‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de BourdeilleChapitre 84 sur 119 · I.*OIfCLB · texte numérisé non relu

I.*OIfCLB

Mais qui est-il celuy, ftist de fier, fust de roche, Qui , vous ayant perdu, si parfaicte en vertus, Songeant à un tel deuil d'une perte si proche, Ne crevé de pleurer, et n'ayt les sens perdus?

L4 IfIBPCI.

Tant de pleurs me sont vains, et tant de larmes vaines, Ores que j'ay mes yeux sillés pour désormais. C'est bien pour appaiser les personnes humaines, Mais non les deîlés, qui n'en veulent jamais.

t'OKCLV.

Au moins li je pouvois , par bonne destinée, De la mort qui me prinst vous oster de là-bas. Ah! qu'il me seroit doux n^attendre pas Tannée, Non pas un seul moment, pour aller au trespas!

LA IflBPCB.

Cela ne se peut pas. Le souhait s'en envole, Et ne vous sert de rien. Pourquoy resoWez-yous N'alier encontre Dieu, et changez de parolle. Ou bien de supporter un repos qui m'est doux.

l'oncle.

Doux TOUS est-il bien? Ainsy je le veux croire Par vos mesmes propos que m'avez dict souvent Ensemble en nos discours , et que pour telle gloire Vous vouliez triompher sans aucun tardement.

LA. NIBPCB.

Souvent vous Tay-je dict. Souvent m'avez reprise De si fascheuse humeur; vous l'appelliez ain»y. Mais aux tourmens humains j'estois trop bien apprise ; Et , pour m'en garantir , je voulois estre icy.

L'OIVCLB.

Encor s'il se ponvoit par quelque art vous refaire, Ou vous foire sortir de œ lieu ténébreux , Et vos membres poudreux en tel art vous porUraire, Que je pusse reveoyr les traits de vos beaux yeux !

LA IIIBPCB.

Ceste curiosité, mon oncle, n'est pas pie , Et Dieu encontre vous s'en pourroit irriter. Si vous m'avez aymé, cessez la, je vous prie, Et mes mânes laissez icy bas habiter.

l'onglb.

Mais quoy ! ma chère niepce. Eh ! faut-il que je vive Après vous ainsy morte, et que j'alite icy haut Traisnaul mes jours saus vous, et que je vous survive ? Non, non, il faut mourir , de vivre ne me chaut.

LA NIBPCB.

Je ne suis pas, mon oncle , encore toute morte; Car je veux que mon ame aille en vous voletant , El y fasse mainu tours : si que feray en sorte Que la vostre verra luy paroistre souvent.

l'onclb.

Mais où sera ce ciel et oeste belle face, Ceste belle façon et ceste majesté, Ce beau corps, ce beau port , ceste naïve grâce, C?. doux et beau parler tout plein d'honnesteié?

LA NIBPCB.

Cher onde , en tout cela perdez y votre attente : il n'en faut plus parler. Le ciel m*a tout osté Pour en orner son siège. 11 faut que me contente De ce que fais astheure , et ce que suis est^-

L'ONCLB.

Hé quoy ! Le ciel ainsy prend-il ces belles amet? Ne se conienie-il pas de ses luysans flambeaux. Sans tious desenlever tant de parfaictes dames, Pour enoor y admettre autres astres nouveaux ?

LA NIBPCB.

C'est tout ainsy qu'on voit une belle pooelle Avarement cueillir de sa blanchette main Force nouvelles fleurs pour paroistre plus balle , Et parer ses cheveux, sa léte et son blanc sein.

l'onclv.

Encor si vous eussiez comply quelque long aage ! Mais , sur vos plus beaux ans, ceste fiere Atropot Vous a ravy si-tot, vous mettant au passage De ce fascheux Caron , sans droict ny sans propos.

LA NIBPCB.

Qu'y feriez- vous, cher oncle? Ainsy, ainsy périssent Les belles jeunes fleurs en leur plus beau printemps. Les roses n*ont qu'un jour, qu'aussy tost ne fanissent Ainsy jeune je suis la proye de ce tempe.

l'oncle.

Mon Dieu , qui m'ostera de vostre longue absence Le soucy que j'en porte et porteray tousjours? Mon Dieu I je ne voy point aucune apparoissance De pouvoir donner joye A mes langoureux jours.

LA NIBPCB.

Cher oncle, vous avez ma trës-honneste mère, Et mes trois bonnes sœurs des quatre ayant esté. Mes frères et ma fille, en leur aine très-chere Vous ont toujours aymé, et grand honneur porté

l'onclb.

Vous dites vray, ma niepce. Aussy j'en prends créance. Qui est le mescroyant qui n'en veut s'asseurcr ? Pourtant je veux en moy avoir la souvenance De vostre belle idée, et toujours rhonnoi*er.

LA NIBPCB.

Le voulez-vous ainsy ? Puis donc que la première, Cher oncle, je m'en vais au Champ Elysien , Je fèray là pour vous quelque bonne prière ; Et, quand vous y viendrez, nous en causerons bien.

l'onclb.

Et cependant je vis en despit de ma vie, Je vis les jours si longs, malheureux que je suis. Que vous debviez survivre! Ué ! fout-il que l'eavie Me reUrde le bien qu'à bonheur je poursuis!

LA NIBPCB.

Mais bien mieux , mon cher oncle, afin que puissiez vivre Encor plus longuement, vivez très-bien vo« jours : Vivez encore les miens, ne vous pouvant survivre. Sans aucuns lougs travaux, ny peines, ni détours.

OPUSCULES DIVERS

Ii'OlICLB.

i>iijt donc que le roulez, je m'en Tay doue oantraindre A ce TÏTre fascheux ; mats ce n'est pour autant Que parfournir mes jours à vous tellement plaindre , Que je Tis seulement tous seule en regrettant.

L4 NIEPCB.

Pour Dieu , mon très-cher oncle, achevez Tostre plainte; J'en sens en moy troubler ma joye et mon repos ; Pour vous voir si dolent, j'en sens mon ame atteinte. Ce n'est ce que demande un corps icy enclos.

l'ongle.

Adieu doncques, madame. Ainsy que je vous donne Mes larmes et mes pleurs, je voudrais vous donner Mes yeux pour ne voir plus, sans que je leur pardonne. Pour vous pleurer sans cesse, et rien qu'un deuil mener.

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