DOUZIESME OPUSCULE
Aulre tombeau de madame de Baurdeilie , faict par son mesme dict frère.
Passant, arreste-toy un peu , je te prie , et Camuse à veoyr et admirer ceste tombe, bien qu*elle ne soit construite d'aucune excellente matière , ny de grand artifice , comme tu vois ; mais dedans y gist un corps de très-haut prix.
Icy gist doncques la très-tiaute, puissante, nobleet illustredame Jacquettede Montbron, issue de ceste grande , riche et ancienne maison de Montbron , première baronne de rAngoulmois du co&té du père , et de la noble et ancienne maison de Montpezac d'Agenès, du costë de la mère.
Elle tut femme de messire André de Bour* deille, de ceste grande aussy et ancienne race de Bourdeille, en son Tiyant chevallier de Tordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes , et lieutenant de roy en Perigord.
Elle fut Tune des dames fort favorites de la reyne mère de nos roys.
Elle fut dame de Bourdeille, Mathas, Archiac, La Tour Blanche et Sertonville, cinq maisons de très-grande marque.
Toutes ces qualités ne sont rien , car ce sont biens de la fortune, qui tombent communément à plusieurs personnes. Celles que je vais dire sont autres.
Ce fut une des belles dames de la France en son printemps , son esté et son automne. Son beau visage, et ses beaux yeux sur- tout, en faisoient la foy , avecques sa belle et riche taille, sa grâce, sa façon, son port et son abord, et sa majesté, qui la parangonnoit à une reyne. Aussy de son estre en est*il sorly une rejrne de Sicille. Toutes ces beautés, en son temps , ne Font rendue moins admirable que désirable.
Ce n'est encor rien que tout cela* Elle eut une ame très^belle, un grand esprit, un jugement solide, qui peu se rencontrent en un roesme subject; fut sçavante en toutes sciences^ Fut bien parlante en très-beaux termes, bien etdisertement escrivante de toutes choses, fort remplie de beaux discours et entretiens ;
fut fort sage, vertueuse, généreuse, magnanime, splendide et très-liberale.
Voicy chose rare : fut vcfve ft Taage de trente-six ans, belle, jeune, riche, désirée et recherchée de tout un monde, et se contint tousjours pourtant en sa viduité seize ans et plus, au bout desquels mourut d'une mort très-douce , comme elle avoit tousjours désiré, en son chasteau d*Archiac, le 38 juin 1598, regrettée à toute outrance de toutes personnes qui Favoient cognue , et qui en avoient ouy les louanges. Elle n'estoit qu'à son demy automne , autant belle, et de corps et d'ame , que jamais , mais son destin alors sans aucune apparence la nous ravit. Que maudict soit le destin!
Yoylà , passant , ce que d'elle je vous en puis dire pour ce coup, le plus grandement et le plus briefvement. Mets-le en ta mémoire, et puis va racontant partout où tu passeras que tu as icy veu et laissé un corps d'une dame icy gisante, en son vivant Tune des plus accomplies et parfaictes dames de la France.
TREIZIESMB OPUSCULE.
Spilaphe ou tombeau de madame d'Aubeterre ma niepce, faict par moy de Branthome, son onde, en forme de dkdogue, fonde et la niepce parians,
;t.'oifCLi.
Au lieu de beaux œillets, de lys et roses tendres , Je TOUS offre mes pleurs, mes larmes , mes sanclots : Au lieu d*uu marbre beau pour en couvrir vos cendres, Je vous offre mes yeux pour arrouser vos os.
LA NItPCI.
Mais, plustost que pleurer et des larmes répandre, Jeiez à pleins paniers sur mon triste tombeau Roses, lys et œillets. J'yray tant mieux descendre, Et tant plus doucement, là-bas en ce champ beau.