que lesdictssieurs de Lia Vauguyon et des Gars pourront aussy avoir de leur costé, vous acheminer incontinent avecqueseux droit à la ville deMarteil, où Ton m'a adverty queledict viscomte s'esloit retiré avecques toutes ses trouppes; et tous ensemble, avecques mon cousin le mareschaldeMoutluc, les sieurs de Biron et de Ruffec, auxquels jescris aussy présentement, le combattre et desfaire, et tailler en pièces tous ceux qui se trouveront avecques luy, et le prendre prisonnier, si foire se peut : espérant que Texecution en sera telle que je la désire, et qui est requis pour le bien de mes affoires.

Vous voulant aussy bien advenir que le

sieur de Ruffec m*a escrit que, d'autant qac le chasteau d'Aubeterre est de grande importance , et que nonobstant que vous y ayez mis un gentilhomme pour le garder, duquel je m'asseureque vous avez entière confiance, et que vous ne luy en auriez donné la charge sans estre bien asseuré de sa fidélité; neanmoios, parce que c'est dans son gouvernement, et que j'ay ordonné que chascun me respondra de tous ceux qu'ils auront commis es places qui sont de leur charge, je suis d*advis que vous mettiez hors tout doucement celuy qui est à présent, et le remettre es mains dudict sieur deRuffiec pour y commettre tel qu'il verra bon estre, et duquel il se rendra responsable ; ainsy que de vostre part vous ad viserez d*en faire le semblable i tous les lieux et places dont je vous ay doooé la charge , afin que toutes choses soient si bleu establîes d'un costé et d'autre , qu'il n'en puisse advenir inconvénient.

Ne me restant plus à vous faire response que sur deux poincts dont vous nae requérez par vostre lettre, qui est pour reformer vostre commission, et pour gratifier en vostre faveur celluy dont vous m'escrivez pour l'office de lieutenant particulier au siège de Perigueui, i quoy j'adviseray de vous satisfaire en sorte que vous aurez occasion de vous contenter. Et sur ce je pryeray le Créateur vous avoir, monsieur de Bourdeiiie, en sa saincte et digne garde.

Escrit à Paris le 31 mars 1576.

Henry.

Ei plus bas, Vm&

Lettre du roy Henry 111 au seigneur de

Bourdeiiie,

fiscrite le 23 d'avril , et reoeue le 4 de roay 157S.

Monsieur de Bourdeiiie, vous m'avez rendu tant de suffisantes preuves de raffection que vous portez à mon service, qu'en toutes occi* sions je me sens asseuré que vous vous y eoployerez de tout vostre pouvoir. Qui sera que maintenant je ne vous feray longue lettre poar vous prier de tenir la main, et vous employer, pour que l'assemblée qui s'est fàicte par de là de tant de gens de bien, ne se rompe sans faire queluue bon effet, et que , pour le moins , si le

D'ANDRE DE BOURDEILLE

viscomte de Thureiine ne se peat combattre comme je le désire , vous advisiez d^ailleurs à ftire quelque autre entreprînse digne d'une si belle assemblée. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.

Escrit à Paris le 33 apvri! 1675.

Henry.

Et plus bas, deNeufthxe.

Et à la subscriptlon.

A monsieur de Bourdeille, chevallier de mon Ordre , conseiller en mon conseil privé, et seneschal de Perigueux.

Lettre du seigneur de Bourdeille au rox

Henry II L

Enroyée par le scindic le 29 de roay 1575.

Sire,

Je vousescrivis par le doyen de Poictiers comment le sieur de Rastigniac et ses Frères estoient venus avecques moy à ceste assemblée que j'ay fiaicte, bien accompaignés pour s'employer à vostre service; et cependant un prestre , qui prétend quelque droit en Tabbaye de La Ghastre, s'est emparé de ladicte abbaye à la faveur des Peyraux, dans laquelle estoient tous les meubles et vivres dudict sieur de Rastigniac, lesquels ledict prestre s'est approprié, et mis la femme dudict sieur de Rastigniac hors de ladicte abbaye, lesquels meubles et vivres il estime de quinze à vingt mille livres , sans comprendre beaucoup d'autres meubles et vivres que les pauvres gens de là autour avoient serré dans ladicte abbaye, dans laquelle ledict sieur de Rastigniac ne se f ust mis , n'eust esté qu'il vous pleust la luy faire donner au feu roy vostre frère, et despuis vou»-me$me luy en avez confirmé le don, en recompense des services qu'ils ont fiiicts à Vostre Mqesté. Aussy la reyne vostre mère lui escrivit une lettre, et luy manda qu'il gardast bien ladicte abbaye en attendant vostre venue: et tout le mal qu'il a eu en ses iriens et maisons est pour estre fidèle serviteur à vostre couronne, parce que, après la battaille que vous gaignastes à Montcontour, et que vous eûtes chassé le reste de l'armée de

vos ennemys, ainsy qu'ils passèrent en ce pays pour s'en aller en Languedoc , et estans près de la maison dudict seigneur de Raslif^niac, il assembla beaucoup de ses amys , et en desfit plusieurs; et quelques grands de vos ennemys de ce temps là, qui y estoient lors, prîndrent ledict sieur de Rastigniac en hayne pour ceste occasion, et pour ce qu'il affectoit vostre service contre eux , et ont esté cause du mal qu'il a receu en ses biens.

* Toutesfois, sire, pour cela il n'a en rien amoindry l'afPection qu'il a à vostre service, comme je le puis bien cognoîstre; car dès le commancement de ces guerres que j'ay faict plusieurs assemblées, il est tousjours prest des premiers avecques bonne trouppe, comme la reyne vostre mère pourra tesmoigner; car je luy ay escrit plusieurs fois le devoir que les sieurs de Rastigniac faisoient par deçà.

Toutes choses considérées , sire, je vous supplie très-humblement de luy faire raison, et luy octroyer ce qu'il vous demande, tant par requeste que par une lettre qu'il vous escrit; car c'est une chose fort raisonnable : et il s'asseure tant de vostre bonté, et de la promesse que luy avez faicte, que vous luy continuerez le don de ladicte abbaye; autrement, le pauvre gentilhomme a tout perdu , et n'a aucun moyen de vous faire service. Vous sçavez qu'on dit par commun proverbe : Qui perd le sien perd le sens; et nous sommes en un temps que nous ne sommes guieres sages. Et sa partie est de si bas estât, que luy ny les siens ne feirent jamais service à vostre couronne; et, au contraire, ledict sieur de Rastigniac et ses frères sont gens de maison, et ont moyen de vous faire service : et si vous luy continuez ce don , vous ferez co* gnoistre à un chascun le désir qu'avez de gratifier vos bons serviteurs. Par quoy je prie trèshumblement Vostre Majesté que sa requeste soit interinéeenma faveur.llm'a aussydictque vous estant debvant La Rochelle luy deffendites de ne demander rien au Peyraux , qui est l'une de ses parties, à quoy il vous respondit qu'il obeyroit, et que ledict Peyraux estoit party le jour que ledict comte Mongommery arriva là.

il vous plaira mander en brief vostre volunté, afin d'obvier aux querelles qui s'en pourroient ensuivre à lever les fruicts de ladicte abbaye ceste année. Sur ce je prierav le Créateur , sire

LETTRES

qu*H maîntieuDe Vostre Grandeur en toute prospérité, très-heureuse et très-longue vie.

De Perigueux , ce 29 may 1575.

Lellre du seigneur de Bourdeille à la »*ejme

mère.

Escrite le 29 de may \5JS,

Mâdime,

Je vous ay mandé plusieurs fois, et au feu roy, la continuation que le sieur de Rastigniac et ses frères font i vostre service durant ces guerres, m'ayant tousjours accompaigné avecques une belle trouppe quand je leur ay mandé : et mesmes à la dernière assemblée que j'ay faicie, eux estans avecques moy pour vostre service, celluy qui prétend droit à Tabbaye de La Gliastre s'en alla de nuict dans ladicie abbaye avecques certain nombre de soldats en armes, et auroit mis hors d'ycelle la fenime et famille dudict sieur de Rastigniac, et prins tous les vivres et meubles qu'il avoit en ladicte abbaye, qu'il estime de quinze à vingt mille livres.

Il avoit pieu à Vostre Majesté de luy escrire et commander, après la mort du feu roy vostre fils, qu'il se mist dans ladicte abbaye, et qu'il la gardast bien en attendant la venue du roy, ce qu'il fit. Et aussy le feu roy la luy avoit donnée, et cestuy-cy la luy a confirmée. Vous suppliant très-humblement, madame, luy vouloir faire continuer ledict dpn en ma faveur, et luy faiire octroyer sa requeste qui est très-raison* nable. Et, en ce faisant, vous ferez cognoistre le désir qu'avez de gratifier vos bons serviteurS} mesmes ceux qui ne fleschissent point, compie je m'asseure de ceux-là. Et tous les maux qu'ils ont eu en leurs biens, sont advenus pour estre fidèles serviteurs à la couronne.

J^en escris plus amplement au roy, comme vous pourrez veoyr, et aussy comme l'on vous fera bien aq long entendra. Par quoy, je supplie très-humblement Vostre Majesté encor un coup de luy faire octroyer sa reqqeste en ma faveur. Sur ce je prieray le Créateur, madaipe, qu'il maintîegne je Vostre Grandeur en toute prospérité , très-heureuse et très-longue vie. De Perigueux , ce 29 may 1575.

XVÏII.

Letire du seigneur de BaurdeiUe au ro/

Henry II i.

Eovosrée par le tcindic , le 29 de may 1S75. SiBE,

Je vous fis une depesche dernièrement par le sieur de La Sayete, doyen de PoicUers, pariaquelle vous avez pu entendre la belle assemblée que j'avols faicte en ce pays avecques messieurs des Cars, de La Vauguyon et de Pompadour, et la grande noblesse que nous avions mise ensemble, avecques délibération de passer la Dordoigne pour suivre le vlscomte de Thurenoeet ses trouppes; ce que nous fismes, et le contraignismes de se retirervers Montauban, où il a eu la petite vérole , et veut aller trouver le mareschal Damville en Languedoc : et nous allismes trouver le sieur mareschal de Montluc l Mouchard en Agenois, où pareillement estoit le sieur de Biron et plusieurs autres seigneurs, là oiï tous ensemble priasmes le seigneur de Pompadoor d'aller devers Vostre Majesté pour vous faire entendre la délibération qui fut faicte là eotre nous. Je pense qu'il vous aura faict entendre le tout bien au long.

Ledict sieur de La Vauguyon et moy uous en retournasmes , et pensions laisser le regh ment de Brichanteau, la cavallerie légère et les reistres de delà la Dordoigne; mais ik n'ont jamais voulu demeurer, voyant qu'ils n'avoient moyen d avoir des vivres, et que personne n'en vouloit donner, mesmes que messieurs de Bourdeaux ne leur en pourroieoi foonir jusqu'au quinziesme ou vlngtiesme de ee mois. Qu'est cause que nous avons passé de deçà la rivière de Dordoigne en mesnae lieu que doo$ l'avions passée, pour faire rendre auidicls reistres le bagage qu'ils avaient laissé à Uboqrne. Et ledict sieur de La Vauguyon , qui conduisoit lesdicts reistres, pria le baron de Val|iiac de lea prendre en sa charge ; ce qu'il a faict , comme ledict sieur de La Vauguyoo YQus escrit bien amplenaent par un gentilhomme qu'il envoyé exprès devers Vestre Majesté. Quant k moy, jem'ea suis rcrenaenmflfl gouveraeoieiit, ne vous ty;aDt ladicte asiemlM pu servir d'entre chose : vous anseorant , sire . l 4ue si mus eussims eu de l'artillerie et muni*

D'ANDRÉ DE BOURDEILLE

tioo, nous euadoDS pris beaucoup de peitu forU qui «ont de delà la rivière de Dordoigne. Mais je vous diray sur cela que je vois une grande partie de la noblesse de ce pays fort degoustée , pour le peu de compte que vous faites de vostre Guyenne , et le peu d'ordre qu'il y a en ce pays. Tellement que je crains bien , si la guerre dure davantage , que vos affaires s'y porteront très-mal , à faute d'envoyer quelque grand personnage pour commander comme je vous ay escrit plusieurs fois.

Quant au sieur mareschal de Montluc « il a une grande aFfèction à vostre service ; mais , certes, il n'est plus tel qu'on Ta veu , à cause de sa vieillesse, ainsy qu'il dit luy-mesme. El si vous nous envoyez quelque grand personnage, il vous plaira mander aux seigneurs de ce pays de Tassister, et vous trouverez grande noblesse qui se mettront en campaigne : et vous asseure que vostre service, ensemble tout le pays, en vaudra beaucoup mieui. J'ay dict ludict sieur mareschal que j'avois faict lever en :e pays cinquante cbevaux-legers , lesquels j'ay entretenus l'espace de trois mois au mieux que l'ay pu; le priant de me donner des moyens et irgent pour les entretenir: mais il m'a respondu qu'il n'en avoît point. A ceste cause , j'ay con* jedié lesdicts chevaux-legers, et suis à présent «ans aucunes forces; n'ayant moyen d'empes- :her que Langoyran ne fasse la récolte de tout ce qu'il voudra en ce pays.

Quant à moy, je ne-puis plus faire les assemolées de la noblesse comme j'ay faict souventes fois despuis quinze mois, non pas à faute de Donne volonté , mais à faute de moyens. Par 4uoy, sire, je supplie très-humblement Vostre Majesté y avoir esgard. Et si de fortune il advient quelque accident en ce pays, ne vous en prenez pas à moy. Il vous plaira escrire aux seigneurs de cedict pays, qui m'ont tousjours tenu compaîgnie, et les remercier de la bonne volunté qulls ont à vostre service, en attendant que l'occasion se présente de les gratifier.

Je vous ay cy-devant mandé par le sieur de La Beyiie comment la commission des six cens hommes de pied ordonnés pour la garde de ce pays estoit expirée dès la fin du passé; à qiioy vous me fistes response que vous y meuriez ordre. Je ne sçay pas que je dois faire en cela ; car, avant que m'en ayez euvoyc une. i^ ii'

les derniers soient levés, je crains bien qa

lesdietea garnisons me laissent, parce que le temps courra de plus de deux mois.

En tout ce pays d'Agenois il n'est que parlé du sieur de Lousun, lequel fait bien la guerre aux ennemys, et vous est fort affectionné serviteur. Quand j'ay esté icy de retour, les regimens de Bussy et Laverdin sont venus en mon gouvernement, lesquels m'ont monstre une lettre que vous leur escrivez ) par laquelle vous leur commandez d'aller trouver ledicl sieur mareschal: mais je crains bien qu'il ne lesrecevera pas, parce que dernièrement, à l'assemblée que nous fismes audict Mouchard , il ne voulut point recevoir le régiment de Brichanteau , comme ledict sieur de Pompadour vous aura pu dire ; lequel régiment n'a pas ensuivy ce que le sieur de lia Vauguyon et moy avions ordonné , qui est de repasser l'île et aller avecques les reisires et chevaux-legers ; en attendant que les vivres et l'artillerie de Bour* deaux fussent prests, ainsy que nous donnismes charge au procureur gênerai de vostre cour de parlement audict Bourdeaux, qui vous est fort affectionné serviteur. Et, à ce que je puis veoyr par une lettre que ledict procureur gênerai m'a escrite,tout estprest: lequel m'a aussy envoyé une copie des lettres que ledict sieur mareschal escrit , tant audict procureur gênerai que aux sieurs de Moniferrant et de Gourgues, desquelles je vous envoyé une copie, par laquelle vous pouvez cognoistre Teloignement qu'on donne aux affaires de vostre ser vice.

Despuis la prise de Lusignan, vous avez tousjours eu à la campaigne environ quinze cens chevaux et quatre regimens de gens de pied , qui n'ont de rien servy que de manger vostre pauvre peuple jusqu'aux os, à faute de quelque grand personnage qui commandast absolument , et quand en eussiez envoyé un, je m'asseure que vos ennemys eussent parlé à ce traicté de paix plus doucement qu'ils ne font.

J'envoye le scindic de ce pays devers vous , avecques des instructions pour vous faire entendre bien au long des affaires dudict pays. Il m'a tousjours suivy à ceste dernière assemblée, et vous est fort affectionné serviteur. Vous suppliant irès'liuniblement , sire , luy donner andniiv, eî uje faire response aiix^Hcies in

LETTRES

struciions, afin que j^obeysse fidellemnnt à vos j comiDandemens , et vous plaise me donner moyen de demeurer icy : autrement , je supplie très*humb1eroent Vostre Miyesté de me donner congé, afin que je vous aille baiser les mains , et servir Monsieur vostre frère moy-mesme. Vous plaise aussy depescher ledict scindic le plustost qu*il sera possible; car sa présence sert de beaucoup en ce pays.

Sur ce je prieray le Créateur, sire, qu'il vous roaintiengne VostreGrandeur en toute prospérité , très-heureuse et très-longue vie.

De Perigueux , ce S9 de may 1576.

Instructions et mémoires.

Enroyés au roy Heory 111 , par le tcindic do pays de Perigord, le 29 de may 1575.

Faut remonstrer au roy la pauvreté de ce pauvre pays de Perigord , ayant esté assiégé des guerres ci villes despuis quatorze ans, et mesmes puis le mois de febvrier mille cinq cens soixante et quatorze, et redoict à une telle pauvreté et misère, que si Sa Majesté n'en a pitié et n'y pourvoise par quelque bon moyen , les faabitans dudict pays seront reduicts à quitter leurs maisons et familles, pour n'avoir plus moyen y résister, estant la pluspart brusiées et renversées, et saccagées par ceux qui ont prins les armes contre son service.

Qu'il luy plaise , en contemplation desdictes pertes et ruynes , leur remettre les tailles, tant ordinaires qu'extraordinaires, tant du passé que de l'année présente.

De rinegalité des tailles qui se fait aux despartemensqui se font au conseil privé , sans appeller les généraux des finances.

Des deniers extraordinaires imposés sur le pays , pour avoir commission de faire rendre compte , et comment que les estats en furent vérifiés par M. le président Tambonneau.

Du faict des exactions que plusieurs personnes de ce pays ont obtenu du roy, et se font encor journellement.

Du faict et entretien de gens de pied soubs le commandement de M. le seneschal , et supoKer SaMiù^^ d'entretenir lesdictes garni-

sons , et outre ce bailler cinquante honiines d'armes pour la tuytion et defFense dudict pays.

Du faict de ceux qui ont commission particulière pour garder leurs maisons, se voulant exempter de la contribution générale.

Du faict des habitans de Montravel pour estre faicts déclarés exempts de subvention, et les contraindre et poursuivre expressément.

Permission du roy pour assembler les es* tats de Perigord, tant pour pourveoir aux affaires qui se présentent, que pour faire rendre raison au scindic de sa charge pendant mq administration.

Pour le remboursement des emprunts de l'année mille cinq cens cinquante-huict; et n'oublier de y comprendre ceux qui ont preste et n'ont de con tract, ains seulement leurs quittances du receveur gênerai Ghazettes.

D'obtenir conunission pour esgaller Testappe quiaestéempruntée et advancée aux reistreset autres estans en l'armée commandée par messieurs des Gars , Lavauguyon , Bourdcille et Pompadour , avecques authorisation de ce qui a esté faict par M. le seneschal.

Généralement de faire les poursuites de ce qui a esté faict cy-devant et ordonné par messieurs les deffiniteurs des estats , et dont ileo reste à cognoistre la volonté du roy.

Obtenir lettres du roy sur la revocation de la somme de quinze cens livres demandées sur les villes de Perigord , et cela pour le voyage du roy de Poulongne.

Demander au roy une compaignie de gens d'armes pour contenir i'ennemy ; et supplier Sa Majestéd'escrire àM. le mareschal de Montlue de bailler commandement à M. de Bour* deille de maintenir les garnisons nécessaires en ce pays des deniers des tailles et autres qui ont esté ordonnés pour la guerre.

De remonstrer au roy comme le lieutenant de Sarlac a imposé sur son ressort la somme de dix-huict mille livres pour récompenser ceux qui avoient reprins la ville de Sariac; qu'est cause que les deniers , revenus et antres, ordonnés pour le faict de la guerre, ne peuvent estre payés. Qu'il plaise à Sa Majesté d'octroyer surseance de la levée de ladicte somme jusqu'à ce que Dieu nous aura donné sa paix , et aux habitans moyen de payer.

D*ANDRE DE BOURDEILLR.

Et si la paix estoit faicte , ou se Msoit pendant le séjour que ledict scindic fera à la cour, faut demander commission pour payer les arrérages des garnisons despuis que la dernière commission est expédiée.

D'obtenir du roy autbonsation de la levée des chevaux-Iegers du sieur de Paillet à luy ordonnés par M. le seneschal,et commission pour imposer sur tout le pays Testape extraordinaire qui en a esté fiaicte par les habitans d'aucunes paroisses, suivant la commissionde mondlct sieur le seneschal.

Pareillement obtenir commission du roy pour imposer les frais feicts par les scindic et habitans de La Chapelle , fondés pour rentre tenement des gens de guerre levés et mis sus par M. le seneschal aux mois de juillet et aoust derniers, et le recouvrement des chasteaux de Ainar et Gappel, dont les pièces sont entre les inainsdeM.de Villeroy.

Qu'il plaise sur-tout à Sa Majesté pourveoir audict sieur seneschal des moyens de recevoir deniers et forces pour la deffènse et conservation du pays, sans le renvoyer devers M. le mareschal de Montluc.

Parmesme moyen, d'escrire aux sieurs de Montanès , de Garns, d'Oros, Aux, des Coutures, de Bonnes, de Rastigniac, de Puyguilhen , etc., lesquels ont tousjours suivy ledict sieur seneschal , et les remercier du bon vouloir qu'ils ont à son service , en attendant que Toccasion se présente de les recognoisire par bienfaicts ; et une autre lettre générale pour servir à tous les autres gentilshommes qui ont suivy ledict sieur seneschal , afin qu'ils se contiennent plus volontairement à son service.

Remonstrer à Sadicte Majesté que ledict sieur seneschal la supplie très-humblement de luy donner une compaignie de cavallerie , afin qu'il empesche que Langoyran ne fasse la récolte en ce pays : autrement , qu'il luy plaise bailler congé pour aller baiser ses mains , et servir monseigneur son maistre , veu qu'il a demeuré icy quinze mois tousjours à ses despens; et qu'il luy plaise depescber ledict scindic le plustostqu'ii luy sera possible, d'autant qu'il est fort nécessaire icy pour le bien de son service.

Lettre du eeigneur de Bourdeilie au roy

Henry 11 L

Eicrile le 23de may 1575.

SlRE,

Par la lettre qu'il vous pleut m^escrire U dernier jour de mars, par le gentilhomme que j'avois lors envoyé devers Voslre Majesté, vous me mandiez que le sieur de Ruffec vous avoit escrit que le chasteau d'Aubeterre estoit de grande importance pour le pays, et que je y avois mis un gentilhomme pour le garder.

Je croy, sire, qu'il resvoit lorsqu'il vous manda cela; car celuy qui est dans ledict chasteau s'appelle Chamberlanne, lequel y a esté rois par voslre commandement , du temps du feu roy ; et vous peut souvenir que, au partir de La Rochelle, vous donnastes chaire au comte Galiate de mener les Suisses et autres gens de pied, avecquea quelques canons, audict chasteau d'Aubeterre, et me commandastes de luy assister pour faire rendre ledict chasteau le plus doucement qu'on pourroit : ce que je fis et allay trouver ledict comte Galiate, et flsmes tant , que la dame dudict lieu et ses enfans rendirent ledict chasteau en Tobeyssance du roy ; et ledict comte mit Chamberlanne dedans aveoques certain nombre de soldats, et leur bailla commission; et ledict Chamberlanne l'a tousjours gardé despuis, faisant vivre chascun de ce costé là en paix et tranquillité.

Et quant à moy, pour oster beaucoup de soupçons, j'avois trouvé moyen de retirer ledict chasteau , si le feu roy m'enst accordé ce que je luy demandois, et vous aussy, sire; et dès ce temps, j'ay retiré le fils aisné, seigneur dudict lieu, avecquesmoy, par commandement du feu roy, lequel me manda qu'il le vouloit prendre à son service; vous asseurant qu'il m'a tousjours suivy à toutes ces guerres, portant les armes pour le service de Vostre Majesté, désirant de le continuer et d'employer ses biens et vie pour cest efFect, comme je Tay Uen pu oognoistre ; et a aussy bon commanoement de jeune homme qu'il est possible, espérant qu'il vous fera quelque bon service.

Et parce que je vois qu'on luy fait tort en son bien, j'ay conseillé à sa mère de l'envoyer devers Vostre Majesté , afin qu'il vous fasse

LETTRES

entendre la bonne volonté qu^il a de vous faire | service, et vous dire bien au long son faict. Par quoy, sire, je supplie très-humblement Vostre Majesté de le recevoir ft vostre service et luy fiiire justice, et que sa requeste, qui est trèsraisonnable, luy soit accordée. Et par ce moyen vous ferez cognoistre à un cliascun vostre grande miséricorde et bonté, et le désir qu'avez d'entretenir en leur entier les grandes maisons comme ceste-là.

On vous fera entendre plus amplement ce que j*ay faict en cela. Il vous plaira y mettre ordre, et le plustost sera le meilleur pour Timportancede cechastcau; at crains bien que, à ceste levée des fruiçts, il s'y dresse des querelles.

Sur pela je prieray le Créateur, sire, qu'il veuille maintenir vostre aucthorité en toute prospérité, vrais honneurs et très- longue vie. Pe Perigueux, ce 23 may 1575.

Leltre ttu seigneur de BourdeiUe à ta reyne

mère.

Escrlte le 23 de may 1575.

Madame,

11 vous pourra ressouvenir que j'ay souventes fois mandé au feu roy et à vous l'importance du c)iasteau d'Aubeterre, et que j'avois trouvé moyen de le remettre entre mes mains, en m'octroyaot les moyens d'ycelluy garder, et autres choses que je demandois, ce qui me fut accordé. Toutesfois , le sieur de Ghamberianne , auquel il a esté donné en garde par commandement du roy, estant lors Monsieur en France, Ta fort bien gardé, et fait vivre tout le monde en paii en ee pays-là; et despuis ces guerres, j'ay tou(yours eu le fils aisné de la maison aveoques rooy , qui a tousjours porté les armes à tous les voyages que j'ay fiiicts ; ayant bonne voluoté de eontinuer le senriee qui! doit ft Vos Majestés, et de r^habiller les fautes de ses predeocaseun.

J^ay ooDseillé ft sa mère de le vous envoyer pour vous offrir son service, ensemble à Sa Majesté, et remonstrer le tort qu'on luy fait en ses biens. Par quoy, madame, il vous plaira user de vostre miséricorde et bonté acooosta-

ipée envers les pauvres vefy^ et orphelins comnie luy , a&n qu'jl pui^e se prévaloir d'y- Qelle, et luy octroyer la requeste qu'il entend vous faire, qui est plgs que raisonnable, parle moyen de laquelle \q\is ren^ettrez une des bonnes et auçien^es malsons de oe pays en son entier.

Et sur ce, je prieray le Créateur, madame, qu'il veuille maintenir Vostre Grandeur et aucthorité en toute prospérité , tr^heureuse et très-longue vie.

De Perigueuxy ce 33 may 1575*

GXXII.

lettre de Henry , roy de Navarre , au seigneur

de BourdeiUe.

Escrite de GadiUaa le premier

Mon cousin , par la depesche que Monsieur ^ vous fiait présentement, vous cognobtrez comme nous travaillons à parachever les cha<;es encommancées, vous ayant nommé et commis à l'exécution des edicts, articles et conférences de la seneschaussée de Perigord, et aveoques vous le sieur de Garopaignac de la part de la religion reformée, afin de procéder (ousdeux ensemble, et d'une commune naain, à Teftet de ce qui a esté résolu.

Et d'autant qu'estes un des plus zellés et affectionnés au bien de ladicte paix et tranquillité publique, m'asseurant que vous employerez sincèrement et franchement en si bonne œuvre, je vous prie, mon cousin, suivant l'instractioD qui vous est envoyée , vous acheminer incontinent au lieu qui vous est mandé, pour, aveoques le sieur Gampaignac que vous advertirez, procéder au faict de vostre commission, et à Testablissement de ce qui sera nécessaire pour le repos d'un chascun soubs Tobeyssance des edicts du roy, mon seigneur; en quoy jem'asseure que vous vous comporterez avecques Tequité et droicture requises, et d'autant plus fidellement que vous sçavez et cognoisseï le bien principal de la paix consister, non aux edicts, mais en l'eiecution d'yceux ; ce que nous attendons de vous, avecques un bon et ample procès verbal de tout ce que vous ferez.

' Le duc d*AlençoD.

D'ANDRÉ DE BOURDEILLE

Et sar ce je prieray Dieu , mon cousin , vous avoir en sa saîncte et digne garde.

De Cadillac, ce premier jour de febvrier 1681. Vostre affectionné cousin , Henry.

Et au dos: A mon cousin, M. de Bourdeille, chevallier de l'ordre du Roy mon seigneur, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, et seneschal de Perigord.

GXXIII.

Lettre de Henry ^roy de N(warre, au seigneur

de BourdeUie.

Eflcrite de Nerac le 10 d'aoust 1581.

Mon cousin , j'ay esté fort ayse d'entendre de la bonne affection et diligence que vous avez monstrée despuis la prise de Perigueux, pour empescher ou modérer les mauvais effects des preneurs contre ceux qui estoient dedans, dont je vous remercie; mais je suis fort marry d'avoir sceu que vostre bonne intention n^apu eslre selon vostre desseing, d'autant que la pluspart des maisons de ceux de la religion ont esté pillées et saccagées, et plusieurs faicts prisonniers : et y en a encor auxquels on veut Faire payer rançon , comme on a desjà faict faire aux autres, entre lesquels est le sieur Sauliere, qu'on ne veut eslargir sans cela, quelque grande perte qu'il ait faicte de ses meubles et titres , qui seroit son entière et totale ruine et de celle de ses enfans.

Je ne puis croire que le roy, monseigneur, ne reprouve grandement la prise de ladicte ville, comme estant advenue par trop grand attentat, feict au préjudice de son service et de la paix et tranquillité publique.

Je ne puis aussy, pour mon devoir et pour mon honneur (m'ayant ladicte ville esté donnée en garde, comme une des principalles seuretés'deceux de la religion de Guyenne, qui desjà m*en ont foict de grandes plainctes), que je n'en poursuive la raison et réparation envers Sa Majesté.

Puisque ce faict concerne tout un gênerai

duquel j'ay la charge, il me seroit fort mai convenable si j'en voulois faire mon propre particulier, comme vous desirez que je fasse, en me priant de pardonner et oubliant telle faute. C'est au roy, mondict seigneur, comme celuy qui , pour le bien et repos de son royaume, y a le principal interest de pourveoir sur ce poinct.

Je vous prie doncques, mon cousin, considérer que je ne puis autre chose là-dessus, que d'attendre la volunté et intention de Sa Majesté pour me ranger et conformer selon ycelle. Cependant, puisqu'il y a encor dedans la ville des prisonniers et plusieurs meubles pillés appartenant à ceux de ladicte religion, je vous prie derechef faire le tout rendre , et mettre en liberté tous lesdicts prisonniers, principallement ledict Sauiiere; de sorte qu'il n'en puisse estre faict aucune plus grande plaincte.

Je m'asseure que, comme vous avez foict délivrer La Fourcade et Charon , vous pouvez en faire le semblable dudict Sauiiere et autres prisonniers, et leur faire restituer ce que pris leur a esté. Cest chose qui dépend de vostre pouvoir et aucthorité, et dont vous devez faire croire.

En ce faisant, vous ferez beaucoup pour les preneurs et détenteurs, en ce que, par ce moyen , leur faute sera estimée moins griefve; et je m'asseure que ce sera chose fort agréable à Sadicle Majesté; et j'en recevray un tel plaisir et contentement, que je ne fauldray de .m'en souvenir pour m'en revancher en vostre endroict , s'offrant l'occasion.

Et espérant qu'ainsy le ferez, je prieray le Créateur vous avoir, mon cousin, en sa très-saincte et digne garde.

Escrit à Nerac, le 10 d'aoust 1681.

Despuis la présente escrite, j'ay receu une lettre du roy sur ladicte prise, laquelle il reprouve, comme vous verrez, qu'il voudroit d'autant plus exciter à moyenner la délivrance dudict Sauiiere, et restitution de ce qui a esté pris et pillé. Je vous envoyé copie de ladicte lettre, afin que vous soyez aussy instruict des autres particularités y contenues. Vostre bon I cousin et affectionné amy, Heurt.

APPENDICE

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