‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 7 sur 119 · LXIV. Si, por los ojos de mi dama · texte numérisé non relu

LXIV. Si, por los ojos de mi dama

LXV. Si , por estas barbas que naciéron à la fumada de los cahones ^^,

Ils en disent bien d'exécrables, comme je vis un jour on bandollier près deNarbonne, qui jura por los higados de Dios ^^. Malheureux qu^il estoii ! Un autre juroit : Cuerpo de Dios por el pan , sangre de Dios por et vino ^*.

Je vis un soldat à Naples, où estant faicte une pragmatique ou defFense de ue jurer parmy les bandes, luy, ayant perdu tout son argent dans le corps-de-garde , il dit seulement : Beso las manos al seflor Pilato ^^. interrogé par quelqu'un de ses compaignons de ce qu'il voulpit dire par là , il respondit qu'il remercioit Pilate et luy en sçavoit bon gré de quoy il avoit sen-

* LIV. Ouy, ou je renie le manoir embraie de Pluton.

* LV. Ony, par la sainte Trinité.

' LVI .Ouy, ou je renie la loi de ce débauché de Maboinei , et je déteste son sepulcbre.

* LVIL Ouy, ou je renie Tenfant de cbceur de reglise, ▼alet du sacristain.

* LVill. En vérité, je tous l'assure par les saints de Dieu.

* LIX. Ouy, ou je renie Tesprit malin.

' LX . Ouy, par les pèlerinages de saint Jacques. ' LXI. Ouy, je te le jure par Notre-Dame du Remède.

* LXII. Ouy, par la vie de lempereur Cbarles. '* LXIII. Ouy, parla vie du roi don Pbiiippe. *' LXIV. Ouy, par les yeux de ma maîtresse.

'* LXV. Ouy, par ces moustacbes, nées à la fumée des canons.

'* Par les entrailles de Dieu.

'* Gorpa de Dieu pour pain, sang de Dieu pour vin. ** Je TOUS baise les mains, seigneur Pilate.

tentié nostre Sauveur Jésus Christ. Il devoit estre brusié.

Un autre soldat estant un jour entré dans le logis d'une femme , son hostesse , qui avoit trois ou quatre petits enfans à Tentour d'elle qui ne faisoient que crier et Timportuner, il dit : Que no vive aun el rejr don Herodes para vengarme de estos nifios L Inférant par ià qu'il eust voulu le roy Herodes encor revivre , pour faire un second massacre de petits innocens , afin que pour luy il n'eust plus la teste rompue du cry de ces petits enfans. Quelle religion !

Un autre, sortant d'une maladie et d'une grande fiebvre chaude, estant allé à Teglise pour remercier Dieu de sa guerison, il dit et salua ainsi : Beso las manos , seflor Jésus y tambien à vos , san Pablo,y san Pedro, y à todos vosotros apostolesy santos de vida eterna^;ei se tournant vers sainct Antlioyne peint avec sa grande barbe blanche, il dit : F no à vos, barba blanca, que tan mal su fuego me tratô ,yme quemô en mis calenturas K

Le brave M. de Bayard ne fit pas cela; lequel, ainsi que dit son Roman , estant un jour persécuté d'une forte fiebvre chaude , de telle façon qu'il en brusioit , il implora M. sainct Anthoine en luy faisant telle oraison : «Ah! c monsieur Anthoyne, mon bon sainct et sei- «gneur, je vous supplie avoir souvenance lors- «que nous autres François nous allasmes jetter a dans Parme, que les impériaux vouloient « venir assiéger. Il fut arresté qu'on brusieroit a et abattroit-on toutes les maisons et églises «qui estoient aux faux-bourgs. Je ne voulus «jamais consentir que la vostre fust abbattue, «bien qu'elle fust de grande importance ; mais «je m'y allay jetter dedans avecques ma corn- « paignie ; si bien que je la garday , et demeura «entière, d Geste oraison faicte, au bout de buict jours M. de Bayard fut guery.

A propos de baiser les mains , un prescbeur en Espaigne preschant le premier dimanche de caresme, et touchant Tevangile de ce jour-là et de la tentation de Satan à Tendroici de nostre

* Ab! que le roy Herode ne vit- il encore, pour me délivrer de cette petite canaille:

* Je vous baise les mains, seigneur Jésus, et au&si à vous, saint Paul, saiot Pierre, et à tous les autres apôli^s et saints de la vie éternelle.

' Mais non point à vous , barbe blancfae, dontle feu m*a si mal traité, et m'a tant brûlé pendant ma fièvre.

APPENDICE AU TROISIESME DISCOURî^.

Selgdear, tenant sur ce poinct qu'il luydit qu'il se jettast du haut du pinacle du temple en bm, et que, puisqu'il estoît fîls de Dieu, il seroit aussy tost relevé des anges sans se faire mal ; sur ce le prescheur dit tels mots : Jésus, como acaballero miiy bien criado, respondiô asi : « Beso las manos , seflor Satan. Tengo yo « otra escalera para baxar *. »

Je sçay un très grand prélat qui fit une quasi pareille faute (et sans penser) que celle-là, car je Touys : lequel prcschant ce mesme jour à Fontainebleau devant le roy , la reine et toute la cour, où il y avoit deux ou trois cens huguenots, et touchant ce mesme poinct de la tentation, il dict : <t Hé diable mon amy, «que vous ay-je faicl pour me vouloir tenter «ainsy PsGe mot là ne fut pas plustost dit qu'il fiit relevé de plusieurs de l'assistance, mcsmes des huguenots, qui s'en mirent à rire avecques une sourde rumeur , dont après ils en firent bien leur proffict. Le sermon achevé , s'estant enquis â aucuns de ses gens pourquoy on avilt ^y, lis luy dirent parce qu'il avoit appelle le diable son amy; dont il on fiit si fascbé, qu'il dit l'avoir dit à Pimproviste et sans y songer, et qu'il vondroit avoir donné dix mille escus, et tenir le mot dans la bouche.

Or il faut noter que aucuns de ces Espaignols ayment tant à dire de bons mots, qu'ils n'espargnent ny religion, ny religieux, ny personne, ny chose quelconque qui soit.

J'altois un jour àNaples avecquesle procache ^, avecques qui vont toutes sortes de gens, selon la rencontre qu'ils trouvent. Par cas, estoit avec nous le sergent majour de Naples, qui pbrtoît le nom de Garavajal, gallant homme certes. Il ne faut point demander si Ton est mal traicté par les mains de ce procache. Après que nous eusmes disné en une ville qui s'appelle Beliistre, aussy malqu*il est possible, et de très meschante viande y on noas porta pour le fruict deux plats de sallade , où il y avoit des herbes que le diable n'en eust pas mangé, tant elles estoient sauvages et ameres. Dans deux autres plais à part il y avoit un peu de vinaigre et force huile, comme il y en a force en ces quartiers , et aussy

* Jésus , comme un cavalier bien appris , repondit ainsi : «Je tous baise les mains» seigneur .Satan; j'ai un «autre escalier pour descendre.»

* Le messager.

qu'ils n'y veulent que fort peu de vinaigre Garavajal , voyant ce beau mets avecques ceste grande quantité d'huile s'escria du haut de la table où il estoit , et moy près de luy : Sehores, quien quiere morir de vosotros, que aqui esta la extrema uncion ^ ? parce que l'extrême onction se faict d'huile. Nous nous mismes tous à rire, fors un moy ne qui estoit présent , qui dit : Sehor capitan, estas palabras no son buenas à decir ^. Le capitaine luy respondit : 5^^or/ra/fe, estas yerbas no son buenas à corner. Tome esteaceyte^y llei^ele al vicario 3. Le pauvre moyne demeura e$tonné; et fallut qu'il beustceste-là, car l'autre ne s'en soucioit guieres.

Un pauvre un jour demandant l'aumosne à un soldat, et qu'il prieroit Dieu pour luy, il met la main à la bourse, et luy donne une reaile, en disant : Tornade queyo no presto à uzura ^.

Un autre, en demandant l'aumosne de mesmes, et qu'il prieroit Dieu aussy pour luy, il luy dit, en ne luy donnant rien : Rogadpor vos que teneis harto menester de vueslras rogarias para sus pecados, sin gastarlas por otros *. Gestuy ne fut pas si courtois que le précèdent.

Un autre pauvre demandoit l'aumosne à un cavallier , et qu'il la luy donnast , pues que era su hermano^. L'autre, estonné, luy demanda comme il estoit son frère ; il respondit : Porque todos sotnos de un mismo padre, Jdan y Eva^, L'autre, tirant sa bource, luy donna unablanca^. Surquoy le pauvre respliqua que c'estoit fort peu pour estre son frère. Le cavallier, le renvoyant bien loing, luy dit : Si coda uno de tm hermanos te dièse otro tanio , no Iiabria principe tan rico como tu K

* Messieurs, qui a envie de mourir, de vous autcct, que Yoici rexu*éme onction ?

' Monsieur le capitaine, ces paroles ne sont pea bonnes à dire.

* Monsieur le moine , ces berbes ne sont pas bonnes à manger. Prenez donc cette buile, et la portez à votre vicaire.

* tiens, je ne prête point à usure.

s Prie pour toi, tu as assez besoin de tes prières pour tes péchés, sans les prodiguer pour les auu-es»

* Puis qu'il était son frère.

T Parce que nous sommes tous sortis des mêmes ancêtres , Adam et Eve.

* Un liard.

* Si chacun de tes frères te donnait autant, il n'y aurait point de prince si riche que toL

SERMENS BT JURBMBKS BSPAIGNOLS. é3

Vu catallier e^paignol voyant un jour un autra qui parloitàsa maistresse d'amour, lequel estoU laid et noir comme un beau diable « s*approcbant de luy, il luy dit : f^cuie rétro, Saianàs ; no tenteis mi seflora ^

Un autre amoureux, contemplant en un tableau les mystères de la passion de Nosire Sei<^ gneur , aiosy que les peintres nous les repre^ sentent, il dit : Igualar otros martirios à estas séria gran desvario ; mas grandes son las mios ^.

Geste comparaison sourde , en quelque fuçon que ce soit, ne se doit faire. Telle ou pire en Ht un cordellier une fois, dont j'en vais faire le conte. Ce cordellier estoit un des prescheurs et confesseurs de la reyne Anne de Bretaigne. Je ne sçay si c'est point frère Jehan Bourgeois, fort renommé de ce lemps^lâ, ou autre. Pour lors ladicte reyne avoit une de ses filles qui s'appelloii Bourdeille , sœur propre et aynée de feu mon père, et pour ce ma tante, fillole du roy Louys XII , dont elle portolt le nom de Louyse de Bourdeille. Il Tavoit falcte venir à la cour dèn l*8age do six ans, et la Ksisoit quasi ordina)^ remeni manger ao bas de sa table, estant petite garce , parce qn'elle avoit le bec affilé et disoit d*or, et eausoit plaisamment, et luy bailloit ainsy du plaisir. Mais quand elle vint sur l'aage de unze à douie ans, la reyne la fit tirer de là et manger à l'ordiftalre avecques ses compaignons. Or, venant sur Taage de quatorze à quinze ans , elle estoit si belle qu'on Tappelloit VJnge de la cour, dont plusieurs gentilshommes en furent serviteurs et amoureux , jusques à ce M. le cordellier ( car soubs la ceinture de saint François ramoor y voile aussy bien qu'ailleurs) , qui , en Teihortant, fust ou en la chambre de la reyne (car iorskacordelllers entroient partout, tant on se floft en eut) , ou en confession , de l'amour de Dieu et de la charité, il en faisoit tomber tousjours quelques mots sur son amour; si bien que ma tante Ten ayant renvoyé bien loing par deux ou trois fois, et luy ne s'en désistant, le dit à la gouvernante, qui en fit le rapport à la reyne , qui n en fit autre semblant , sinon ht !anc<*r, et luy dire que c'estoil une

* ielire-toi d*ici , Satan, ne (ente point ma maîtresse.

* Ce serait une bien çraniSe faute que de comparer d'antres snuffiances i œlles-ey; mis néanmoins les

BÛCBBCSSOOi

mauvaise garce, et que ce cordellier estoit tii très sainct et homme de bien. Gela dura quelque temps jusqu'à un jour de vendrcdy sjj^inct, que luy venant â prtsclier la Passion dnns la grande salle de Bloys, devant la rryne Âtinc , ses filles et sa cour, il se mil de plein abord, par son premier thème , â commencer ainsy son sermon , et par ces propres mots : « Pour vous , «belle nature humaine, c'est aujourd^iuy pour f qui j'endure, dit ainsy nostre Seigneur JésuscChrisl à un tel jour d'anuict pour sa Passion.» Pois, s'estant plus avant enfi)ncé en propos, il va si dextrement et subtilement contourner et convertir tout son texte et passage de la Passion en celle qui Taffligeoit pour l'amour de cesle belle nature humaine qui estoit au devant de sa chiese avecques ses compaignes et autres dames , sur laquelle jet toit tousjours quasi ses yeux , cootrefiiisant du triste, du marmiieux, et du passionné des toorraens de Nostre Seigneur, que pourtant il couvert issoit tocisjours sur les siens* Bien peu de personnes s'adviserent de cela , ai ncHi la reyne un peu , qui , ne se fiant en son jugement, après le sermon Cailly, elle fit venir le galland parler à elle, en la présence de deut de ses docteurs qui avoient esté au sermon^ auxquels la reyne ayant confi ré son soupçon et sondoubte; s'en allèrent auasy doubler et a|H percevoir, et luy repeler la plus grande part dea passages, tant vraia que feints, tant bons que mauvais , qu'avoit allégués le gaHand. Enfin trouvèrent qu'il y avoit de la mescbanceté; et pour ce, estant appelle devant ta reyne et les docteurs , et estant convaincu d'un tel crime (non sans se deffendre pourtant bravement), on dit que la reyne le fit fouetter en sa cuisine \ mais point, car elle n'aymoit point le scandale; ains le renvoya à son provincial, avecques bellea recommandations qu'il s'en souvint toute la vie; et par ainsi , ma tante , bien ayse d'estre délivrée d'un tel fascheux importun , et de n'esire plu;> taxée de la reyne de l'avoir accusé à tort , et que la vérité en estoit cognue, dont la reyne l'en ayma davantage, et le roy son parain. Mais elle ne vesquit guieres après ; car elle mourut à Taage de quinze venant à seiie ans. Grand dommage certes d'une si belle fleur fanie et emportée en son plus beau apvriL Elle fut fort regrettée du roy, de la reyne , de tonte la cour, et enter» rée très honnorablement aux Gordelliera prtt

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