DIX-SEPTIESME OPUSCULE
Testament et codicUies de Pierre de Bourdeille, seigneur de Branthome.
Au nom du Père, et du Fils , et du Sainct-*Esprit , ensemble de la bénite Vierge Marie, et de madame saincteÂnne, mes deux bonnes patronnes.
Je , Pierre de Bourdeille, seigneur et baron de Richemond , de Sainct-Grespin , de La Ghapelle-Mommoreau, et conseigneur de Branthome usufructuaire, chevallier de TOrdre du roy ,de son Sainct-Michel, ensemble de celuy de TOrdre de Portugal qu'on appelle VHabito de Christo; gentilhomme ordinaire de la chambre des feus roys Charles neufviesme et Henry troisiesme , mes maistres, et pensionnaire de deux mille livres par an du susdict Charles neufviesme en son vivant ; chambellan de monseign< i:r le duc d'Allançon, mon bon maistre aussy , do: it toutes les lettres et liltres en demeurent en i;.on trésor et titres, qui du tout en donnent foy ; et ayant commandé à deux enseignes de gens de pied aux secondes guerres civilles passées , sans reproche, la grâce à Dieu ; je recommande mon ame à Dieu , et le supplie de bon cœur la recevoir en son sainct paradis.
Je veux estre enterré comme bon chrestien et catholique , sans pourtant aucune pompe fonebre, ny cerimonie nullement somptueuse.
J'eslis ma aepuUure dans la chapelle de mon chasteau de Richemond , que j'ay fiiicte et construite exprès pourcest effect avecquesla voûte, espérant que le tout sera faict et parachevé , s'il plaist à Dieu, advant que je meure, pour y estre enterré. Je veux que sur ma tombe soif gravé en grosses lettres cest epitaphe , avecques mes armoyries de Bourdeille et Vivonne , entourées de Tordre de Sainct-Michel :
Passant , si par cas ta curiosité s^estekd
DE SÇAVOIR QUI GIST SOCBS CE8TE TOMBE , G'EST LE CORPS DE MESSIRE PlERRE DB BOURDEILUC ,
En son vivant chevallier, seigneur et ba^ ron de Richemond , et Sainct-Crespin , et La Chapelle Mommoreau , et conseigneur de Brantliùme; extraictdu costédupere de la très-noble antique race de Bourdeille , renommée de l'empereur Cliarlemaigne , comme les histoires anciennes et vieux romans françois , italiens, espaignols, litiges vieux et antiques monumens de la maison le témoignent depereenfilsjusques aujourd7uiy ; et , du costé de la mère, il fut sortjr de ceste grande et illustre race aussfde Fivonne et de Bretaigne , qui en porte les hermines pour cela en ses armoiries. Il n'a dégénéré, grâce à Dieu , à ses prédécesseurs. Il fut homme de bien , d'honneur et de valeur comme eux , advanturier en plusieurs guerres et voyages estrangerset /lasardeux. Il fit son premier apprentissage d'armes soubs ce grand capitaine M, de Guyse^ mes^ sire François de Lorraine ; et, pour tel ap* prèntissage , il ne désire autre gloire et los : doncques cela seul suffise. Il apprit trèsbien soubs luy de bonnes leçons qu'il practiqaa , avecques beaucoup de réputation , pour le service des roys ses maistres. Il eut soubs eux charge de deux compaignies de gens de pied. Il fut en son vivant chevallier de l'Ordre du roy de France , comme jay dict, et de plus c/ievaUier de l'Ordre de Portugal, qu'on appelle THabito de Christo, qu'il alla quérir et recepvolr là tuy^^mesme, et avoir du roy dom Sébastien, qui ten Iwnnora au retour de la conqueste de la ville de Beils et son pignon en Barbarie, oiÉ ce grand roy d' Es poigne , dom Philippe , avoit dressé et envoyé armée de cent gaileres, et douze mille hommes de pied. Il fut
OPUSCULES DIVERS
après gentilhomme ordinaire de la chambre des deux roys Cftarles IX et Henry III , et ciiambeUan de M, dAllançon^ leur frère : et outre fut pensionnaire de deux mille libres par an dudict roy Clmrles IX , dont en fut très'bien payé tant qu'il vesguit; car il l'ajrmoit fort, et l'eusi fortaduanoé s'il eust plus vescu que ledict Henry III. Bien qu'il les eust tous deux très-bien servis, l'humeur du premier s'addonnoit plus à luy faire du bien et des grades plus que l'autre ; aussy que la fortune ainsy le vouloiL Plusieurs de ses compaignons , non esgaux à luy, le surpassèrent en bien/mets , estais et grades , meus non jamais en valeur et mérite. Le contenu tement et leplaysir ne luy en sont pas moindres. Pourtant adieu , passant, retire-toi. Je ne t'en puis plus dire , si-non que tu lais» ses jouyr de repos celuy qui en son vivant n'en eut, ny d'ayse^ nyde plaisir, ny de contentement. Dieu soit loué pourtant du tout , et de sa saincte grâce.
Je ne veux $ur-tout qu'en mon enterrement se Fassent , comme j'ay dict , aucunes pompes ny magnificences funèbres, et sur-tout ny festins 9 ny mangeailles , ny convoy , ny assemblées de parens et amys, si-non d'une vingtaine de pauvres , avecques leurs escussons de mes armoiries , habillés en deuil de gros drap noir , et qu'on leur donne Taumosne accoustumée , ensemble aux autres pauvres qui s*y assembleront. Je dis y non-seulement pour ce jour de Fenterrement , mais à la buictaine , et quarantaine , et bout de Tan autant.
Je donne et lègue à maislre Pierre Petit, dict le sieur Gontanho, la somme de cinq cens livres avecques deux de mes meilleurs chevaux qui se trouveront en mon escurie à Tlieure de mon trespas , et le meilleur de mes manteaux , avecques deux de mes meilleures harquebuses à rouet et à mesche. Plus, luy donne le moulin , ses appartenances, et rente deue sur yceluy , appelle le moulin de La Rode , situé en ma terre et paroisse de Saiuct-Grespin , sur le ruisseau de Houlou, autrement appelle de Belesme, en faire et disposer comme de sa chose propre, et ce , pour avoir esté bon commandataire de Tabbaye de Brantbomepour moy^dont pourtant il m'a baillé beaucoup de peines et de traverses, et tourmens d'esprit en ce négoce ; mais je luy
pardonne , et , s'il est habille , en pourra tirer beaucoup après ma mort , selon le brevet du roy , qu'il trouvera dans mon petit cofFre d'Allemaigne , qui est sur ma table à La Tour Blanche.
Je lègue au seigneur Laurentio Splanditeur la somme de deux cens livres , pour estre mon ancien serviteur, bien qu'il n'en aye besoing , car il est riche, et a gaigné assez avecques moy, mais afin qu'il aye soubvenance de moy tant qu'il vivra.
Plus , je lègue à tous mes serviteurs et servantes > demeurant tant à La Tour Blanche, Richemond que Branthome,qui se trouveront lors de mon trespas , la somme de cinq cens cinquante livres une fois payée , pour estre desparlie entre eux , selon la qualité desdicts serviteurs et servantes comme héritiers et héritières y auront l'œil , ou bien personnes déléguées pour cela y adviser ; de sorte que je les prie les en rendre tous contens et contentes de leurs services et peines.
Outre plus , je lègue et donne à mes serviteurs principaux , qui me servent k la chambre et autres lieux honnorables , comme secrétaires, pages, tous mes manteaux, habillemens, linges, c'est-à-dire des chemises , mouchoirs , chaussettes , sans toucher aux linceuls ny serviettes, ny napes aucunement ; désirant que cela demeure parmy les meubles de la maison, pour la succession de mes héritiers.
Outre mes serviteurs susdicts , je lègue et donne à mes soldats , qui sont à ma porte , pour chaque teste, à chacun cinq escus et leurs gages payés.
Plus , je lègue et donne à messire Helie de Hautmarché , dict Monserogallard , abbé commandataire de Sainct-Sevrin, la somme décent cinquante livres une fois payée.
J'en donne et lègue autant à Lombraud, mon recepveur de présent , qui m'a bien servy jusqu'icy, et quHl continue, outre ses gages, dont il se paye tous les mois par ses mains , comme il paroist par ses comptes.
Je lègue et donne aussy à messire Arnaot Barbut, vicaire de Branlhome, la sommede dix escus seulement une fois payée, bien que Iny aye bien payé tous ses gages, comme il paroist par mes comptes , qu'il y a beaucoup gaigné en faisant son service divin , et par ce n'aye pas
grand besoîng de recompense , mais afin qu'il . aye soubvenance de moy.
Et de tous ces susdicts légats , je veux et ordonne estre faict aux personnes vivantes seulement lors de mon décès , et nullement à leurs héritiers.
Je veux aussy , et en charge expressément mes héritiers , héritières , de faire imprimer mes livres , que j'ay faicts et composés de mon esprit et invention , et avecques grande peine et travaux escrits de ma main , et transcrits et mis au net de celle de Mathaud , mon secrétaire à gages , lesquels on trouvera en cinq volumes couverts de velours , tant noir , verd , bleu , et un en grand volume , qui est celuy des Dames, couvert de velours vert , et un autre couvert de veliu , et doré par dessus , qui est celuy des Rodomontades , qu'on trouvera tous dans une de mes malles de clisse , curieusement gardés, qui sont tous très-bien corrigés avecques une grande peine et un long temps ; lesquels j'eusse plustost achevés et mieux rendus parfaicts , sans mes fascheux affaires domestiques , et sans mes maladies. L'on y verra de belles choses , comme contes, histoires, discours et beaux mots , qu'on ne desdaignera , s'il me semble , lire , si Ton y a mis une fois la veue ; et, pour les faire imprimer mieux à ma fantaisie , j^en donne la charge , dont je l'en prie , à madame la comtesse de Durtal , ma chère niepce , ou autre si elle ne le veut ; et , pour ce , j'ordonne et veux qu'on prenne sur ma totale hérédité l'argent qu'en pourra valoir l'impression , et ce , ad vaut que mes héritiers s'en puissent prévaloir de mondict bien , ny d'en user advant qu'on n'aye pourveu à ladicte impression , qui ne se pourra certes monter à beaucoup ; car j*ay veu force imprimeurs , comme il y a à Paris et à Lyon , que , s'ils ont mis une fois la veue , en donneront plustost pour les imprimer, qu'ils n'en voudroient recepvoir ; car ils en impriment plusieurs gratis qui ne valent les miens. Je m'en puis bien vanter , mesmes que je les ay monstres , au moins une partie , à aucuns , qui les ont voulu imprimer sans rien , s'asseurant qu'ils en tireront bien profict , veoyre encor m'en ont prié ; mais je n'ay voulu qu'ils fussent imprimés durant mon vivant. Sur-tout je veux que ladicte impression en soit en belle et grande teltre , et grand volume, pour mieux paroistre,
et avecques privilège do roy , qui l'oclroyera facilement , ou sans privilège s'il se peut foire. Aussy prendre garde que Timprimeur n'entreprenne ny suppose autre nom que le mien , comme cela se fait ; autrement je serois frustré de ma peine , et de la gloire qui m^est deue. Je veux aussy que le premier livre qui sortira de la presse soit donné par présent , bien relié et couvert de velours , à la reyne Marguerite ma très-illustre maistresse , qui m'a faict cest honneur d'en avoir veu aucuns , et trouvé beaux et faict estime.
Je veux aussy et ordonne que mes debtes soient payées , et encharge mes héritiers et héritières, lesquelles sont petites. Je recommande especialement celle de M. de La Ghastaigneraye, mon nepveu , qui est pour la somme de cinq cens escus que madame de La Ghastaigneraye, ma bonne cousine, me presta; laquelle advant sa mort un mois l'estant allé veoyr exprès à La Ghastaigneraye , et luy parlant de ceste debte, et l'en remerciant de sa courtoisie , et la priant d'attendre un peu, que je ne faudrois la payer à ma première commodité, elle m'en renvoya bien loing de la main et de la parolle , et que je ne luy en parlasse jamais, et qu'elle me-laquittoit fbrt librement; car elle m'aymoit plus cent fois que la debte, comme de vray , à cause de Tamytié entre nous deux jurée et entretenue tousjours dès nostre jeune aage, aussy qu'elle m'avoit de l'obligation d'ailleurs, que je ne dis. M. des Roches y estoit présent , qui l'ouyt , et me la ramenteu souvent, qui en pourroit servir de tesmoing : mais il est mort despuis, et la vérité est telle. Que si pourtant mesdicts héritiers et héritières en sont recherchés et contraincts de les payer, il faut rabattre sur lesdicts cinq cens escus, deux cens que je prestay au fils aisné , M. Danville mon nepveu , à la cour à Paris, à sa grande nécessité, dont j'en ay cedulle en mon petit coffre d'AUemaigne , où elle s*y trouvera. Que si on en demande les interests desdicts trois cents escus rabattus, bien qu'on ne m'en aye sommé jusques icy, faut rabattre aussy et desduire sur les deux cens escus de M. Banville de mesmes les interests. Mais je pense qu^oa ne viendra pas là ; car nous sommes trop proches et bons parens et amys.
Je veux aussy et ordonne qu'on paye à M. du Prean , gouverneur et lieutenant de roy à Cbas-
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lelleraud, la somme de trois cens escus qu'il m'a preste très-volootairement , et qu'on luy en |)aye ses interests raisonnables. Mais je crois qu'il n'yra à la rigueur, pour Tavoir nourry et eslevé de telle sorte que c'est un des honnestes et vaillans capitaines de la France , et qu'il m'en a cesle obligation.
Je dois aussy à M. de La Chambre quelques six ou sept vingt livres , que je veux et ordonne luy estre payées , bien que je suis cause en par^ tye de tout le bien qu'il a, pour luy avoir faict espouser sa première femme, qui avoit force bien, et sur-tout force escus.
Pour mes autres debtes, elles sont fort petites , et par ainsy aysées à payer , et que je veux estre bieo payées : et crois que, après ma mort, on trouvera encor dans mes coffres, s'il plaist à Dieu, argent assez pour les payer et m'en acquitter, veoyr quasy payer tous mes susdicts légats nommés : et , au défaut , faudra vendre de mes chevaux et quelques-uns de mes mea* blés, qui sont tous assez bastans pour me desacquitter, s'il plaist à Dieu qu'il ne m'envoye autre inconvénient.
Or, je ne doubte point que mes héritiers et héritières ne trouvent mes légats et debtes grands et grandes, comme je sçay qu'aucuns en on fàict leurs comptes, les ayant sceu par testament que j'a vois feict et passé par Galopin, notaire, que possible l'avoient veu, et disoient que je les chargeois de trop de légats et debtes , et par ce que je ne leur laissois grand part de mon hérédité.
k cela je leur respond et leur dis que je suis libre et franc de disposer du mien comme il me plaist , sans en rendre compte â aucuns, aussy que je leur laisse plus de cinq fois autant, veoyr plus, que je n'ay jamais eu de légitime de ma maison, qui ne s'est pu monter â plus haut de treize mille livres , à sçavoir, du père huict mille livres, et de la mère cinq mille livres, comme leurs testameus portent partage : certes , fort peu pour une si grande et noble maison que la nostre ; si que le moindre cadet de Perigord et de Poictou en eust eu et hérité six fois davantage.
De plus, j*ay quitté mon frère aisné, M. de
Bourdeille , pour les deux légitimes de mes deux
frères morts et leurs successions , pour si peu
de chose qui ne valoit pas la peine d'en parler ,
aaAiiT«m. n.
ne voulant tirer de luy ce que j'eusse pu p^ juste droit : mais je luy ay esté tousjoars trèsbon frère, et regarde tousjours la grandeur de la maison. J^ay eu aussy grand respect et amytié à madame de Bourdeille , ma belle sœur et bonne , qui me rendoil la pareille.
De plus, j'ay laissé l'espace de douze ans jouyr à mondict firere et disposer de tout mon bien , comme il luy à pieu , dès la mort de ma mère , tant que j'estois jeune et aux estudes , sans la Jouyssance qu'il a tousjours eue des bénéfices de Sainct- Vincent lès Xaintes, du doyené de Sainct-Yriers en Limosin, et du prioré de Royan. 11 en a jouy comme il luy a pieu , et en estoit quitte à ne m'en donner que quatre cens livres par an pour mon entretien aux estudes. Lesquels susdicts bénéfices le brave capitaine Bourdeille, mon frère, me donna et resigna, ne les voulant plus tenir , ny estre d'église. Je puis jurer et bien affirmer que mondict frère , M. de Bourdeille, a jouy du reste, qui montait fort bien le revenu à plus de deux mille livres , et ce , jusqu'à mon retour de mon premier voyage d'Italie , lequel je fis pour une coupe de bois de la forest dudict Yriers, dont le roy m'en donna la permission, et en tiray cinq cens escus , dont j'en fis le voyage sans autre argent : dont bien me servit de le bien mesnager. Et si mondict frère a esté si mauvais mesnager et un peu joueur , de sorte que son bien a beaucoup diminué, tant de son vivant qu'après sa mort , je n'en puis mais, me contentant en mon ame dVoir faict le devoir d'un très-bon frère. Si diray-je pourtant de luy que, nonobstant son mauvais mesnage, c'a esté un bien fort homme de bien, d'honneur, de valeur, et fort splendide , magnifique et libéral , comme je Tay veu paroistre tel à la cour et armées.
Ce n'est pas tout que ceste susdicte bonté ; car, pour agrandir et maintenir dans son antique splendeur nostre maison , j'ay sacrifié et quitté ma bonne fortune. Car je puis me vanter avoir esté autresfois à la cour, aussy bien venu, aymé et favorisé de mes roys et grands princes , et cognu d'eux pour homme de mérite et de valeur : si que, sur le poinct de me ressentir de leurs bienfoicts et foveura et estats et beaux grades du feu roy Henry III, je quittay tout après la mort de mon firere, pour assister à ma* dame de Bourdeille, ma bdie et bonne sentir , en
son veuvage > el Tempesclier de se remaiyer, comme estant recherchée de force grands et âiauts partis, tant pour sa beauté de corps et d'esprit, que pour ses grands moyens, biens et richesses, et belles maisons, comme chascun S(;ait. Je me rendis si bien subject à elle, et ^ près , qu'aucun n'osa s'approcher d'elle pour la vouloir servir , si-non par ambassades sourdes et secrettes ; maïs > par ma prévoyance et vigilance, j'en rompis tous les coups, menées et actes; de telle sorte que si elle se fustremaryée , estant en Taage de trenle*sept ans , et pour porter encor force enfons , ceux-là qui sont aujourd'huy si riches et aysés , n'auroient pas mille livres de rente. Je n'en plains que leur peu de recognoissance en mon endroict, et mesmes de Taisné , dont je laisse à Dien la vangeance, lequel Je prie qu'elle soit petite et légère, car je luy pardonne.
Une chose y a*il : c'est que , par le premier testament de madame de Bourdeille, paroist comme elle me reoognoisi quatre mille deux cens escDS , par moy prestes k elle, comme de vray le sont estes par plusieurs fois qu'elle avoit affaire, sans jamais avoir voulu prendre cedulle ; car , anssy tost qu'elle me demandoit , auasy tost prest , coBune quand mes nepveux allèrent en Italie et y demeurèrent. Uneautre foisque je luy preslay dnq cens escus pour payer ma sœur de Bourdeille , et la jetier hors de la maison , qu'elle ne htsoit que l'importuner du reste de son total payement, et <mcques puis ne l'avons veue. Je prestay aossy trois cens escus pour mon nepvea le viscomCe , pour aller faire son serment à Boordeaox de son estât de senescbal de Perigord. Le petit Chabanes qui vit encor » les vint prendre et tnicher dea mains du sieur Laurentio à BFantbome , que nous y aliasmes disfier exprès, mondict nef^yeu, M. le visoomte et moy, partant de Bourdeilie; de aorte que, sans œst argent et diligence que nous y fiâmes ponry aUer, possible n'eost**ii Met là si bien ses sfMres,pourdesraisoosquisedisoieBtet s*àllsgooient pour lors, qatit ne veux dire.
Et d'autant qoe le codicille que fit puis après son testament premier naadkte dame de Bour* deillel AreUac, sans que je 8oen$se jamais rien, si-non aprtesa mort qu'on me le fit sçavoir , dont j'en fos fort estoiné, car ellemedisoitet QOttftroii de plus grandes ehoses^veoyr tous ses ^
premiers secrets, elle le fit pour Tadvis du sieur Dumas, lequel y fit mettre ceste clause et article, que madicte dame désire que iesdicts quatre mille deux cens escus tournent après sa mort à M. le viscomte , son fils aisné , et à sa maison. Ce fut doucques ledict sieur Dumas qui en minuta ou en fit faire ledict contract , estant lors près d'elle , et ce, pour faire son accord avecques mondict nepveu, d'autant qu'il Tavoit persuadé et poussé à luy laisser quelques rentes, proches et commodes i luy, et du tout ennoblies, dont madicte dame fut fort en colère et mal contente contre luy, comme je le vis, et contre son fils, M. le viscomte, pour l'avoir faict sans son sceu, qui n'estoit non plus content dudict sieur Dumas de l'avoir ainsy abusé et trompé : et, pour ce, ledict Dumas, pour faire son accord avecques madame et son fils , fit mettre ceste susdicte clause et article dans ledict codicille ; ce qui me rendit fort estonné quand je vis cedict codicille et article après sa mort, et de quoy il m'avoit esté ainsy celé et caché: de sorte que quasy j'entray en doubte si ledict codicille estoit vray ou fkux, et si le suis eocor; dont je m'en rapporte aux consciences des personnes. Tant y a , d'autant que cestedicte clause et article me touche grandement, eti mon honneur , pour des raisons que je ne veux alléguer ny desduire, très bonnes et pertinentes, que le monde sçaurolt fort bien aussy desduire , au moins aucuns , je veux et ordonne que mes héritiers et héritières participent tous unanimement et esgalement auxdicts quatre mille deux cens escus , et les partagent ensemble doucement et par bons accords et arbitres; estant une contradiction par le premier testament , qui dit et advoue par madicte dame , qu'elle avoit eu de moy par prest Iesdicts quatre mille deux cens escus , comme il est très-vray \ et puis , par le codicille, me les oster, et quasy comme les desavouer , en quoy il y va de l'honneur de madicte dame et de moy l et que c'est une vraye fourbe. Par quoy mesdicts héritiers et héritières en pourront passer à l'amyable, afin que l'hooneur de madicte dame et le mien en oda soit conservé , ainsy que je Tay bien consulté par bon conseil de Paris et Bourdeaux : et , pir ainsy, je veux mon bien en cela estre esgale meiit desparty^ tant aux uns qu'aux autres \ aus6y qoe niondict sieur de Bourdeille m*a fort maltraittf
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et hki force Uraict» etfira&ques in$uportablcs , et peu digues d'an bon nepveu. Dieu lay pardonne. Mais madame sa sage mère ne kiy avoit pas recommandé ny commandé cela , ains de m'aymer et obeyr comme si j'eslois son père f et me porter pareil respect : non pas m*assistev d'une seule soUicilaiioa pour mes procès, et priocipaUemeDt pour cetuy de la cooseigneurie de Bcanthome cMlre le sieur du Peranz , ny contre La Borde dict Sert art.
Je sgsy biea que moadict aepveu me voi»dra mal de œst artvde, et qu'il en dira prov après ma mort ; maïs « s'il veut conaiderer bien le tout^ il trouvera que j'ay beaucoup de rai^ son. Et qui ne aeeonlemera de si peu de ban bien» qu'il le q/aitte, il faira plaisir aux autres qui s'en contentetont biasb, et ne le desdaîgœroBt poinL
11 y a eucor une autre danse et article daM kdict oodieilte, que, par mesme coup et mesmea raieena que yay dict, ledict sieur Dumas y ât mettre et inaerer, comme ma susdiete dame désire, que In comeigueurit de Branthome retourne à la nnison dn sieur de BourdeiUe. Dien me soit tesmoing et juge du canoeil qu'c» cela j^ iuy doonay, pour ravoir et acquérir pour efle^ à caisse cte lai nourtituee de la damoiselle Ddisle Tespaee de vingt ans, et pair aiitrea raisons, d puis juier que madicte dame mespriaoit cela sans moy, si qu'elle me diet : « Frère, je désire « domtquea cest acquêt ; mais je veux qu'il soit cpoatvnoft. le vous le douM , &ites-en voatrt • profict comme poueret ^ car il est près de voua a à BniAome.» Vm» si peu qu'elle vesqutt aprèa, pt s'eD jony» de qoasy rien; car le bien eotois tout beonillé et en litîfe : et ceui qui preteudoieni, comme le seigneur du Peranz et autfea, n'y oaaieiit pourtant qoe peu toucher; car ^estok um< dame de si grande authorité, qu'en la eraigmit plus que l'espée de son fUa, coomaa i parai après sa mort, doiH longten^^s aprts sTen aeeDedereat tellement quellement, dant j'en fna bien ayae, non pour nn grand paofiec que j^en ayc tiré, mais pour le coaHMdiai qor sera après ma mcpt audiel sei* gBewff de BourdeUte. Ea veut fert bien que la cooaeignenrie tombe à hiy et à nuls autres, pour agrandie toiMJonr» noatre maison , bien qufelit aidait bcanmp eonsti d'ea tirer quel^
ques petits fruicts ; car ledict sieur du Péraux intimidoit les tenanciers à ne payer, bien que M. de BourdeiUe, par la transaction qui se fit entre nous deux , estoit tenu de m'en garantar et poursuivre le procès; ee qu'il n'a jamais faicty non pas seulement le faire solliciter. Je passe doncques ledict article et clause de ceste dicte cottseigueurie fort légèrement , mais non celle des quatre mille deux cens escos, qui me sont fort deobs, et en puis fort bien disposer après nM mort : autrement il y va fort bien de mon honneur, comiùe j ay dict. Ce qoe ne yev* lant débattre lors de madiete transaction^ pour n'entrer en procès et contestation aveeqnes Iuy si-lost a|Nrès la mort de feu madicte damecrali goant de perturber ses honnorables manessi^ (wt après son décès , je me coutentay seutemeni de la jouyssoBce de la Tour-Blanehe, à mon regret pourtant; car j'eusse mâeox aymé mesdieto quatre mille dens cens eseos pour BoToster de ce pays fort fescbeiix à raoy, et m'en aller si loing qu'on ne me vist jamais; car fesloisde^ seaperé de la mort de ceste bonneste sssur et dame , madame de BourdeiUe , et m'accorday de ceste fa^^ avecqnes Iuy, et anssy qu*H n'a^ voit nul moyen de me donner argent, il avoit d'antpeaaffaires d'ailleurs à me payer, et de plus que je pensois qn'M me deust eatre meilleur nepveu qn'il n'est , et mieux reoagnoiseant les bons offices et services que je liry ay fincts. Dien Iuy pardonne ses tngralitudes, car j'ay crainte qu'il l'en punisse , estant un vice qne eesle ingratitnds fort desagreaUe à sa Diviaiié : entre autre , ev voiey une qui levé la paille. Un jour, estant k la Tour-filanctae, dans la sale, il dit toot baot debvant force geotilshomuies et acH très, sur le subjeet qu'il n'avoit obtrgatfon à homme au monde qu'au sieur de Maronatte , qui Iuy avoit Met avoir la résignation à M. de Perigueux de son evesché, pour Ty avoir poussé et persuadé, dont jeeoyday pattir de colhsre contre Iny ; maïs je me eommanday et m'arrestay, de peur d'escandale : lequel mondiet evesque j'avoîs faîet et créé tel par la nomination et brevet dn roy, car ce fut moy qui la Iuy demanday pour mon fircre' et pour moy, ayant veu ledict evesque an ebetif petit moyne de Sahwt-Dcny», et l'avoir aitisy fel créé contre l'opinion de madame deDampierre ma tante, qui ne le vooloit , en me disant plusieurs fois
PIERRE DE ËÔtTRDËILLE.
que j'en maadiray Theare de le colloquer en si haut lieu y ce vilain mojrne, usant de ces propres mots , et que son père avoît faict souvent pleurer ma mère. Croyez que ceste honneste dame prophétisa bien ce coup; car il fut aussy ingrat en mon endroict que son cousin , ledict M. le viscomte, que ceste fois m*aUa payer de ceste sorte , pour n^avoir obligation qu'au sieur de Marouatte, nullement certes comparable à moy en obligation ny en valeur et mérite , pour n'avoir esté jamais autre qu'un amasseur de deniers, et que j'ay veu parmy les bonnes compaignies , qu'on nommoit que petit Brodequin , nom à luy donné par MM. de Goustures et La Boue-Saunier, bien contraire à mon nom tant bien cognu et estimé parmy la France et ces grands et autres pays estrangers, pour avoir tant battu de terres et mers, que Ton faisoit beaucoup de cas de moy.
Et pour parler de ceste grande susdicte obligation de Marouatte, ne faut doubler que si j'eusse voulu m'opposer à ladicte résignation , pour, après estre faicte, en demander la moictié de ladicle evesché, je l'eusse pu Aire aysement, et en estois sur mes pieds pour en avoir la jouissance, selon Tordonnance de nostre grand et bon roy d'aujourd'huy et de son conseil , par la mort du titulaire , qui ne derc^e rien au droict du gentilhomme qui a sa part , comme paroist par mon brevet du roy Henry lU, et comme Sadicte Majesté me donne la moictié de ladicle evesché, et à mon Frère Tautre. Et si Ton vouloit alléguer la transaction faicte entre moy et Tevesque , c*est une chanson ; car, qu'on la lise bien , elle ne fait rien contre mon droict, ny que j*en quitte ma moictié. Bien est vray que par parolles je promis que , tant qu'il vivroit , je luy quittois madicte moictié et ne luy demandois rien en son vivant. N'estois-je pas doncques, luy mort, tousjours sur mes pieds d'en repeter madicte moictié, et m'opposer à la susdicte résignation , et la demander par le dire du conseil privé, et selon Vedict et l'ordonnance du roy pour pareille chose? D'autant que, le titulaire mort, le gentilhomme, qui a sur sa pièce sa moictié, ou sa part et pension, ne la perd nullement. Cela est très-seur ; voyià pourquoy on peut bien considérer la gratification que j'ay faicte en cela à mondict sieur de Bourdeille,
sans l'avoir nullement inquietté sur cestedicte moictié, comme j'ay trouvé fort bien par le conseil mesme du conseil privé , laquelle dicte evesché bien assemblée , vaut fort bien quinze mille livres de revenu, comme je l'ay faict valoir cela, quand je la faisois mesnager par mes mains par lesquelles tout se passoit, comme l'ayant demandé et obtenu du roy et de la reyne sa mère ; et en fis faire toutes les depe»* ches , tant de Leurs Majestés que de Rome, à mes despens. Voylà doncques si ledict sieur de Bourdeille debvoit avoir si grande obligation au sieur de Marouatte plus qu'à moy. Et quand ledict evesque eust faict de Tasne, comme il estolt , je l'eusse bien faict tourner au baston et jouyr de son evesché , en luy donnant quelque part comme j^avois fiiict d'autresfois , selon le brevet du roy que j'ay vers moy, et M. de Bourdeille mon frère ne l'eut jamais. Et si M. de Bourdeille se fust fié en moy et m'eust conféré de tout ceste affaire , nous en eussions bien eu la raison et de Tevesque et de Tevesché ; car il me craignoit comme la créature iîiit son créateur que luy estoit tel , dont il m'en fiit ingrat ingratissime. N'en parlons plus.
Or, venons maintenant à mon hérédité. Je fais et institue mes héritiers et héritières universels et universelles, messire Henry de Bourdeille et messire Claude de Bourdeille , mes nepveux , madame Jehanne de Bourdeille , comtesse de Durtal , ma niepce , et mesdames d'Ambleville et de Sainct-Bonnet , mes autres niepces. Je désire aussy que madame d'Aubeterre Hipolite Bouchard en aye quelque part en mon hérédité , non pour considération de David Bouchard , son père, car il ne m'ayma jamais , ny moy luy, bien qu'il me fiist fort obligé, mais pour Tamour de madame son honneste et bonne mère Renée de Bourdeille , ma chère niepce , qui m*a tousjours aymé et fort honnoré. Aussy je Tay aymée et honnorée de mesmes , et la regrette toua les jours. Mais je veux et «itends qu'au cas que mesdicts nepveux et niepœs, héritiers et héritières , tant qu'ils et qu'elles que leurs enfiins , ne me portent le respect et amytié qu'ils et qu'elles me doivent, ou leurs marys , aiosy que madame leur très-sage mère le vouloit, et leur commandoit et considérait; et qu'ils ne fassent cas de moy en ma caduque i vieillesse , si par cas j*y parvienne , que Dieu
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ne le veoille tontesfois , en cela sa volonté soit foicte ; je veux et entends , le dis-je encor , que ceux et celles qui m'auront maltraîtté et abandonné , sans feire cas de moy, ny preste ayde , ny feict de bons offices en ma vie , et donné des mescontentemens , n'ayent aucune part ny portion en madîcte hérédité et succèsnon , ains qu^elle aille et tourne à ceux et celles qui ne m'auront abandonné et iaict de bons et pieux offices , et eu pitié de moy jusqu^à ma noort. Et dis bien plus , que si , par cas , je viens avoir et recevoir quelque injure , offense et attentat , veoyre Texecution sur ma vie , tant des miens que d'aucuns estrangers, dont je n'en puisse avoir raison ny revanche , à cause de ma debolesse et fbiblesse d'aage , ou autrement , je veux et entends que mesdicls nepveux et niepces , ou leurs marys , en poursuivent et fiassent la vengeance toute pareille que j'eusse fiiicte en mes jeunes et vigoureuses années , pendant lesquelles je me puis vanter, et en rends grâces à mon Dieu , n'en avoir jamais receu aucunes sans aucun ressentiment ny vangeance , ainsy qu'à la cour et aux armées on est fort subject d'avoir des querelles , soit de gayeté ou autrement : et ceux et celles de mes héritiers et héritières , ou leurs marys , qui en négligeront ladicte vangeance , et ne la fairont, aoit par les armes ou la justice , je veux qu'ils n'ayent rien de mondict bien , ains qu'il aille tout à ceux et celles qui s'en ressentiront. Et si tous et toutes , ou aucuns ou aucunes , ce que ne puis croire , au moins de tous et toutes , ne s'en ressentent, je veux que tout mon bien aille aux pauvres , aux Quatre Mandians et Hostel- Dieu de Paris. J'en avois donné une parlye ainsy aux religieux de Branlhome ; mais j'en révoque la donnatlon , d'autant qu'eux, par trop ingrats des bénéficies receus de moy, pour curieusement les avoir garantis et conservés des guerres passées, commeuncbascunsçait, m'ont suscité des procès et plaidé contre moy ; et par ainsy , faut punir leur ingratitude par trop grande.
Et doutant que le sieur de La Barde de Sainct- Grespin, dîet Guillaume Mallety, à cause de sa foire de Saunier, m'a foict plaider et tant chicanner l'espace de douze ans, tant pour son hommage à moy deu , que pour autres devoirs deus à ma terre de Sainct-Grespin et chasteau
de Ricbemond , dont le procès est encor pendant en la cour de Bourdeaux, qui m'a cousté fort bien mille escus, tant pour ses délais, remises , subterfuges , cavillations, et chicanneries et faveurs dudict Bourdeaux, je veux et entends que mes susdicts héritiers et héritières en poursuivent ledict procès à toute outrance, s^il n'est advant ma mort assoupy, soit par accord ou par arrest, et le mènent jusqu'à la dernière fin; m'asseurant tant en mon droict, qu'ils en tireront fort bien la raison, jusques-là qu'ils en pourront retirer la maison de lia Barde; car il me peut devoir fort bien plus de douze mille livres, n'estant raisonnable de laisser en repos ce petit gallant, extraict de belle famille, son grand-pere ayant esté notaire, dont s'en trouve force contract encor en Perigord signé Mal- LETT. Et ceux et celles de mesdicts héritiers et héritières, qui ne poursuivront vivement ledict procès , je les déshérite , et en donne leurs parts aux autres qui s'en ressentiront mieux, et le persécuteront à toute outrance , et en prendront mieux l'affirmative.
Je sçay bien que M. de Bourdeille et le seigneur d'Ambleville l'ont soustenu autresfois; mais je m'en remets à eux sur leur honneur et conscience ; car ledict La Barde estoit fort proche dudict sieur d'Ambleville, à cause d'une sienne grande-tante maryée avecques ledict Mallety, notaire, comme je luy ay ouy dire. Mon nepveu le baron l'a aussy soustenu etaymé dès le voyage de Provance : mais je laisse le tout sur son ame , et des autres aussy.
Je ne veux ny entends que ma maison et beau chasteau de Ricbemond, que j'ay foict bastir curieusement et avecques peine et grand coust , s'alliene, se vende, ny s'engage autrement, pour nécessité aucune qui soit, à aucun estranger ; car je veux qu'elle demeure à la maison dont je suis sorty, en signe de mémoire. Car je serois bien marry, si, estant là-haut, où Dieu faira la grâce de m'y recepvoir s'il luy plaist , je visse ceste belle maison et chasteau , que j*ay fait bastir avecques si grand travail , eust changé de main et tombé entre une estraugere. Cependant je veux et entends que madicte niepce la comtesse de Durtal , ayt ledict chasteau avecques ses preclautures du parc et du Jardin, et ses bassecours, pour sa demeure tant qu'elle vivra seulement , et demeurera vefve sans qu'elle se
remarye ; et ce , pour o'avoir aucune demeure en ce pays près de la maboa dont elle est «ortie, et pour s'approcher aussy de ses proches, bien qu'elle aye sa maison La Vasou2iere de son douaire; mais elle est par trop loiog des siens, et de plus que l*air y est très-beau, bon et salutaire, qui luy a faict grand bien, et à sa tante, tant qu'elle s'y est tenue. Mais, estant remaryée , elle aura d'autres maisons de son mary, où elle s'y tiendra le plus souvent, et n'en voudra d'autres : et puis s'estant remaryée , ou bien morte, qui sera quand il plaira à Dieu , je veux et ainsy l'ordonne. Je veux aussy, et en charge madicte niepce comtesse , d'entretenir la maison comme il faut, sans la bisser desmollir ny desperir , et qu'elle la laisse aus^ entière et belle comme je la luy laisse, cela s'entend tant qu'elle y demeurera , et ne se reroaryera; car autrement elle en auroit la conscience chargée, et me fairoit tort , et à son petit nepveu Claude de Bourdeille , qui est si bien né et si joly, qui, je m'asseure, l'entretiendra très-bien , et en célébrera ma mémoire pour tout jamais , en disant : Foyià un présent que mon grand-onde me fit
Je veux aussy que la moictié des pins grands livres de ma bibliothèque soient mis et serrés dans un cabinet de Richemond , et conservés très-curieusement sans les dissiper deçà , delà , et n'en donner pas un à quiconque soit : car je veux que ladicte bibliothèque demeure chez moy, pour perpétuelle mémoire de moy, dans un cabinet de Richemont.
Je veux de mesmes qu'aucunes de mes plus belles armes demeurent aussy en un cabinet de Richemont , et y soient en mesme garde , comme mes espées , et sur-tout une argentée , que M. de Guyse, mort et massacré dernièrement, me donna au siège de La Rodielle , me defferant cest honneur de dire qu'elle m'estoit bien deoe pour sçavoir bien faire valoir, et telles armes, ainsy qu'il avoit ven. Il y a aussy d'autres et longues espaigoolles, toutes de combat et bonnes, et esprouvées. Plus, deux harquebuses de mesche, que j'ay fort aymées et portées en guerre, et Met valloir. Plus, mes armes complettes, tant de la curiasse, brassard , sallade et cuissot, que le seigneur Gontanho me garde en sa chambre de Branthome. Plus, une rondelle couverte de veloor noir à preuve , que fèn M. le
prince de Condé me donna au siège de La Rochelle , au moins après, ne s'en servant pkia , et me pria de la ganler pour l'amoar de hiy, et porter en guerre; ce que j'ay faict, et faicn gardé, comme j'ay faict l'espée anadictc de M. de Guyse, et leur promit les gardar tout
durant ma vie et après ma mort Je ven amir qu'on me garde a vecqnes les susdicta armes n chapeau de fer , couvert d'un feutre noir, avwques un cordon d'argent, que je portoia i pied aux êiegci de places , où je me suis tronvé Et, s'il est possible, apprendre touli dictes armes dans ma cbapelie de Riehemond, je le voudrais fort , ainay qu'on feisoit jadis aux anciens chevalliers : la meoM>ire en serait beanooup plus honnoraUe. Je laisse oda à madane la comtesse ma niepoe, qui en aura le aoîn, puisque la demeure luy est assignée si elle ne se remarye, comme j'ay diet cy-debvant.
Et de tout ce que dessus, pour maintenir et Uen entretenir, je fais exécuteur de mondict testament M. de La Ghastaigoeraye, mon cher nepveu, s'il luy plaist, et l'en prie; M. dn Prean, lieutenant du ray et gouvi à Ghastelieraud , que j'ay nonrry page , et s'est si bravement et généreusement poussé à eeste digne charge, par ses belles armes et bon courage ; avecques M. Thomasson , advocat en la cour presidialle de Perigneux, mon principal et ordinaire conseil , que feslis pour assister messieurs mondict nepveu et dn Preau , et les relever d'autant de peine; en ce qu'on luy paye ses peines et salaires, comme de raison, au dire de mesdits sieurs exécuteurs : les suppliant trèstous de tenir main bonne et forte à mon intention et totalie disposition.
Sur-tout , je casse et révoque par cestuy4qr dernier tons autres testamens et dispositions par moy fSiicts et ftictes cy-debvant, ensemble toutes donnations qu'on poumnC supposer et prétendre par moy faictes. Je n'en fis jamais , ny prétends d'en Aire , dont j'en proteste ddivant Dieu, Pour testament, j'en ay faict m, par les mains de Galopin , notaire de thome; mais je le casse et révoque dn tent par cestoy-cy, ensemble le oodieHle passé par le mesme Galopin. Et si Ton en produit d'autres, je dis qu'ils sont feux , et les casse comme tsb et nnis; car je sçay bien que besmonpde ne- Utres d'aïqourdliuy s'aydent de telles fanisetii,
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aoMjr bien pour h» grandei maitODS que pour le» petites, pour estre menacés et oontraîncts : et pour ce, je prie meMieurs les exécuteurs d'y adyiaer; et pour ce, par ces raisoos, j'ay faict eedkt testament solennel, escrit et signé de
Pdnr totalle fio, je donne mes bagues et petits joyaux à mes sasdicts œpveox et niepoes de très-bon oœor , et les prie de les garder et porter poor Tamour de moy, tant que leur vie durera, en souvenance de moy, leur bon onde, qoi les ay aymés et hoonorés d'une aaytié trtefcrme et fidde. Sur ce, je Ms fin à cedict testament, an nom du Père et du Fils et du Saioct- Esprit, et de la bénite Vierge Marie, etmadame saincte Anne, comme je Tay commancé.
Je ne doubte point que plusieurs personnes ne trouvent cedict testament par trop long et prolixe : tel a esté mon vouloir et mon plaisir. J'en ay veu d'autres en ma vie bien aussy longs. J*enay pris le nKNlelle sur ce grand chancellier M.del1Iospital, de mesmes aussy long, quej'ay inséré dan$ mes livres; mais si Tay-je on peu abrégé. De plua, je suis nay d'une grande et îUostre maison. J'ay le ccenr grand, qui me Ta donné, et qae j'ay fakt paroistre en plusieurs beanx et divers eodroicts. J'ay en de Tambition: je la veux eneor monstrer après ma mort. Auasy que je n'ay vooln me confier mes volon^ tés , et dire à ces petiu notaires, qui, la pluspart du temps, ne sçavent dire ny représenter nos intentions et vouloirs ; et en eusse dict encor plus sans la trop grande prolixité. Je fais doncques fin selon mon vouloir et contentement, et y eusse mis et adjousté de beaux et gentils exemples , pour mieux adoucir le tout ; mais c*est
P. DE BODRDEIIXB.
PREMIER GODiaLLE.
J'a4)ouste à ce susdict testament les soubsartides, par forme de codicille, que j'aurois oublié, diont je me suis advisé, que je veux et entends que mes susdicts nepveux et niepces, héritiers et héritières, soient récompensés de aeiae mille escos une fois payés, en récompense et desdttction de l'estime du basti* ment beau de Rietaemood , qui se pourrait estimer i beaucoup jusqu'à vingt mille escus
veu ce quem'a cousté à le faire bastir et rendre en sa beauté, avecques le parc et le jardin, et les preclautures , que le tout m'est venu en despense de grand argent, comme un chascua peut juger, veu la grandeur et superbité dudict chasteau; et, pour ce, ladîcle recompense se pourra prendre desdicts seiie mille escus fîrancs sur aucunes rentes et mestairies qui en sont deqtendantes, que Ton pourra vendre et engager selon qu'elles sont appréciées ; n'y comprenant en cela madame de Durtal, ma niepce, à cause de la jouyssaoce qu'dle aura durant sa vie, si ne seremarye, que pour n'avoir aussy d'enfans, ny en aage n'y estât d'avoir: et, par ainsy,je veux que mes autres nepveux et niepces, héritiers et héritières, qui ont des enfans, s'en ressentent : cela s'entend de ceux et celles qui m'auront ayméet faict cas de moy, ny faict de frasques , de mauvais offices ; autrement , rien pour eux, ny elles, ny leurs enfiins.
J'avois aussy oublié à dire que le grand pont de Branthome, dont l'on va au jardin, et le champ où sont plantés les ormeaux et le jardin , je prétends qu'ils sont à moy et en ma totale disposition , parce qu'ils furent acquits de messire Pierre de Mareuil , M. l'evesque de Lavau et abbé de Branthome, et en acheta le champ des bonnes gens qui avoient là leurs chanvres, qui luy cousterent bon; mais, pour sa faveur, il fallut qu'ils lui laissent avecques bon argent; avecques aussy le petit pré auprès de la rivière, que j'ay mis maintenant en un cherebaud. M. d'Auzances, mon bon cousin, qui courut ladicte abbaye pour moy après la mort dudict M. de Lavau, son oncle, comme son héritier en prétendit lesdicts pont , jardin et autres susdicts champs, estre acquêts faicts dudict son oncle, et, pour ce, le tout appartenir à luy , et l'eust très^bien contesté contre quelque autre qui eust eu l'abbaye que moy: mais, poor la parenté et bonne amytié qu'il me portoit, il acquiesça, et m'en fit don librement du tout , sans jamais plus en parler; et, pour ce, je m'en appropriay et jouys toujours comme de mon propre , et véritablement à moy très* bien donné, et non comme appartenant à l'abbaye. Mesmes , après la mort dudict M. d'Auzances, mon bon cousin, madame de Sansac, sa sœur et son héritière, m'en vouhit inquietter et demander le tout , pourtant par forme de ris,
l'IËRRË DËBOUBDEILLE.
car elle m^ay moit ; me disant que si c'estoit un autre que moy, qu'elle dehattroit le tout par bon procès, et m'en priveroît. Mais je iuy rompis le coup, tout en ryant aussy, et fus quille de Iuy donner un diamant de cent escus que j'avais au doigt. Par ainsy nous demeurasmes bons cousins et amys, et le plus souvent m'appelloit mon cousin monsieur du Pont , ou monsieur du Ferger. Et voylà pourquoy je veux et entends que cedict grand pont, la place des ormeaux , le beau grand jardin et le pré qui en despend au dehors, se partagent entre mes héritiers et héritières , ainsy qu'ils verront, et en fassent leur profit. Car tel abbé qui viendra après ma mort sera bienayse d'acheter le tout, et beaucoup pour une si belle commodité. Mesmes que je fus une fois et longtemps en dessein d'y faire bastir un chasteau en fbrme de citadelle, par despit, pour commander aux environs et chemins; et avois là desjà faict le marché d'un champ là auprès, quiappartenoit à Rasteau, à cause de sa femme: mais la despense qu'il m'a fallu faire aux guerres, à la cour et aux voyages, me retrancha ceste despense, qui fust estée grande et belle chose à veoyr. Et par ainsy mesdicts héritiers et héritières se pourront prévaloir de mesmes, et y poursuivre ce mesme dessein s'ils veulent ; et n'est à mespriser d'y bastir au lieu où il y a eu autresfois un chasteau, dont les ruynes qui paraissent pourraient servir; car c'est un beau bien, et qui mérite bien une jolye maison.
P. DE BOIJRDEILLE.