MAISON DE BOURDEILLE
DEPUIS LE PÈRE DE BRANTOSk
F ANÇOIS DE BOtîRDEILLE
DEtXliSBB DU IfOMy PHBlItlSR TICOMTE DE ÈOtJRDEIIXE.
François, baron el premier vicomte de Bourdeilie, deuxième do nom, fut élevé p^ de la reyne Anne de Bretagne , et au sortir de page, servit dans les guerres de là les monts.
C'est sans doute le même seigneur de Bour* deille dont la Golombîère fait honorable mention dans son Tliédtre d'honneur, tome 1, où est rapporté le tournoy Fait à Paris au mois de novembre 1614, par le ducde Valois $ qui de* puis a été le roy François I, k Toccasion du couronnement de Marie d'Angleterre , troi^ sième femme du roy Louis XII. 11 y est dit $ pi^e 197 : «Le mercredy troisième journée, Bourdeille a rompu de croisée contre Bayard ( qui étoit le fameux chevalier sans reproche }, et ont très-bien rompu tous deux. Page 206, etc.: Lelundy27 novembre, septième journée, Bourdeille à Tespée contre Boqual, et ont bien com*battu. » 11 paroit par le récit de ce tournoy que le seigneur de Bourdeille Ait toosjours des assaillants et de la bande du duc de Valois , ce qui donne lieu de croire qu'il étoit encore le même François de Bourdeille , homme d'armes de la compagnie des ordonnances sous monseigneur ( duc de Valois cy-dessus ), et qui en cette qualité est nommé dans les monstres faites ah Stabat (ancienne ville du Dauphiné , qu'on dit esire à présent le bourg de Monestier-BHançon) le 26 octobre 1612, et à Noyon le 94 f^ vrier 1614.
Après l'avénemeot du*dae de Valois i la couronne de France, sa compagnie d'ordon* nanee passa sous le commandement du Bâtard de Savoye, oomte de Villars, sous les ordres duquel François de Bourdeille continua de servir en la même qualité d'homme d'armes suivant les monstres faites à Bourges le 24 majr 1516, et le 3 septembre de cette année au camp de Slurbigo en Italie.
Au reste, la plupart des hommes d'armes de cette compagnie éioient gens de qualité , tels que François de Mareuli , Guy de Laval , François d'Escars , François de Polignac, Fiacre de Salignac, Jacques de Ghambray, Artus de Vî^ vonne , Jacques de Glermonr , Antoine de la Roche*Gbandi7, et quantité d'autres dont le nombre serait trop long à rapporter. Aussy trouva-t-on parmy les combattants du tournoy du moisde novembre 1614, la plupart des noms des hommes d'armes de la compagnie du duc de Valois.
C'est donc à ce François de Bourdeille, deuxième du nom, qu'il faut de même attribuer ce que dit Brantosme \ qu€ François de Bourdeille , étant encore jeune , fit le voyage de Naples , qu'il se trouva à la journée de 6aglian sous le capitaine Bayard, et qu'il fbC fort blessé â la battaille de Pavie. Tous ces faite arrivèrent sous les règnes de Louis XII et de François !•
APPENDICE
Certainement François, baron de Bourdeille, premier du nom , n'étoît plus dans la première jeunesse lors des guerres d'Italie sous LouisXIl, puisqu'on l'a vu qualifié eschanson des comte et comtesse d'Angoulème dès Tannée 1467 , et marié en 1482. Il devoit même être plus que sexagénaire lors du tournoy de 1614 ; et moins touché du plaisir de pareils exercices que des soins d'une mort prochaine, comme le prouve son testament du 2 novembre 1516, par lequel il institua François II, qui forme ce degré, son fils aîné , pour son héritier universel dans la baronniede Bourdeille, avec les terres et seigneuries de la Tour-Blanche, de Grésignac , Goustures, Celles et Bertrie, le chargeant de retirer les terres de Douzillac et de Beuroone des mains des seigneurs et dames de Saint-Aulaire,quien jouissoient par engagement de dot.
D'ailleurs on nepeutsedispenser de convenir alors que la dignité de chevalier, qu'on n'accordoil qu'en considération de services militaires, et dont cependant François de Bourdeille, deuxième du nom, étoit revêtu dès Tannée 1618 , démontre bien clairement que toutes les actions cy-dessus rapportées le regardent personnellement, et ne scauroient être attribuées à son père , qu'on ne trouve nulle part avec la qualité de chevalier, et qui ne vivoit plus en 1618.
Noble et puissant messire François de Bourdeille, chevalier, baron de Bourdeille, seigneur des chastellenies, terres et seigneuries de la Tour-Blanche, de Grésignac , Celles , Bertrie et Goustures , se faisant fort de sa mère alors veuve, est ainsi qualifié danssoncontractde mariage , passé au chAteau d'Enville le 9 de mars 1618, avec damoîselle Annede Vivonne, fille aînée de noble et puissant messire André de Vivonne, chevalier, seigneur de la Chastaigneraye, d'Enville et d'Ardelay, conseiller et chambellan ordinaire du roi, séneschal dePoictou,et de dame Louise de Dailloo.
La damoîselle de Vivonne fut doltée de la somme de 18 mille livres pour tous ses droits. Elle étoit nièce à la mode de Bretagne de Claudine de Brosse , morte duchesse de Savoye en 1613 et cousine du troisième au quatrième de René de Brosse , dit de Bretagne, comte de Penthièvre, tué à la battaille de Pavie en 1624. Les généalogies des maisons de Vivonne et de
Daillon sont rapportées dans VHistoire des grands officiers de la couronne , tome Vlll . pages 189 et 764.
Ce mariage augmenta Tattacbement du baron de Bourdeille pour le séjour de la oour, d'autant plus aisément, qu'il en goùtoit les amusements, et que le seigneur de Vivonne, son beau-père, y fut en grand crédit pendant quelque temps. Aussi le trouve-t-on employé sous le nom de François de Bourdeille depuis Tan 1620 jusqu'en 1630, au nombre des pannetiers du roy , à 400 livres de gages, dans un état de la maison du roy François I , de Tannée 1616 à 1646. Il avoit , suivant oet état, pour collègues dans la même charge , Antoine de h Roche - Foucault , seigneur de Saint- Amant; André de Crussol, séneschal de Beaucaire ; Jean de Levis , seigneur de Mirepoii ; Louis de Roche-Chouart , seigneur de Mortemart , et quantité d'autres seigneurs, qui tous regardoient cet employ bien différemment decequ'œi en pourroit penser de nos jours.
Le baron de Bourdeille parut dans la bande de Tadmiral de Bonnivet au tournoy qui se fit le 11 juin 1620, lors de l'entrevue du roy avecques le roy d'Angleterre entre Ardres et Calais. Il servit ensuite en Guyenne sous le maréchal de Chàtillon-Coligny, et après la mort de ce maréchal, arrivée à Acqs le 24 aoôt 1622 , le roy écrivit à monsieur de Bourdeille une lettre dattée de Blois le 8 août, sans datte d'année, par laquelle Sa Majesté , après loy avoir témoigné qu'elle est instruite des bons secours qu'il luy a donné sous ce maréchal , son lieutenant en Guyenne, elle le prie de se rendre près le maréchal de Ghabannes , qu'dle envoyé remplacer le deffunt , et qu'elle aura bonne souvenance de ses services , ainsi que de ceux-cy devant faits.
Le t)aron de Bourdeille passe en Italie , où il fut blesséà mort à la battaille de Pavie en 1624, étant auprès de M. de la Trimouille,qui y perdit la vie. Leur union étoit fondée sur la reoonnoissance qu'avoit la maison de la Tïimouille de la restitution que le cardinal de Bourdeille luy avoit fait faire de la vicomte de Thouars par le roy Louis XI (Brantosme , Hommes illustres). Mais il faut s'en tenir à ce qui a été rapporté cy-devant à Tariide du cardinal de Bourdeille. On ne conooii
APPKNDICE.
les services qu'il y rendît que par ce qu'on en dît cy-dessus d'après Brantosme; maïs on ne sçauroit douter qu'îl fût alors absent du Périgord. Le contract de mariage , du 21 d'octobre 1623, de sou frère Gabriel en est la preuve, ne faisant aucune mention de luy, quoyque ce Gabriel fût celuy de ses frères avec lequel il parott avoir eu le plus d'union.
Le baron de Bourdeille avoit arrenté, le 12 mars 1623, la tour dite de Bourdeille, située en la châtellenie d'Agonac, à Jean de Lagut , seigneur de Montardit. On a vu cy-devantque, dès Tannée 1044, Hélie , seigneur eu partie de Bourdeille, pof^sédoit des biens dans lacliâtellenie d'Agonac ; que ses successeurs en jouirent; et que Tun d'eux, aussy nommé Hélie de Bourdeille, en rendit hommage, l'an 1246, à Tévèque de Périgueux , qui le reconnut pour son chevalier : digniié qui parott avoir été le fondement du droit des barons de Bourdeille d'occuper la première place de baron à l'entrée des évèques de Périgueux. Cependant « en 1625, apr^ le retour du baron de Bourdeille de son voyage d'Italie, la contestation des quatre barons du Périgord pour la presséance se renouvella à l'occasion de l'entrée de Jean de Plas, nouvel évèque de Périgueux. Cette presséance fut encore adjugée au baron de Bourdeille, qui se trouvoit alors en Périgord, suivant le Gai- Ha chrisUana^ édition de 1720, tome 11, page 1483, D. Sur quoy on peut faire les observations suivantes , aén que le lecteur décide luy-mème du droit du baron de Bourdeille.
I. On ne trouve, chez les seigneurs de Mareuil, la qualité de baron que dans le xv* siècle. Dailleurs la minorité du baron de Mareuil ^ en 1626, n'étoit pas une raison valable de le priver de son droit de prééminence s'il en avoit eu, d'autant plus qu'il luy fut permis, ainsi qu'aux autres barons, de faire leurs fonctions par procureurs.
II. Dans un grand nombre de titres du xiv^ siècle des seigneurs de Beinac en Périgord , on ne voit point énoncée la qualité de baron. Depuis ce temps on trouve, enlr'autres actes , une quittance originale , et scellée du dernier mars 1407, après laquelle est Pons de Beinac, qui se qualifie seigneur de Beinac et de Commarque, chevalier ; c'est apparemment ce même Pons, qui, étant chevalier banneret, servoit
BBANTOUF. Il
dès 1418 à 1420 sons les ordres d'Amaut de Bourdeille , chevalier banneret, etséneschal de Périgord , et qu'après la mort de ce séneschal disputa sa chaire à Goufier Hély, seigneur de Villac, comme ont Ta vu cy-devant.
IH. U semble donc qu'il n'y avoit que le baron de Biron qui pût disputer la presséance au baron de Bourdeille. Or, la baronnie de Biron, ainsi que les autres terres de Pierre de Gontaud , ne furent transférées qu'en 1343 dans le ressort de la séneschaussée de Périgord, de celuy de la séneschaussée d'Agenoisoù ellesétoîent auparavant. Histoires des grands officiers de la couronne, tome VII , page 299 , 300. Ainsi , comme Hélie de Bourdeille étoit en possession de la qualité de baron avant l'an 1346, comme le prouve son testament , et que d'aiileui*s sa terre de Bourdeille étoit de tous temps située dans le Périgord, son droit paroissoit le meilleur, et ne pouvoitèlre contesté que par le baron de Biron. Aussi cette presséance se trouve-t-elle confirmée en faveur du baron de Bourdeille , par le procèsverhat de l'assemblée des trois états du Périgord, tenue les 18 janvier, 4 et 18 février, et 3 juin 1626 et 1626, dans lequel messire François, baron de Bourdeille, y est nommé le premier des quatres barons de Périgord. Cependant on fit dans la suite quelques tentatives pour favoriser le baron de Biron , dont lanaissance et les services méritoient autant d'égard que le baron de Bourdeille; mais ces tentatives ne réussirent pas.
Ce fut à ce baron de Biron, nommé Jean de Gontaud , que le baron de Bourdeille céda ses droits sur la châtellenie de Monferrand, pour la somme de huit cents livres : ce qu'on apprend par le procès qu'il soutint contre Jean de Bourdeille, son frère, sur la succession de leur père : procès qui ne fut terminé qu'en 1627 , et qu'on a rapporté à Tarticle de ce Jean de Bourdeille. On n'a point encor découvert avec certitude le fondement de ces droits des barons de Bourdeille sur la châtellenie de Monferrand, quoy qu'ils fussent depuis long-temps â»:}s leur maison : et tout ce qu'on en peut croire, c'est qu'ils étoient apparemment une suite des promesses de la dot de Faès de Biron, femme d'Hélie de Bourdeille, quatrièmes ayeuls Guillaume de François II, laquelle étoit fille de
APPENDICE
de BiroD , seigneur de Mooferrdnd , dont Théritière par plusieors degrés éloil mère de Jean deGontaud, baron de Biron.
Damoiselle Hilaire du Fou , par son testament du 25 septembre 1629 , iastUua le baron de Bourdeille , son fils aîné , 1 un de ses héritiers universels et exécuteurs testamentaires : et damoiselle Anne de Vivonne , sa femtne , stipula pourluy daBscet acte; ce qui prouve qu'il éioit alors absent.
Le roy François I , écrivit une lettre dattée de Dijon , te 22 janvier 1629 , à M. de Bourdeille, pour luy ordonner de se rendre au plus tôt près du roy de Navarre , son lieuteuant général et gouverneur en Guyenne ; de faire ce qui luy sera commandé par ce prince, et de se garder sur la vie d'y faire faute. Le style de celle lettre peut faire soupçonner qu'il avoit perdu les bonnes grâces du roy. Aussi le baron de Bourdeille u étoit plus paunetier du roy en 1630, comme on Ta vu cy-devaiit ; et on le voit depuis ce temps occupé de discussions continuelles qu'on luy suscita de différents côtés; mais on ne conuott point la raison de cette disgrâce; à moins de Tattribuer aux discours peu respectueux que le seigneur de Vivonne, son beau-père, avoit tenus à la mère du roy et régente , sur le refus de quelque grâce , et qui aurotent pu influer sur le gendre. Ges discours sont rapportés dans les Mémoires de Castelnau et font entendre que cette princesse, étant comtesse d'Angoulème , en usoit familièrement avec ce seigneur de Vivonne; qu'elle Tappelloit alors son cousin et bon voisin ; mais que lorsqu'elle se vit régente, le changement de son état fit aussi changer ses sentiments à l'égard du seigneur de Vivonne.
Foucaud de Bonneval , ayant succédé dans Tévèehé de Périgoeux à Jean de Plas, At renaître la querelle des quatre barons de Périgord sur la pressé^ce à son entrée. Celte affaire devint plus vive qu'elle ne l'avoit encore été , car quelques-nna des barons se préparèrent à se rendre en armes à cette entrée , accompagnés de leurs vassaux , parents et amis ; et le nombre de ces gens armés étoit de trois à quatre mille hommes, s'il en faut croire une sentence du lieutenant général de la sénéschaussée de Périgueus, du 30 décembre 1631 ,
portant deffense de ees voyea de fait sooi peines aux contrevenants d'être punis comme transgresseurs des commandements du roy, de ses ordonnances , et de la justice.
Il y fut aussi ordonné, à la réquisition du procureur du roy, que pour cette fois seulement « et sans préjudice aux droits de chacun des quatre barons , on les nommeroit tout à la fois, sans dire leurs noms et surnoms, sous lappellalion générale des quatre barons de Périgord ; et que Tévèque seroit porté à sa nouvelle entrée par quatre autres personnages choisis à cet effet.
Le baron de Bourdeille fit sa protestation par procureur, le 1 janvier 1631 , contre la résolution de l'évèque de se conforme*' à celle sentence; el déclara que, comme premier baron, la place la plus honorable, qui étoii celle de la main droite , luy appartenoit ; qu*il étoit prêt de faire ses fonctions ; el que sice| i élat luy en faisoit refus, c'est qu'il vouloit favoriser aucun des barons son allié. En effet , le haron de Bii on avoit épousé en 1619Renée Anne de Bonneval, nièce du nouvel évèque de Péi igueux.
On ne sçait point quelle fut la fin de celte discussion; mais en 1634, à la coi» vocation faite le 16de may de cette année pour le ban et arrière-ban de Périgord par le séneschal de ce pays, le baron de Bourdeille prétendit qu*ift devoity être nommé, non-seulement le premier des quatre barons, mais même immédiatement après le comte de Périgord ; au lieu qu'entre ce comte et luy, on avoit appelle, ainsi qu'il s'étoit pratiqué en 1626, les vicomtes de Thurenne et de Gurson. La baron de Bourdeille n'obtint que la moitié de ses prétentions; c'est-à-dire, qu'il fut appelle comme présent le premier des quatre barons, mais après les vicomtes de Thurenne , de Ribeirac et de Gurson. Le même séneschal donna aussi anx procureurs des trois autres barons , acte de leors protestations contre la presséance accordée ao baron de Bourdeille. Ainsi cette difficulté ne fut point encore terminée.
U est dit dans ce procès-verbal, que le baron de Bourdeille monte et arme un homme d'ar* mes; le baron de Biron, un homme d'armes et un archer; le baron de Mareuil, un honine d'armes et deux archers ; et le l)aion de Beinac avec ses aides au nombre de huit et
APPENDICE
en
un homme d'armes. Si on jogeolt du droit de presséance de chacune des quatre baronnies par la quote part qu'elles doivent pour le service , il est vrai que celle de Bourdeille ne paroissoit pas la première, comme la plus forte; mais cette différence de contribution pour le service ne semble point devoir porter préjudice à Tancienneté qu'avoit la baronnie de Bourdeille dans le comté de Périgord sur les trois autres baronnies.
Le baron de Bourdeille , occupé de soutenir son droit de presséance, se présenta monté et armé, comme premier baron de Périgord , devant le lieutenant pour le roy du séneschal de ce pays , luy déclarant qu'il étoit prêt de servir Sa Majesté suivant la nature de son fief; et en eut acte le 16 septembre 1641. Le lieutenant général de cette séneschaussée luy donna pareillement un acte, le 12 avril 1642, portant que ledit messire François de Bourdeille, chevalier, seigneur et baron duditlieu, étoit tenu, et avoit accoutumé ainsi que ses prédécesseurs barons de Bourdeille, Tune desquatre baronnies de Périgord, et se disant le premier, de servir le roy d*un homme d'armes , au ban et arrièreban de ce canfon, avec ses frères et puinés.
La chàtellenie de la Tour-Blanche en Angoumois suscita aussi une affaire au baron de Bourdeille, pour le service de Tarrière-ban. H fut rendu une sentence, par deffaut , au siège d*Angoulème, portant saisie de cette terre, faute de service. Le procureur du baron de Bourdeille fit sa protestation contre Texécution de cette sentence, entre les mains de l'avocat du roy de ce siège, le 29 avril 1642; remontrant que le baron de Bourdeille n'étoit obligé de servir que dans Tarrière-ban du Périgord, où il faisoit sa résidence continuelle. Cependant, pour obtenir main-levée de cette saisie, et prouver Tobéissance du baron aux ordres de Si Majesté, ce procureur présenta pour homme d*armes destiné I faire ce service, Hélie de Brouillac, escuyer , seigneur dudit lieu. Mais le baron de Bourdeille , ayant comparu en personne le 3 may de cette année , désavoua son procureur, et n'offrit qu'un archer, pour remplir le service exigé de sa chàtellenie de la Tour-Blanche. Son offre fut acceptée, dans la vue d'éviter à l'avenir de pareilles contestations 8ur le devoir de cette terre.
Il s'attacha à Charles, duc d'Orléans et d'Ângoumois, troisième fils du roy François I; et il fut pourvu d'une charge de pannetier ordinaire de ce prince, par ses lettres dattées de Ligny, le 7 juillet 1642 ; dans lesquelles le duc d'Orléans le traite de son cher et bien aimé François de Bourdeille, seigneur et baron dudit lieu de la Tour-Blanche. En conséquence des privilèges de cette charge, égaux à ceux des officiers de la maison du roy, il fut déclaré exempt du service du ban et arrière-ban, par le lieutenant de la séneschaussée de Périgord, le 20 octobre 1642, et ainsi de même en 1643 et 1644. Mais comme la presséance subsistoit toujours entre les quatre barons de Périgord, on continua dans ces occasions de les appeller tous les quatre à la fois, sous la seule dénomination des quatre barons de Périgord, sans dire leurs noms et surnoms.
Vers ce même temps, il accompagna, par ordre du roy , le prince de Melfe, Garraccioli , que Sa Majesté avoit envoyé en Guyenne contre les révoltés sur le fait de la gabelle. (Brantosme, Hommes illustres. ) Cette liaison avec le prince de MelFe fut dans la suite favorable à ses enfants, qui servirent en Piedmont sous les ordres de ce prince.
11 paroit bien , par ce que Ton vient de rapporter, que le baron de Bourdeille avoit besoin I de protection pour vivre paisiblement dans ses terres. 11 obtint donc cette tranquillité sur le fait de l'arrière-ban , par son attachement au duc d'Orléans , et tira de plus de grands avantages du crédit d'Anne de Vivonne, sa femme, qualifiée, dès l'an 1639 , l'une des dames , à 300 livres de gage , de Marguerite d'Orléans, sœur du roy François 1, et épouse de Henry d'Albret , roy de Navarre , suivant on état delà maison de cette reynede 1629â 1636.
Le roy de Navarre voyoit avec peine les démembrements que ses pères et prédécesseurs comtes de Périgord avoient faits dans ce comté en feveur des barons de Bourdeille. Il pouvoit même n'être pas content de ce que François de Bourdeille , qui it>rme ce degré , avoit vendu les paroisses de Celles et de Bertrie, faisant partie de ces démembrements, au préaident de Calvimon, sur lequel, à la vérité, la dame de Saint-Aulaire , sœur du baron de Bourdeille avoit fait depuis un retrait lignager de ces
deux paroisses, et en avoit pris possession. I^ sentiments duroy de Navarre , peu favorables au baron de Bourdeille, se connoissent encore mieux par le procès qui étoil pendant entre eux deux au grand conseil.
Cependant Anne de Vivonne trouva moyen, non-seulement de terminer ce procès, mais elle obtint même de ce roy des lettres patentes , le 16 octobre 1543, par lesquelles ce monarque, comme comte de Périgord , céda à la dame de Bourdeille, qu'il qualifie femme de corps de la reine sa très-cliëre compagne, tout le droit et action qu'il pi étendoit avoir sur la terre , ju.«itice et baronnie de Bourdeille , de quelque valeur qu'il pût être : il la subrogea en sa place elle et ses ayants-causes , s'en réservant seulement rhommage à luy et à ses successeurs comtes de Périgord. Le baron de Bourdeille avoit donné sa procuration , dès le 21 septembre de cette année 1545, pour rendre sou hommage au roy de Navarre.
Messire François de Bourdeille, chevalier, seigneur et baron de Bourdeille et de la Tour- Blanche, fit, en ces qualités seulement , son testament le 28 janvier 1446, par lequel il donna Tusufruit de ses biens à Anne de Vivoime , sa femme, dont il reconnut avoir reçu pour dot la somme de dix-huit mille livres. 11 légua à Magdeiaine de Bourdeille, leur fille à marier, sa maison noble de la Feuitlade, avecques des rentes en la paroisse de Ghalvard ; le tout rachetable par son héritier universel , dans onze années , pour la somme de onze mille livres : déclara que Françoise de Bourdeille, leur autre fille, n'avoit rien à prétendre dans sa succession, attendu qu'il luy avoit donné une pension de trente livres, lorsqu'elle avoit fiiit profession de religieuse à Sainte-Croix de Poitiers, et qu'il avoit payé ses bulles pour Tabbaye de Ligueux, que luy avoit résignée dame Jeanne de Bourdeille , sœur du testateur. Il légua aussi à Jean de Bourdeille, son fils, doyen de Saint-Yrierla Perche , au diocèse de Limoges , et prieur de Saint-Vivien, près de Xaintes, la somme de cinq mille livres pour tous ses droits seulement, en considération des dépenses montant à plus de trois mille hvres, que le testateur avnit été obligé de faire , tant pour le faire P'isenier au roy , (jue pour les procès de îcs Lci;êi;ces. Tins, à Pierre de Bourdeille, autre
APPENDICE
fils, sa jurisdiction de la Gommarche, avec quelques rentes, et à Jean de Bourdeille , le plus jeune de tous ses fils, la métairie de Lurquet ; l'un et l'autre de ces deux legs rachetable;» par son héritier universel sous l'espace de onze ans, chacun pour la somme de huit mille livres. Il permit à ses enfants de se faire inhumer dans Péglise de Cercles , institua pour son héritier universel André de Bourdeille, son fils aloé, le substituant à ses frères Pierre et Jean le jeune, et ses frères à luy, chacun à leur rang ; à condition que si Pierre et Jean de Bourdeille le jeune, cy-dessus nommés, venoieotà recueillir la succession du testateur, ils seroient tenus de donner chacun à leur tour la somme de six mille livres au doyen de Saint- Yrier , leur frère, qu'il substitua aussi à leur deffaut, et il nomma pour exécuteurs de ce testament , sa femme , le seigneur de la Force son beau-frère, avec les seigneurs de Lauzun , de la Douze et d'Aubeterre.
Ce seigneur de la Force étoit François de Vivonne , frère de la dame de Bourdeille , et seigneur d'Ardelay , qui se trouvoic aussi seigneur de la Force, par Philippe de Beaupoil , sa femme , dame de la Force , laquelle par un second mariage porta ensuite cette terre dans h maison de Caumont : mais ce François de Vivonne fut encore plus connu sous le nom de seigneur de la Châlaigneraye qu'il portoit,Iorsqu'en 1547 il fut tué en combat singulier par le seigneur de Jarnac, en présence du roy Henry 11.
On ignore le temps de la mort de ce baron de Bourdeille, ainsi que le fondement sur lequel on ajouta dans la suite à son titre de baron celuy de vicomte de Bourdeille , qui se trouve dans les actes cy-après.
Braniosme dit de son père, qu'il étoit homme scabreux , haut à la amin , mauvais garçon , et si familier avecques le maréchal de Montpezat , qui avoit épousé madamoiselle du Fou , cousine germaine du baron de Bourdeille, qu'il avoit donné à ce maréchal le sobriquet de Lèche-Ecuelles de cour; comme persuadé que ce maréchal avoit obtenu sa dignité , plus par ses importunités et sa résidence à la cour, que par des services importans. (Brantosme, Hommes illustres françois.)
La (lame de Bourdeille fut attachée à la reyne de Navarre Marguerite d'Orléans, jiisqu\-i îa mort de cette princesse , qui arriva en 1649. c*
APPENDICE
tl parott que, du service de la mère, elle passa à ccluy de sa fille Jeanne d*Albret , reyne de Navarre , et femme d'Antoine de Bourbon , comme on le peul ju(^er par deux certificats du trésorier de cette maison , des 27 juin 1548, et 10 septembre 1661 , qui portent que la dame je Bourdeille étoit Tune des dames de corps de la reyue de Navarre. Cependant la dame de Bourdeille est seulement nommée Anne de Vivonne , veuve de feu messire François de Bourdeille, chevalier, vicomte et baron de Bourdeille, sans autre qualité, dans le testament du 23 février ]6ô{, de Louise de Daillon, dame douairière de la Chàtaigneraye,sa mère, qui la chargeant de l'eiécution de ce testament, luy fit aussi donation de tous ses biens, à condition de payer ses dettes, et de donner la somme de six mille livres à Jeanne de Vivonne, autre fille de la testatrice , et veuve de messire Claude de Clermont , chevalier , vicomte de Brez.y , pour payement du reste de sa dot.
Au reste , le crédit de la dame de Bourdeille, dans la nouvelle cour de Navarre , non-seulement se soutint comme dans la précédente cour, mais semble même avoir été en augmentant ; car Jeanne d'Albret, et Antoine de Bourbon son mary, confirmèrent la cession f^ite l'an 1643 en faveur de la dame de Bourdeille, par le roy Henry d*Albret , leur père, et ordonnèrent par leurs lettres , dattées de Nérac le 8 may 1666 , à leur procureur général en leur cour de Périgord , de procéder à Tenregistrement et insinuation de cette confirmation pour leur trèschère et bien-ainiée Anne de Vivonne , dame de Bourdeille. C'est le traitement qu ils luy donnent dans ces lettres.
La dame de Bourdeille e3t qualifiée Anne
de Vivonne , dame d^honneur de la reyne de Navarre , veuve de messire François de Bourdeille, chevalier, vicomte, baron et seigneur de Bourdeille, de la Tour-Blanche et de la Commarche , dans le testament qu'elle fit le 26 de may 1667. Par cet acte , elle légua deux cens livres de pension viagère à Françoise de Bourdeille , sa fille , abbesse de Ligueux : cinq mille livres une fois payées à Pierre de Bourdeille , son fils, doyen de Saint-Yrier, et abbé de Brantosme ; quatorze cents livresà Jean de Bourdeille le jeune , son fils ; et ordonna que si ledit Jean ne vouioit pas se contenter de ce legs, avec ce qui luy étoit échu de la succession paternelle et de celle de feu Jean de Bourdeille , aussy fils de la testatrice , on luy donneroit pour tous ses droits les seigneuries d'Ardelay et de Natiers, cédées cy-devant à la dame de Bourdeille par messire Charles de Vivonne , seigneur de la Ctiàtaigneraye , son neveu. Elle institua pour son héritier universel André de Bourdeille , son fils aîné, fit des legs à ses principaux domestiques , dont entre autres étoit Hélie des Ailes , écuyer , son maître d'hôtel; et elle nomma pour exécuteurs de ce testament messire François de Caumont , chevalier, vicomte et baron de Lauzun ; messire Charles de Vivonne , chevalier , seigneur de la Chàtaigneraye ; Pierre de Salignac, seigneur de TËguillac , prieur de Cercles , protonotaire apostolique; et dame Jeanne de Vivonne, dame de Dampierre, sœur de la testatrice. On peut voir dans les Dames gaUantes de Brantosme, et dans ie^ Dames illustres, ( Vie de Marguerite de Navarre , reyne de France) , la confiance qu'a voit la reyne de Navarre Jeanne dans la dame de Bourdeille.