‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 106 sur 119 · LF^ ENFANTS DE FRANÇOIS DE BOURDEILLE ET D'ANNE DE VIVONNE · texte numérisé non relu

LF^ ENFANTS DE FRANÇOIS DE BOURDEILLE ET D'ANNE DE VIVONNE

sont donc :

André de Bour deille , qui sui sojslaleure

Jeau de Bourdeille , qui suit 80US la lettre

Pierre de Bourdeille, abbé et Kfi^jneurdeBrantOHfne f qui suit E A sous la lettre

On ajoute aux enfants mentionnés sous ce degré, Françoise de Bourdeille, qu'on dit avoir épousé le seigneur de la Chapelle-Faucher en Périgord : car il n'est Fait d'elle aucune men-

Jean de Bourde! lied' Ardelay, qui suit sous la letu*e

Magdelatne de Bourdeille I qui suit sous la lettre

Françoise de Bourdeille, qui suit sous la lettre

lion dans les titres de famille de Bourdeille. Ainsi, à vérifier et sçavoir si ce seigneur de la Chapellc-Faucher éioit du nom de Farges, ou delà maison de Ghabaus, tous en Périgord.

APPENDICE

JEAN DE BOURDEILLE

ou LE CAPITAINE BOURDEILLE.

Jean de Bourdeille étoit doyen de Saint- Yrier-ia« Perche, au diocèse de Limoges, et prieur de Saint-Vivien près de Xaintes, lorsque son père , par son testament du 28 janvier 1646 , lui légua pour tous ses droits la somme de cinq mille livres seulement, attendu la dépense qu'il luy avoit déjà causée, montant à plus de trois mille livres, tant pour le faire présenter au roy que pour poursuivre les procès de ses bénéfices. Il fut cependant substitué par ce même testament à ses frères ; mais , à la vérité, le dernier de tous , quoyqu'il parût èlre le second des fils du testateur. C'est pourquoy le baron de Bourdeille obligea les autres putnés, en cas queTun d'eux recueilltt la succession , de payer à ce doyen de Saint- Yrier une somme de six mille livres, comme par supplément de partage.

La vocation de ce Jean de Bourdeille à Tétat ecclésiastique ne seconda pas les intentions de son père; car il quitta Tétat ecclésiastique pour prendre celuy des armes , et fut depuis connu sons le nom du capitaine de Bourdeille. Voici ce qu'en dit le seigneur de Brantosme , son frère , dans ses Hommes illustres.

L «Il fut en Piedmont à Taage dedix-huict à dix-neu fans; et quoyqu'il fust liaut à la main et bouillant, le prince de Melfe , Garraccioli , qui commandoit pour le roy, ne le fit jamais mettre en prison pour ses estourderies de jeunesse, et se contentoit de luy faire des remonstrances en particulier, Tappellant son fils ; et ce, en considération de Tamy tié que ce prince avoIt pour sa grand-mere et ses père et roere : de sorte que , de regret de la mort de ce prince, auquel succéda M. de Brissac, ie capitaine de Bourdeille quitta le Piedmont , s'en alla à la guerre d'Hongrie et de Parme , d'où il revint encor en Piedmont , où il avoit une compaignie dans Mondevi. Puis quitta encor ce pays , et s*en vint à la guerre d^Allemaigne, que le roy Henry dressa, où il fut blessé à mort devant Ghimay, àTassaut : puis

encor au siège de Metz, blessé de trois barquebusades, dont il pensa mourir, sans un bon secours qu'il eut ; et pour la troisiesme fois il fut tué au siège de Hesdin , d'une canonnade qui luy emporta la teste. »

II. « Lorsque le prince de Melfe estoît à la cour, il mangeoit très-souvent à la table de la seneschalle de Poictou , madame de Vivonne , dame d'honneur de la reyne de Navarre , et avoit oognu le père de Branthome en Périgord, etc. »

IIL A la fin de la vie du maréchal de Saint- André : « Ce prince mourut en 1660. Au retour du siège de Metz , où le capitaine de Bourdeille avoit receu daos une sortie trois grandes harquebusades, deux dans le col, l'autre au mi tau du bras ; le marescbai de Sainct- André luy fit donner par le roy , sur Tespargne douze cens escus. n

IV. Dans la digression sur les mestres de camp catholiques de l'infonterie françoise: a Le capitaine Bourdeille, servant en Piedmont soubs les ordres du mareschal de Brissac, Ait tenté par le capitaine Vallesergues, qui en avoit desjà desbauché d'autres, de passer dans le service du grand seigneur en Turquie. Mais il donna la préférence à la guerre qui commança dans le Parmesan, et n'acquiesça pasaux propositions du capitaine Vallesergues. > On sçait que M. de Brissac fut maréchal de France Taa 1650 , et que ce fut dans ce temps que commença la guerre dans le Parmesan.

V. Vers le milieu de la vie de M. d^Aus- Sun : « Le capitaine Hautcfbrt ( c'estolt Foucaud , fils de Jean , seigneur d^Hautefbrt et de Catherine de Ghabanes), ayant esté séparé en se battant dans on comtMit singulier contre un gentilhomme gascon , nommé Perrelongue, pendant les guerres d^AlIcmaigne-, où Tarmée estoit commandée par le connestable, Hautefort fit appellerde nouveau ce gentilhomme par le capitaine de Bourdeille, parce que Hautefort et Bourdeille estoienC grands cousins , grands amys et grands confe-

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derés dès le Piedmont, d'où iLs cstoient les rodomonls. Leconnestableen ayant rsié adverly, def Fendit tout combat à ces deux chamoions. Hautcfort en fut si outré qu'il en devint fou pendant quelque temps , jusqu'à ne plus porter d'armes, ny raesmes d'habillemens dccens. Cependant Haulefort se rendit enfin aux reroonslrances du capitaine Bourdeille, qui luy ditqu'il valloit mieux aller ensemble attaquer une belle escarmouche de devant Yvoy où iU esioient , et se monstrer au roy en brave estât de luy Faire service. Sur quoy ils montèrent à cheval tous les deux, Furent aitaquer Tennemy. Hautcfbrty Fut tué et le capitaine Bourdeille blessé, ayant eu aussi son cheval tué. »Yvoy Fut pris en 1652. La preuve en est dans YHistoire des cinq rois , in-8% édition de 1599 , paj^e 24.

Dans la généalogie Faite par le seigneur de Brantosme, de sa maison, il traite le capitaine Bourdeille de grand capitaine, et dit qu'il commanda dans les guerres de Piedmont ; qu'il soutint avec son Frère André le siège de Metz sous les ordres de M. de Guise ; qu'il y Fut blessé grandement et guéry par un habile chirurgien de Bergerac en Péri^jord, nommé Loys ; qu'après la levée du siège de Metz , ce capitaine et son Frère André se jettèrent dans Hédin , ainsi que d'autres braves François; et que le capitaine Bourdeille y Fut tué , à rage de vingt*sept à vingt-huit ans , d'un coup de canon qui luy emporta la tète et le bras dont il tenoit en main un verre d'eau qu'il buvoit sur la brèche.

Quoyqu'il paroisse un peu d'exagération dans le récit de Brantosme , le fond en est véritable, et prouvé par Y Histoire du siège de Metz, in-4^, page 169 , où il est dit que les deux Frères de Bourdeille Furent du nombre des seigneurs et gentilshommes qui vinrent pour leur plaisir à ce siège , lequel Fut levé par Tempereur en janvier 1552 ; et le dernier siège et prise de Hédin est du mois de juillet 1553. Voyez XHistoire des cinq rois,

A l'égard du commandement que le capitaine Bourdeille eut en Piedmont , on ne sçauroit s*empècher, attendu sa jeunesse^ de le réduire à celuy d'une ou deux compagnies de gens de pied : et le titre de grand capitaine semble

devoir porter la même significalioo que présente aujourd'buy laquaUté de |3onpFâcier, qu'on applique aux officiers généraux comme aux subalternes. C'est un sentiment adopté par Brantosme même , qui, dans son discours sur les Duels j dit qu'on appelloit alors capitaine un simple lieutenant. Ainsi le mot de capitaine étoit générique et s'appliquoit à tout officier. Voicy le récit qu'il fait de deux combats singuliers de ce capitaine de Bour' deille :

a Le capitaine Bourdeille, mon frère, brave et vaillant certes (je ne pense point Faillir si je le dis , car il estoit tel estimé de son temps }j estant en Piedmont , commandant à des gens de pied, il avoil avecques luy un Fort brave soldat, qu'on nommoit le capitaine Tripaudiere, Gascon, qu'il avoit eslevé , dressé, entretenu avecques luy l'espace de six ans, et Fait veoyr son monde aux guerres de Piedmont , d'Hongrie et de Parme , le menant tousjours quant et luy , Taymant fort et luy ayant appris à tirer bien des armes ; car mondict Frère les avoit très-belles en la main. Par cas , ceTripaudiere Fut suborné, et gaigné par M. Bonnlvet , pour lors couronne! en Piedmont, pour estre avecques luy l'un de ses capitaines entretenus , dont il laissa mondict Frère, qui, en estant despité,le fit appeller sur le pont du Pau , qui ne faillit d'y aller tant il s'estoit Faict présomptueux; mais en y allant, il Fut rencontré par aucuns capitaines, et retourné en la ville et mené à M. de Brissac , pour empescher le combat, qui envoya quérir mondict frère pour les accorder. La chose Futfort disputée , et mesmes des vieux capitaines delà qui dirent ny avoir aucune raison qu'un petit capitainau, entretenu despuis trois jours, se bat* tist contre le capitaine Bourdeille (quinevou^ loit que se battre et point s'accorder ), ay^nt commandé il y avoit long-temps ; ^e plus, qu'il estoit gentilhomme de Fort bonne part et bon lieu, appartenant à des plus grands de la France. Force capitaines remonstrerent au capitaine Bourdeille, veu ses qualités , qu'il se Faisoit grand tort , et à tous eux, de s'abaisser par trop, que de vouloir se battre contre qui n'avoit pas trois jours qu'il n'estoitque soa simple soldat, sa créature, et Fait capitaine nouveau , encor de gayeté de cœur er sans

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«iobject. A quoy ne vouloit entendre le capitaine Bourdeille ; car il estoit un jeune homme escabreux, vieux capitaine pourtant. Mais enfin, il fut tant persuadé des grands et vieux capitaines de par de-là, et de ses compaif^nons, de se contenter que ledict capitaine Tripaudiere luy fist une fort grande soubmission, et luy requérant fort ses bonnes grâces et amyliés : à quoy il s'accorda ; mais jamais il ne Tayma plus, et en fit peu de compte ; car il estoit eunemy d'un ingrat.

(f Le capitaine Bourdeille ( mon frère ) eut aussy en Piedmont une querelle contre le capitaine Gobios , gentil et brave soldat gascon, et pourtant grands amys auparadvant. Ils s'appellerent sur le pont du Pau , A Thurin. La fortune voulut que mon frère blessast Gobios â la main de Tespée qui luy escliappa aussy tost : mais le capitaine Bourdeille, pourtant, ne luy voulut courir sus, ains luy dit : Amassez vostre espée, capitaine Gobios, car je n'ay pas accouslumé de poursuivre mon ennemy sans ses armes. Gobios luy respondit : Je ne gaignerois rien , capitaine Bourdeille , de l'amasser, puisque je suis blessé à la main, et ne me seroit possible de la tenir. Or bien donc, dit le capitaine Bourdeille, le combat est achevé; et le prit et le mena soubs le bras à la ville pour

le faire panser, et attendant sa gaerison pour se rebattre ; mais M. le mareschal les accorda. »

Ge fut donc dans Tintervalle qu'il y eut entre la levée du siège de Metz et la prise de Hédin, que le capitaine Bourdeille fit sou testament à Paris , le jeudy 29 de juin 1553, par lequel il est qualifié noble homme Jean de Bourdeille, escuyer, demeurant au pays de Périgueux, étant de présent à Paris, logé à renseigne de la Gage verte, faubourg Saint- Germain-des-Prés , sain de corps et d'entendement. Il institua pour seule héritière noble et religieuse personne dame Françoise de Bourdeille, sa sœur, abbesse de Ligneux en Périgord; et nomma pour exécuteur de son testa ment, Renaud de Vivonne, escuyer, seigneur de Pisanny en Xaintonge; et noble homme François des Martres , dit de Périgour , seigneur en partie de la Roque Saint-Ghristophle. Il est certain qu'il étoit mort quand la dame de Bourdeille sa mère fit son testament le 26 may 1557, puisqu'elle déclare dans cet acte que Jean de I Bourdeille, connu depuis sous le nom de sei- I gneur d*Ardelay, avoit eu sa part de la succession de feu Jean de Bourdeille, qui étoit celuy ; qui a formé cet iiriicle. Il ne paruit pas que le ! capitaine Bourdeille ait jamais été marié.

4BBÉ ET SEIGNEUR DE BRANTOSME.

Pierre de Bourdeille , connu sous le nom de Brantosrae, s'est rendu célèbre par ses Mémoires, plus amusants que solides. On ignore le temps de sa naissance : et il n'a pas été possible d'en découvrir Tépoque certaine, en rassemblant les différentes actions de sa vie répandues dans ses œuvres, dont voicy le récit.

Il étoit le troisième des enfants niàles de François, vicomte et baron de Bourdeille, et d'Anne de Vivonne de la Ghàtaigneraye. 11 fut élevé pendant son enfance à la cour de la reyne de Navarre. Marguerite d'Orléans ou de Valois, sœur du roy François I, dont la dame de Vivonne sa mère étoit dame d'honneur. Gette reyne mourut en 1549.

Le baron de Bourdeille son père, par son

testament du 28 juin 1546, luy donna en partage la jurisdiclion de la Gommarche, avec quelques rentes, et il le substitua immédiatement à André de Bourdeille, qui étoit Talné de tous les enfants mâles, préférablement à Jean de Bourdeille, encore alors doyen de Saint* Yrier, quoyque ce Jean, connu depuis sous le nom de capitaine Bourdeille, étant le second des enfants mâles, auroit dû précéder Brantosme dans cette substitution ; et principalement si Brantosme avoit été, comme il Ta prétendu, destiné par son père â Tétat ecclésiastique; ce qui ne se trouve point vérifié par ce testament. Il est vray que Brantosme n y est simplement nommé que Pierre de Bourdeille, I sans autre qualification; mais tout ce qu'on ea

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peut conclure , c'est qu^il c'avoit alors embrassé aucun état.

Il fut envoyé au collège à Paris, étant encore fort petit garçon, et il y faisoit ses études dans un âge peu avancé , lorsque le capitaine Bourdeille son frère arriva en cette ville, revenant de la prise de Ghimay, où il avoit reçu une blessure à Tépaule. On sçait que la ville de Ghimay fut prise en lâ62.

Il parott que Braniosme ne continua pas ses études à Paris : 1^ parce que le testament que le capitaine Bourdeille son frère fit en cette ville le 29 juin 1563, ne fait aucune mention deluy; 2° parce que Brantosnie étoit à Poitiers jeune garçon étudiant, lorsque la religion prétendue réformée s*y établit, et que la femme d'un avocat, nommée la belle Gotte- '^elle, par principe de religion, se prostituoit ayx écoliers qui donnoient dans les nouvelles erreurs. On sçait que Galvin , ayant été obligé de sortir de Paris en 1533, se réfugia d'abord à Angouléme, d'où il passa à Poitiers qu'il infecta de son hérésie; et que depuis l'an 1538, Galvin ne parut plus en France. Ainsi , en 1553 , et même depuis, rétablissement du calvinis'iie à Poitiers pouvoit bien être encore regardé comme nouveau. A ces anecdotes, on ajoutera encore celle-cy, que Brantosme éloit fort jeune à Poitiers, lorsque Antoine, roy de Navarre, y faisoit prêcher son niinistre nommé David, que ce prince mena ensuite à la cour de France à Fontainebleau.

Brantosme possédoit dës-lors le doyenné de Saint-Yrier en Limosin, le prieuré de Royan, et un autre bénéfice sous le titre de Saint- Vivien*ès-Xaintes, sur la résignation que luy en avoit fait le capitaine Bourdeille son frère.

Après la mort de ce frère, le roy Henry H, en considération des services du défunt, luy donna l'abbaye de Brantosme, à la sollicitation de M. d'Auzances, que Brantosme appelle son bon cousin. G'étoit Jacques de Montberon, seigneur d'Auzances, fils de Magdelaine de MareuîKdela branche de Montmoreau, lequel fot chevalier, de l'ordre du Roy, et gouverneur de Metz, etc. Le vicomte de Bourdeille, son frère aîné, paroissoit être encore alors prisonnier de guerre. Il succéda à Pierre de Mareuil, abbé de ce lieu , et évêque de Lavaure, décédé le 30 mars 1556, oncle de M. d'Auzances, et

continua depuis ce temps à porter le nom. de Brantosme. C'est pourquoy ou le trouve qualifié révérend père en Dieu, messire Pierre de Bourdeille, abbé de Brantosme, demeurant en l'université de Poitiers, dans le testament du 26 may 1557 de la Dame de Bourdeille, sa mère, laquelle luy léj)ua pour tous ses droits la somme de cinq mille livres: et dans le contrat du premier mariage de Glaude-Gatherine de Glermont, sa cousine germaine, depuis duchesse de Re(z,avec Jean, sire et baron d'Annebaut, passé à Poitiers le 28 avril 1558, auquel il assista; ayant déplus la qualité de doyen de Saint-Pierre : doyenné qui, dans l'extrait de cet acte, peut bien avoir été confondu avec celuy de Saint-Yrier II ne prit cependant possession de cette abbaye que le 15 juillet 1558, et la tint par luy-même jusqu'en 1583, et ensuite jusqu'à sa mort, sous le nom de trois confidrniiaires, dont l'un d'eux mourut de poison.

La portion de la terre et seigneurie de Brantosme qui avoit appartenue à la maison de Bourdeille pendant plusieurs siècles, avoit été donnée en partage à Jean de Rourdeille, seigneur de Sait)t-Just et de Grésignac, oncle de Brantosme. On ignore ce que devint ensuite cette portion, et comment Brantosme la fit rentrer dans sa maison.

Brantosme, ayant obtenu du roy la permission de faire une coupe de bois dans la forêt de Saint-Yrier en Limosin , il en eut cinq cents écus, qu'il employa à faire son premier voyage d'Italie en 1657, et servit en Piedmont. On trouve dans ses Duels le récit de différents combats singuliers qu'il apprit en 1558 en passant dans la ville de Gayctte : et il y en a quelques-uns dont il dit avoir été témoin.

Il se trouva à Rome pendant la vacance du saint-siége après la mort du pape Paul IV, arrivée le 18 août 1559, et exécuta cette année rintenlion qu'avoit eu Pierre de Mareuil, sou prédécesseur, de réunir le monastère de Brantosme à la congrégation de Ghezal-Benoist. Les conditions sous lesquelles il consomma celte affaire, ne sont point connues. II parott seule ment par son testament olographe, qu'il n'eut pas sujet dans la suite d'être content de ses religieux, et que même ils le payèrent d'm-

ai8

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gratitudes de tous les services qu^il prétend leur avoir rendus en différentes occasions.

Quoyqu^on ayt raison de reprocher à Brantosme de s*ètre toujours trop abandonné à des plaintes continuelles et générales, souvent même peu fondées , il parolt d'autant moins permis de le taxer de ce défaut à Tégard de ses religieux , que l'abbaye de Brantosme luy est redevable de son existence, comme Tavoue le Gallia diristlana en faisant son éloge.

Brantosme, à son retour en France, commença à prendre luy-mëme le gouvernement de ses bénéfices, dont il avoit laissé la jouyssance pendant douze ans au vicomte de Bourdeilie son frère aîné, qui jusqu'alors ne luy en avoit donné que quatre cents livres par an, qiioyqne la valeur de ces bénéfices ( non compris Tabbaye de Brantosme) fût de plus de deux mille livres de rentes. Ce reproche qn^il fait dans son testament olographe à son frère, mériteroit un examen , e( pareil venir de l'humeur mordicante de Brantosme, qui n'épargnoit pas plus sesparentsqne lesautres : attendu la différence de Tâge, de la situation, et des services du vicomte de Bourdcille, avec ceux de Brantosme, qui ne faisoit encore que de naître à la cour; comme il le lémoigne luymème, en avouant qu'il étoit trop jeune, lorsque le maréchal Strozzy mourut, pour n'avoir conversé avec luy et cette mort arriva en 1559; que lorsqu'il commença à fréquenter la cour, il étoit encor trop jeune pour avoir remarqué et connu le caractère des dames qui la composoient ; que ce ne fut que sur la fin du mariage de la reyne Catherine de Médicis, qu'il commença à les connoîire, et qu'enfin, lors du décès de cette rryne, arrivé en 1689, il y avoit 33 ans qu'il suivoit la cour; d où il est aisé de conclure, qu'il n'y avoit été introduit que vers l'année 1556, temps auquel il obtint l'abbaye de Brantosme.

En effet , ce n'est que depuis le retour de ce premier voyage d'Italie , que Brantosme parle de luy-mème comme courtisan, et qu'il fait mieux connoltre son attachement pour la maison de Guise, luy donnant pour fondement la liaison qu'avoit eu le feu seigneur de la Chàlaigneraye, tué en 1547, son oncle, avec le rluc de Guise , François de Lorraine. Il parolt qu'il étoit attaché encore plus paaticulièrement

à François de Lorraine, grand prieur de France, et général des galèi*es ; déclarant que ce seigneur avoit él<^ l'un de ses bons et premiers maîtres, et qu'il avoit été avec luy en Italie, apparemment dans le voyage que ce seigneur y fît pour conduire à Rome le cardinal de Guise en 1559.

Depuis que Brantosme fut attaché à la cour, il l'a suivit en 1559 et 1560, et se trouva , 1^ à Âmboise, lors de la conjuration des huguenots, et y vit pour la première fois M. de la Rochedu-Maine , âgé de soixante-dix ans , grand ami de feu son père. T II étoit aussi à Orléans lorsque le prince de Condé y fut arrêté ; et 3^ à la cérémonie faite à Poissy , pour la réception des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel.

En 1561 , après le sacre du roy Charles IX, le duc de Guise emmena avec luy Brantosme encore lors fort jeune, en son château de Guise, pour y faire quelque séjour ; mais ils furent obligés de se rendre à Paris pour le jour de la Fête-Dieu, parce que la cour, craignant que les religionnaires ne profitassent de l'absence de ce général pour commettre quelques insolences eu cette fête , le roy envoya courriers sur courriers au duc de Guise , pour l'obliger de revenir à Paris.

Vers la fin de cette année 1561 , François de Lorraine , grand prieur de France, ayant éié chargé de conduire en Ecosse la reyne Marie Stuart, veuve du roy François 11 , Brantosme , ainsi que plusieurs autres gentilshommes , l'accompagnèrent dans ce voyage , et eut par ce moyen occasion de voir la cour d'Angleterre, ayant passé à Londres en revenant d'Ecosse.

Il arrivoit de ce voyage, lorsque après le colloque de Poissy , le roy Charles IX accorda l'édit de janvier 1562 , et qu'on ne voyoit à la cour que des ministres de la religion prétendue réformée. La guerre civile s'étant renouvelée en cette année , Brantosme, tenant le party de la cour, servit à la prise de Blois, aux si^pes de Bourges et de Rouen ; et ce fat en ce dernier siège que la reyne mère ( Catherine de Médicis) luy donna des témoignages de Imité, et même de confiance , en luy parlant de diflé* rentes affaires , et entre autres de celles de Portugal. Il se trouva aussi à la battaille de Dreux, après laquelle il perdit le grand prieur.

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qui mourut à quelques mois de \k d'une pieurésie. 11 parolt Tavoir d'aulant plus regretté , que ce seigaeur Taymoit fort , et luy a fait plus d'honneur qu'il ne méritoit, à ce qu'il dît.

Quoyque Branlosme eût embrassé le pariy des armes, on ne luy connoit encore jusqu'alors aucune dignité militaire. Aussi le premier testament du vicomte de Boiirdeille , son frère aîné» datte du 24 may de cette année 1562, ne le qualifie simplement que Pierre de Bourdeille, abbé de Brantosme. Par cet acte , il Fut substitué, conjointement avec le baron d'Ardelay , aux enfants de ce frère aîné.

La mort du grand-prieur de France ayant donné occasion à Brantosme de s'attacher davantage à François, duc de Guise , son frère, il le suivit au siège d'Orléans, où ce prince fut tué par Poltrot ep 1663 ; et quoyque M. d'Aubeterre eût épousé la nièce de Brantosme , il ne laisse pas de l'accuser d'avoir participé à ce meurtre par ses conseils. C'est même un reproche qu'il fit dans la suite au duc deMayenne, voyant que ce duc préféroit les intérêts de M. d'Âubeterre aux siens, dans un différend qu ils eurent ensemble, et dont il n'a pas voulu donner le détail.

En 1564, il servit à la prise de Vêlez en Barbarie sur les côtes d'Affrique. Ce fut alors que le roy de Portugal l'honora de son ordre de Christ. Après cette expédition , ayant passé à la cour d'Espagne, la reyne Elisabeth de France le fit présenter au roy son époux par le duc d'Albe, ensuite à dom Carlos, à la princesse, et A dom Juan. Il eut avec cette reyne plusieurs conférences , et entre autres sur M. de Beile^arde, depuis maréchal de France, pourie^ quel le roy Charles IX demandoit à Sa Majesté catholique une commanderie de l'ordre de Galatrava de quinze cents ducats de rentes ; et Brantosme rapporte comme une preuve de la considération que cette reyne avoit pour luy , qu'une fiuxion, causée par l'air de la mer, l'ayant empêché pendant deux jours de parollre à la cour, Sa Majesté ne manqua pas de s'informer de sa santé ; et elle luy envoya mène son apothicaire, qui le guérit sur^len^hamp avec certaine berbe.

A son retour en France, il fut le premier à témoigner à la reyne mère l'envie que la reyne , sa fille, aToit de la voir; et le roy

Charles IX lay ayant fait des questions sur Téiat de ta marine en Espagne , Brantosme luy en donna un détail avantageux pour TEspagne, et profita de cetteoccasion pour luy foire connoltre la nécessité d'une pareille marine en France. Trois mois après son arrivée, il eut ordre, ainsi que plusieurs autres , d'aller au-devant de la reyne d'Espagne, pour raccompagnera son entrée dans Bayonne. En 1566, Brantosme fut revoir sa maison, dont il étoit absent depuis deux ans; etensuite, il entreprit le voyage de Malthe.

Au commencement de Tannée 1666 , la cour étant à Moulins , Branlosme et son frère le baron d'Ardelay , se joignirent à vingt ou trente autres gentilshommes , pour porter du secours i Malthe assiégée par les Turcs. Ils choisirent pour leurs généraux messieurs de Strozze et de Brissac, et emmenèrent avec eux huit cents soldais Mais comme le roy, pour des raisons d*État , ne vouloit pas permettre ouvertement ce voyage, M. de Strozze, alors mcstre de camp du régiment des gardes, se servit du prétexte d'aller en Provence, et en obtint la permission pour deux ou trois mois. Ce fut dans ce voyage que commença la liaison de Brantosme avec M. du Gua. Ils portoient tous riiarquebuse et le fourniment, et faisoient actes de simples soldats. Ils prirent leur route par Home , où le pape leur donna des Agnus, Étant arrivés à Malthe , ils y furent défrayés par le grand maître, pendant trois mois et demy.

Brantosme eut alors envie de se rendre chevalier de cet Ordre; mais M. de Strozze, son amy, l'en détourna, et luy représenta qu'il nedevoit si fort dédaigner la fortune qu'il trouveroit en France ( en effet, son frère le vicomte nV voit point encore d*enfants maies). En revenant de Malthe, il parcourut différentes villes dltalie, séjourna un mois à Milan pour apprendre à tirer des armes d'un fameux maître nommé le grand Tappe ; et étant à Rome , avec son frère d'Ardelay, et près de cent autres François, il parut vers Ostie des bâtiments turcs. Le pape en fut alarmé, et les pria de rester pour le secounr au besoin. Mais Sa Sainteté en fut quitte pour une simple alarme.

Pendant le séjour que Brantosme fit alors à Rome, il dit avoir trouvé, par le secours de bon nombre d'écus François, plus de complaisance qu'à son premier voyage , dans ime femme ^

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nommée Faustine , qai , en se mariant , avoit | fait agréer par son mary la condition de jouir de la même liberté dont elle usoit avant son mariage, lorsqu'elle étoit concubine.

Il trouva aussi en cette ville un comte du royaume de Naples , et riche de douze mille écus de rentes , nommé le comte Jean de Bourdella, ou Bourdelia, qui portoit mêmes nom et armes que luy. Il en reçut beaucoup de marques d'amitié, et forma liaison avec luy .Ce comte luy dit que ses ancêtres étoient des confins de la Gascogne , et avoient été attirés en ce pays par les guerres de Naples. Sur le récit qu'en fit Brantosme à son retour en France, son frère le vicomte de Bourdeille et luy cherchèrent dans leurs titres, et y trouvèrent qu'un cadet de la maison de Bourdeille, frère du brave Arnaud de Bourdeille, séneschal de Périgord, et du cardinal de Bourdeille, passa à Naples avec leroy Louis dans le temps des guerres de ce pays , et que depuis on n'en a plus entendu parler. Cette origine parott fondée , comme on le peut voir cy-devant à Tarticle des enfants d'Arnaud de Bourdeille , premier du nom , où on a écrit que ces comtes de Bordella ou Burdelia avoient eu en 1710 laeomté de Buendia et le marquisat de Podilla, par les Medina-Celi, qui descendent desroys de Caslille et de Léon.

Avant d'arriver en France, Brantosme visita la cour de Savoye,et eut un entrelien avec le duc sur les troubles de Flandres. Au reste, l'accueil qu'on luy fit ne répondit pas apparemment à son attente; car il dit qu'un jour, soupant avec la dame de Poncalier, dame d'honneur de la duchesse de Savoye , elle luy présenta de la part de la duchesse une bourse de cinq cents écus. Gomme cette dame ajouta , que c'étoit en considération de Tamytié que cette princesse avoit pour la dame de Dampierre , Jeanne de Vivonne, tante de Brantosme, il ne voulut pas accepter ce présent , et répondit qu'il luy restoit assez d'argent pour se rendre en France. Si ce présent luy avoit été offert pour marque de Testime particulière qu'on faisoit de luy, il ne Tauroit peut-être pas refusé.

Son amour-propre se fait encore mieux conottre par les plaintes qu'il fait de la maison de Savoye, en parlant de la parenté qu^il avoit avec cette maison , aussi bien que de celle qu'il avoit avec la maison de Nassau.

Quoyque Brantosme continuât jusqu'alors d'être réellement abbé du monastère dont il portoit le nom , l'esprit militaire l'emportant sur l'ecclésiastique, il laissa enfin la qualité sans laisser l'abbaye , pour prendre celle du seigneur de Brantosme.

L'année 1667 , vers la Saint-Michel , les huguenots ayant renouvelle la guerre, par les tentatives qu'ils firent près de Meaux pour enlever le roy Charles IX, on ordonna à tous loi mestres de campdefairedenouvellescompagnies. Brantosme, comme l'un d'eux , eut ordre d'en lever deux; mais il se contenta d'en former une, s'en trouvant , dit-il , encore assez chargé. G^est , cependant, le fondement sur lequel il dit dans son testament , avoir eu le commandement de deux compagnies ; et il servit celte année à la bataille de Saint-Denis , et voyage de Lorraine, lorsqu'on manqua de combattre les ennemys à Notre-Dame de l'Épine.

En 1568, la paix fut conclue à Longjumeau, et Brantosme entra avec sa compagnie dans Chartres, dont les habitants ne voulurent point recevoir la colonnelle de M. d'Andelot , parce qu'il étoit religionnaire.

Celte même année , étant avec sa compagnie de gens de pied en garnison à Péronne, M. de Théligny , son amy, luy fit des propositions avantageuses de la part de M. le prince deCondéet de M. l'amiral de Chàiillon, pour leur livrer cette place. Mais quoyque Brantosme eût reçu quelque mécontentement du roy, sans en dire le sujet , il refusa ces propositions. Sa Majesté l'ayant appris quelques jours après , elle luy en sçut très-t>on gré , et l'en ayma plus que jamais.

On le trouve qualifié l'un des gentilshommes du duc d'Orléans, depuis Henry 111, à six cents livres de gages , de 1564 à 1569 , et hait en 1570 : et aussi de même du roy Charles IX, à six cents livres de gages, depuis Tannée 1568 jusqu'en 1570, dans un état de la maison de ce prince de 1560 à 1574 , qui luy donne pour collègues des seigneurs des maisons de Roche- Chouart, Qiabannes , d^Ailly, Montluc. Crevant, etc. 11 y a lieu de croire qu'il ne prit cette charge que vers le milieu de l'année 1668. La preuve en résulte d'une quittance, qu'il donna le 28 mars 1568. sous la seule dénomination de Pierre de Bourdeille, seigneur de

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Brantosme, de la somme de cinq cents livres , en deux cents écus pistolets à cinquante sols la pièce, que Sa Majesté luy avoit accordé en considération de ses services passés et présents dans les guerres, comme aussi pour l'ayder à supporter les Frais et dépenses. Mais par une autre quittance du 1*^*^ décembre 1568 , de sa pension de deux mille livres par an, il se qualifie noble Pierre de Buurdeille, seigneur dudit lieu , gentilhomme ordinaire de la chambre du roy. Ces deux quittances sont scellées du sceau (ïv ses armes.

Pendant que Brantosme étoit à la coqr , le roy Charles IX donna une fête sur la rivière; et il arriva que , dans ce petit combat, le baron de Montesquiou ( qui depuis tua à Jarnac le prince de Gondé) tomba dans Peau ; Brantosme luy sauva la vie, en le retirant de Teau et depuis ce temps, ce baron Tappella son père, quoyqu'il fût plus âgé que Brantosme.

En 1569, après la battaille de Jarnac, où il se trouva, il quitta l'armée du roy, pour se rendre à Brantosme, étant alors attaqué d'une fièvre tierce, qui luy dura dix mois. Pendant le séjour qu'il y fit , Tarmée des religionnaires passa en ce lieu, sans y faire aucun dommage, par considération pour luy; et le prince des Deux-Ponts mouruten sa maison. Ces trouppes eurent encore une autre fois pour luy les mêmes attentions, quoy qu'il fût absent. C'est pourquoy il appelle cette abbaye, la plus entière pucelle qui fût en Guyenne, malgré les guerres de religion; et attribue la modération des religionnaires en ce lieu , à la considération qu avoit pour luy le roy de Navarre, et à la parenté qu'il avoit avec Charlotte de Laval , femme de l'amiral de Chàtillon, laquelle étoit fille d'Antoinette de Daillon.

Brantosme avoit eu dessein de se trouver à la battaille de Lépante, qui se donna l'an 1571; mais M. de Strozze l'en détourna, en luy proposant un embarquement qui n'eut point d'exécution.

En 1572, Marguerite de France, sœur du roy Charles IX , ayant été mariée avec Henry, roy de Navarre, depuis roy de France sous le nom de Henry IV, Brantosme eut l'honneur d'accompagner cette princesse à son entrée dans Bourdeaux, et même d'être près d'elle sur l'écbaffaut, d'où elle répondit aux

compliments de tous les corps de cette ville, avec tant d'éloquence , que la reyne mère en fut charmée, sur le rapport que luy en fit Brantosme à son retour.

L'armement cy-dessus mentionné étoit destiné à faire des conquêtes dans le Pérou , et l'amiral de Chàtillon avoit voulu engager MM. de Strozze et Brantosme de l'employer plutôt à faire quelques descentes sur les côtes de Flandres; leur promettant d'y mener aussi des trouppes par terre. Mais Brantosme ne fait point connottre si ces propositions furent reçues ou non. 11 parolt seulement qu'il étoit à Brouage avec M. de Strozze, pour travailler à cet armement, lors du massacre de la Saint - Barthélémy, où l'amiral fut tué, ainsi que M. de Théligny, son allié et son amy, qu'il témoigne avoir fort regretté.

Ce projet d'armement naval étant rompu, M. le maréchal de Biron , que le roy avoit envoyé en son gouvernement de Xaintonge, pour réduire en son obéissance la ville de la Rochelle, vint trouver à Brouage MM. de Strozze et Brantosme, et leur commanda de la part du roy de l'assister en cette expédition. Et comme Brantosme n'étoit plus dans le service, il fut en qualité de volontaire, et sans solde, au siège de la Rochelle , avec son amy M. le colonnel de Strozze, sous lequel il avoit commandé cy-devant une compagnie de gens de pied, qu'il n'avoit quitté que par caprice. Les blessures qu'il y reçut furent si légèr-es. que, dans un entretien qu'il eut avec M. de Guise, ils se félicitèrent l'un l'autre d en avoir été quittes à si bon marché. Cependant, le jour de la première ouverture du Fossé , au mois d'avril, un éclat de pierre luy frappa la main gauche, et luy causa pendant quinze jours une douleur sourde. 11 fut aussy blessé (légèrement ) dans une escarmouche , étant aux masudes de la Fosse aux Lions. Son bonheur le suivant par-tout , il se trouva couvert de sang et de cervelles de gens tués près de luy en dif férentes occasions, sans partager leurs mal heurs. A l'assaut qui fut donné en plein jour par l'avis de M. de Nevers, M. de Strozze et luy étant avec M. de [x)ngueville au premier échelon, ils pensèrent être tués de deux grenades qui tombèrent à leurs pieds. Un jour, un soldat s'éiant assis dans une chaise qu'il

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venoit de quitter, fût emporté par un boalet tiré de la coulevrîne dite la Vache.

Les RochelLois profilant du mouvement que causa dans les assiégeants Tarrivée des Suisses, firent uue sortie, et prirent dik enseignes, qu'ils plantèrent ensuite sur leurs murailles. Le lendemain, comme on paiiemeutoit sur des propositions de paiï , Brantosme fut à la Rochelle, et engagea les Rocheliois à retirer ces enseignes de dessus leurs murailles, pour ne point aigrir les esprits contre eux.

Pendant ce siège, il donna au roy de Navarre la première arquebuse dont ce prince eût jamais tiré. Elle avoit été faite ft Milan, douce et légère, dorée d'or moulu. C'étoit un présent que luy avoit fait M .de Strozze lors de son embarquement de Brouage. M. de Strozze établit le premier lusage du mousquet pendant ce siège.

L'attachement que Brantosme avoit pour luy fut si grand, qu'il le suivit partout, et il le luy prouva encore mieux par le secours dont il luy fut , lorsque M. de Strozze reçut deux coups d'arquebuses dans sa cuirasse. Enfin, cette amitié fat si étroite , que quoyque M. de Strozze Teût prié de se retirer, luy faisant offire de luy procurer une fortune assurée , et de luy continuer son amitié, il ne voulut point le quitter.

Cette liaison cessa par la circonstance suivante. Brantosme étant sur le point de se marier en bon lieu , qui Teût rendu heureux pour le reste de ses jours, il rompit ce mariage pour aller joindre M. de Strozze à Bourdeaux. A son arrivée, il trouva que M. Strozze luy avoit donné le coup de pied de mulet, et fait le tour d'un amy fngratissime. Cette action, dont il ne donne point Texplication, pourroit bien regarder des démarches que fit M. de Strozze Tannée môme de sa mort , pour épouser la vicomtesse de Bourdeille alors veuve. M, de Strozze , dit Brantosme, n'étoit ny bon amy, ny mauvais ennemy. Mais c'est un jugement qui mériteroit examen , par Tusage oth étoit Brantosme de parler beaucoup et de penser peu. Au reste, l'union qu'il eut avec M. de Strozze, dura vingt-cinq à trente ans, ce qui semble bien long pour Brantosme ; d'autant plus que c'estoit Philippe de Strozze, né en 1541, colonel général de l'infanterie,

chevalier dea ordres dd Roy, mort eti 1689, qui par conséquent devoit être moins âgé que Brantosme, et son su|)érieur en dignité.

Au mois de mars 1674 it étoit à Brantosme , et fut convié par le vicomte de Bourdeille, son frère, d'assembler des gens de guerre |>oor luy prêter la main en cas de besoin dans ses fonctions de séneschal de Périgord. Mais il y a apparence qu'il ne fut pas long-temps sans revenir à la cour; car après la mort du roy Charles IX, arrivée le 30 may 1674, Brantosme assista avec M. de Strozze à l'ouverture du corps de ce prince : et n*ayant reconnu aucune trace de poison, ils en donnèrent avis à maître Ambroise Paré, premier chirurgien de Sa Majesté, lequel leur fit réponse que ce prince étoit mort d'avoir trop sonné de la trompe à la chas.se du cerF; ce qui luy avoit gâté son pauvre corps. Les princes et seigneurs de la cour quittèrent tous le convoy de ce roy à l'église de Saint-Lazare, faubourg de Paris ; et il ne resta pour l'accompagner jusqu'à Saint-Denis, que Brantosme, quatre autres gentilshommes de la chambre, et quelques archers de la garde.

Vers la fin de cette année 1674, Brantosme fut employé à négocier la paix avec le sieur de la Noue, l'un des chefs des religionnaires. Il eut pour cet effet une conférence à Pons , dont le vicomte de Bourdeille envoya le détail au roy, Henry III, dans ses lettres des 16 novembre et 10 décembre 1674. Voicy ce qu'on en trouve dans les historiens : 1674 septembre ou octobre Tabbé de Brantosme étoit quelques jours auparavant arrivé en Brouage, de la part du roy, pour quelque onverture de paix et moyens de la négocier; assurant que le roy y étoit fort bien disposé. Le lieutenant de Poitou fut assez long-temps avec luy, tant qu'il y eut jour assigné à Angoulin, distant cl'une lieue de la Rochelle. Le 19 dudit mois, et à la conférence de ces affaires avec Brantosme , la Noue et ao cuns de la Rochelle disoient qolls attendoien leurs députés de Lyon. Les députés arrivèrent trois jours après la conférence , et apportèrent la permission du roy d'envoyer le prince de Gondé en Allemagne, et autres , pour moyenner la paix. Le vicomte de Bourdeille, son frère, le renvoya après cette négociation vers Sa Majesté, pour

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luy rendre compte , et le chargea poor elle d'une lettre dattée de Périgaeai le 30 janvier 1 576.

En considération des services de ces deux frères, le roy, par brevet du 18 juillet 1676, leur donna nomination de révèché de Péri« gueux , vacant par la mort de messire Pierre Fournier, pour en pourvoir telle personne capable qu^ils choisiroient, à la charge néanmoins de deux pensions sur le revenu de cet évèehé : sçavoir, mille livres pour la damoiselle de Bourdeille, leur sœur, Tune des damoiselles de la reyne mère , et huit cents livres pour Antoine de la Sesire, chantre de Téglise de Périgueux, qui avoit aussi eu part à cette négo* ciaiioQ.

En conséquence de ce brevet , MM. de Bourdeille nommèrent à Tévèché de Périgueux, François de Bourdeille, leur cousin, alors religieux de Sainl-Deiiis en France. Brauiosme s'en attribue tout l'honneur, ainsi que des Frais de provisions, suivant son style ordinaire. On ne voit ce|)endant pas, depuis ce temps, qu'il ait donné des marques de son grand criëdit à la cour, quoyqu'il continuât d'être Tun des gentilshommes de la chambre du roy Henry 111, suivant les états de la maison de ce roy de 1675 à 1589.

Il passa cette année 1676 à la cour , et logeoit dans la rue de Grenelle, près la rue Saint- Honoré 11 Fut témoin de toute la querelle de MM. de Bussy et de Saint-FaI, qui Fut ter^ raillée sans effusion de sang, malgré leur bonne volonté à se battre. Mais Bussy, quelque temps après, ayant failly d'être assassiné dans cette rue de Grenelle, on luy conseilla de sortir. Brantosme, comme son parent et fort bon amy, quoyque travaillé d'une fièvre tierce, se joignit à d'antres gentilshommes, pour luy former une escorte ; et tous ensemble ils accompagnèrent M. de Bussy jusqu'au Peth-Saiut- Antoine. Cette démarche de Brantosme ne plut pas au roy, attendu que Brantosme étoit l'un de ses gentilshommes ordinaires, et qu'il y avoit lieu de croire que Sa Majesté n*avoit pas de part â l'avis qu'on avoit donné à Bussy de sortir de Pans. Brantosme s'excusa auprès du roy sur sa parenté et son amitié avec Bussy, comme aussy sur le bruit qui avoit couru qu'il devoit être assassiné dans les rues. Sa Majesté reçut cette excuse, parce qu'alors le roy luy portoit bon visage.

En 1576 , 0 suivit la reyne mère dans le voyage qu'elle fit pour ramener Monsieur, duc d'Anjou, qui avoit quitté la cour par mécontentement ; et il fut fait entre eux une trêve à Jaseneuil en Poitou , etc.

Brantosme étoit à la cour , lorsqu'on y apprit la nouvelle de la défaite de Tarmée des Etats de Hollande , par dom Juan d'Autriche : et quelques jours auparavant, il avoit été invité de se trouver à cette battaille par M. de it Noue , son amy, qui tenoit le party des États. Cet événement parott être la battaille de Gemblours, donnée en 1678.

Vers 1679 , le roy Henry 111 étant à Saint- Germain en Laye , et la reyne mère à Paris , Brantasme obtint un don du roy, et Fut témoin d'un discours que le roy fit pendant son dtner contre la profusion et le luxe de la noblesse, en présence de M. d'Arqués (depuis duc de Joyeuse), qui ne Faisoit que d*entrer en Faveur. Et il semble même qu'il s'attacha plus particulièrement à M. le duc d'Alençon, et qu'après la mort du vicomte de Bourdeille, son Frère aîné, il ne Fut occupé que du soin d'empêcher la douairière de Bourdeille, sa se belle-sœur, de se remarier.

Il assista en qualité de haut et puissant seigneur Pierre de Bourdeille , seigneur abbé de Brantosme , de Saint-Severin , seigneur de Richemont et de Saint-Grespin, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, chambellan de Monsieur, et chevalier de Tordre du Ruy de Portugal, au contrat de mariage passé le 16 février 1679, entre Renée de Bourdeille, sa nièce, et David Bouchard, vicomte d'Aubeterre : et est nommé simplement Pierre de Bourdeille, ab);é de Brantosme , seigneur de Saint-Crespin , de Richemont, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, dans le testament du 26 décembre 1681, du vicomte de Bourdeille, son frère aîné, qui 1^ fit l'un de ses exécuteurs testamentaires.

L'obmission de la qualité de chevalier de l'ordre du Roy, dit de Saint-Michel, dans ces deux actes , donneroit lieu de croire que Brantosme n'en étoit pas encore alors revêtu, si \t déFaut de cette obmis^ion ne se trouvoit rétabli par ce qu'en rapportent les Mémoires de Casteinau, en cette manière : «11 est bon que le lecteur soit averti , que l'institution de l'ordre du Saint-Esprit tenoit au cœur au

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sieur de Brantosme, parce qu'il étoit chevalier de Tordre de Saint -Michel, et qu*il étoit fâché de voir qu*on Tabolit pour ua autre nouveau, €/c.» C'est ce qui luy fiait dire, que c'étoit une si belle institution que celle de Tordre de Saint-Michel , que possible nos roys , tant quils viendront par après, n'en exco^çiteront ny inventeront de plus beau, soit par constitutions , formes, règles el cérémonies, ou pour Tordre et habits si superbes, que j'ay ouy dire à M. de Lansac, qui éioit un vieux re^çistre des antiquités de la cour et de la France que celuy du Saint-Esprit, tant en Tordre qu'en manteau , n'étoit que quincaillerie et bifferie, au prix de celuy de Saint-Michel.

Il est encore prouvé plus certainement, que Brantosme a été chevalier de Tordre de Saint- Michel , par le contrat de maria^^e de Jeanne de Bourdeille, sa nièce, avec Claude d'Espinay, comte de Duretal, du 8 novembre 1584, dans lequel il prend ces qualités : messire Pierre de Bourdeille , seigneur et baron de Riclicmont et de Saint-Crespiu , chevalier de Tordre du roy , et gentilhomme ordinaire de sa ciiambre.

On ne Iny trouve plus alors le titre d'abbé de Brantosme, parce que dès Tan 1583 il ne jouis soit de cette abbaye que par coutidentiaire.

En 1588, il assita au baptême d'un fils posthume du duc de Guise, auquel la ville de Paris donna le nom de Paris.

il y a voit 33 ans qu'il étoit à la cour, et particulièrement attaché aux intérêts de la reyne Catherine de Médicis et des Guises , lorsqu'elle mourut en 1589, n'ayant commencé à connoltre les dames de sa cour que sur la fin de son mariage. Aussi dit-il qu'il ne se ressouvenoît plus de celles qui avoient précédé ce temps, parce qu'il étoit alors trop jeune pour en avoir été frappé. Depuis la mort de cette reyne, Brantosme ne parott pas avoir fréquenié la cour, ayant perdu le crédit que pouvoit luy donner auprès de cette reyne le peu de cas qu'il faisoit de la loy salique , comme on le peut voir dans ses Dames illustres, h. Tarticlede la reyne Marguerite de France, dont il fut trop zélé défenseur. En 1594, il obtint du roy Henry IV, tant en considération de ses services, que de ceux du vicomte de Bourdeille, son neveu, un don de droits de lods et ventes pour le capitaine la

Chambre , qui oommandolt alors dans les ville et château de Brantosme pour le service du roy La vicomtesse de Bourdeille , sa belle-sœur, le nomma Tun de ses exécuteurs testamentaires, par ses testaments et oodicilles des années 1694 et 1595; luy témoignant la reconnoissance qu'elle ressenloit de Teitrème assistance qu'il luy avoit donnée en toutes ses affaires et nécessités, depuis la mort de son mary. Ces actes le qualifient haut et puissant seigneur messire Pierre de Bourdeille^ baron de Richemont.

La mort de cette dame le toucha vivement , comme ilTattesse luy-méme. Cette affliction , jointe au mécontentement qu'il croyoit avoir de la cour, et au peu d^union qu'il parott avoir entretenu avec sa famille , furent sans doute les vrais motifs de sa retraite, pendant laquelle il composa ses Mémoires, Les maladies, et autres infirmités d'un âge avancé, Tobligeant souvent , comme il le dit , de suspendre ses ouvrages, produisirent en luy l'effet ordinaire dont peuvent être susceptibles de semblables caractères. C'est pourquoy il n'est pas étonnant, que, ion content d'avoir répandu sa bile dans ses Mémoires , et d'y avoir mis aa jour son ambition et son humeur contre tout le genre humain, il en ait encore conservé pour son testament olographe , qui , par sa sin-» gularité , mériteroit d'être transcrit en entier. Mais on se bornera à un abrégé un peu étendu, qui sera cy-après rapporté.

La mésintelligence où il étoit avec sa famille est suffisamment prouvée par Toubly où on le met toit. Il n'est fait de luy aucune mention dans les contracts de mariages du vicomte de Bourdeille et du baron de Mata, y s neveux 9 des années 1602 et 1604; ni dans k testament de la damoiselle de Bourdeille, s.t sœur, de Tan 1611. Cependant, dès le 5 m* vembrc 1602, il avoit fait un état de tous se> neveux et arrière - petits-neveux , pour avoir occasion de parler de toutes ses alliances, et sur-tout de celles qu'il avoit avec les maisons de Savoye et de Montpensier, par les maisons de Vivonne et de Mareuil; ténH>ignaot au surplus le peu de considération que les ducs de Savoye , de Nemours , et de Montpe nsier, avoient pour Itiy. Ces princes pensoient plus avantageusement sur le compte des vicomtes de

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Boardeille, ses frère et neveu, que sur le sien , comme on le verra à leurs articles, où on en trouvera les preuves.

Yoicy rintitulé du testament de Braotosme : c Je Pierre de Bourdeille , seigneur et baron de Richemont , de Sainct-Crespin , de la Chapelle- Montmorean ; conseigneur de Brantbome usufructuaire ; chevalier de Tordre du Roy de Saint -Michel, ensemble de celuy de Tordre de Portugal qu'on appelle VHabiio de Christo; gentilhomme ordinaire de la chambre des feus roys Charles IX et Henry III , mes maistres ; pensionnaire de deux mille livres par an du susdit roy Charles IX en son vivant, et chambellan de monseigneur le duc d'Alençon mon bon maistre; aussi ayant commandé à deux enseignes de gens de pied aux secondes guerres civiles passées , sans reproche.»

Par cet acte, il élit sa sépulture en la chapelle de son château de Richemont; espérant que la voûte qu'il a fait construire à cet effet sera achevée avant sa mort : et ordonne que sur sa tombe soit gravée en grosses lettres répit aphe suivante avec les armoiries de Bourdeille et de Vivonne , entourées de Tordre de Saint-michel.

Épiiaphede Brantosme.

« Passant , si par cas ta curiosité s'étend de sçavoir qui gist soubs ceste tombe, c'est le corps de

MESSIBE

en son vivant chevallier, seigneur et baron de Richemont , de Saincl-Crespin , de la Chapelle- Montmoreau , et conseigneur de Branthome usufructuaire : extraict du costé du père de la très-noble antique race de Bourdeille, renommée dès Tempereur Charlemaigne , comme les histoires anciennes, et vieux romans françois, italiens, espalgnols , tiUres vieux et antiques monuments de la maison le tesmoignent de père en fils , jusques aujourd'huy : et du costé de la mère , il fut sorty de ceste grande et illustre race aussi de Vivonne et de Bretaigne, qui en porte les hermines pour cela en ses armoiries. Il n'a dégénéré , grâce à Dieu , à ses prédécesseurs. Il fut homme de bien, d'honneur et de valeur, comme eux, advenluriers en

BftAlITOIII. 14.

plusieurs guerres et voyages estraugers et hasardeux, comme voicy. Il fit son premier apprentissage d'armes soubs ce grand capitaine M. de Guise, messire François de Lorraine; et pour tel apprentissage, il ne désire autre gloire et los : donc cela seul suffit. Il apprit très- bien soubs luy de bonnes leçons, qu'il pratiqua avec beaucoup de réputation pour le service des roys ses maistres. Il eut soubs eux charge de deux compaignies de gens de pied. Il fut en son vivant chevalier de Tordre du Roy de France , comme j^ay dit , et de plus chevalier de Tordre de Portugal, qu'on appelle YHabito de Christo, qu'il alla quérir et recepvoir luy-méme, et avoir du roy dom Sébastien, qui Ten honnora au retour de la conqueste de la ville de Relis et son Pignon en Barbarie, où ce grand roy d'Espaigne don Philippe avoit dressé et envoyé armée de cent gallères et douze mille hommes de pied. 11 fut après gentilhomme ordinaire de la chambre des deux roys Charles IX et Henry III , chambellan de monseigneur le duc d'Alençon , leur frère, et outre fut pensionnaire de deux mille livres par an dudict roy Charles IX , dont il fut payé tant qu'il vesquit;caril Taymoit fort, et Teusl fort advancé, s'il eust vescu plus que iedict roy Henry III ; bien qu^'l les eust tous deux très-bien servi, Thumeur du premier s'addonnoit plus à luy faire du bien et grades que Tautre. Aussi que la fortune ainsin le voulut. Plusieurs de ses compagnons, non esgaux à luy, le suspasserent en bienfaicts, estats et grades , mais non jamais en valeur et mérite. Le contentement et le plaisir ne luy en sont pas moindres pourtant. Adieu, passant; retire-toy. Je ne t'en puis plus dire, si-non que tu laisses jouyr du repos celuy qui , en son vivant , n'en eut , ny d'ayse , ny de plaisir, ny de contentement. Dieu soit loué pourtant du tout , et de sa saincte grâce. »

Ensuite il défend toute assemblée de parents et amys à son convoy, voulant qu'il y ait seulement vingt pauvres , habillés de gros drap noir, chacun une torche à la main, avec Técusson de ses armes ; et qu'on leur donne une aumône, ainsi qu'à tous les autres pauvres qui s'y trouveront , et à la huitaine , quinzaine , quarantaine, et bout de Tan. Lègue la somme de cinq cents livres avec deux de ses meii-

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leurs chevaux , deux arquebuses i et le moulin de la Rode, à maître Pierre Petit, dit le sieur GoDtanho {aUàs la Goseocie), parce qu'il a été bon commaudataûre de Tabiiaye de Brantosme ; luy pardonnant au surplus les traverses et tourments d'esprit qu*il avoit causés au testateur; à chacun des soldats qui gardent sa porte, cinq écus et leurs gages: et fait aussi d'autres legs , entre autres à ses principaux domestiques servant à sa chambre , comme secrétaires, pages , etc.

Ordonne expressément i ses héritiers de foire imprimer ses livres qu'il a composés de son esprit et invention avec grande peine et travail, consistant en cinq volumes couverts de velours , unné , noir , vert , bleu ; un grand volume qui est celuy des Dames, couvert de velours vert ; un autre qui est celuy des Rodomontades, couvert de velours et doré ; qu'on trouvera tous dans ses malles d'église. Il charge en particulier la comtesse de Duretal, sa nièce, do soin de cette impression ; luy recommande sur-tout de prendre garde qu'on ne substitue un autre nom à la place de celuy du testateur, afin qu'il ne soit point Frustré de la gloire qui luy est due ; et de présenter à la reyne Marguerite, sa très-illustre maîtresse , celuy de ces livres qui sera le premier imprimé, relié et couvert de velours.

Il enjoint de psyer ce qu'il devoit à monsieur de la Ghastre , qui cependant luy étoit redevable de sa fortune , parce qufe luy testateur avoit été cause de son premier mariage, dont il avoit eu sur-tout force écus.

Révoque le testament et codicille quil a cydevant fait devant Galopin, notaire I Brantosme. Déclare qoll laisse à ses héritiers cinq fois plus de biens que ne luy a valu sa légitime, ifayant reçu pour ses droits paternels que huit mille livres , et pour les maternels , cinq mille livres , que d'ailleurs il a cédé à M. de Bourdeille , son frère , p<mr très-peu de chose , ce qui luy revenoit des successions de dem de leurs firèreS, tant parce qo^H avoit toujours eu en vue la grandeur de sa maison , que par re^ pect et amitié pour madame de BonrdeiUe , sa belle-sœur : qu'H a abandonné pendant douze ans au vicomte de Bourdeille, son firère atné, fa disposition de son bien dès à la mort de leur mère , et tant qu^il étoit jeune et aux études ,

oornme aussi ta jouyssanoe des bénéfleef^ de Saint -Vivien- lès -Xaintes, do doyenné de Saint - Yrier en Limousin , et do priettfé de Royan, qui «voient été résignés as tesfafeor par le brave capitaine de Bourdeille, son frère, et dont ledit vicomte ne luy donnoft par ao que quatre cens livres, gardant pouf lay le sa^ plus qui eicédoit la somme de deux mille livrer, et eda jusqu'au retour de son premier voyage d^talie: qu'il fH ce voyage avec cioq cents écus, provenant d'une coupe de bois , qoe le roy luy avoit permis de Mre en la fbrét de Saint- Trier: que le vicomte, par mauvais ménaj^e, et comme étant un peu joueur , avoit beaucoup diminué son bien , mais que d'allleors il étoit homme de bien . d'honneur , de valeur , fort splendide , magnifique et libéral 1 la cour et aux armées ; qu'après sa mort, malgré la laveur que le testateur trouvoit à la cour, il qoiiu tout pour assister madame de Bourdeille, m belle et bonne s<eur, et l'empêcher de se remrter, attendu qu'elle n'avoit alors qoe trentesept ans , qu'elle étoit belle de corps et d'esprit , avec de grandes richesses , qoi la Brent rechercher de grands partis, mais inutilement; Brantosme ( dit-il ) ayant eu soin de rompre toutes les menées qui se fiiisoient , afin de maintenir sa maison dans son antiqae splendeur: que sans cette précaution , si cette dame se fût mariée, et eût eu des enfants de ce s^ coud mary , ceux du premier lit , neveui da testateur , n'auroient pts aujourd'buy mille livres de renies ; que cependant il n'eu a point reçu de marque de reconnoissance, sur-tout de l'aîné, dont il laisse la vengeance à Dieu , de faits qu'on va rapporter.

Brantosme dit quH avoit prêté à la dame de Bourdeille, sa belle-soror, en difHrentes fois , la somme de quatre miBe deux cents écas; que cet argent avoit servi au voyage de sa neveux en Italie, à jetter hors de la maison sa soeur de Bourdeille ( c'étoit Magdelaioe de Bourdeille ) , pour faire cesser ses importoniiés sur le payement de la totalité de sa l^tim^t ne Payant plus vu depuis ce temps ; comme aussi à hi réception du vicomte de Bourdeille à Bourdeaux dans son état de sénesdul dePtrigord ; que la dame de Bourdeille , sa beOesœur , par son premier testamment , a?oit r^ connu luy devoir cette sonune ; mais que ptf

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un codicille qae luy avoit suggéré ledit vicomte et M. du Mas , à Tinsçu de Brantosme , elle avoît demandé que cette somme de quatre mille deux cents écns revînt après la mort de Brantosme an profit dudit vicomte deBourdeîlle et de sa maison ; que son Iionneur en étoit blessé, comme n'ayant point eu part A ce codicille : sur quoy îl ordonne que cette même somme sera partagée également entre tous ses héritiers; que d'ailleurs le vicomte ne Ta jamais aidé d'aucune sollicitation dans le procès qa'H avoit contre le sieur de Preau pour la conseignenrie de Brantosme; que néanmoins il consent que cetteconseîgneurîe tombe après sa mort au vicomte de Bourdeille , pour agrandir toujours sa maison , comme sadite belle-sœur Ta désiré : qu'une des plus grandes preuves d'ingratitude que luy a donné ce vicomte son neveu , est qu'un jour il dit en compagnie, qu'il n'étoit redevable de la résignation de révèque de Périgueux (François de Bourdeille ) de son évèché , qu'au seigneur de Marouate. Brantosme fut choqué de ce discours qui atlaquoit son crédit ; rapporte , pour mieux Faire connoltre son ressentiment, que c^étoit luy Braniosme qui avoit autrefois obtenu le brevet et nomination du roy de cet évèché , lors , dit-il , qui n'étoit encore qu'un chétif petit moine de Saint-Denis; qu'il en avoit toujours gardé le brevet et fait la dépense des bulles ; que, quoyquMl eût passé une transaction avec cet évèque sur la jouyssance , il éioit toujours en droit de s'opposer à sa résignation , et même de répéter après sa mort la moitié du revenu de Tévèché , ne luy ayant eédé cette moitié , que pour sa vie seulement; que le revenu de cet évèché, tant qu'il l'avoit régi , avoit monté à quinze mille livres de rentes ; que si M. de Bourdeille, son frère , se fût confié à luy Brantosme dans cette affaire, il eût bien mis cet évèque à la raison; et que si ledit évèque eût toulu faire de Tftne , comme il Tétoît , luy Brantosme l'aorôit bien fait tourner au bâton, attendu que févèque le craignoit comme la créature craint son créateur ; qu'au surplus, le sieur de Marouate n'étoit point comparable à luy Brantasme , si bien connu et estimé parmy la France et ses grands , et autres pays étrangers, pour avoir tant battu de terres et de mers.

Après tout ce verbiage , accompagné de quantité d'autres, il institue ses héritiers universels , mcssîrè Henry de Bourdeille et messire Claude de Bourdeille , ses neveux , madame Jeanne de Bourdeille , comtesse de Duretal , mesdames d'Àmbleville et de Saînt-Bonnet , ses nièces; leur ordonne de faire part de cet héritage à madame d'Aubeterre , Hyppolite Bouchard, non par considération pour David Bouchard , son père qui luy avoit (à ce qu'il dit) de grandes obligations, sans en avior eu de reconuoissance , mais par l'amitié que le testateur a toujours eue pour feu madame Renée de Bourdeille , sa nièce , mère de cet Hyppolite Bouchard.

Il déshérite ceux de ses héritiers qui ne feront cas de luy, lorsqu'il parviendra en la caduque vieillesse, et qui ne prendront pas vengeance par la voie des armes ou de la justice , des insultes qu'il pourroit recevoir de la part des gens étrangers, dont la foi blesse de TAge ne luy permettroit pas de tirer raison luymème ; voulant que si ses héritiers luy manquoient en cette occasion, ses biens soient distribués aux pauvres, aux Quatre-Mendiants , à l'Hôtel-Dieu de Paris: ordonne encore à ses hé« ritiers , sous la même menace de déshéritage , de poursuivre à toute outrance le procès qu'il avoit au parlement de Bourdeaux, contre lesieur de la Barde Saint - Grespin ( qu'il accable d'injures ) pour l'hommage qu'il devoit à sa terre de Saint-Grespin , et à son chàteaa de Richemont.

Révoque la donation qu'il avoit faite aux religieux de Braniosme , à cause de lenr ingratitude pour luy, quoyqu'il les ait gardés et conservés pendant la guerre , persuadé même qu'à sa mort ils la pousseront jusqu'à intenter procès à ses héritiers.

Laisse la jouyssance, à vie seulement , de son château de Richen>ont à la comtesse de Duretal , sa nièce, à condition de le bien entretenir, et de le rendre lorsqu'elle se mariera à Claude de Bourdeille , petit-neveu du testateur , qui ( dit-il ) est si bien né et si joly , afin qu'il puisse dire un jour : voilà un présent que me fit mon grand-oncle I vent que ce château , qui luy a tant coûté à faire bâtir , ne sorte point de sa maison; avouant même, I que si étant là-haut, où Dieu luy fera la grâce

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'le le recevoir , il luy et oit permis de voir ce 4tiâteau,et qu'il le vttdans des mains étraii- {jères , il en auroit un regret infini (celte terre a depuis passé à la daml^ de Jussac d'Ambleville, et a été porté par sa fille en la maison de Ghabans en Pérîgord).

Ordonneque la moitiéde sa bibliothèque reste à perpétuité dans le château de Richemont , ainsi que ses plus belles armes , telle qu'une épée argentée, que luy donna , au siège de la Rochelle , monsieur de Guise , dernièrement massacré , deui arquebuses à mècbes, sa cuirasse , brassards, salade et cuissars ; une rondelle à preuve , couverte de velours noir, dont Feu M. le prince de Gondé luy fît présent au même siège; et un chapeau de fer, couvert d^un feustre noir, avec un cordon d*argent qu'il a porté dans tous les sièges où il s'est trouvé; et désire que toutes ces armes soient suspendues dans sa chapelle de Richemont , ainsi qu'il se pratiquoit pour les anciens chevaliers.

Nomme pour exécuteurs de ce testamment , M. de la Ghfttaigneraye , son cher neveu; M. du Preau, lieutenant de roy et gouverneur de Ghàtelleraud , qu'il a nourry page ; et M. Thomasson , avocat au présidial de Pèrill^ueux , son principal et ordinaire conseil : déclare qu'il a pris pour modèle de ce testament, celuy du chancelier de l'Hôpital, qu'il a inséré dans ses ouvrages : qu'au reste , ayant eu de l'ambition toute sa vie, il en a voulu montrer après sa mort ; et qu'il n'a eu garde de confier .ses volontés à ces notaires , qui , pour la pluspart ne sçavent dire ni représenter les intentions et vouloirs.

Signé P. DE BOURDEILLE.

Malgré la prolixité de ce testament où l'on ne reconnott aucun trait de la sagesse et du grand sens du chancelier de THôpital , il y ajoute un codicille, aussi sans date, par lequel Brantosme, évaluant à la somme de vingt mille écusson château de Richemont, ordonne que celuy de ses héritiers qui en jouira à titre dliérédité, après la comtesse de Duretal, payera à .ses autres héritiers une somme de seize à vingt mille livres par forme de dédommagement : que le grand pont de Brantosme , avec le jardin et le champ qui le joignent ,

soient partagés entre eux ; déclarant qu'il tenoit ces héritages , tant par donation de feu soo bon cousin monsieur d'Auzances , que par cession de madame de Sausac, sœur de monsieur d'Auzances , à laquelle il avoit fiait pour cette cession un présent d'un diamant de cent écus ; que monsieur d'Auzances et sa sœai les avoient possédés en toute propriété comme héritiers de messire Pierre de Mareuil , évèqoe de Lavaur et abbé de Brantosme, qui les avoit acquis pour luy personnellement, et non pour son abbaye: que la situation de ces héritages obligeroit celuy qui dans la suite serait abbé de Brantosme de les acheter bien chèrement, et qu'il les avoit trouvé suffisants pour le déterminer à y bâtir un château en fbrme de citadelle, s il n'en avoit été détourné par la dépense qu'il fut obligé de foire aux guerres^ â la cour et aux voyages ; enfin , il exhorte celuy de ses héritiers à qui échoira sa métairie de Gous en Poitou, d'y faire un bâtiment sur les ruines du château qui y étoit autrefois, attendu que c'est un beau bien.

Sfgné P. DE BOORDEIUE.

Il n'y a pas lieu de douter que ce testament n'ait été fait depuis Tannée 1606 : P parce qu'il y est fait mention du premier mariage de Henry de la Ghastre avec Marie de la Guesle, qui fut conclu en 1605 ; et que le second mariage du même seigneur de la Ghastre est de l'année 1620; T parce que le testateur y parie de la r(7ne Marguerite, comme vivante; et cette princesse ne mourut qu'en 1616. M. l'évèque de Xaintes, dans sa généalogie de la maison de Bourdeille, dit avoir vu un testament de Brantosme, datlé du 30 décembre 1609, de sa main , et un second codicille de 1613; mais comme il n'en rapporte que l'intitulé drs qualifications, quoyqu'elles se trouvent .semblables à celles de celuy-cy, on ne peut cependant oodnottre si c*est un même testament, ou s'il f en a deux. Il auroit levé ce doute s'il avoit h\i un détail de celuy qu'il a vu.

Enfin , Brantosme mourut dans un âge trèsavancé, le 16 juillet 1614, et fut inhumé dan^ la chapelle de son château de Ricbemoni. Voicy réloge équivoque qu'en font \ts Mémoires de Castelnau , dont l'auteur parle eo ces

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termes , suivant le testament de la comtesse de Daretal, sa nièce.

c Pierre de Bourdeiile, abt)é deBrantosme, etc. Autheur des Mémoires desquels je me suis servy en divers endroits de cette histoire, qui usa de sa qualité comme ces abbés guerriers qu*on appelloit Abbates milites sous la seconde race de nos roys , et qui ne cessa pour a*la de suivre les armes et la cour, où ses services luy firent mériter le collier de l'Ordre , et la dignité de gentilhomme de la cham))re du roy.

jII hanta, avec une estime singulière de son courage et de son esprit , les principales cours de rÉurope, comme celle d*Espagne , de Portugal , où le roy l'honora de son Ordre , celle d'Ecosse, et celles de tous les princes d'Italie. Il fut à Maltbe chercher occasion de se signaler, et depuis il n*en perdit aucunes de celles de nos guerres de France. Mais quoyqull gouvernât parfaitement tous les grands capitaines de son temps, et qu'il leur appartint d'alliance ou d'amitié, la fortune luy fut toujours si contraire , qu'il ne trouva jamais d'établissement digne non-seuleument de son mérite particulier , mais de celuy d'un nom illustre comme le sien.

«C'est ce qui le rendit d'assez mauvaise humeur dans sa retraite à Brantosme , où il se mit à composer ses livres dans une différente assiette d'esprit, selon que les geas, qui ont repassé devant sa mémoire , ont ému sa bile ou touché son cœur. Il seroit à désirer qu'il eût feit un chapitre de luy-mème, comme des autres seigneurs de son temps. Il nous en auroit bien appris, s'il n'y eût rien oublié; mais peut-être s'en est-il abstenu, pour ne pas trop déclarer ses inclinations pour la maison de Lorraine , dans le temps même de la ruine de ses dessefos : car il y éloit fort attaché, et il paroit en plusieurs lieux , qu'il avoit plus de respects que d'affection pour celle de Bourbon. C'est ce qui luy a fuit prendre party contre la !oy salique , en faveur de la reyne Marguerite . qu'il estimoit Infiniment , et qu'il vit avec regret privée de la couronne de France.

c En beaucoup d'autres rencontres il lâche des sentiments qui tiennent plus du courtisan que de l'abbé; mais aussi éloit-ce sa principale profession , et comme c'est encore celle de la pluspart des abbés d'aujourd'huy , et c'est à

cette qualité qu'il faut pardonner plusieurs petites libertés qui seroient moins pardonnables à un historien juré.

a Je ne parle point du second ou du troisième volume des Dames, pour ne point condamner la mémoire d'un gentilhomme, que ses autres ouvrages rendent digne de tant d'estime ; et j^en répands le crime sur la dissolution de la cour de son temps, dont on pourroit faire de plus terribles histoires que celles qu'il rapporte.

«Il y a aussy quelque chose à redire à l'ordre dans ce qu'il a écrit ; mais le nom de Mémoires l'excuse de ce défaut : et quoyqu'il en soit, on y ramasse plusieurs connoissances fort importantes à notre histoire ; et la France luy est si obligée de son travail, que je ne feins point de dire que tous les services de son épée le doivent céder à ceux de sa plume. Il avoit beaucoup d'esprit et de bonnes lettres. Il étoit fort geni il dans sa jeunesse : mais j'ay appris de ceux qui l'on connu que le chagrin de ses vieux jours luy fut plus pesant que ses armes, et plus déplaisant que tous les travaux de la guerre et les fatigues tant de mer que de terre, en tous ses voyages. 11 regrettoit le temps passé, la perte de ses amys , et ne voyoit rien qui approchât de la cour des Valois, où il avoit été nourry. o

Brantosme a eu soin de former un recueil manuscrit des lettres écrites à son frère et à ses ancêtres, par les roys et par les princes : mais n'ayant pas eu la même attention pour luymème , le grand crédit qu'il s'est vanté d'avoir eu dans toutes les cours de l'Europe, en est devenu suspect ; et Timaginalion parolt y avoir pris plus de part que la réalité : car on ne trouve dans ses Mémoires qu'une lettre que luy écrivit Marguerite de France, reyne de Navarre, pendant sa disgrâce : et on ne voit point qu'il ait été chargé d'aucune négociation dans les différentes cours étrangères qu'il a parcouru.

A l'égard des Membres de Brantosme , il ne parott pas possible de distinguer précisément les temps dans lesquels il les a composés. Cependant les Dames galantes et les Dame illustres semblent avoir dû être ses premiers ouvrages, et sur- tout les Deunes illustres -^ le second tome des Dames f^alantes ayant été

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composé en 1597 , par les délamations qu'il y fait contre la loy salique ^ donnant volontiers aux femmes la préférence sur les hommes pour un bon et heureux gouvernement ; au lieu que ses Hommes illustres, et sur-tout la première

partie, â la tète de laquelle il y a une lettre qu*i) datte de 1604, n*a été certainement composé que sous le règne de Henry IV, dont il feit l'éloge, pour avoir conservé aux gentilshmn* mes laïcs la jouyssance des bépéfices.

JEAN DE BOURDEILLE

BAKOU D*ARPEIAT.

Jean de Bourdeille, qui porta le titre de baron d'Ardelay, est déclaré par le baron de Bourdeille , son père , le plus jeune de tous ses enfants, dans son testament du 28 janvier 1546, par lequel ce baron luy donna pour son partage la terre de lUrques, évaluée à la somme de huit mille livres, et la substitua en même temps à Pierre de Bourdeille, connu depuis sous le nom de Brantosme.

il fut d*abord destiné à Tordre de Saint - Jean de Jérusalem; et pour y parvenir, le lieutenant général de la séneschaussée de Périgord luy donna, le 96 may 1547, une attestation juridique de sa noblesse. 11 ff t ses preuves le 6 de juin 1663, et eut pour commissaires frère Jean Peloquin du Moulin , et I^ouys de la Grange , commandeurs de la Roche et du Temple de Poitiers. Cependant il ne parott pas avoir suivi cette destination.

Il est nommé simplement Jean de Bourdeille , le plus jeune des enfants, dans le testament de la baronne de Bourdeille, sa mère , du 26 may 1667 , laquelle ordonna de luy céder pour tous ses droks en général , les terres et seigneuries d'Ardelay et de Naliers, qu*el!e a voit eu de Charles de Yivonne, seigneur de la Ghàtaigneraye , son neveu , en cas que ce Jean de Bourdeille ne voulût pas se contenter de la part qui luy étoit échue des successions du feu capitaine de Bourdeille, son frère, et du feu baron de Bourdeille, son père, ni du legs de la somme de qnatorze cents livres qu'elle luy fsiisoit par ce même testament. Il y a lieu de croire qu'il préféra ces deux terres à toutes ses autres prétentions; car il est qualifié Jean de Bourdeille, seigneur et baron dArdelay, par le premier testament du 24 may 1662, d'André, vicomte de Bourdeille, son frère atné, qui le substitua à ses enfants nés et à naître.

Il accompagna le seigneur de Brantosme . aussy son frère, dans le voyage d'Italie en 1665, pour porter du secours à Malthe assiégé par les Turcs. Les Mémoires de Brantosme n'en parlent que fort succtntement, sans luy attribuer encore aucune action d'éclat.

Le second testament du 13 novembre 1567 du vicomte de Bourdeille son atné, qui l'institua Tun de ses exécuteurs testamentaires, luy donne alors la qualité de chevalier, avec celle de baron d'Ardelay. L'année suivante, étant aussi gentilhomme de la chambre du roy Charles IX, Sa Majesté, par lettres patentes du 16 février 1668, le créa chef et colonel des troupes gasconnes d'infanterie, servant dans l'armée du duc d'Anjou (depuis roy sous le nom de Henry lli), à la place du seigneur de Montluc fils , qu'elle venoit d'envoyer vers le seigneur de Montluc père , chevalier de son Ordre , et lieutenant général au gouvernement de Guyenne , pour travailler au recouvrement de la ville de la Rochelle , occupée par les ennemys.

Le baron d'Ardelay jouit peu de temps de sa dignité de colonnel : car ayant été choisi pour aller porter du secours à la ville de Chartres , assiégée cette même année par les religionnaires, il entra malgré leur résistance dans celte place, où commandoit M. de Lignieret; et après avoir essuyé plusieurs assauts, il reçut enfin, en avançant la tète dans les crénaux tes plus voisins de la brèche , un coup d'arquebuse, qui luy perça la tempe de part en part, et mourut de cette blessure, au neuvième jour.

Il fut inhumé avec distinction, en considération de ses services I par ordre du roy, aux dépens de cette ville, dans le chœur de la cathédrale, à main gauche près du grand autd, au-dessous de la chapelle des reliques de Notre- Dame, malgré l'opposition des dianoînes, et

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lei remontrances qu^ils firent, qu*op n*avoit jamais enterré personne en leur église. Mais à la Faveur du temps , ces chanoines sont venus à bout de leur dessein : ils ont transporté ailleurs le corps du baron d'Ardelay, et Font placé dans un endroit plus caché , sans avoir reçu de permission que d*eux-mèmes ; et pour éviter qu'on y fit attention , ils ont persuadé au peuple qu'ils n'en avoient ainsy agi , que parce que la Vierge, ne voulant pas souffirir qu'on inhumât qui que ce soit en son église, avoit permis au cadavre de ce barqn de faire paroi tre ses bras hors de son tombeau , pour demander une autre sépulture. C'est une opinion qui s'est accréditée dans Tesprit de ce peuple , et qui s'y est toujours perpétuée.

S'il en faut croire Brantosme , la mort enleva le baron d'Ardelay è Tâge de vingt-six ans , et par conséquent sa naissance devoit être arrivée

vers l'année 1642, c'est-à-dire vingt-trois ans après l'époque du mariage de ses père et mère , qui est de Tannée 1513; mais c'est encore une difficulté à résoudre, attendu qu'en 1546, le baron d'Ardelay ne paroissoit pas alors en bas âge , comme il auroit dû être , pour adopter le sentiment de Brantosme, quoiqu'à la vérité il fût dit le plus jeune de tous les enfants du baron de Bourdeilie.

En parlant de Timoléon , comte de Brissac, Brantosme dit que quoyque ce comte eût été amy de son frère d'Ardelay, il se serait battu contre ledit sieur d'Ardelay, s'il n'éioit pas mort au siège de Chartres ; et cela, de jalousie de ce que ledict sieur d'Ardelay, comme colonnel des Gascons , avoit une enseigne blanche , ayant gagné M. de Strozze, pour qu'ils ne souffrissent point d'autres colonnels ny enseignes blanches en France que les leurs.

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