PREMIER
et 0orte qae tpot et toutes dirent qu'elles tenoient du tout de la odere; mais moy , qui eatoia trèsJinmble serviteur de la mère, je pris l'afHr^ matiye, et dis quelles tenoient do tout du père, et que si l*on eust congru et yen le père comoie moy, Ton me oondescendroil. Sur quoy la sœor de eeste mère m'en remercia et m'en sœnt trte'hop gré, et bieo fort, d*aut«nt qu'il y avoît aucunes personnes qui le disoient & dessein , pour ce qu'on la soupQonnoit de faire ramour , et qu'il j avoit quelque poussière dans sa fleute, comme Toodict; et parainsy mon opinion sur eeste ressemblance du père rabilla tout. Doocqoes sur œ point, qui aymera quelque dame, et qu*on verra enfans de son laoff et de ses os, quHI die tousjours qu'ils iienoent du père du tout , bien que non.
Il est vray qu*en disant qu'ils ont de la mère un peu il n'y aura pas de mal, ainsy que dit un gentilhomme de la cour, mon grand amy , parlant en eoropaignie de deux gentilshommes frères assea fevoris du roy < , à qui ils ressembkNent , au père ou la mère ; il respmdit que cduy qui estoit froid ressembloit au père , et l'autre qui esloit chaud ressembloit à la mère; par ce brocard le doonant bon à la mère, qui estoit cbaudasse ; et de faict ces deui enfans participoient de oes deux humeurs , froide et chaude.
— Il y a une autre sorte de cocus qui se forment par le desdain qu*ils portent à leurs femmes, ainsy que j'en ay cognu plusieurs qui, ayansde très*belles et hounestes femmes, n'en faisoient cas , les mesprisoient et desdaignoient. Celles qui estoient habilles et pleines décourage, et de bonne maison, sesentans sinsy desdaignées , se revangeoient à leur en feire de mesmea : et soudain après bel amour , et de là à l'efRsct; car, comme dit le refrain italien et napolitain , amor non si vinoe con allro che con sdegno >.
Car ainsy une femme belle, honneste, et qui se sent telle et se plaise , voyant que son mary ladesdatgne, quand elle luy porteroit le plus grand amour marital du monde , mesmes quand on la prescheroit et proposeroit les commandemena de la loy pour l'ajrmer, sielle a le moindre oonir du monde, elle le planteroit tout à plat
■ A qui on demandait
* L'aoHHor R« se surraonts que par le dédain.
et feît un amy ailleura pour la secourir en ses petites nécessités , et esUt son contentement.
— J'ay oognu deux dames de la cour, toutes deux belle&eœurs; l'une avoit espousé un mary favory, courtisan et fort babille, et qui pourtant ne feisoit cas de sa femme comme il debvoit, veu le lieu d'oAelle estoit; et parloit i elle devant le monde comme à une sauvage , et la rudoyoit fort. Elle, patiente, l'endura pour quelque temps, jusqu'à ee que son mary vint un peu defFavorisé ; elle , espiant et prenant l'occasion au poil et à propos , luy rendit aussy tost le desdain passé qu'il Iny avoit donn^, en le fiiisant gentil cocu ; comme fit aussy sa belle-sœur, prenant exemple à elle, qui, ayant esté maryée fort jeune et en tendre aage , son mary, n'en faisant cas, comme d'une petite fillaude, ne l'aymoit comme il debvoit; mais elle, se venant advancer sur Paa^fe, et à sentir son cœur en recognoissant sa beauté, le paya de mesme monnoye, et luy fit un présent de belles cornes pour l'interest du passé.
«— D'autres fois ay-je cognu un grand seigneur , qui , ayant pris deux courtuiannes , dont il y en avoit une more, pour ses plus grandes délices et amyes, ne faysoit cas de sa femme , encor qu'elle le rechercbast avecques tous les honneurs , amitiés et reverances coiûugales 'qu'elle pouvoit ; mais il ne \^ pouvoit jamais voir de bon œil ny embrasser de bon cœur , et de cent nuiçts il ne luy en despartoit pas deux. Qu'eust-*elle faict la pauvrette làdessus , après tant d'indignités , si-non de faire ce qu'elle fit, de choysir un autre lict vaccant, et s'accoupler avecques une autre moictié| et prendre ce qu'elle en vouloitP
Au moins , si ce mary eust foict comme un autre que je sçay , qui estoit de telle humeur , que, pressé de sa femme , qui estoit tr^-belle, et prenant plaisir ailleurs, luy dit franche- «ment : • Prenez vos contentemena ailleurs; je «vous en donne congé. Faites de vostre oosté ce «que vous voudrez faire pvecques un autre : je « vous laisse en vosire liberté; et ne vous donnez «peine de mes amours, et laissez»moy faire ce «qu'il me plaira, ^e n'empescheray point vos «ay^eset plaisirs: aussy ne m'empeschez les « miens. » Ainsy, chascun quitte deJà, tous deux mirent la plume au vent : l'un alla à dextre et
DES DAMES GALLANTES.
Tautre à senestre, sans se souder l'un de Tautre ; et voylà bonne vie.
J*aymerois autant quelque vieillard impotent , maladif, goutteux , que j*ay cognu , qui dit à sa Femme, qui estoit très-belle, et ne la pouvant contenter comme elle ledesiroit, un a jour : Je sçay bien , m*amie, que mon impuisvsance n'est bastante pour vostre gaillard aage. «Pour ce, je vous puis estre beaucoup odieux, et «qu'il n'est possible que vous me puissiez estre «affectionnée femme, comme si je vous faisois «les offices ordinaires d'un mary fort et ro- « buste. Mais j'ay advisé de vous permettre et «vous donner totale liberté de faii e Tamour, et «d'emprunter quelque autre qui vous puisse «mieux contenter que moy. Mais , surtout , que «vous en élisiez un qui soit discret , modeste, «et qui ne vous escandalise point , et moy et «tout, et qu'il vous puls.se faire une couple de «beaux enfims, lesquels j'aymeray et tîendray «comme les miens propres : tellement que tout «le monde pourra croire quils sont nos vrays «et légitimes enfans, veu que encor j'ay en «moy quelques forces assez vigoureuses, et les «apparences de mon corps suffisantes pour « faire paroir qu'ils sont miens. »
Je vous laisse à penser si ceste belle jeune femme fut ayse d'avoir ceste agréable, jolie petite remonsirance, et licence de jouir de ceste plaisante liberté, qu'elle pratiqua si bien, qu'en un rien elle peupla la maison de deux ou trois beaux petits enfans , où le mary , parce qu'il la touchoit quelquesfois et couchoit avecques elle , y pensoit avoir part , et le croyoit , et le monde et tout ; et , par ainsy , le mary et la femme furent trés-contens , et eurent belle famille.
^- Voicy une autre sorte de cocus qui se fait par une plaisante opinion qu'ont aucunes femmes ; c'est à sçavoir qu'il n'y a rien plus beau , ny plus licite , ny plus reoommandable que la charité, disant qu'elle ne s'estend pas seulement à donner aux pauvres qui ont besoin d'estre secourus et assistés des biens et moyens des riches, mais aussy d'ayder à esteindre le feu aux pauvres amans langoureux que Ton voit brusier d'un feu d'amour ardent : «car, disent-elles, quelle chose peut-il estre «plus charitable, que de rendre la vie à un que «l'on voit se mourir, et raffraischir du tout «celuy que l'on voit se brusier P» Ainsy comme
dit ce brave palladin, le seigneor de Montauban, soustenant la belle Geneviève dans l'Arioste, que celle justementdoibt mourir qui oste la vie à son serviteur, et non celle qui la luy donne. '
S'il disoit cela d'une fille , à plus forte raison telles charités sont plus recommandées à Tendroict des femmes quedesfilles, d'autant qu'elles n'ont point leurs bourses desliées ny ouvertes encor comme les femmes , qui les ont , au moins aucunes, très-amples et propres pour en eslargtr leurs charités.
Sur quoy je me souviens d'un conte d'une fort belle dame de la cour, laquelle pour un jour de Ghandelleur s'estant habillée d'une lobbe de damas blanc, et avecques toute la suittede blanc, si bien que ce jour rien ne parut de plus beau et de plus blanc , son serviteur ayant gaigné une denne compaigne qui estoit belle dame aussy , mais un peu plus aagée et mieux parlante, et propre à intercéder pour luy, ainsy que tous trois regardoient un fort beau tableau où estoit peinte une Charité toute en candeur et voile blanc, icelle dit à sa compaigne : « Vous portez aujourd'huy le mesme «habit de ceste Charité; mais, puisque la re- «présentez en cela, il faut aussy la représenter «en effect à l'endroict de vostre serviteur, n'es- «tant rien si recommandable qu'une mîsert- « corde et une charité, en quelque façon qu'elle «se fasse, pourveu que ce soit en bonne inten- « tion, pour secourir son prochain. Usez en donc- «ques : et si vous avez la crainte de vostre mary «et du mariage devant les yeux , c'est une vaine «superstition que nous autres ne debvons avoir, « puisque nature nous a donné des biens en «plusieurs sortes, non pour s'en servir en es- « pargne , comme une salle avare de son trésor, «mais pour les distribuer honnorablement aux «pauvres souffreteux et nécessiteux. Bien est-il « vray que nostre chasteté est semblable à nn « trésor, lequel on doibt espargner en choses « basses ; mais , pour choses hautes et grandes , « il le faut dispenser à largesse, et sans espargae. «Tout de mesmes faut-il faire part de nostre «chasteté, laquelle on doibt eslargir aux per- «sonnes de mérite et vertu, et de souffrance, «et la desnier à ceux qui sont viles , de nulle ▼«- « leur, et de peu de besoin. Quant à nos marys , «ce sont vrayement de belles idoles, pour oe
PREMIER DISCOURS
c donner qii*à eux seals nos Tonix et nos chan« « délies , et n'en départir point aux autres belles ff images! car c'est à Dieu seul à qui on doibt tua voeu unique, et non à d'autres.»
Ce discours ne déplut point à la dame et ne nuisit non plus nullement au serviteur, qui , par un peu de persévérance, s'en ressentit. Tels prescbes de cbarité pourtant sont dangereux pour les pauvres marys.
— J'ay ouy conter (je ne sçay s'il est vray, aussy ne le veux- je affirmer) qu'au oommance* ment que les huguenots plantèrent leur religion, fiaisoient leurs prescbes la nuict et en cachettes, de peur d'estre surpris , recherchés et mis en peine, ainsy qu'ils Furent un jour en la rue Sainct-Jacques à Paris, du temps du roy Henry second , où des grandes dames que je sçay, y allans pour recevoir ceste cbarité, y Guidèrent éstre surprises. Après que le ministre avoitfiiictsonprescbe, sur ta fin leurrecommandoit la charité; et incontinent après on tuoit leurs chandelles, et là un chascun et chascune l'exerçoit envers son frère et sa sœur chrestienne, se la departans l'un à l'autre selon leur volonté et pouvoir : ce que je n'oserois bon* nement asseurer, encor qu'on m'asseurast qu'il estoit vray ; mais possible que cela est pur mensonge et imposture.
Toutesfois je sçay bien qu'à Poictiers pour lors il y avoit une femme d'un advocat, qu'on nommoit la belle Gotterelle, que j'ay veue, qui estoit des plus belles femmes, ayant la plus belle, grâce et façon, et des plus désirables qui fussent en la ville pour lors; et pour ce chascun luy jettoit les yeux et le cœur. Elle fut repassée au sortir du presche par les mains de douze escoliers , l'un après l'autre , tant au lieu du consistoire que sous un auvent , encor ay-je ouy dire sous une potence du Marché-Vieux, sans qu^elle en fist un seul bruit ny autre refus; mais , demandant seulement le mot du presche, les recevoit les uns après les autres courtoisement, comme ses vrays frères en Christ. Elle continua envers eux ceste aumosne long-temps, et jamais elle n'en voulut prester pour un double à un papiste. Si en eut-il neantmoins plusieurs papistes qui, empruntans de leurs compaignons huguenots le mot et le jargon de leur assemblée , en jouirent. D'autres alloient au presche exprès, et contrefaisoienl les reformés , pour
l'apprendre, afin de jouir de ceste belle femme. J'estoislors à Poictiers jeune garçon estudiant, que plusieurs bons compaignons, qui en avoient leur part, me le dirent et me le jurèrent: mesmes le bruit estoit tel en la ville. Voyià une plaisante cbarité , et conscientieuse femme , faire ainsy choix de son semblable en la religion !
— il y a une autre forme de charité qui se pratique, et s'est pratiquée souvent, à l'endroit des pauvres prisonniers qui sont es prisons, et privés des plaisirs des dames, desquels les geollleres et les femmes qui en ont la garde , ou les casiellanrsqui ont dans les chasteaux des prisonniers de guerre, en ayans pitié, leur font part de leur amour, et leur donnent de cela par charité et miséricorde ainsy que dit une fois une cour* tisanne romaine à sa fille , de laquelle un gallant estoit extresmement amoureux, et ne luy en vouloit pas donner pour un double. Elle luy dit : E da gli al manco, per misericordia ^
Ainsy ces geollleres, castellanes et autres, traittent leurs prisonniers, lesquels, bien qu'ils soient captifs et misérables, ne laissent à sentir les pîcqueures de la chair, comme au meilleur temps qu'ils pourroyent avoir. Aussy dit-on en vieil proverbe : a L'envie en vient de pauvreté ; » et aussy bien, sur la paille et sur la dure,messer Priape hausse la tète , comme dans le lîci du monde le meilleur et le plus doux.
VoyIà pourquoy les gueux et les prisonniers, parmy leurs hospitaux et prisons , sont aussy paillards que les roys, les princes et les grands dans leurs beaux pallais et licts rojraux et délicats.
Pour en confirmer mon dire , j'allegueray on conte que me fit un jour le capitaine Beaulieu , capitaine de galleres , duquel j'ay parlé quelquesfois. Il estoit à feu M. le grand prieur de France, de la maison de Lorraine, et estoit fort aymé de luy : l'allant un jour trouver à Malthedans une fregatte, il fot pris des galleres de Sicille , et mené prisonnier au Gastel-à-Mare de Palerme , où il fut resserré en une prison fort estroite, obscure et misérable, et tr^-mal traitté, l'espace de trois mois. Par cas, le castellan , qui estoit Espaignol , avoit deux fort belles filles, qui, l'oyans plaindre et attrister, demandèrent un jour congé au père pour le
* Ebl donoelui, au moins par piti^
DES DAMES 6ALLANTBS.
yisiCer, pour Thenoeur de Dieu, q'ji leur permit librement. Et d'autant que le capitaine Beauiieu estoit fort gallant homme certes, et disoit des mieux , il les 8ceut si bien (;aif];ner dès l'abord de ceste première visite, qu'elles obtinrent du pare qu'il sortist deceste meschante prison, el fut rois en une chambre assez honneste , et re« ceusc meilleur traittement.Genefut pas tout, car elles obtindrent congé de l'aller voir librement tous les jours une fois et causer avecques luy.
Tout cela se demeoa si bien que toutes deux en furent amoureuses, bien qu'il ne Aist pas beau et elles très*belleS| que, sans respect aucun, oy de prison plus rigoureuse, py d'hasard de mort , mais tenté de privautés , il se mit à jouir de toutes deux bien et beau à son ayse; et dura ce plaisir sans escandale; et fot si heu* reux en ceste conqueste l'espace de huict mois, qu'il n'en arriva nul escandale, mal, inconvénient , ny de ventre enflé, ny d'aucune surprise uy descouverte; car ces deux sœurs l'entendoieot et s'entredonnoient si bien la main , et se relevoient si gentiment de sentinelle, qu'il n'en fut jamais autre chose. Et me jura , car il estoit fort mon amy, qu'en sa plus grande liberté il n*eut Jamais si bon temps, ny plus grande ardeur, ny appétit à cela , qu'en ceste prison , qui luy estoit très-belle , bien qu'on die n y en avoir jamais aucunes belles. Et luy dura tout ce bon temps l'espace de huict mois, que la trefve fut faicle entre l'empereur et le roy Henry second, que tous les prisonniers sortirent et furent relaschés. Et me jura que jamais il ne se fuscha tant que de sortir de ceste si bonne prison, mais bien gasté, et laisser ces belles filles, tant favorisé d'elles, qui au départir en firent tous les regrets du monde.
Je luy demanday si jamais il appréhenda inconvénient s'il fust esté découvert. Il me dit bien qu'ouy, mais non qu'il le craignist : car, au pis aller, on Teust faict mourir; et il eust autant aymé mourir que rentrer en sa première prison.
De plus, ilcraighoit que s'il n'eust contenté ces honnestes filles, puisqu'elles le recherchoient tant, qu'elles en eussent oonceu un tel desdaing et despit, qu'il en eust eu quelque pire traitement encor; et pour ce, bandant les yeux à tout, il se hasarda à ceste belle fortune.
Certes , on ne sçauroit assez louer ces bonnes
filles espaigDoltessi eharitaUes : ce ne sont pu les premières ny les dernières.
-^ On a dict d'autres fois en nostre France, que le duc d'Ârscot, prisonnier aq bois de Vincennes, se sauva de prison par le moyen d'une bonneste dame , qui toutesfois s'en cuida trouver mal, ear il y alloit du service dii roy K Et telles charités sont reprouvables , qui touchent le party du gênerai, mais fort bonnes et louables, quand il n'y va que du partifîuUer, et que le seul jdy corps s'y expose : peu de mat pour cela.
J'alleguerois force bnives exemples feisana i oe subjeet, si j'en voulois fiire un discours à part, qui n'en aeroit pas trop mal plaisant. Je ne diray que cestuy-cy, et puis nul autre, pour estre plaisant et antique.
— Nous trouvons dans Tite*Live qqe les Romains, après qu'Us eurent mis la ville de Gapoue à totale destruction , aucuns des habi* tans vindrent à Rome pour représenter au sénat leur misère , le prièrent d'avoir pitié d'eux* La chose fot mise au conseil : entre autres qui opinèrent fut M. Atilius Regulus , qui tint qu'il no leur falloit faire aucune grâce, «car il neseau- «nut trouver en tout , disoil-il , aucun Gopuan, « despuis la révolte de leur ville, qu'on pust dire «avoir porté le moindre brin d'amitié et d'afféo «lion à la republique romaine, que deux hon- «nestes femmes; Tune, Vesia Opia, Atellane, «de la ville d'Atelle, demeurant à Gapoue pour «lors; et l'autre, FlanculaGluvia;» qui toutes deux avoient esté autresfois fiUes de joye et courtisannes , en faisant le mestier publiquement. L'une n'a voit laissé passer un seul jour sans faire prières et sacrifices pour le salut ci victoire du peuple romain; et l'autre, pouravo r secouru à cachettes de vivres les pauvres prisonniers de guerre mourans de feîm et pau- .vreté.
Certes voylà des charités et pietés très-bdies ; dont sur ce un gentil eavalKer, une honneste dame et moy, lisans un jour ce pacage, noua BOUS entredismes soudain que, puisque eesdeoi honnestes dames a'estotent desjà avancées et estudiées A de si bons et pies offices, qu'elles avoient bien passé à d'autres, et à leur départir les charités de leurs corps ; car elles en avoient
' On accusa la comteite Senizon de TaTOir fait érader, et on loi en fit une affaire.
PREMIER DISCOURS
distribué d'aatres fois I d'autres estons courtisanoes, ou possible qu'elles Test oient encor; mais le livre ne le dit pas, et a laissé le doute là ; car ii se peut présumer. Mais quand bien elles eussent continué le mestier et quitté pour quelque temps , elles le peurent reprendre ce coup lAf n'estant rien si aysé et si facile à faire; et peut-estre aussy qu'elles y cognurent et receureni encor quelquesHins de leurs bous amoureux, de leurs vieilles cognoissances, qui leur ayoient autres fois sauté sur le corps, et leur en voulurent euoor donner sur quelques vieilles erres , ou du tout aussy que, parmy les prisonniers, elles y en peurent voir aucuns incogous qu'elles n'avoient jamais veu que ceste fois, et les Irouvoient beaux , braves et vaillans, de belle façon , qui meritoient bien la charité toute entière, et pour ce ne leur espargnant la belle jouissance de leur corps ; il ne se peut faire autrement. Ainsy, en quelque façon que ce fast, ces honnestes dames meritoient bieq la courtoisie que la republique romaine leur fit et reconnut , car elle leur fit rentrer en tous leurs biens; et en jouirent aussy paisiblement que jamais. Encor plus, leur firent à sçavoir qu'elles demandassent ce qu'elles vqudroient, elles Tauroient. Et pour en parler au vray, ai Tite-Uve ne fust esté si abslraint, comme il ne debvoit , à la verecondie et modestie, il debvoit franchir le mot tout à trac d'elles, et dire qu'elles ne leur avolent espargné leur gent corps ; et ainsy ce passage d'histoire fust esté plus beau et plaisant à lire , sans aller Tabbreger, et laisser au bout de la plume le plus beau de rhisloire. Voyià ce que nous en discourusmes pour lors.
— Le roy Jean, prisonnier en Angleterre, receut de mesmes plusieurs faveurs de la comtesse de Salsberiq^et si bonnes, que, ne la pouvant oublier, et les bons morceaux qu'elle iuy avoit donné , qu'il s'en retourna la revoir, ainsy qu'elle Iuy fit jurer et promettre.
— D'autres dames y a*il qui sont plaisantes en cela pour certain poinct de conscientieuse charité; eomme une qui ne vouloit permettre à son amant, tant qu'il couchoit avecqueselle, qu'il la baisast le moins du monde à la bouche , alléguant par ses raisons que sa bouche avoit
ifMiibunr.
faict le serment de foy et de fidélité ft son mary, et ne la vouloit point souiller par la bouche qui l'avoit faict et preste; mais quanta celle du ventre, qui n'en avoit point parlé ni rien promis, Iuy laissoit faire à son bon plaisir; et ne faisoit point de scrupule de la prester, r estant en puissance de la bouche du haut de s'obliger pour celle du bas, ny celle du bas pour celle du haut non plus; puisque la coustume du droit ordonnoit de ne s'obliger pour autruy sans consentenusnt et parolle de l'une et de l'autre, ny un seul pour le tout en cela.
— Une autre conscientieuse et scrupuleuse, donnant à son amy jouissance de son corps, elle vouloit tousjours faire le dessus, et sous* mettre à soy son homme, sans passer d'un seul iota ceste règle; et, l'observant estroictement et ordinairement, disoit^elle, que si scm mary ou autre Iuy demandoit si un tel Iuy avoii faict cela, qu'elle pusl jurer et renier, et seurement protester, sans offenser Dieu , que jamais il ne Iuy avoit faict ny monté sur elle.
Ce serment sceut-elle si bien praotiquer, qu'elle contenta son mary et autres par ses juremens serrés en leurs demandes; et la creurent, veu ce qu'elle disoit , «mais n'eurent jamais fll'advisde demander, ce disoit-elle, si jamais «elle avoit faict le dessus, sur quoy m'eussent «bien mespris et donné à songer.»
Je pense en avoir encor parlé cy-dessus; mais on ne se peut pas tousjours souvenir de tout ; et aussy il y en a cestuy-cy plus qu'en l'autre, s'il me semble.
— Goustumierement, les dames de ce mestier sont grandes menteuses, et ne disent mot de vérité; car elles ont tant appris et accousturoé à mentir (ou si elles font autrement sont des sottes , et mal leur en prend) à leurs marj s et amans su r ces subjects et changemens d'amou r , et à jurer qu'elles ne s'adonnent à autres qu'à eux , que , quand elles viennent à tomber sur autres subjects de conséquence, ou d'affeires, ou discours, jamais ne font que meutir, et ne leur peut-on croire.
D'autres femmes ay-je cognu et ouy parler, qui ne donnoyent à Irur amant leur joui^saince , si-non quand elles estoient grosses, afin de n'engroissrr de leur semence; en quoy elles faisoient grande conscience de supposer aui marys un fruict qui n'estoit pas à eux , et te
nourrir, alimenter et élever comme le leur propre. J'en ay encor parlé cy-dessus. Mais, estans grosses une fois, elles ne pensoient point ofFenser le mary, ny le foire cocu , en se prostituant.
Possible aucunes le faisoient pour les mesmes raisons que faisoit Julia , fille d'Auguste , et femme d' Agrippa , qui fut en son temps une insigne putain, dont son père en enrageoit plus que le mary.
Luy estant demandé une fois si elle n'avoit point de crainte d'engroisser de ses amys, et que son mary s*en aperceust et ne Taffolasl, elle respondit : «J'y mets ordre, car je ne re- «çois jamais personne ny passager dans mon «navire, si-non quand il est chargé et plein.»
— Voicy encor une autre sorte de cocus; mais ceux-là sont vrays martyrs , qui ont des femmes laides comme diables d'enfer, qui se veulent mesler de taster de ce doux plaisir aussy bien que les belles, auxquelles le seul privilège est deu , comme dit le proverbe : Les beaux liommes au gibet , et les belles fetnmes au bourdeau : et, toutesfois , ces laides charbonnières font la follie comme les autres, lesquelles il faut excuser; car elles sont femmes comme les autres, et ont pareille nature, mais non si belle. Toutesfois, j'ay veu des laides, au moins en leur jeunesse , qui s'apprécient tant pourtant comme les belles, ayans opinion que femme ne vaut autant , si-non ce qu'elle se veut faire valloir et se vendre; aussy qu'en un bon marché toutes denrées se vendent et sedepositent, les unes plus, les autres moins, selon ce qu'on en a à faire, et selon l'heure tardive que l'on vient au marché après les autres , et selon le bon prix que Tony trouve; car, comme l'on dit, l'on court tousjours au meilleur marché , encor que l'estofFè ne soit la meilleure, mais selon la faculté du marchand et de la marchande.
Ainsy est-il des femmes laides , dont j'en ay veu aucunes, qui, ma foy ! esioient si chaudes et lubriques, et duites à Tamour aussy bien que les plus belles , et se mettoyent en place marchande , et vouloient s'avancer et se Faire valloir tout de mesmes.
Mais le pis que je vois en elles, c'est qu'au lieu que les marchands prient les plus belles, celleS'Cy laides prient les marchands de prendre et d'acbepter de leurs denrées, qu'elles leur
laissent pour rien et à vil prix. Mesmes fontelles mieux ; car le plus souvent leur donnent de l'argent pour s'accoster de leurs chalanderies et se foire fourbir à eux; dont voylà la pitié: car, pour telle fourbissure, il n'y faut petite somme d'argent; si bien que la fourbissure couste plus que ne vaut la personne, et la lexive que l'on y met pour la bien fourbir ; et cependant monsieur le mary demeure cocu et coquin tout ensemble d'une laide, dont le morceau est bien plus difficile à digérer que d'une belle ; outre que c'est une misère extresme d'avoir à ses costés un diable d'enfor couché , au lieu d'un ange.
Sur quoy j'ay ouy souhaitter à plusieurs gallans hommes une fomme belle et un peu putaiu , plustost qu'une femme laide et la plus chaste du monde ; car en une laideur n'y loge que toute misère et desplaisir, et nul brin de félicité; en une belle, tout plaisir et félicité y abonde, et bien peu de misère, selon aucuns. Je m'en rapporte à ceux qiii ont battu ceste sente et chemin.
. A aucuns j'ay ouy dire que, quelquesfois, pour les marys , il n'est si besoin aussy qu'ils ayent leurs femmes si chastes; car elles en sont si glorieuses , je dis celles qui ont ce don trèsrare, que quasy vous diriez qu'elles veulent dominer, non leurs marys seulement, mais le ciel et les astres : voire qu'il leur semble, par telle orgueilleuse chasteté, que Dieu leur dolbve du retour.
Mais elles sont bien trompées ; car j*ayouy dire à de grands docteurs : que Dieu ayme plus une pauvre pécheresse , humiliante et contrite (comme il fit la Magdelaine) , que non pas une orgueilleuse et superbe qui pense avoir gaigné le paradis, sans autrement vouloir misericonie ny sentence de Dieu.
— J*ay ouy parler d'une dame si glorieuse pour sa chasteté, qu'elle vint tellement à mépriser son mary, que , quand on luy demandoit si elle a voit couché avecques son mary, « Non, di- «soit-elle, mais il a bien couché avecques moy. » Quelle gloire ! Je vous laisse doncques à penser comme ces glorieuses sottes femmes chastes gourmandent leurs pauvres marys , d'ailleurs qui ne leur sçauroient rien reprocher, et comme font aussy celles qui sont chastes et riches, d'autant que ceste-cy, chaste et riche du sien ,
PREMIER DISCOURS
fait de rolibrieuse, de raltiere , de la superbe et de Taudacieuse , à Tendroict de son mary : tellement que, pour la trop grande présomption qu'elle a de sa chasteté et de son devant tant bien gardé , ne la peut retenir qu'elle ne fasse de la femme emperîere, qu'elle ne gourmande son mary sur la moindre fiaute qu'il fera , comme j'en ay veu aucunes , et sur-tout sur son mauvais mesnage. S'il joue, s'il despend, ou s'il dissipe, elle crie plus, elle tem peste, fait que sa maison paroist plus un enfer qu'une noble famille : et , s'il faut vendre de son bien pour survenir à un voyage de cour ou de guerre, ou à ses procès, nécessités , ou à ses petites fbllies et despenses frivolles , il n*en fiiut point parler; car la femme a pris telle imperiosité sur luy, s'appuyant et se fortifiant sur sa pudîcité, qu'il faut que le mary passe par sa sentence, ainsy que dit fort bien Juvenal en ses satyres :
.... Animu* uxorit si deditut uni, liU unguam invita donaàit conjugê» vendes Bac oUstante nihil; nii hœe si nolii emetur >.
Il note bien par ces vers que telles humeurs des anciennes Romaines correspondoient à aucunes de nostre temps quant à ce poinct : mais, quand une femme est un peu putain, elle se rend bien plus aysée, plus sujette, plus docile, craintive, de plus douce et agréable humeur, plus humble et plus prompte à faire tout ce que le mary veut , et lui condescend en tout ; comme j'en ay veu plusieurs telles, qui n'osent gronder, ny crier, ny faire des acariastres, de peur que le mary ne les menace de leur faute, et ne leur mette au-devant leur adultère, et leur fa.sse sentir aux despens de leur vie; et si le gallant veut vendre quelque bien du leur, les voyià piusiost signées au contract que le mary ne l'a
' Tout cela est renversé et estropié; il fout :
Si UM timplicitat nzoria, deditnt uni
Eitanimua;
El
Nil uaquam ioTÎtâ donaliit ooQjuse : vendei Hac obstaate nihil ; nihil, hœc si nolel, emetur.
JuvtMAL. Sat. Yi, 206 et 6, 211 el 12.
Cest-à-dire : • Si, par simplicité maritale, ?on$ vous at-
«tachez uniquement à votre femme ,tous ne pourrez
< rien donner ni Yendre.ni acheter, à moins qu*eUe n*f «eoDieote. »
dict* J'en ay veu de celles-là force : bref, elles font ce que leurs marys veulent.
Sont-ils bien gastés ceui-là doncqueS d*estre cocus de si belles femmes, et d'en tirer de si belles denrées et commodités que celles-là, outre le beau et délicieux plaisir qu'ils ont de paillarder avecquesde si belles femmes, et nager aveoques elles comme dans un beau et clair courant d'eau, et non dans un salle et laid bourbier? Et puisqu'il faut mourir, comme disoit un grand capitaine que je sçay, ne vaut-il pas mieux que ce soit par une belle jeune espée , claire, nette , luisante et bien trancliante, que par une lame vieille, rouillée et mal fourbie, là où il y faut plus d'emeric que tous les fourbisseurs de la ville de Paris ne sçauroient Iburnir?
Et ce que je dis des jeunes laides , j'en dis autant d'aucunes vieilles femmes qui veulent estre fourbies et se faire tenir nettes et claires comme les plus belles du monde (j'en fais ailleurs un discours à part de cela ), et voylà le mal ; car, quand leurs marys n'y peuvent vacquer, les maraudes appellent des supplemens , et comme estans aussy chaudes, ou plus, que les jeunes : comme j'en ay veu qui ne sont pas sur le coramancement et mi tan prestes d'enrager, mais sur la fin. Et volontiers l'on dit que la fin en ces mestiers est plus enragée que les deux autres , le commancement et le mitan, pour le vouloir; car, la force et la disposition leur manque, dont la douleur leur est irës-griefve; d'autant que le vieil proverbe dit que c'est une grande douleur et dommage, quand un c. a trës4)onne volonté , et que la force luy défaut.
Si y en a-il toujours quelques-unes de ces pauvres vieilles haires qui passent par bardot ^ et desparlent leurs largesses aux despens de leurs deux bourses ; mais celle de l'argent fait trouver bonne et estroicte l'autre de leur corps. Aussy dit-on que la libéralité en toutes choses est plus à estimer que l'avarice et la chicheté, fors aux femmes, lesquelles, tant plus sont libérales de leurs cas, tant moins sont estimées, et les avares et chiches tant plus.
Gela disoit une fois un grand seigneur de deux grandes dames sœurs que je sçay, dont l'une estoit chiche de son honneur, et libérale de la bour se et despensi; , et l'autre fort
^ Bardot, synonyme d'dit«.
DES DAMES GALLANTËS.
escarce ^ de sa bourse et despense, et très-llberaie de son devant.
— Or, voicy cncor une autre race de cocus, qui est certes par trop abominable et exécrable devant Dieu et les hommes, qui , amouraschés de quelque bel Adonis, leur abandonnent leurs femmes pour jouir d'eux.
La première Fois que je fus jamais en Italie, j'en ouys un exemple à Perrare, par un conte qui m*yfut f^ict d'un qui, espris d'un jeune homme beau , persuada à sa femme d'octroyer sa jouissance audict jeune homme qui estoit amoureux d'elle, et qu'elle luy assignast jour, et qu'elle fist ce qu'il luy commanderoit. La dame le voulut très-bien , car elle ne desiroit manger autre venaison que de celle-là.
Enfin le jour fut assigné, et l'heure estant Tenue que le jeune homme et la femme estoient en ces doux affaires et altères , le mary , qui s'estoit caché , selon le concert d^entre luy et sa femme, voicy qu'il entra; et les prenant sur le foict , approcha la dague à la gorge du jeune homme, le jugeant digne de oiort sur tel forfaict, selon les loix d'Italie, qui sont un peu plus rigoureuses qu'eu France.
Il fut ooûtrainct d'accorder au mary ce qu'il voulut, et firent eschange l'un de l'autre :1e jeune homme se prostitua au mary, et le mary abandonna sa femme au jeune homme; et, par aiosy, voylà un mary cocu d'une vilaine fiiçon.
J'ay ony conter qu'en quelque endroict du monde (je ne veux pas le nommer) il y eut un mary, et de qualité grande, qui estoit vilainement ei»pris d'un jeune homme qui aymoit fort ^a femme ) et elle aussy luy : soit ou que le mary eust gaigné sa femme , ou que ce fust une surprise à Timprovisie, les prenant tous deux couchés et accouplés ensemble, menaçabt le jeune homme s'il ne luy complaisoit , l'envestit tout couché, et joint et collé sur sa femme, et en jouit ^ dont sortit le problesme , comme trois amans furent jouissans et contens tout i un mesme coup ensemble.
-^J'ay ouy conter d'une dame, laquelle eapardument amoureuse d'un honneste gentilbomttie qu'elle avoit pris pour amy et Favory; lay se craignant que le mary luy feruit et â
^ Avare.
elle quelque mauvais tour, elle le consola, luy disant : «M'ayez pas peur; car il n'oseroit rien «faire, craignant que je l'accuse de m'avoir « voulu user de l'arriere-Venus, dont il en pour- «roit mourir si j'en disois te moindre mot el «le declarois à la justice. Mais je le tiens «ainsy en eschec et en allarme; si bien que, «craignant mon accusation, il ne m'ose pas rien «dire.»
Certes telle accusation n^eust pas porté moins de préjudice â ce pauvre mary que de la vie : car les légistes disent que la sodomie se punit pour la volonté; mais possible que la dame ne voulut pas franchir le mot tout à trac, et qu'il n'eust passé plus avant sans s'arrester à la volonté.
— Je me suis laissé conter qu'un de ces ans un jeune gentilhomme françois, Fun des beaux qui fust esté veu à la cour long-temps, estant allé à Rome pour y apprendre les exercices, comme autres ses pareils. Fut arregardé de si bon œil, et par si grande admiration de sa beauté, tant des hommes que des femmes, que quasy on l'eust couru à force : et là où ils le sçavoient aller à la messe, ou autre lieu public et de congrégation, ne failloient, ny les unS| ny les autres, de s'y trouver pour le Vioir; si bien que plusieurs marys permirent à leurs femmes de luy donner assignation d'amours en leurs maisons, afin qu'y estant venu et surpris, fissent eschange, l'un de sa femme, et l'autre de luy : dont luy en fut donné advis de ne se laisser aller aux amours et volontés de ces dames, d'autant que le tout avoit esté faict et apposté pour Tattrapper; en quoy il se fit sage, el préféra son honneur et sa conscience à tous les plaisirs détestables, dont il en acquit une louange très-digne.
Enfin , pourtant , son escuyer le tua. On en parle diversement pourquoy : dont ce fut trèsgrand dommage, car c'estoit un fort honneste jeune homme, de bon lieu, et qui promettoit beaucoup de luy, autant de sa physionomie^ pour ses actions nobles, que pour ce beau et noble traict : car, ainsy que j'ay ouy dire à un fort gallant homme de mon temps, et qu'il est aussy
vray, nul jamais b , ny bardaclie, ne Alt
brave, vaillant et généreux , que le grand Jule^ Gesar; aussy que par la grande permission divine telles gens abominables sont rédigés et
PREMIER DISCOURS
mh à sens rfprootés. Eo qaoy je m'estonne que pionieurs^ qoe Ton a veu tachés de ce meih ctiant Vice, mmt esté continués du ciel en grand prospérité») mais Dieu les attend^ et à la un on en voit ce qui doibt estre d'eu.
Certes, de telle âboninalion, j*en ay ouy parler que plusieufs marys en sont esté atteints bien au vif : car, malheureux qu'ils sont et abo** minables, iia se sont accommodés de leurs femmes plus par le derrière que par le devant , et ne s^en sont servis du devant que pour avoir des enfaiis; et traittent ainsy leurs pauvres femmes, qui ont tonte leur chaleur en leurs belles parties de la devantiere. Sont-elles pas excusables éi elles font leurs marys cocus, qui ayment leurs ordes et salles parties de def-^ riere?
Combien y a-^il de femmes au monde, qne si elles estment visitées par des sages-femmes, médecins et chirurgiens experts, ne se trouve* roient non plus pucelles par le derrière que par le devant, et qui feroient le procès à leurs ma*^ rysà Tiostant; lesquelles le dissimulent, et ne Tosent deseouvrir, de peur d'escandaliser et tUts el leurs marys, ou possible qu'elles y prennent quelque plaisir plus grand que nous ne pouvons penser; ou bien, pour le de^in qae je viens de dire, pour tenir leurs marys en telle sujection, si elles font Tamour d'ailleurs, mesmes qu'aucuns marys leur permettent; mais pourtant tout cela ne vaut rien.
— Summa Benedicti dit : que si le mary veut reo^noistre sa partie ainsy contre Tordre de nature, quil offense mortellement ; et sll veut mainCeBir qu'il peut disposer de sa femme comme il luy plaist, il tombe en détestable et vilaine hérésie d'aucuns Juifs et mauvais rabins, dont on dit que daabas mulieribus apud synagog€un conquestis, se fuisse à viris suis cùgniiu sodomico cognitis, responsam est ab illis ttAinis : virum esse uxoris dominum , pîxÀnde passe uti ejus utcunque ttbuerii, non aliter quant is qui piscem émit : ilié enim, tam anterioribus quant posterioribuè parUbus, ad arbitrium vesût poiest.
J'ay mis Ma en latin sans le traduire ett
* La Sommé de Benoit, déjà meDfioDnée plus
ÙÊtttt
françois, car il somiè très-mal à des oreilles bien honnestes et chastes. Abominables qu'ils sont! laisser une belle, pure, et concédée partie, pour en prendre une villaiue, salle, orde et deffendue, et mise en sens réprouvé!
Et si rtiomroe veut aiasy prendre la fiemme, il est permis à elle se séparer de luy^ s'il n'y a autre mcfyen de le corriger ; et pourtant , dit* il encor, celles qui craignent Dieu n'y doibvent jamais consentir, ains plustost doibvent crier à la force, nonobstant l'escandale qui en pourroit arriver en cela, et le deshonneur ny la crainte de mort; car il vaut mieux mourir, dit la loy, que de consentir au mal. Et dit encor ledict livre une chose que je trouve fort estrange : qu'en quelque mode que le mary cognotsse sa femme, mais qu'elle en puisse concevoir, ce n'est point péché mortel , combien qu'il puisse estre véniel : si y a41 pourtant des metliodeé pour cela fort sales et vtllaines , selon que l'Are^ tin les représente en ses figures; et ne ressetntent rien la chasteté maritale, bien que , comme j'ay dici, il soit permis à Tendroict des femmes grosses, et aussy de celles qui ont l'italeine forte et puante, tant de la bouche que du nez : comme j'en ay cognn et ouy parler de plusieurs femmes, lesquelles baiser et allelner au-» tant vaudroit qu'un anneau de retraict ; ou bien, comme j'ay ouy parler d'une très-grande dame, mais je dis très-grande, qu'une de ses dames dit un jour que son halleine sentoit plus qu'un pot-à-pisser d^airain; ainsy m'usa^elle de ces mots : un de ses amys fort privé, et qui s'ap^^ proclioit près d'elle , me le confirma auésy ; si est^il vray qu'elle estoit on peu sur l'aage.
Là<^dessus que peut faire un mary on un amant, s'il n'a recours à quelque forme extra^^ vaganfe, mais sur-tout qu'il n'aille point à Farriere-Venus ?
J'en dirois davantage y mais j'ay horreur d'en parler : encor m'a-il fasché d'en avoir tant dict; mais si faut -il quelquesfols descouvrir les vices du monde pour s'en corriger.
-^Or il faut qoe je dre nne mauvaise opinion que plusieurs ont eue et ont encor de là cour de nos roys : que les filles et femmes y bronchent fort , voire ooustuinierement : en quoy bien souvent sont-ils trompés, car il y en a de très-chastes, honnestes et vertueuses, voire plus qu'ailleurs et lâ vertu y habite aussy bien ^
DES DAMES 64LLÂNTES.
votre mieux qa*en tous antres lieux , que Ton doibt fort priser pour estre bien à preuve.
Je n'allegueray que ce seul exemple de madame la grande duchesse de Florence d'aujourdhuy, de la maison de Lorraine, laquelle estant arrivée à Florence le soir que le grand duc l'espousa, et quM voulut aller coucher avecques elle pour la dépuceler, il la fit avant pisser dans un beau urinai de cristal, le plus beau et le plus clair qu'il put, et en ayant veu Turine, il la consulta avecques son médecin, qui estoit un très-grand et très-sçavant et expert personnage , pour sçavoir de luy par ceste inspection si elle esloit pucelle , ouy ou non. Le médecin rayant bien fixement et doctement inspicée , il trouva qu'elle estoit telle comme quand sortit du ventre de sa mère, et qu'il y allast hardiement, et qu'il n'y trouveroit point le chemin nullement ouvert , frayé ny battu ; ce qu'il fit ; et en trouva la vérité telle; et puis, le lendemain en admiration, dit : a Voylà un grand miraacle, que ceste fille soit ainsy sortie pucelle tde ceste cour de France!» Quelle curiosité et quelle opinion I Je ne sçay s'il est vray, mais il me la ainsy esté asseuré pour véritable. Voylà une belle opinion de nos cours ; mais ce n'est d'aujourd'huy, ains de long-temps, qu'on tenoil que toutes les dames de Paris et de la cour n'estoient si sages de leurs corps comme celles du plat pays, et qui ne bougeoienl de leurs maisons. Il y a eu des hommes qui estoient si consciencieux de n espouser des filles et femmes qui eussent fort paysé, et veu le monde tant soit peu. Si bien qu'en nostre Guyenne, du temps de mon jeune aage, j'ay ouy dire à plusieurs gallaos hommes, et veu jurer, qu'ils n'espouseroient jamais fille ou femme qui auroit passé le Port de Pille, pour tirer de longue vers la France. Pauvres fats qu'ils estoient en cela , encor qu'il» fussent fort babilles et gallans en autres choses, de croire que le cocuage ne se logeast dans leurs maisons, dans leurs foyers, dans leurs chambres, dans leurs ' cabinets, aussy bien, ou possible mieux, selon la commodité, qu'aux palais royaux et grandes villes royales! car on leur alloit suborner, gaigner, abattre et rechercher leurs femmes, ou quand ils alloieol eux-mcsmes à la cour, à la guerre, à la chasse, à leurs procès ou à leurs promenoirs, si bien qu*ils ne s'en apperce-
voyent : et estoient si simples de penser qu'on ne leur osoit entamer aucun propos d'amours, si-non que de mesnageries, de leurs jardinages, de leurs chasses et oiseaux ; et, soubs ceste opinion et légère créance , se faisoient mieux cocus qu'ailleurs; car, partout, toute femme belle et habille, et aussy tout homme honneste et gailant, sçait faire l'amour, et se sçait accommoder. Pauvres fats et idiots qu'ils estoient ! Et re pouvoient-ils pas penser que Venus n'a nulie demeure prefisse, comme jadis en Gypre, en Pafos et Amatonte, et qu'elle habite partout, jusques dans les cabanes des pastret et gironsf des bergères, votre des plus simplettes?
Despuis quelque temps ençà, ils ont commancé à perdre ces sottes opinions ; car, s'estans apperceus que par-tout y avoit du danger pour ce triste cocuage , ils ont pris femmes partout où il leur a pieu et ont peu; et si ont mieux faict : ils les ont envoyées ou menées à la cour, pour les faire valoir ou paroistre en leurs beautés , pour en faire venir l'envye aux uns ou aux autres, afin de s'engendrer des cornes.
D'autres les ont envoyées , et menées playder et solliciter leurs procès, dont aucuns n'en avoieut nullement , mais faisoient croire qu'ils en avoient; ou bien s'ils en avoient, les allongeoient le pltis qu'ils pou voient, pour allonger mieux leurs amours. Voire quelquesfois les marys laissoient leurs femmes à la garde du pallais, et à la gallerie et salle, puis s'en alloient en leurs maisons, ayans opinion qu'elles feroient mieux leurs besognes, et en gaigneroient mieux leurs causes : comme de vray , j'en sçay plusieurs qui les ont gaignées, mieux par la dextérité et beauté de leur devant , que par leur bon droict; dont bien souvent en devenoieut enceintes; et, pour n'estre escandalisées (si les drogues avoient failly de leur vertu pour les en garder), seocouroient vistement en leurs maisons à leurs marys, feignans qu'elles alloient quérir des titres et pièces qui leur fiiisoient besoin, ou alloient faire quelque enqueste, ou que c'estoit pour attendre la Sainct-Martin , et que, durant les vacations, n'y pouvant rien servir, alloient au bouc , et voir leurs mesnages eC leurs marys. Elles y alloient de vray, mais bien enceintes.
Je m*en rapporte à plusieurs conseillers, rapporteurs et presidens , pour les bons mor-
PREMIER DISCOURS
ceaux qirïb en ont tastés des femmes des gentilshommes.
— Il n'y a pas long-temps qu'âne (rès-belle, honneste et grande dame, que j'ay cognue, allant ainsy solliciter son procès à Paris, il y eut quelqu'un qui dit : « Qu'y va-elle Faire ? f Elle le perdra; elle n'a pas grand droict. — Et «ne porte-elle pas son droict sur la beauté de «son devant, comme Gesar portoit le sien sur le •pommeau et sur la poincte de son espée?»
Ainsy se font les gentilshommes cocus aux palais , en recompense de ceux que messieurs les gentilshommes font sur mesdames les présidentes et conseillères. Dont aussy aucunes de celles-là ay-je veu, qui ont bien vallu sur la monstre autant que plusieurs dames, damoiselles et femmes de seigneurs, chevalliers et grands gentilshommes de la cour, et autres.
— J'ay cognu une dame grande, qui avoit esté très-belle, mais la vieillesse Ta voit effacée. Ayant un procès à Paris, et voyant que sa beauté n'estoit plus pour ayder à solliciter et gaigner sa cause , elle mena avecques elle une sienne voisine , jeune et belle dame ; et pour ce Pappoincta d*une bonne somme d'argent , jusqu'à dix mille escus; et, ce qu'elle ne put ou eust bien voulu fah*e elle-mesme, elle se servit de ceste dame ; dont elle s'en trouva fort bien , et la jeune aussy; et tout en deux bonnes façons.
M'y a pas long-temps que j'ay veu une dame mère y mener une de ses filles , bien qu'elle fust maryée, pourluy ayder à solliciter son procès, n'y ayant autre affaire; et de faict elle est trèsbelle, et vaut bien la sollicitation.
— Il est temps que je m^arreste dans ce grand discours de cocuage; car enfin mes longues parulles, tournoyées dans ces profondes eaux et ces grands torrens, seroient noyées; et n'aurois jamais foict, ny n'en sçaurois jamais sortir, non plus que d'un grand labyrinthe qui fut autresfois, encor que j'eusse le plus long et le plus fort fillet du monde pour guyde et sage oondaicte.
Pour fin je conduray que, si nous faisons des maux , donnons des tourmens, des martyres et vauvais tours à ces pauvres cocus, nous en portons bien la folle enchère, comme l'on dit, et en payons les triples interests; car la pluspart de leurs persécuteurs et faiseurs d amour, et de ces damerets, en endurent bien autant rlc
maux; car ils sont plus subjects à jalousies, mesmes qu'ils en ont des marys aussy bien que de leurs oorrivals : ils portent des martels, des capriches, se mettent aux hasards en danger de mort, d'estropiemens , de playes, d'affronts d'offenses, de querelles, de craintes, peyneset mort; endurent froidures, pluyes, vents et chaleurs. Je ne conte pas la vérole, les chancres, les maux et maladies qu'ils y gaignent, aussy bien avecques les grandes que les petites; de sorte que bien souvent ils acheptent bien cher ce qu'on leur donne; et le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Tels y en avons -nous veu misérablement mourir, qui estoient baslans pour conquérir tout un royaume; tesmoings M. de Bussy, le nompair de son temps , et force autres.
Jen alleguerois une infinité d'autres que je laisse en arrière, pour finir et dire, et admonester ces amoureux, qu'ils practiquent le proverbe de l'Italien qui dit : Che molto guada» gna c/ii putana perde l
— Le comte Amé second disoit souvent :
En jeu d'amiet et d'amoart, Pour une joie cent doukNirt.
usant ainsy de ce mot antioq pour mieux faire sa rime. Disoil-il encor que la colère et l'amour avoient cela en soy fort dissemblable, que la colère passe tost et se desfait fort aysement de sa personne quand elle y est entrée, mais mal-aysement l'amour.
Voyià comment il se faut garder de cest amour, car elle nous couste bien autant qu'elle nous vaut , et bien souvent en arrive beaucoup de malheurs. Et pour parler au vray , la plu»parl des cocus patiens ont cent fois meilleur temps, s'ils se sçavoient cognoisire et bien s'entendre avecques leurs fommes, que les agents; et plusieurs en ay-je veu qu'encor qu'il y allast de leurs cornes , se mooquoient de nous et se rioient de toutes les humeurs et façons de faire de nous autres qui traictons l'amour avec* ques leurs femmes; et mesmes quand nous avions à faire à des femmes rusées, qui a'enteudent avecques leurs marys et nous vendent : comme j'ay cognu un fort brave et honneste gentilhomme qui, ayant longuement aymé une belle et honneste dame, et eu d'elle la jouissance,
•Qui perd uîie p. . iPiî» f beaucoup.
lâAiiTOKi. n.
DES DAMES GALLANTES.
qu'il en desiroit y avoit long-temps , s'eslant un jour apperceu que le mary et elle se nioc* quoient de luy sur quelque traict, il en prit un si {çrand despit qu'il la quitta, et fit bien; et, faisant un voyage lointain pour en divertir sa fautaisie, ne Taccosta jamais plus, ainsy qu'il me dit. Et de telles femmes rusées, fines et chan{j;eantes, il s'en faut donner garde comme d'une beste sauvage; car, pour contenter et appaisor leurs marys, quittent leurs anciens serviteurs, et eu prennent puis après d'autres, car elles ne s'en peuvent passer.
Si ay-je cognu une fort honneste et grande dame, qui a eu cela en elle de malheur, que, de cinq ou six serviteurs que je luy ay veu de mon temps avoir, se sont morts tous les uns après les autres, non sans un grand regret qu'elle en portoit; de sorte qu'on eust dict d'elle que c'estoit le cheval de Sejan, d'autant que tous ceux qgi monloient sur elle mouroient et ne vivoient giiieres; mais elle avoit cela de bon en soy et ceste vertu, que, quoy qu'ayt esté, n'a jamais changé ny abandonné aucun de ses amys vivans pour en prendre d'autres; mais, eux venans à mourir , elle s'est voulu tousjours remonter de nouveau pour n'aller à pied; et anssy, comme disent les légistes, qu'il est permis de faire valoir ses lieux et sa terre par quiconque soit, quand elle est degiierpie de son premier maistre. Telle constance a esté fort en ceste dame recommandable; mais si celle-là a esté jusques-là ferme, il y en a eu une infinité qui ont bien branslé.
Aussy, pour en parler franchement, il ne se faut jamais envieillir dans un seul trou, et ja« mais homme de coeur ne le fit : il faut estre aussy bien advanturier deçà et delà, en amour comme en guerre , et en autres choses ; car si l'on ne s'asseure que d'une seule ancre en son navire, venant à se décrocher, aysement on le |)erd, el mesmea quand l'on est en pleine mer et en une tempeste, qui est plus subjeete aux orages et vagues tempesUieiises que noo en une calme ou en on port.
Et dans quelle plus grande tt haute mer se sçauroit-on mieux mettre et navigoer que de foire l'amour à une seule dame? Que ai de soy elle na esté rusée du conimancement , nous autres la dressons et l'affinons par tant de praticques que nous menons avecques elle, dont
bien souvent il nous en prend mal , en la ren* dant telle pour nous faire la guerre, Tayanl façonnée et aguerrie. Tant y a, comme disoil quelque gallant homme, qu'il vaut mieux se marier avecques quelque belle femme et lionnesie, eucor qu'on soit en danger d'estre un peu touclié de la corne et de ce mal de cocuage commun à plusieurs , que d'endurer tant de traverses à faire les autres cocus; contre l'opinion de M. du Gua pourtant, auquel moy ayant tenu propos un jour de la part d'une graude dame qui m'en avoit prié, pour le maryer, me fit ceste response seulement : qu'il me pensoit de ses plus grands amys, et que je luy en faisois pcrÀ'c la créance par tel propos, pour luy pourchasser la chose qu'il hayssoit plus , que le maryer et le faire cocu , au lieu qu'il foisoit lea autres; et qu'il espousoit assez de femmes l'an* née , appelant le maryage un putanisme secret de réputation et de lit>erté, ordonné par une belle loy ; et que le pis en cela , ainsy que je voy et ay noté, c'est que la pkispart, voire tous, de ceux qui se sont ainsy délectés à foir« les autres cocus, quand ils viennent à se maryer, infailliblement ils tombent en maryage , je dis en cocuage; et n'en ay jamais veu arriver autrement , selon le proverbe : Ce gue tu férus à autrujr, il te sera faict.
— Avant que finir je diray enoor ce mot : qoe j'ay veu faire une dispute qui est encore indécise: en quelles provinces et régions de nostre chrestiennelé et de nostre Europe il y a plus de cocus et de putains?
L'on dit qu'en Italie les dames sont fort chaudes, et , par ce, fort putains , ainsy que dit M. de Beze en une epigramme ; d'autant qu'où le soleil, qui est chaud, donne le plus, y eschauffe davantage les femmes » en usant de ce vers;
Cr^dibiU e$t igné* muMpiiôtKPe suoê *,
L'Espaigne est de mesmes, encor qu'elle soit sur l'occident ; mais le soleil y eschauiïe bien les dames autant qu'en orient.
Les Flamandes, les Suisses, les Allemandes , Aogloises et Escossoises, encor qu'elles tirent sur le midy et septentrion , et soient régions froides, n\n participent pas moins de ceste cUsh
Ml m à croire qu'il multiplie leun feux»
PREMIER DISCOURS
Icvr Qatwdle, Mnmeje les ay connues auesy chaode» que toutes les autres nations.
Les Greeques ont raison de Testre , car elles sont fort sur le levant. Ainsy soubaite-on en Italie Greca in letto : comme de vray elles ont beaucoup de cboses et vertus attrayantes en elles , que , non sans cause , le temps passé elles ont esté les délices du monde, et en ont beaucoup appris aux dames italiennes et espai«gnolles, despuis le vieux temps jusqu'à ce nouveau ; si bien qu'elles en surpassent quasy leurs anciennes et modernes maistresses : aussy la reyne et imperiere des putains, qui estoit Venus, estoit Grecque.
Quant à nos belles Françoises, on les a veues le temps passé fort grossières , et qui se eontenloient àt le Faire à la grosse mode; mais, despuis cinquante ans en ça, elles ont emprunfé et appris des autres nations tant de gentillesses, de mignardises y d'attraicts et de vertus, d'habits , de belles grâces , lascivetés , ou d'etlesmesmes se sont si bien estudiées à se façonner, que maintenant il faut dire qu'elles surpassent toutes les autres en toutes façons; et , ainsy que j'ay ouy dire , mesmes aux estrangers, elles valent beaucoup plus que les autres, outre que les mots de paillardise françois en la bouche sont plus paillards , mieux sonnans et esmouvans que les autres.
De plus, ceste belle liberté françoise , qui est plus à estimer que tout , rend bien nos dames phis désirables, accostaUes, aimables et plus passables que toutes les autres: et aussy que tous les adultères n*y sont si communément punis comme aux autres provinces , par la providence de nos grands sénats et législateurs françois, qui , voyans les abus en provenir par telles punitions , les ont un peu bridés , et un peu corrigé les loix rigoureuses du temps passé des honomes, qui s'estoient donnés en cela toute liberté de s'esbattre et l'ont ostée aux femmes ; si bien qu'il n'estoil permis à la femnae inno^ cente d'accuser son mary d'adultère , par au^ cunes lois impériales et canon (ce dit Gajetan). Mais les hommes fins firent ceste loy pour les raisons que dit ceste stance italienne, qui est telle :
Perche, di quel che Natura concède Cei vieil tu , dura legge d'honoré.
MUa à noi libéral largo ne diede Com' agli altri animai legge d'amore.
Ma l'huomo fraudulenlo, e tenza fede»
Che fu le gi stator di qucst' enx>re, yedendo nottre forze e buona schiena, Copri la sua debolezza cou ta pena '.
Pour fin , en France il faict bon faire Tamour. Je m'en rapporte à nos authentiques docteurs d*amours, et mesmes à nos courtisans, qui sçauront mieux sophistiquer là dessus que moy. Et, pour en parler bien au vray : putains par-tout, et cocus par-tout, ainsy que je le puis bien tester, pour avoir veu toutes ces régions que j'ay nommées, et autres; et la chasteté n'habite pas en une région plus qu'en l'autre.
Si feray-je encor ceste question, et puis plus, qui possible n'a point esté recherchée de tout le monde, ny possible songée : à sçavoir mon, si deux dames amoureuses l'une de l'autre, comme il s'est veu et se void souvent aujourd'huy, couchées ensemble , et Faisant ce qu'on dit, donna con donna, en imitant la docte Sapho lesbienne, peuvent commettre adultère, et entre elles faire leurs marys cocus?
Certainement, si l'on veut croire Martial en son premier livre, épigramiue cxxix ^ elles commettent adultère ; où il introduit et parle à une femme nommée Bassa, tribade, luy faisant fort la guerre de ce qu'on ne voyoit jamais entrer d'hommes chez elle, de sorte qu'on la tenoit pour une seconde Lucrèce : mais elle vint à estre descouverte , en ce que Ton y voyoit aborder ordinairement force belles femmes et filles; et fut trouvée qu'elle-mesme leur servoit et contrefaisoit d'homme et d'adultère, et se coujoignoit avecques elles; et use de ces mots géminos committere cunnos. Et puis s'escriant , il dit et donne à songer et deviner ceste énigme par ce vers latin :
Bic, ubi vir non est, ut sit oduiteHum *.
Voylà un grand cas, dit-il, que, là où il n'y a point d'homme, il y ayt de l'adultère.
* O trop dore loi de Thonneur, pourquoi nous înterdis-ty ce k quoi nous excite la sature? Elle nom accorde auMÎ abondainmeot ^mc libéralement, ainsi qu'à tçiui k« animaux, l'usage de Tamour. AAais rboiume, trompeur et perfide, ne connaissant que trop bien la vigueur de nos reins, a établi cette loi pleine d'erreur pour cacher ainsi la faU>lesse des siens.
■ Cest à dire épigramme xc, liv. i.
■ Là oïl il n'y a poioi d'homme on commet pourtaoi I adulièr»-
DES DAMES GALLANTES.
J^ay co(;nu une courtisanneà Rome, vieille et rusée s'il en Fut oncques, qui s'appelloit Isabelle de Lune, espaignolle, laquelle prit en telle amilié une courtisanne qui s'appelloit la Pandore, Tune des belles pour lors de tout Rome, laquelle vint à esixe maryée avecques un sommeiller de M. le cardinal d'Armaignac, sans pourtant se distraire de son premier mestier : mais ceste Isabelle Tentretenoit, et couchoit ordinairement avecques elle ; et, comme desbordée et desordonnée en parolles qu'elle estoit, je luy ay souvent ouy dire qu'elle la rendoit plus putain ; et luy faisoit faire des cornes à son mary que tous les ruffians que jamais elle avoit eu.
Je ne sçay comment elle entendoit cela , si ce n'est qu'elle se fondast sur ceste epigramme de Martial.
On dit que Sapho de Lesbos a esté une fort bonne maistresse en ce mestier, voire, dit-on , qu'elle l'a inventé, et que despuis les dames lesbiennes l'ont imitée en cela, et continué jusques aujourd'huy; ainsy que dit Lucian: que telles femmes sont les femmes de Lesbos, qui ne veulent pas souffrir les hommes, mais s'approchent des autres femmes, ainsy que les hommes mesmes. Et telles Femmes qui ayment cest exercice ne veulent souffrir les hommes , mais s'adonnent à d'autres femmes, ainsy que les hommes mesmes , s'appellent tribades, mot grec dérivé, ainsy que j'ay appris de Grecs, de rptCtt, Tptgtu, qui est autant à dire que fricare, firayer, ou friquer, ou s'entrefrotter ; et tribades se disent fricatrices, en françois fricatrices, ou qui font la friquarelle en mestier de donne con donne, comme l'on l'a trouvé ainsy aujourd'huy.
Juvenal parle aussy de ces fommes quand il dit : frictum Grissantts odorat, parlant d'une pareille tribade qui adoroit et aymoit la fric^relle d'une grissante.
Le bon compaignon Lucian en fait un chapitre ; et dit ainsy, que les fommes viennent mutuellement à conjoindre comme les hommes, conjoignans des instrumcns lascifs, obscurs et monstreux, faicts d'une forme stérile. Et ce nom , qui rarement s'entend dire de ces fricarelles, vacque librement par-tout, et qu'il faille que le sexe féminin soit Filenes, qui faisoit Taction de certaines amours hommasses. Toutes*
fois il a^jouste qu'il est bien meilleur qu'une fomme soit adonnée à une libidineuse affection de faire le masie , que n'est à Thomme de s'effeminer ; tant il se monstre peu courageux et noble. La fomme donc, selon cela , qui contrefaict ainsy Tbomme, peut avoir réputation d'estre plus valeureuse et courageuse qu'une autre, ainsy que j'en ay cognu aucunes^ tant pour leurs corps que pour l'ame.
En un autre endroict , Lucian introduit deux dames devisantes de cest amour; et une demande à l'autre si une telle avoit esté amoureuse d'elle, et si elle avoit couché avecques elle, et ce qu'elle luy avoit foict. L'autre luy respondit librement : «Premièrement, elle me « baisa ainsy que font les hommes , non pas seualement en joignant les lèvres, mais en oucvrant aussy la bouche, cela s'entend en pi- «geonne, la langue en bouche; et, encor qu'elle «n'eust point le membre viril, et qu'elle fust «semblable à nous autres, si est-ce qu'elle di- «soit avoir le cœur, l'affection et tout le reste a viril ; et puis je l'embrassay comme un homme, a et elle me le faisoit, me baisoit et allentoit a(je n'entends point bien ce mot); et me sem^ «bloit qu'elle y prit plaisir outre mesure; et «cohabita d'une certaine façon beaucoup plus «agréable que d'un homme.» Voyià ce qu'en dit Lucian.
Or, à ce que j*ay ouy dire, il y a en plusieurs endroicls et régions force telles dames lesbiennes, en France , en Italie et en Espaigne , Turquie, Grèce et autres lieux. Et où les femmes sont recluses , et n'ont leur entière liberté, cest exercice s'y continue fort ; car telles femmes bruslantes dans le corps, il iaut bien, disentelles, qu'elles s'aydent de ce remède, pour se rafraischir un peu, ou du tout qu'elles bruslent.
Les Turcques vont aux bains plus pour ceste paillardise que pour autre chose; s'y adonnent fort. Mesmes les court isannes , qui ont les hommes à commandement et à toute heure , encor usent-elles de ces fk*iquarelles , s'entrecherchent et s'enti^ayment les unes les autres , comme je l'ay ouy dire à aucunes en Italie et en Espaigne. En nostre France , telles femmes sont assez communes; et si dit-on pourtant qu'il n'y a pas long-temps qu'elles s'en soot meslées , mesmes que la façon en a esté portée
PREMIER DISCOURS
dltalie par une dame de qualité que je ne nommeray point
— J'ay ouy conter à feu M. de Clermont- Tallard le jeune y qui mourut à La Rochelle , qu'estant petit garçon, et ayant Thonneur d*acœmpaîgner M. d'Âi^ou, despuis nostre roy Henry troisiesme, en son estude, et estudier avecques luy ordinairement, duquel M. de Gournay estoit précepteur, un jour, estant à Thoulouse , estudiant avecques son dict maistre dans son cabinet , et estant assis dans un coin à part, il vid, par une petite fente (d^autant que les cabinets et chambres estoient de bois, et avoient esté faicts à Timproyiste et à la haste , par la curiosité de M. le cardinal d'Armaignac, archevesque de là , pour mieux recevoir et accommoder le roy et toute sa cour), dans un autre cabinet , deux fort grandes dames , toutes retrousséeset leurs calleçons bas, se coucher Fune sur Fautre, s'entre-baiser en forme de colombe, se frotter, s'entre-friquer, bref se remuer fort, paillarder, et imiter les hommes; et dura leur esbattement près d'une bonne heure, s^estans si très-fort eschauffées et lassées, qu'elles en demeurèrent si rouges et si en eau , bien qu'il fist grand froid , qu'elles n'en peurent plus et furent contrainctes de se reposer autant. Et disoit qu'il veid jouer ce jeu quelques autres jours, tant que la cour fut là, de mesme façon; et oncques plus n'eut -il la commodité de voir cest esbattement, d'autant que ce lieu le fevorisoit en cela , et aux autres il ne put.
Il m'en contoit encor plus que je n'en ose escrire , et me nommoit les dames. Je ne sçay s'il est vray ; mais il me Ta juré et affirmé cent fois par t)on8 sermens. Et, de faict, cela est bien vray-semblable ; car telles deux dames ont bien en tousjours ceste réputation de faire et continuer l'amour de ceste façon , et de passer ainsy leur temps.
J'en ay cognu plusieurs autres qui ont traicté de mesmes amours, entre lesquelles j'en ay ouy conter d'une de par le monde , qui a esté fort superlative en cela, et qui aymoit aucunes dames, les honnoroit et les servoit plus que les hommes, et leur faisoit l'amour comme un homme à sa maistresse; et si les prenoit avecques elle, les entretenoit à pot et à feu, et leur donnoit ce qu'elles vouloient. Son mary en estoit très-ayse et fort content, ainsy que beau-
coup d'autres marys que j'ay veus, qui estoient fort ayses que leurs femmes menassent ces amours plustost que celles des hommes (n'en pensans leurs femmes si Folles ny putains). Mais je croy qu'ils sont bien trompés; car ce petit exercice, à ce que j'ay ouy dire, n*est qu'un apprentissage pour venir à celuy grand des hommes; car, après qu'elles se sont eschauffées et mises bien en rut les unes les autres , leur chaleur ne se diminuant pour cela, faut qu'elles se baignent par une eau vive et courante, qui raffraischit bien mieux qu'une eau dormante, ainsy que je tiens de bons chirurgiens; et veu que, qui veut bien panser et guérir une playe , il ne faut qu'il s'amuse à la medicamenter et nettoyer alentour ou sur le bord ; mais il la faut sonder jusques au fonds, et y mettre une sonde et une tente bien advant.
Que j'en ay veu de ces lesbiennes, qui , pour toutes leurs fricarelles et entre- frottemens, n'en laissent d'aller aux hommes! mesmes Sapho, qui en a esté la maistresse, ne se mit-elle pas à aymer son grand amy Pbaon, après lequel elle mouroit? Car, enfin, comme j'ay ouy raconter à plusieurs dames, il n'y a que les hommes ; et que de tout ce qu'elles prennent avecques les autres femmes, ce ne sont que des tirouers pour s'aller paistre de gorges-chaudes avecques les hommes : et ces fricarelles ne leur servent qu'à faute des hommes. Que si elles les trouvent à propos et sans escandale, elles lairroient bien leurs compaignes pour aller à eux et leur sauter au collet.
J'ai cognu de mon temps deux belles et honnestes damoiselles de bonne maison, toutes deux cousines , lesquelles ayant couché ensemble dans un mesme lict l'espace de trois ans, s'accoutumèrent si fort à ceste fricarelle, qu'après s'estre imaginées que le plaisir estoit assez maigre et imparfaicl au prix de celuy des hommes, se mirent à le taster avecques eux, et en devindrent très-bonnes putains; et confessèrent après à leurs amoureux que rien ne les avoit tant desbaucbées et esbranlées à cela que ceste fricarelle, la détestant pour en avoir esté la seule cause de leur desbauche. Et, nonobstant , quand elles se renconlroient , ou avecques d autres, elles prenoient tousjours quelque repas de ceste fricarelle, pour y prendre tousjours plus grand appétit de l'autre avecques les hom-
DES DAMES GALLANTES.
mes. Et c'est ce que dit une Fois une honneste damotselle que j'ay cognue, à laquelle son serviteur demandoit un jours! elle ne faisoit point ceste fricarelle avecques sa compaigne, avecques qui elle couchoit ordinairement a Ah ! non, dit* a elle en riant, j'ayme trop les hommes;» mais pourtant elle Faisoit Tun et l'autre.
Je sçay un honneste gentilhomme , lequel , désirant un jour à la cour pourchasser en maryage une Fort honneste damoiselle, en demanda Fadvis i une sienne parente. Elle luy dit Franchement qu'il y perdroit son temps; «d'autant, a me dit-elle, qu'une telle dame, qu'elle me «nomma, et de qui j'en sçavois des nouvelles , «ne permettra jamais qu^ellese marye.» J*en cognus soudain Tencloueure, parce que je sçavois bien qu'elle tenoit ceste damoiselle en ses délices à pot et à Feu , et la gardoit précieusement pour sa bouche. Le gentilhomme en remercia sadicle cousine de ce bon advis, non sans luy Faire la guerre en riant , qu'elle parloit ainsy en cela pour elle comme pour l'autre ; car elle en tirolt quelques petits coups en robbe quelquesfbis : ce qu'elle me nia pourtant.
Ce traict me Faîct ressouvenir d'aucuns qui ont ainsy des putains à eux, qu'ils ayment tant, qu'ils n'en feroient part pour tous les biens du monde, Fust à un prince, à un grand, Fust à leur oompaignon , ny à leur amy, tant ils en sont jaloux , comme un ladre de son barillet ; encor le presente-il à boire à qui en veut.
Mais ceste dame vouloit garder ceste damoiselle toute pour soy, sans en départir à d'autres : pourtant si la feisoit-elle cocue à la dérobade avecques aucunes de ses compaignes.
On dit que les belettes sont touchées de cest amour, et se plaisent de Femelles à Femelles à s'entre-conjoiiidre et habiter ensemble; si que, par lettres hieroglyfiques , les Femmes Ventreaymantes de cest amour estoient jadis représentées par des belettes.
J'ay ouy parler d'une dame qui en nourrissoit tousjours, et qui se mesloit de cest amour, et prenoit plaisir de voir ainsy ses petites bestioles s'entre-habiter.
Voicy un autre poinct : c'est que ces amours féminines se traictent en deux Façons, les unes par Fricarelles, et par, comme dit ce poète, geminos committere cunnos.
Geste Façon n'apporte point de dommage,
ce disent aucuns, comme quand on s^ayde d'ins^
trumens Façonnés en , mais quW fl voulu
appeler des godemichys ^
J'ay ouy conter qu'un grand prince, se doublant de deux dames de sa cour qui s'en aydoient, leur fit Faire le guet si bien qu'il les surprit, tellement que Tune se trouva saisie et accommodée d'un gros entre les jambes, gentiment attaché avecques de petites bandelettes à Tentour du corps , qu'il sembloit un membre naturel. Elle en Fut si surprise qu'elle n*eut loisir de l'oster ; tellement que ce prince la contraignit de luy monstrer comment elles deux se le Faisoient.
On dit que plusieurs Femmes eil sont mortes, pour engendrer en leurs matrices des apostumes Faictes par mouvemens et frottemens point naturels.
J'en sçay bien quelques-unes de ce nombre , dont ç'â esté un grand dommage , car c'estoient de très-belles et honnestes dames et damoiselles , qu'il eust bien mieux vallu qu'elles eussent eu compaignie de quelques honnestes gentilshommes, qui pour cela ne les font mourir, mais vivre et resuscîter, ainsy que j'espere le dire ailleurs; et mesmes, que, pour la guerison de tel mal, comme j*ay ouy conter à aucuns chirurgiens, qu'il n'y a rien plus propre que de les Faire bien nettoyer là-dedans par ces membres naturels des hommes, qui sont meilleurs que des pesseres qu'usent les médecins et chirurgiens, avecques des eaux à ce composées; et toutesfois il y a plusieurs Femmes, nonobstant les inconveniens qu'elles en voyent arriver souvent, si Faut-il qu'eJles en ayenl de ces engins contreFaicts.
— J'ay ouy Faire un conte, moy estant lors à ta cour , que la reyne mère ayant Fait commandement de visiter un jour les chambres et cofFres de tous ceux qui estoient logés dans le Louvre, sans espargner dames et filles, pour voir s'il n'y avoit point d^armes cachées et mesmes des pistolets, durant nos troubles, il y en eut une qui Fut trouvée saisie dans son oofFire par le capitaine des gardes, non point de pistolets, mais de quatre gros g gentiment
Façonnés, qui donnèrent bien de la risée ati monde, et à elle bien de Festonnement.
* Par comipUoD pour gaude mUU,
PREMIER DISCOURS
Je cognois la damoiselle : je croy qu*ellc vit encor; mais elle n*eut jamais bon visage. Tels ÎDstrumens enfin sont très-dangereux. Je feray encor ce conte de deux dames de la cour qui s^entre-aymoient si fort , et estoient si chaudes à leur mestier, qu'en quelque endroict qu'elles fussent, ne s'en pouvoient garder ny abstenir que pour le moins ne fissent quelques signes d'amourettes ou de baiser; qui les escandaiisoient si fori , et donnoient à penser beaucoup aux hommes. Il y en avoit une veufve, et Tautre maryée ; et comme la maryée , un jour d'une grand magnificence , se fust fort bien parée et habillée d'une robbe de toille d'argent, ainsy que leur maistresse esloit allée à vespres, elles entrèrent dans son cabinet, et sur sa chaise percée se mirent à faire leur fricarelle si rudement et si impétueusement, qu'elles en rompit soubs elles, et la dame maryée qui faisoit le dessous tomba avecques sa belle robbe de toille d argent à la renverse, tout à plat sur Tordure du bassin , si bien qu'elle se gasta et souilla si fort , qu'elle ne sceut que faire que s'essuyer le mieux qu'elle peut, se trousser, et s'en aller à grande haste changer de robbe dans sa chambre , non sans pourtant avoir esté apperceue et bien sentie à la trace, tant elle puoit : dont il en fut ry assez par aucuns qui en sceurent le conte ; mesmes leur maistresse le sceut, qui s'en aydoit comme elle, et en ryt son saoul. Aussy il falloit bien que ceste ardeur les maistrisast fort , que de n'attendre un lieu et un temps à propos, sans s'escandaliser. Encor excuse-on les filles et fommes veufves pour aymer ces plaisirs fri voiles et vains, aymans bien mieux s*y adonner et en passer leurs chaleurs, que d'aller aux hommes et se faire engroisser et se deshonnorer, ou de faire perdre leur fruict, comme plusieurs ont faict et font; et ont opinion qu'elles n'en offensent pas tant Dieu, et n'en sont pas tant putains comme avecques les hommes : aussy y a-il bien de la difFerence de jetter de l'eau dans un vase, ou de Tarrouser seulement alentour et au bord. Je m'en rapporte à elles. Je ne suis pas leur censeur ny leur mary , s'ils le trouvent mauvais, encor que je n'en ay point veu qui ne fussent très-ayses que leurs femmes s'amourachassent de leurs compaignes, et qu'ils voudroient qu'elles ne fossent jamais plus adultères qu'en ceste façon ; comme de vray, telle
cohabitation est bien différente de celle dVecques les hommes , et , quoy que die Martial , ils n'en sont pas cocus pour cela. Ce n'est pas texte d'évangile, que celuy d'un pocte fol. Doncqnes, comme dit Lucian , il est bien plus beau qu'une femme soit virile ou vraye amazone, ou soit ainsy lubrique, que non pas un homme soit féminin , comme un Sardanapale et Heliogabale , ou autres force leurs pareils; car d'autant plus qu'elle tient de Thomme, d'autant plus elle est courageuse : et de tout cecy je m'en rapporte à la décision du procès.
M. de Gua et moy lisions une fois un petit livre en italien, qui s'intitule rf^ la Beauté, faict en dialogue par le seigneur Angello Fiorenzolle, Florentin, et tombasmes sur un passage où il dit qu'aucunes femelles qui furent faictes par Jupiter au commancement , furent créées de ceste nature, qu'aucunes se mirent à aymer les hommes, et les autres la beauté de Tune et de l'autre; mais aucunes purement ft sainclement, comme de ce genre s'est trouvée de nostre temps, comme dit Tautheur, la trèsillustre Marguerite d'Austrie ^ , qui ayma la belle Laodamie, forte en guerre; les autres lascivement et paillardement, comme Sapho lesbienne, et de nostre temps à Rome la grande courtisanne Cécile venetîenne ; et icelles de nature hayssent à se maryer, et fuyent la conversation des hommes tant qu'elles peuvent.
Là-dessus M. de Gua reprit l'authenr, disant que cela estoit faux que ceste belle Marguerite aymast ceste belle dame de pur et sainct amour; car puisqu'elle l'avoit mise plustost sur elle que sur d'autres qui pouvoient estre aussy belles et vertueuses qu'elle , il estoit à présumer que c'estoit pour s'en servir en délices, ne plus ne moins comme d'autres; et pour en couvrir sa lasciveté , elle disoit et publioit qu'elle l'aymoit sainctementj ainsy que nous en voyons plusieurs ses semblables, qui ombragent leurs amours par pareils mots.
Yoylà ce qu'en disoit M. de Gua ; et qui en voudra outre plus en discourir là-dessus , fiaiire se peut.
Geste belle Marguerite fut la plus belle princesse qui fut de son temps en la clirestienté. Ainsy, beautés et beautés s'entre-ayment
1 Née le 10 janvier 1480, morte le l*** décembre 1532.
DES DAMES 6ALLANTES.
de quelque amour que ce soit, mais du lasciF plus que de Tautre.
Elle Fut remaryée en tierces nopces, ayant en première espousé le roy Charles huitiesme, en seconde Jean, fils du roy d'Aragon, et en troisiesme avecques le duc de Savoye , qu'on appelloit le Beau ; si que , de son temps , on les disoit le plus beau pair et le plus beau couple du monde; mais la princesse n'en jouit guieres de ceste copulation, car il mourut fort jeune, et en sa plus grande beauté, dont elle en porta les regrels très-extresmes, et pour ce ne se remarya jamais.
Elle fit faire baslir ceste belle église qui est vers Bourg en Bresse , Tun des plus beaux et plus superbes bastimens de la chrestienté. Elle estoit tanle de l'empereur Cbarles-Quint , et assista bien à son nepveu ; car elle vouloit tout appaiser, ainsy qu'elle et madame la régente au traité de Gambray firent, où toutes deux se virent et s'assemblèrent là , où j'ay ouy dire aux anciens et anciennes qu'il faisoit beau voir ces deux grandes princesses.
Corneille Agrippa a Faict un petit traicté de la vertu des femmes, ti tout en la louange de ceste Marguerite. Le livre en est très-beau , qui ne peut estre autre pour le beau subject, a pour Tauiheur, qui a esté un très-grand personnage.
— J'ay ouy parler d'une grande dame princesse, laquelle , parmy les filles de sa suite , elle en aymoit une par-dessus toutes et plus que Vs autres ; en quoy on s'estonnoit , car il y en ^<oit d'autres qui la surpassoient en tout; mais enfin il Fut trouvé et descouvert qu'elle estoit bermafrodite, qui luy donnoit du passe-temps sans aucun inconvénient ny escandale. Ostoît bien autre chose qu'à ces tribades : le plaisir penetroit un peu mieux.
J'ay ouy nommer une grande qui est aussy hermaFrodite, et qui a ainsy un membre viril, mais Fort petit, tenant pourtant plus de la femme, car je l'ay veue très-belle. J'ay entendu d'aucuns grands médecins qui en ont veu assez de telles, et sur-tout très-lascives.
Voyià enfin ce que je diray du subject de ce chapitre, lequel j'eusse peu allonger mille fois plus que je n'ay faict, ayant eu matière si ample et si lof'gue , que si tous les cocus et leurs femmes qji les font se tenoient tous par la
main, et qu'il s'en peust Faire un cerde, je croy qu'il seruit assez bastant pour entourner et drcuir la moictié de la terre.
— Du temps du roy François Fut une vieille chanson, que j'ay ouy conter à une fbrt honneste et ancienne dame , qui disoit :
MaU quand Tiendra la uiion
Que let oocus l'aMembleroDl ; Le mien ira derant, qui portera la liannière; Les anU«t suivront aprèt, le vottre «era au darriere.
La procession ea sera grande,
L'on y verra une trâs-kMigue bande.
Je ne veux pourtant taxer beaucoup d'honnestes et sages femmes maryées , qui se sont comportées vertueusement et constamment en la foy sainctement promise à leurs marys; et en espère Faire un chapitre à part à leur louange, et Faire mentir maistre Jean de Mun ^ qui, en son Roman de la Rose, dit ces mots : «Toutes vous autres Femmes
Vous estes, tous serez, tous ftittet, De faict ou de volonté, putes ;■
dont il encourut une telle inimitié des dames de la cour pour lors, qu'elles, par une arrestée conjuration et avys de la reyne, entreprirent un jour de le fouetter, et ledespouillerent toutnud; et estans prestes à donner le coup, il les pria qu'au moins celle qui estoit la plus grande putain de toutes commançast la première : chacune, de honte, n'osa commancer; et par ainsy il esvita le Fouet. J en ay veu l'histoire représentée dans une vieille tapisserie des vieux meubles du Louvre.
J'aymerois autant un prescheur qui , près- i chant un jour en une bonne compaignie, ainsy ; qu'il reprenoit les mœurs d'aucunes Femmes , : et leurs marys qui enduroient estre oocus d'elles, il se mit à crier : «Ouy, je les cognois , je les « vois , et m'en vais jetter ces deux pierres à la « teste des plus grands cocus de la oompaignie; a et , Faisant semblant de les jetter, il n'y eut homme du sermon qui ne baissast la teste, ou mist son manteau , ou sa cape, ou son bras audevant , pour se garder du coup. Mais luy, les retenant , leur dit : «Ne vous dis-je pas? je pen- «sois qu'il n'y eust qiie deux ou trois oocus en «mon sermon; mais, à ce que je vois, il n'y en « a pas un qui ne le soit a
Or, quoy que disent ces fols , il y a de fort sages et honnestes femmes, auxquelles, s'il AN
* Mehun ou Meuc.
PREMIER DISCOURS
foit livrer battaille à leurs dissemblables , elles Femporteroient, non pour le nombre, mais par la vertu, qui combat et abat son contraire aysement
Et si ledict maistre Jean de Mun blasme celles qui sont de volonté putes, je trouve quil les faut plustost louer et exalter jusqu'au ciel, d'autant que si elles brusieat si ardemment dans le corps et dans Famé, ne venant point aux effects, font paroistre leur vertu, leur constance et la générosité de. leur cœur,aymant plustost brusler et se consumer dans leurs propres feux et flammes, comme un phénix rare, que de forfaire ny souiller leur honneur, et comme la blanche hermine, qui ayme mieux mourir que se souiller (devise d'une trèsgrande dame que j'ay cognue , mais mal d'elle practiquée pourtant), puisque estant en leur puissance d*y pouvoir remédier, se commandent si généreusement , et puisqu'il n'y a plus belle vertu ny victoire que de se commander et vaincre soy-mesme. Nous en avons une histoire trèsbelle dans les Cent nouvelles de la reyne de Navarre, de ceste honneste dame de Pampelune, qui, estant dans son ame et de volonté pute, et bruslaui deTamour de M. d'Âvanes,si beau prince, elleayma mieux mourir dans son feu que de chercher son remède, ainsy qu'elle luy sceut bien dire en ses derniers propos de sa mort.
Geste honneste et belle dame se donnoit bien la mort très-iniquement et injustement ; et, comme j'ouys dire sur ce passage à un honneste homme et honneste dame, cela ne fut point sans offenser Dieu, puisqu'elle se pouvoit délivrer de la mort. Et se la pourchasser et avancer ainsy, cela s'appelle proprement se tuer soy-mesme ; ainsy qu'il y a plusieurs de ses pareilles qui , par ces grandes continences et abstinences de ce plaisir, se procurent la mort, et pour l'ame et pour le corps.
— Je tiens d'un très -grand médecin (et pense qu'il en a donné telle leçon et instruction à plusieurs honnestes dames ) : que les corps humains ne se peuvent jamais guieres bien porter, si tous leurs membres et parties, despuis les plus grandes jusqu'aux plus petites , ne font ensemblement leurs exercices et fonctions , que la sage nature leur a ordonné pour leur santé , et n'en fassent une commune accordance, comme d'un concert de musique , n'estant rai-
son qu aucune desdicles parties et membres tra* vaillent, et les autres chaument; ainsy qu'en une republique il faut que tous officiers , artisans, manouvriers et autres , fassent leur besoigne unanimement, sans se reposer ny se remettre les uns sur les autres , si Ton veut qu'elle aille bien, et que son corps demeure sain et entier : de mesmes est le corps humain.
Telles belles dames, putes dans l'ame et chastesdu corps, méritent d'éternelles louanges; mais non pas celles qui sont froides comme marbre , molles, lasches et immobiles plus qu'un rocher, et ne tiennent de la chair, n'ayant aucuns sentimens ( il n'y en a guieres pourtant) , qui ne sont point ny belles ny recherchées, et, comme dit le poète ,
. cattaquamngmorogavU.
«chaste qui n'a jamais esté priée. » Sur quoy je cognois une grande dame qui disoit à aucunes de ses compaignes qui estoient belles : «Dieu «m'a faict une grande grâce de quoy il ne m'a «faict belle comme vous autres, mes dames; car «aussy bien que vous j'eusse faict Tamour, et « fusse esté pute comme vous. > A cause de quoy peut-on louer ces belles ainsy chastes, puisqu'elles sont de telle nature.
Bien souvent aussy sommes-nous trompés en telles dames; car aucune y en a qu'à les voir mesmes mineuses, piteuses, marmiteuses, froides , discrètes , serrées et modestes en leurs parolles et en leurs habits reformés, qu'on les prendrait pour des sainctes et très -prudes flemmes , qui sont au dedans et par volonté , et au dehors par bons effects, bonnes putains.
D'autres en voyons-nous qui , par leur gentillesse et leurs parolles follastres , leurs gestes gays et leurs habits mondains et affectés , on les prendroit pour fort debauschées, et prestes pour s'adonner aussy tost; mais pourtant de ienrs corps sont fort femmes de bien devant le monde : en cachette , il s'en faut rapporter à la vérité aussy cachée.
J'en alleguerois force exemples que j'ayveu et sceu; mais je me contenteray d'alléguer cestuy-cy, que Tite-Live allègue, et Bocace encor mieux, d'une gentille dame romaine nommée Glaudie Quintienne , laquelle, paraissant dans Rome par-dessus toutes les autres en ses habits pompeux et peu modestes, et en sea
DES DAMRS GALLANTES.
Riçons gayes et libres , mondaîDe plus qu'il ne falloit , acquit très-mauvais bruict touchant son honneur ; mais , le jour venu de la réception de la déesse GybcIIe, elle l'esteignit du tout; car elle eut Thonneur et la gloire, par-dessus toutes tes autres, de la recevoir hors du batteau,la toucher et la transporter à la ville; dont tout le monde en demeura estonné ; car il avoit esté dict que le plus homme de bien et la plus femme de bien estoient dignes de ceste charge.
Voyià comme le monde est fort trompé en plusieurs de nos dames. L'on doit premièrement fort les cognoistre et examiner avant que les juger, tant d*une que de l'autre sorte.
-^ Si faut-il , avant que fermer ce pas, que je die une autre belle vertu et propriété que porte le cocuage, que je tien» d'une fort bonneste et belle dame de bonne part , au cabinet de laquelle estant un jour entré, je la trouvay sur le point qu'elle venoit d*achever d'escrire un conte de sa propre main, qu'elle me monstra fort librement, car j'estois de ses bons amys, et ne se cachoit point de moy : elle estoit fort spirituelle et bien disante, et fort bien duite à Tamour; et le commancement du conte estoit tel :
ail semble, dit-elle, qu'entr*autres belles «propriétés que le coaiage peut apporter, c'est «ce beau et bon subject par lequel on peut bien «cognoistre combien gentiment l'esprit s'eierce «pour le plaisir et contentement de la nature «humaine, d'autant que cVst luy qui veille, et «qui invante et façonne Tartifice nécessaire à y « pourvoir, sans que la nature y fournisse que le «désir et l'appétit sensuel, comme Ton peut «cacher par tant de ruses et astuces qui se prac- « tiquent au mestier de Tamour, qui estceluy «qui imprime les cornes ; car il faut tromper un «mary jaloux, soupçonneux et collere; il faut «tromper et voiler les yeux des plus prompts à «recevoir du mal, et pervertir les plus curieux «de la cognoissance de la vérité; faire croire de «la fidélité là oh il n'y a que toute déception ; «plus de franchise là où il n'y a que dissimula- «tion et crainte, et plus de crainte là où il y a « plus de licence : bref, par toutes ces difRcultés, «et pour venir dessus ces discours, ce ne sont « pas actes à quoy la vertu naturelle puisse par- « venir; il en faut donner davantage à l'esprit , «lequel fournit le plaisir etbastit plus de cornes «que le corps qui les plante et cheville. »
Voylà les propres mots du discours de ceste dame, sans les changer aucunement, qu^elle fait au commancement de son conte, qui se faisoit d'elle-mesme ; mais elle l'adombroit par d'autres noms; et puis, poursuivant les amours de la dame et du seigneur avecques qui elle avoit à faire , et pour venir là et à la perfection , elle allègue que l'apparence de l'amour n'est qu'une apparence de contentement. Il est du tout sans forme jusqu'à son entière jouissance et possession , et bien souvent Ton croit qu'elle soit venue à ceste extrémité, que Ton est bien loin de son compte; et, pour recompense, il ne reste rien que le temps perdu , duquel on porte un extresme regret. (Il faut bien peser et noter ces dernières parolles , car elles portent coup , et de quoy à blasonner.) Pourtant il n'y a que la jouissance en amour et pour l'homme et pour la femme, pour ne regretter rien dn temps passé. Et pour ce , ceste bonneste dame qui escrivoit ce conte , donna un rendez- vous à son serviteur dans un bois, où souvent s'alloit pourmener en une fort belle allée , à l'entrée de laquelle elle laissa ses fommes , et le va trouver sous un beau et large chesne ombrageux ; car c'estoit en esté ! « Là où , dit la dame en son «conte, par ces propres mots, il ne faut point «doubter la vie qu'ils démenèrent pour un peu, «et le bel autel qu'ils dressèrent au pauvre «mary au temple deCeraton, bien qu'ils ne «fussent en Delos , qui estoit faict tout de cor- «nes : pensez que quelque bon compaignon «l'avoit fondé.»
Voylà comment ceste dame se moquoit de son mary, aussy bien en ses escrits comme en ses délices et effects. Et qu'on note tous ses mots, ils portent de Tefficace, estans prononcés mesmes et escrits d'une si habille et bonneste femme.
Le conte en est très-beau , que j'eusse volontiers icy mis et mseré; mais il est trop long, car les pourparlers , avant que venir là , sont fort beaux et longs aussy, reprochant à son serviteur, qui la louoit extresmement , qu'il y avoit en luy plus d^œuvre de naturelle et nouvelle passion qu'aucun bien qui fust en elle, bien qu'elle fust des belles et bonnestes; et, pour vaincre ceste opinion , il fallut au serviteur faire de grandes preuves de son amour, qui sont fort b?ea spécifiées en ce conte : et puis estant d'ac-
PREMIER DISCOURS
Gord, Ton y voit des ruses , des finesses et trompênes d'amour en toutes sortes, et contre le roary et contre le monde, qui sont certes Fort belles et très-fines.
Je priay ceste honnestedamedeme donner le double de ce conte; ce qu'elle fit très-volontiers, et ne voulut qu'autre le doublast qu'elle, de peur de surprise, que je garde fort précieusement.
Geste dame avoit raison de donner ceste vertu et propriété au cocuage; car, avant que se mettre à l'amour, elle estoit fort peu habile; mais rayant traicté, elle devint Tune des spirituelles et habilles femmes de France, tant pour ce subject que pour d'autres. Et de faict , ce n'est pas la seule que j'aye veue qui s*est habilitée pour avoir traicté l'amour, car j'en ay veu une infinité très-sottes et mal-habiles à leur commancement ; mais elles n'avoient demeuré un an à Tacademie de Cupidon et de Venus madame sa mère, qu'elles en sortoient trèsbabilles et très-honnestes femmes en tout; et quant à moy je n'ay veu jamais putain qui ne fust très-babille et qui ne levast la paille.
— Si feray-je encor ceste question : en quelle saison de Tannée se fait plus de cocus, et laquelle est plus propre à Tamour, et à esbranler une fille, une femme ou une vefve? Certainement la plus commune voix est qu'il n'y a pour cela que le printemps, qui esveille les corps et les esprits endormis de l'hyver fascheux et mélancolique; et puisque tous les oiseaux et animaux s'en resjouissent et entrent tous en amours, les personnes qui ont autre sens et sentiment s*en ressentent bien davantage, et sur-tout les femmes (selon l'opinion de plusieurs philosophes et médecins), qui entrent lors en plus grande ardeur et amour qu'en tout autre temps, ainsy que je l'ay ouy dire à aucunes honnestes et belles dames, etmesmes à une grande qui ne billoit jamais, le printemps venu , en estre plus touchée et picquée qu'en autre saison; et disoit qu'elle sentoit la pointe de l'herbe, et hannissoit après comme les jumens et chevaux , et qu'il falloit qu'elle en tastast, autrement elle s'amaigriroit ; ce qu'elle faisoit , je vous en asseure , et devcnoit lors plus lubrique.
Âussy, trois ou quatre amours nouvelles que je luy ay veu faire en sa vie . elle les a faictes au printemps; et non sans cause; car, de tous les mois de l'an , avril et may sont les plus con-
sacrés et dédiés à Venus, où lors les belles dames s'accomroancent, plus que devant, à s'accommoder, dorloter, et se parer gentiment, se coiffer follastrement, sevestir légèrement; qu'on diroit que tous ces nouveaux changemens, et d'habits et de façons, tendent tous à la lubricité, et à peupler la terre de cocus, marchant dessus, aussy bien que le ciel et Tair en produisent de volans en avril et en may.
De plus ne pensez pas que les belles femmes, filles ou vefves, quand elles voyent de toutes parts en leurs pourmenades de leurs bois, de leurs forests, garennes, parcs, prairies, jardins, bocages et autres lieux récréatifs, les animaux et les oiseaux s'entre-faire l'amour et lascivement paillarder, n'en ressentent d'estranges picqnres en leur chair, et n'y veulent soudain rapporter leurs remèdes. Et c'est l'une des persuasives rcmonstrances qu'aucuns amans et aucunes amantes s'entreFont , s'entrevoyans sans chaleur, ny fiamme, ny amour; en leur remonstrant les am'maux et oyseaux , tant des champs que des maisons, comme des passereaux et pigeons domestiques et lascifis, ne faire que paillarder, germer, engendrer, et foisonner jusqu'aux arbres et plantes. Et c'est ce que sceut dire un jour une génie dame espaignoUe à un cavallier froid ou trop respectueux : Ça, gentil cavalière, mira como los amores de todas suertes se tratan y triunfan en este verano,x F. S. queda flacoy ahaiido! Cest-à-dire: a Voyci ^ «[gentil cavallier, comme toutes sortes d'amours a se mennent et triomphent en ceste prime ; et avons demeurez flac et abattu.»
Le printemps passé fait place à l'esté, qui vient après et porte avecques soy ses chaleurs : et ainsy qu'une chaleur amené l'autre, la dame par conséquent double la sienne; et nul rafraîchissement ne la luy peut oster si bien qu'un bain chaud et trouble de sperme veneriq. Ce n'est pas contraire par son contraire se guérir, ains semblable par son semblable; car, bien que tous les jours elle se baignast et plongeast dans la plus claire fontaine de tout un pays, cela iiy sert, ny quelques légers habillemens qu'elle puisse porter, pour s'en donner fraischeur, et qu'elle les retrousse tant qu'elle voudra, jusqu'à laisser les callessons, ou mettre le veitil-
* Voyez.
DES DAMES GALLANTES.
gadia dessus eux , sans les mettre sur le cotillon, comme plusieurs le font. Et là c'est le pis» car, en tel estât , elles s'arregardent , se ravissent , se contemplent à la belle clarté du soleil , que , se voyant ainsy belles, blanches, caOlées, poupines et en bon point, entrent soudain en rut et tentation ; et , sur ce , faut aller au masie ou du tout brusler toutes vives, dont on en a veu fort peu ; aussy seroient-elles bien sottes. Et si elles sont couchées dans leurs beaux licts, ne pouvans endurer ny couvertes ny linceux, se mettent en leurs chemises retroussées à demy nues; et le matin, le soleil levant donnant sur elles, et venans à se regarder encor mieux à leur ayse de tous costés et de toutes parts, souhaitent leurs amys, et les attendent. Que si par cas ils arrivent sur ce poinct , sont aussy tost les bienvenus, pris et embrassés; «car lors, dissent-elles, c'est la meilleure embrassade et a jouissance d'aucune heure du jour; d'autant, «disoit un jour une grande , que le c. est bien t confit, à cause du doux chaud et feu de la «nuict , qui Ta ainsy cuit et confit, et qu'il en a est beaucoup meilleur et savoureux.»
L'on dit pourtant par un proverbe ancien : Juin et jiUUet,la bouche mouillée et le v.. sec; encor met-on le mois d'aoust : cela s'entend pour les hommes, qui sont en danger quand ils s'eschauffent par trop en ces temps, et mesmes quand la canicule domine, à quoy ils y doibvent adviser ; mais s'ils se veulent brusler à leur chandelle, à leur dam.
Les femmes ne courent jamais ceste fortune , car tous mois, toutes saisons, tous temps, tous signes leur sont bons.
Or les bons fruicts de l'esté surviennent, qui semblent debvoir rafraischir ces honnestes et chaleureuses dames. A aucunes j'en ay veu manger peu , et à d'autres prou. Mais pourtant on n'y a guieres veu de changement de leur chaleur, ny aux unes ny aux autres , pour s'en abstenir ny pour en manger ; car le pis est que, s'il y a aucuns Fruicts qui puissent rafraischir, il y en a bien force autres qui reschaufFent bien autant, auxquels les dames courent le plus souvent , comme à plusieurs simples qui sont en leur vertu et bons et plaisans à manger en leurs potages et salades , et comme aux asperges , aux artichaux, aux trufSes, aux morilles, aux mousserons et polirons, et aux viandes nou-
velles, que leurs cuisiniers, par leurs ordonnances , sçavent très-bien accoustrer et accommoder à la friandise et lubricité, et que les médecins aussy leur sçavent bien ordonner. Que si quelqu'un bien expert et gallant entreprenoit à desduire ce passage , il s'en acquitteroit bien mieux que moy.
Au partir de ces bons mangers, donnez-vous garde, pauvres amans et marys. Que si vous n'estes bien préparés, vous voylà desbonnorés, et bien souvent on vous quitte pour aller au change.
Ce n'est pas tout ; car il faut avecques ces Fruicts nouveaux, et Fruicts des jardins et des champs , y a^jouster de bons grands pastés, que l'on a inventés despuis quelque temps, avecques force pistaches, pigeons et autres drogues d'apoticaires scaldalives , mais sur-tout des
crestes et c de cocq , que l'esté produit et
donne plus en abondance que l'hyver et autres saisons; et se Fait aussy plus grand massacre en gênerai de ces jolets et petits cocqs, qu'en hyver de grands cocqs , n'estans si bons et si propres que les petits, qui sont chauds, ardens et plus gaillards que les autres. Voylà un , entr'autres, des bons plaisirs et coitmodités que Testé rapporte pour l'amour.
Et de ces pastés ainsy composés de menusaillcs de ces petits cocqs et culs d'articbaux et truffles , ou autres Friandises chaudes , en usent souvent quelques dames que j^ay ouy dire; lesquelles, quand elles en mangent et y peschent, mettant la main dedans ou avecques les fourchettes, et en rapportant et remettant en la bouche ou l'artichault , ou la trufEle, ou la pistache, ou la creste de cocq, ou autre morceau, elles disent avecques une tristesse morne : £/a/i^^. Et quand elles rencontrent les gentils
c de cocq , et les mettent sous la dent ,
elles disent d'une allégresse : Bénéfice; ainsy qu'on Faict à la Manque en Italie, et comme si elles avoient rentré et gaigné quelque joyau très-precienx et riche.
EIIes«en ont ceste obngation à messieurs les petits cocqs et jolets, que Testé produit avecques la moictié de l'automne pourtant, que j'entremesie avecques Testé, qui nous donnent force autres fruicts et petites volatilles qui sont cent fois plus chaudes que celles de l'hyver et de Tautre moictié de Tautomne prochaine et
PREMIER DISCOURS
yorsine de rhyver, qui, bien qu'on les puisse et doibve joindre ensemble, si n'y peut-on si bien recueillir tous ces bons simples en leur vigueur j ny autre chose comme en la saison chaude, encor que Thyver s'efforce de produire ce qu'il peut, comme les bonnes cardes qui engendrent bien de la bonne chaleur et de la concupiscence, soit qu'elles soient cuittes ou crues, jusques aux petits chardons chauds , dont les asnes vivent et en baudouinent mieux, que l'esté rend durs, et l'hyver les rend tendres et délicats , dont Ton en faict de fort bonnes salades nouvellement inventées. Et outre tout cela, on Mettant d'autres recherches de bonnes drogues chez les apoticaires, drogueurs et parfumeurs, que rien n*y est oublié, soit pour ces pastés, soit pour les bouillons. El ne trouve-on à dire guieres de leur chaleur eu l'hyver par ce moyen et entretenement, tant qu*elles peuvent; «car, diseat-eiles, puisque nous sommes cu- « rieuses de tenir chaud l'extérieur de nostre «corps par des habits pesans et bonnes four- «rures, pourquoy n'en ferons-nous de mesmes «à l'intérieur P» Les hommes disent aussy : «Et «de quoy leur sert-il d'adjouster chaleur sur c chaleur, comme soyesursoye, contre la Prag- «matique, et que d'elles - mesmes elles sont «assez chaleureuses, et qu'à toute heure qu*on «les veut assaillir elles sont tousjours prestes de «leur naturel, sans y apporter aucun artifice? cQu*y feriez-vous? Possible quelles craignent «que leur sang chaud et bouillant se perde et «se resserre dans les veines, et devienne froid I «et glacé si on ne l'entretient, ny plus ny « moins que celuy d'un bermite qui ne vit que «de racines. »
Or laissons-les faire : cela est bon pour les bons compaignons ; car, elles estans en si fréquente ardeur, le moindre assaut d'amour qu'on leur donne , les voylà prises , et messieurs les pauvres marys cocus et cornus comme satyres. Encor font-elles mieux , les honnestes dames! elles font quelquesfois part de leurs bons pastés, bouillons et potages à leurs amans par miséricorde, afin d'estrc plus braves, et n'esire atténués par trop quand ce vient à la besoigne , et pour s'en ressentir mieux et prévaloir plus abondamment ; et leur en donnent aussy des receples pour en faire faire en leur caysîDC à part : dont aucuns y sont bien trom-
pés, ainsy que j'ay ouy parler d'un gallant gentilhomme, qui, ayant ainsy pris son bouillon, et venant tout gaillard aborder sa maistresse, la menaça qu'il la meneroit t)eau et qu'il avoit pris son bouillon et mangé son paslé. Elle luy responditzftVousnemeferezquela raison;encor « ne sçay-je : > et s'estans embrassés et investis, ces friandises ne luy servirent que pour deux opérations de deux coups seulement. Sur quoy elle luy dit, ou que son cuisinier l'avoit mal servy, ou y avoit espargné des drogues et compositions qu'il y falioit , ou qu'il n'avoit pas pris tous ses préparatifs pour la grande médecine, ou que son corps pour lors esioit mal disposé pour la prendre et la rendre : et ainây elle se mocqua de luy.
Tous simples pourtant, toutes drogues, toutes viandes et médecines , ne sont propres à tous; aux uns elles opèrent, aux autres, Manque! encor ay-je veu des femmes qui, mangeant ces viandes chaudes, et qu'on leur en faisoit la guerre que par ce moyen il pourroil avoir du débordement ou de l'extraordinaire ou avecques le mary ou l'amant , ou avecques quelque pollution nocturne, elles disoient, juroient et affirmoient que , pour tel manger, la tentation ne leur en survenoit en aucune manière. Et Dieu scait ! il falioit qu*elles fissent ainsy des rusées.
Or, les dames qui tiennent le parly de Fby ver disent que, pour les bouillons et mangers chauds , elles en sçavent assez de receptes d'en faire d'aussy bons Thyver qu'aux autres saisons. Elles en font assez d'expériences ; et pour Paire l'amour le disent aussy très-propre ; car, tout ainsy que l'hyver est sombre, ténébreux, quiète, coy, retiré de compaignies et caché, ainsy faut que soit l'amour, et qu'il soit faict en cachette , en lieu retiré et obscur, soit en un cabinet à part , ou en un coin de cheminée près d'un bon feu qui engendre bien , s'y tenant de près et long-temps, autant de chaleur vénerieque que le soleil d'esté.
Gomme aussy faict-il bon en la ruelle d'un lict sombre, que les yeux des autres personnes, cependant qu'elles sont près du feu à se chauffer, pénètrent fort mal-aysement , ou assises sur des coffres et licts à l'escart, faisant aussy l'amour, ou les voyant se tenir près les unes des autres, et pensant que ce soit à cause du froid, et se tenir plus chaudement ; cependant
DES DAMES GÂLLANTfiS.
font de bonnes choses, les flambeaux à part bien loin reculés , ou sur la table , ou sur le biif Fet.
De plus, qui est meilleur quand Ton est dans le lict? c'est tous les plaisirs du monde aux amans et amantes de s'entr'embrasser, de s'entre -joindre, s'entre -serrer et se baiser, s'entre- trousser l'un sur l'autre de peur de Froid , non pour un peu mais pour un longtemps, et s'entre-eschauffer doucement , sans se sentir nullement du chaud démesuré que produit Testé, et d'une sueur extresme, qui incommode grandement le déduit de Tamour; car, au lieu de s'entretenir près, et se resserrer et se mettre à Fesiroit il se Faut tenir au large et fort à l'escart. Et qui est le meilleur, disent les dames, par Tadvis des médecins : les hommes sont plus propres, ardents et déduits à cela l'hyver qu'en Testé.
— J'ay cognu d'autres fois une très-grande princesse, qui avoit un très-grand esprit et parloit et escrivoit des mieux ^ Elle se mit un jour à faire des stances à la louange et faveur de Ihyver, et sa propriété pour l'amour. Pensez qu'elle l'avoit trouvé pour elle très- Favorable et traiclable en cela. Elles estoient trèsbien Faictes ; et les ay tenues long-temps en mon cabinet; et voudrois avoir donné beaucoup et les tenir pour les insérer ici : Ton y verroit et remarqueroit-on les grandes vertus de Tbyvcr, propriétés et singularités pour l'amour.
— J'ay cognu une très-grande dame, et des belles du monde, laquelle, vefve de Frais, faisant semblant ne vouloir, pour son nouvel habit et estât, aller les après soupers voir la cour, ni le bal, ni le coucher de la reyne, et n'estre estimée trop mondaine, ne bougeoit de la chambre, laissoit aller ou renvoyoit un chascun ou une chascune à la danse, et son fils et tout 9 se retiroit en une ruelle; et là son amant, iTautres fois bien traicté, aymé favorisé d'elle estant en maryage, arrivoit; ou bien, ayant souppé avecques elle, ne bougeoit , donnant le bonsoir à un sien beau-frere, qui estoit de grande garde; et là traictoit et renuuvelloit ses amours anciennes, et en practîquoit de nou* velles pour secondes nopces, qui furent accomplies-en l'esté après. Ainsy que j'ay considéré despuis toutes ces circonstances , je croy que
* 6aM douie NargnerHe de Valois, première taime du roi Beori IV. £Ue se mêlait de poésie.
les autres saisons ne fussent esté si propres que cest hyver, comme je Tay ouy dire à une de ses dariolettes ^
Or, pour faire fin, je dis et afirme: que toutes saisons sont propres (lour l'amour, quand elles sont prises à propos , et selon les caprices des hommes et des femmes qui les surprennent : car, tout ainsy que la guerre de Mars se faict en toutes saisons et tout temps, et qu*ii donne ses victoires comme illuy plaist et comme aussy il trouve ses gens-d'armes bien appa*reillés et encouragés de donner leur battaille, Venus en faict demesmes, selon qu'elle trouve ses trouppes d'amans et d'amantes bien disposées au combat : et les saisons n'y font guieres rien ; ny leur acception ny élection n'y a pas grand lieu ; non plus ne servent guieres leurs simples, ny leurs fruicts, ny leurs drogues, ny drogueurs , ny quelque artifice que fassent ny les unes ny les autres, soit pour augmenter leur chaleur, soit pour la rafraiachir. Car, pour le dernier exemple, je oogoois une grande dame à qui sa mère , dès son petit sage, la voyant d'un sang chaud et bogillani qui la menoit un jour tout droit tout au chemin du bourdeau, luy fit user par l'espace de trente sns^, ordinairement en tous ses repas » du jus de vjnette, qu'on appelle en France ozeiUe^, fuse eu ses viandes , fust en ses potages et aveoques bouillons , fust pour en boire de grandes escuelles à oreilles sans autres choses enireneslées; bref, toutes ses sausses estoient jus de vinette. Elle eut beau faire tous ces mystères refrigeralife, qu'enfin c'a esté une très-grandissime et illustrissime putain , eC qui n'avoit point besoing de ces pastés que j'ay diet pour luy donner de la ehaleur, car elle en s assez; et si pourtant elle est aussy goulue i les manger que toute autre.
Or je fiais fia , bien que j'en eusse dict davao* tage eC eusse rapporté davantage de raisons eC
1 CoDâdente ; nora propre deveou nom oomnaiL
* La reine Marguerite, née en 1553, fui scus les ailes
de sa mère jusqu'en 1583, qu'eUe fut envoyée à son niari
ea Gascogne.
■ Ce que Bra^ttoe if^peUe ici vinette n'est pas resetUe ;
c'est répine-vinette, ereipina en iulien , fv'on Bouœe
aussi simplement viuelte. Ménage, Origines fr., dit bien
qu'en Anjou et en Touraine l'oselile s'appelle Tinette ;
mais, es tout cas , c'est un mot de proTince et Doe pas de
toAils la Francei coonme le dit Biasttae.
PREMIER DISCOURS
exemples ; mais il ne faut pas tant s'amuser \ ronger un mesme os ; et aussy que je donne 'a plume à un autre m^lleur discoureur que moy , qui sçaura soustenir le party des unes et des autres saisons : me rapportant à un souhait et désir que falsoit une fois une honneste dame espaignolle, qui souhaitoit et desiroit de devenir hy ver, quand sa saison seroit , et son aroy un feu , afin, quand elle viendroit s'eschauFFer à luy par le grand froid qu'elle auroit , qu'il cust ce plaisir de la chauffer, et elle de prendre sa chaleur quand elle s^y chauFferoit , et de plus se présenter et se faire voir à luy souvent et à son ayse, en se chauffant retroussée , escar* quitlée, et eslargie de cuisses et de jambes, pour participer à la veue de ses beaux membres cachés sous son linge et habiltemens d'auparavant , aussy pour la reschauffer cncor mieui et luy entretenir son autre feu du dedans et sa chaleur paillarde.
Puis desiroit venir printemps , et son amy un jardin tout en fleurs, desquelles elle s'en ornast sa teste, sa belle gorge, son beau sein, voire s'y vautrant parmy elles son beau corps tout nud entre les draps.
De mesmes après desiroit devenir esté , et par conséquent son amy une claire fontaine ou reluisant ruisseau, pour la recevoir en ses belles et fraiscbes eaux quand elle iroit sy baigner et esgayer, et bien à plein se faire voir à luy, toucher, retoucher et manier tous ses membres beaux et lascifs.
Et puis, pour la fin , desiroit pour son automne retourner en sa première forme et devenir femme et son amy homme, pour puis après tous deux avoir Fesprit , le sens et la raison à contempler et remémorer tout le conten*^ tement passé , et vivre en ces belles imaginations et contemplations passées, et pour sçavoir et discourir entr'eux quelle saison leur avoit esté plus propre et délicieuse.
Voylà comment ceste honneste dame deparloit et compassoit les saisons ; en quoy je me remets au jugement des mieux discourans, quelle des quatre en ces formes pouvoit estre à Tun et à Taulre plus douce et agréable.
— Maintenant à bon escient je me départs de ce discours. Qui en voudra sçavoir davantage et des diverses humeurs des cocus , qu'il fasse une recherche d'une vieille chanson qui
fut faictea lacour, il y a quinze ou seize ans, des cocus , dont le refrain est :
Uo oocu meine Tautre, et louijonrg sont en peioe, Un cocu Tautre meioe.
Je prie toutes les honnestes dames qui liront dans ce chapitre aucuns contes, si par cas elles y passent dessus , me pardonner s'ils sont un peu gras en saupiqués, d'autant que je ne les eusse sceu plus modestement déguiser, veu la sauce qu'il leur faut. Et diray bien plus, que j'en eusse allégué d'autres encor bien plus saugreneux et meilleurs, n'estoit que, ne les pouvant ombrager bien d'une belle modestie , j'eusse eu crainte d'offenser les. honnestes dames qui prendront ceste peine et me feront cest honneur de lire mes bvres. Et si vous dii ay de plus , que ces contes que j'ay faicts icy ne sont point contes menus de villes ny villages, mais viennent de bons et hauts lieux, et si ne sont de vi les et basses personnes, ne m'estant voulu mcs^ ter que de coucher les grands et hnts sot^eets, encor qne j'aye le dire bas ; et , ne nommant rien , je ne pense pas scandaliser rien aussy.
Femmes, qui transformez Tot marys en oiseaux. Me TOUS en lasses point, U forme en e*t trte-belle; Ctr, «i TOUS les laîMez en k'urs premières peaux, Us Youdroal tous tenir toujours en curatelle. Et comme hommes TOudroiH ustr de letir puisianot; Au Ueu qa'eilans oiieaux, ne tom ftroal dvfftes*.