SERMENS ET JUREMENS ESPAIGNOLS
mesmes mangé toat son bien , et rencontré un | et qull n'en aurait point. L'autre luy respondit
jour par un sien amy , et trouvé à table qu'il Dadme pues unpoco de agua benditapara
r^î.^ï.u uv . ... ^ w beber , que cosa tan bendita ysagradano
puede fiacer mal ^ Le mededn luy respondit : O ! hijo de puta, que habeis dicho ? Dénie quanta agua quisiere ». Ainsy l'abandonna M. le médecin à boire son saoul d'autre eau , et ne toucher à l'eau beniste, qui a bien plus d'autres vertus que de la boire, ainsy que j'en vais faire un conte.
M. de Orignaux, gentilhomme de Perigord, brave et très-babile en son temps, et chevallier d'honneur de la reyne Anne de Bretaigne , fut une fois envoyé en ambassade vers le piJ[)e Jules par le roy Louis XII sou maistre. Par cas, un jour estant au palais de Sainct- Pierre, il veid sortir cinq ou six cardinaux, faisans bi n des empressés, qui alloient jelter le diable hors du corps d'un pauvre homme. H les pria de l'atlendre un peu qu'il eust dict un mot à Sa Saincteté , et qu'il vouloit aller avec eux pour voir ce mystère qu'il n'avoit jamais veu. A qui ils dirent, par une grande speciauté, qu'il ne falloit pas qu'il y vinsi, parce qu'il ne s'estoit pas confessé, et mis en estât et bonne dévotion comme eux : d'autant que ces malins esprits souloient , quand on les chassoit d'un corps , s'aller aussy tost rejetter dedans un autre, s'il se trouvoit en son chemin , et n'estoit en bon estât que doit estre un vray et bou chrestien et catholique; et par ainsy ce malin esprit, estant par eux chassé du corps de ce pauvre homme, pourroit entrer dans le sien , le trouvant tout immonde et honny. A quoy M. de Orignaux respondit promptement : a Le prenez- vous là ? «j'y ay trouvé un bon remède; car je me jetteray a tout chaussé et tout vestu dans le grand beanistier, et m'y plongeray jusqu'à la gorge. a Mais , avant, je prendray de l'eau beniste ma « pleine bouche ; et, lorsque vous aurez faict vos «oraisons, imprécations et brinborions, et que a je pourray au plus près cognoistre que ce dia- «ble voudra sortir, je commenceray à jetter par a ma boucne, et rejaillir peu à peu mon eau be- « niste , et l'ectretiendray tousjours ainsy jusqu^à
faisoit bonne chère, et souppoit avec un flambeau de cire ; luy pensant remonstrer que, puisqu'il n'avoit plus de quoy faire telles despenses, pourquoy il faisoit celle-là d'un flambeau de cire, et ne se contentoit d'une petite chandelle de suif; l'autre luy respondit : Sehor, llego al cabo del afio con mi hacienda ^ Quel bout de Tan , et quelle comparaison ! Ne vous dis-je pas qu'ils n'espargnent rien pour dire un bon mot? Comme plusieurs autres que je dirais bien ; mais je serois trop long. Si diray-je encor ceux-cy.
La reyne d'Espaigne, donne Izabelle de France, estant un jour en une procession à Madrid avec ses dames et filles qui la suivoient, toutes aussi belles qu'elle; et, venant après la dernière leur gouvernante, vieille et laide, il y eut un cavallier qui rencontra là-dessus , et dit : Esta dama parece la muerte al cabo de un rosario de oro à de pedrerias ^. Il se faut imaginer là-dessus un beau chappellet de pierreries ou d'or, de quelque façon , au bout duquel on met coustumierement une teste de mort, pour en avoir souvenance.
Un capitaine de galleres poursuivant une galliote de Mores, il fit un vœu que, s'il la pouvoit prendre, qu'il en donneroit la dixme à Nostre- Dame de Guadalup. Un de ses soldats s'en mit à rire; et luy ayant esté demandé pourquoi, il respondit : Lo que ha prometido el capitan, ahora es de los Moros ; y si se gana, sera de nosotros soldados ; pues mirad adonde se lia de s€tcar el diezmo par IVuestra- SefSora \ Le gallant se vouloit partager pour luy et pour ses compaignons , avant que rien donner à Nostre-Dame.
Cestuy-cy, et puis plus. Un gallant, ou, pour mieux dire, un meschant garnement , estant un jour malade d'un fiebvre chaude qui le pressoii et l'altérait fort, il demanda à son médecin de Teau de fontaine pour boire. Il luy respondit qu'elle luy ferait mal s'il en beuvoit ,
*Monneur, je Hm le bout de Tan de mon defuiict bien.
* Celte dauie a tout l'air d'une téie de mort enfilée au bout d'un rosaire d*or ou de pierreries.
* Ce que le capitaine a promis est encore en la puissance des Maures; et si on le prend, il sera à nous antres soldats^ Admirez donc (ni il prendra la dixme pour fiotre-Dame.
BftAHTom. n.
■ Donnez • moi donc un peu d'eau bénite pour boire. Une chose si sainte et si sacrée ne aurait faire mal.
* O fils de putain! qu'as-tu dit? Qu'on lui donne éù Teau tout son saoul.
APPENDICE AU TRQISIlEaME DISCOURS.
€Cf^ quç Ip diailile aqra ^qrly par la Yit|fe, oj^ j c^reptr^ dah^ le corps (|ip qwçlqu'pa dç vqus ?ma très, qui p*esïes pas plqs nets, i^y ne valiez p^aa a plus que moy, et estes pires que U diable. Car, a pasques-dieu (tel estoit son serpaent)^ vous estes, «et votre niaisire, tous K^ystres, qui ne faictes q que trahir et tromper le roy mon malstre;» ce qui arriva puis après. Yqyià donc comipent M. de Orignaux, voulant mettre ordre aux trous de haut et du bas, par là où il presumoit que le diable deust passer, fit approuver à rassemblée que le remède estoit très-bon, et qu'il vçrroit tout le mystère sans danger et fortune.
Je tiens ce conte d'un vieux gentilhomme mon voisin, qui disoit le tenir de feu M. dp Bourdeille mon père, qu| estoit parent et bon amy de M. de Orignaux, et aussi bon compai* gnon que luy ; lesquels to^s deux , et en France , et au dehors aux guçrres d'Italie, eq avpient faictde bonnes en leqr temps, bien que mon père fust plus jeune , car il estoit page de la reyne Anne , allant tpusjoqrs sur son premier mulet de devant sa lilipre, qui estoit un grand honneur de ce tepaps , que M. de Orignaux estoit dcsjâ chevallier d'hopneur de ladictç reyne, laquelle (sortant hors de page) le luy donna pour le mener aux guerres de Naples. Je sçay plusieurs boas contes de tous deux, qui sont çubelins, et qui lèvent la paille, dontfeo conte aucuns en mes autres livrps.
Or bien qup ce conte soit joyeux et ridicule , il faut tqusjours confesser et adyouer que Teau bepiste a de très-grandes vertus et propriétés, soit contre ces esprits malins, soit pour les foudres, teUipcNtes, orages et tonnerres, pour Ip feu et emOrubement, bref pour une infinité de choses dont l'on a veu de grands miracles.
J|e cuyduis n'allonger ce peti^ traicté des /uremfins espaignols tant comine j'ay faict. Mais, comme ufi propos ameine l'autre, je me suis perdu un pe^ en ces petits contes precedens y qu'il vaut n^ieu^ diij^p que raconter ces énormes jurecnens et blasphèmes , qui sont par trop scandalleux, pt très-nuisibles à l'^me, et plus qu'on ne pçnse ; et ^'estonne qu'pn ne s'en corrige mieux qu'on ne faict. Mais, à ce que j'ay veu et pratiqué, il n'y a guieres peuple, de quelque nation que ce soit, qui ne s'en ayde fort vilaine ment. Les François s'en accommodent aussy bien que les autres, et mesmes les Gascons,
yoire plusieurs Frapciins^ns, et sur (out les soldats et adYai)tur|ers de guerrçi, aip^y qu'en coiiroit le temps passé le protverbe: oll jure a comme un advanturier, ou comme un sergent «qui prend et tient son hommp au collet.» Les lansquenets jurent estrangement aussy. Bref, tous s'en aydent, et principalenient les Italiens; par ils prennent Dieu, la Vierge Marie, et tous les saincts et sainctes, par le haut, par le bas, parle mitan, que c'est chose fort abhorrable. Ceux qui en ont pratiqué le pays en confirmeront mon dire.
Je vis une fois (je ne diray plus qi^e cestuy-cy) i^n capitaine de galleres italien, genevois * , que je ne nommeray point, qui suivoit M- le^rand prieur de France dp la maison de Lorraine. Estans sur mer , ainsy que nous pstinns prests à passer le gou4phe de Livourne,qui est trèsdangereux, jouant aux dez contre up autre, luy ayant livré dix pour son poinct et sa chance, et rencontra et pris pour luy quatorze, il se mit , en tirant Ips dez , à dire par trois fois : Fa quatçrditCi, messer Domine Dio; o tuperdi un çminjia çristiana ^. Eq ce disant , il fit If çhancp de son homme, et luy pprdit. Pm.(s, coqfinusint et renforçant plus vilainement spn blasphème , il dist : Vo sa ben che messçr Pominç Dio mi vol dar çggi çualcbe s(rç(ta ; ma , ta mentirai , dU-il en regarda^nt \e ciel, ch' èo no giuocard più ^. Et , prei^ant lea dez , il Ips jetta dans la mer , en se rettr^Mut avec une perte de trois cens pscus.
Cp blasphème porta si grand i^alheur , que nous estant engoulphés encedict goulphe, seize galleres qu'avoit ledict M. le grand prieur cour- Furent grande fortune , et cnyderent quasi toutes périr. Mondict sipur le grand prieur ayant sceu après le blasphème dudict capitaine, Ten tança très^igrement , et qu'il n'y retournast plus , autrement il luy fàirpit sentir : lequel il laissa en le voyant contrit t\ rppentant, et que luy-mesmie eut le plus grand peur que tous les autres durant la (empeste. \i avoit raison ; car Dieu s'en irrita, comme il fit paroistre. Du despuis il s'en corrigea , et le vis ne jurer ni blasphémer plus tant cpmme il faisoit : et , quand
« Génois.
* Fais quatorxe, 6 Dieut ou tu povds une ane chrelienne.
' Je vois bien que Dieu me veut aujourd'hui précipiter en quelque malheur ; mais tu menliras, dit-il eu r^- 0ardaut le ciel , car je ne jouerai plus.