JEHANNE II, REYNE DE NAPLES
de grandet larmei et ragreU , à an tel digne firere mort a draté ce monoment. Les Majetlés de l'on et de l*«utre entailléet sont icy assises , qui ont fini la dernière raœ des roys francofs soobs l'origine du roy Cliarles premier.
Le toot est soustenu de quatre colomnes de marbre pareil, par où on peut passer dessoubs, contre lesquelles sont appuyées quatre colosses de femmes , sçavoir est les quatre Vertus principalles.
Voyià le beau devoir et office pie que fit la sœur à son frère Ladislaus, qui fut roy devant elle : et luy mourut pour aymer une fort belle fille d'un médecin , lequel , posté et gaigné par les Florentins pour le faire mourir , donna à sa fille un certain unguent , luy persuadant que si die en frottoit sa nature sur le point de la besongne, que l'amour que luy portoit le roy luy croistroit, et jamais ne Tabandonneroit. La pauvre fille creut le père, convoiteuse d'avoir Tamour immortelle du roy; et s'estant fi^ottée dudict anguent, mourut incontinent : et le roy s'en sentant aussy bien fort touché, ne la fist guieres longue après. VoyIà une mort estrange ; mais plus est celle d'une dame de France, de fort belle maison, que j'ay cognue, laquelle son mary fit mourir en l'empoisonnant par sa verge et nature dans la sienne et sa matrice; qui fut grand cas Tempoisonner ainsy sans s'empoisonner ; dont il en fut en grand'peine et procès par la poursuitte des parents et parentes de sa femme, et en garda prison à la conciergerie du Palais; et en sortit aux troisiesmes troubles, le roy luy donnant grâce par s'en servir aux guerres. 11 fit cela pensant espouser une grand dame bien riche, ce qu'il ne fit.
Près dudict sépulcre que je viens de dire , et un peu plus avant, y a une chapelle ronde où y a aussy un tumbeau de beau marbre blanc, de ce Garraciolo, seneschal, avec ces mots:
Strioimi Carraeioio» AvelUni eomiti, Fenusii duci, ac regm magna êcnechalto et modenUori, Trajantufiiiui, Melfke dux,parenU de se deque patn'd opiimé f^ertto, erigendum euravit 1138.
La traduction est telle :
Trajin fils , due de Melfe , a esté cnrieux d'ériger ce tumbeaa i son père , qni lay avoit faict beauooap de bien , et k is patrie, Carraciol, comte d'A?elin, duc de Venoosc, et firand seoescbal et goaremeiir du royaume
Dans la table du tumbeau sont gravés ces vers :
Aiimihi ni titulus summo de culmine dénU,
Regind morbis tnvcUidd et senio, Fecundd populos procereique in paee tuebar,
Pro dominas imperio nuilius arma timens. Sedmeidem Uvorqui te, fortissime Cœsar,
Sopitum extinxit, nocte Juvante dolos.
Hon me,sed totum laceras, manus improba, regruim,
Parthenopeque suum perdidit aima decus,
La traduction est telle :
Rien ne me defailloit que le titre de roy, estant monté en très-hanl degré dn temps de la reynema maistresse, maladive et jl sur raage. J'ay entretenu son peuple et les grands en bonne paix ; et où il alloit du commandement et du ser- Tice de ma maistresse , je n'ay rien craint , non pas les armes des plus manyals. Mais la mesme enyie qni mesmes a persécuté César, m*a faict mourir de nuict, toft IsTorable à la trahison. Meschante main , tu ne m'as pas tué et perdu seulement , mais tout te royaume , et Naplcs a esté privée de son los et gloire l
Ce seneschal estant en grand crédit, comme sont les favoris de roys, fut fort envié et conjuré contre luy ; parquoy les conjurateurs et grands barons du royaume allèrent une nuict frapper la por^e de sa chambre, luy faisant accroire que la nyne le demandoit estant en danger de mort par accident nouvellement survenu. Luy, se levant hastivement pour se vestir, commanda â son vallet de chambre ouvrir la porte; laquelle ouverte , les meurtriers entrèrent , qui le tuèrent et le traisnerent sur une aix hors du chasteau à deroy vestu. On dict que la reyne y avoit preste consentement : pour moins n'en fust-il faict autre poursuitte de sa mort, et aussy que l'histoire le dit.
De luy sont sortis et venus ces grands princes de Melfe , qui sont esté après luy très-grands personnages et vaillans capitaines.
Yoylà un grand exemple de fortune, et admonestement à un chacun , qui , se fiant au gouvernement et faveur d'aucunes femmes , y repose en espérance, mal fondée pourtant, pour la variété qui règne en ce sexe tant aymé.
Or je fiais fin. C'est assez parlé de ce subject , dont je crains en avoir esté trop prolixe et importun ; mais il fiiilloit en parler, car elles ont esté braves reynes, et pourtant bayes d'aucuns, comme j'ay dict, estant enfin le naturel de plusieurs hommes d'aborrer la domination des femmes.
DBUXIESMB PARTIE.
DES DAMES GALLANTES.