DE LA GUERRE
au marescbal de camp. Aussy cela soulage beaucoup les gens de cheval de foire de grosses gardes, et encor les gens de pied.
Faut que le marescbal de camp aye fingenieur près de luy , auquel faisant l'assiette de l'armée, il fera entendre son intention et ce que porte la règle delà guerre; lequel ingénieur par après fera le desseing de la tranchée avecques les flancs qu'il y faut.
La première assiette que Ton doit faire est de rarlillerie, et la met ire en lieu de seureté , et qu'elle puisse jouer et faire son effcct; car Tassielle d'ycelle doit donner l'intelligence de la place d^unchascun. A cpiartier doivent estre logées les munitions d'ycelle , loing des maisons et chemins nécessaires, bayes et fossés, afin que l'on voye ceux qui en approcheront, de peur qu'il n'en advienne inconvénient par le feu , et designer le tout aux commissaires. Le grand maistre de rartillerie et train d'ycelle , en lieu qu'il ne puisse empescher l'ordre de battaille designé, logera les chevaux de l'artillerie non loing de là ; et si c'est en lieu où on loge à couvert, que ce ne soit au plus proche village, néanmoins couvert de gens de guerre, et donner charge à la trouppe qui les couvrira de les advertir pour leur retraite, si cas advenant qu'il y eust ennemy en campaigne, d'autant qae ce sont créatures qui n'ont point de deffense, comme aussy des pionniers; car s*il en advient inconvénient, ce seroit arrester l'armée. Par quoy leur logis est privilège pour les mettre à seureté.
Derrière l'artillerie et aux costés il fiiut laisser un grand espace pour mettre en battaille les escadrons et battaîllons , tant de cheval que de pied , et après, droit à droit de ladicte artillerie. Ton y loge les Suisses ou lansquenets; car ils sont accoustumés de Tavoir en charge et garde; et, à la vérité , ils ont un grand soin d'ycelle et des munitions.
Les gens de pied françois seront logés à costé desdicts Suisses; et s'il y a trop de regiroens, on en pourra loger partie à main droicte et partie à gauche , afin que , s'il vient quelqu'un à l'armée , tous ensemble se trouvent en ordre de battaille pour la recepvoir ou donner, et en la deffense de ladicte ariilierie et tranchées, s'il y çn a.
Faut adviser de ne loger les gens de pied
PAR ANPRE DR BOURDEILLE
dans un fonds sHl est possible, mesmes pour y séjourner, d'autant que le soldat ayant travaillé se morfond de Thumidité qu*il a en soy , et le fait tomber en de grandes maladies ; ce qui n'advient pas si Ton les campe sur un haut qui est sec, et prendre garde qui! y aye de la commo^ dite d*eau , et, s'il e^t possible , qu'ils n'aillent guleres loingj, et quelquesfois prendront garde à leur chauffage de quelque bois ou bayes.
Quant à la gendarmerie et gens de cheval , il feut loger Tadvant-garde à la main droite , et la battaille à la main gauche un peu en arrière dont sont logés les gens de pied, selon les commodités qui se trouvent, soit de Teau, ou des hayes et bois , pour attacher leurs chevaux s'il n'y a de couvert ; car il faut laisser le devant libre pour se mettre en battaille. Aussy , que le logis de la cavallerie emporte beaucoup plus d'espace que ne fait celuy des gens de pied.
Et faut que le mareschal de camp, avecques les capitaines expérimentés, couronnelset chefsdes regîmens, recognoissant bien les advenues, projettent et advîsent de despartir les forces à une allarme , pour la garde du camp et des tranchées. Et ne peut-on représenter ceste affaire par escrit, mais faut que ce soit Vœil qui en juge sur le camp et advenant d'yceluy , et des forces de Tennemy et de leur qualité.
Le logis du gênerai doit estre comme au milieu de ses forces, avecques les principaux cbefe de Tarmée , à sçavoir entre les deux logis de la gendarmerie et derrière les gens de pied^ y laissant néanmoins un espace de place entre yceux et son logis; dont d'un costé doivent es*tre logés les commissaires des vivres avecques leur attelage, et de Tautre les vivandiers et vo» lontaires, et, parmy eux, les prevosts pour faire tenir la règle, tant aux gens de guerre qu'auxdic(s vivandiers, auxquels esta noter qu'il faut donner bon traitlement et en avoir soin, pour en acheminer plusieurs ; car U est certain que s'il n'y va des vivres volontaires , il y a disette au camp ; e( si le soldat ne voit d'autres vivres que de munition, il se fâche et veut estre repeu des yeux comme du ventre.
Ijcs mareschaux de camp doivent estre logés le plus près qu'ils pourront du gênerai avecques leursuitte, àsçavoir leurscompaignies ou trouppes qu'ils aurontchoisiespourleur escorte, avecques le capits^inc; des guyd^» et une tente pour
recepvoir les espions et les retirer; car, à toute heure, il faut que le mareschal de camp soit auprès, du gênerai, pour entendre et recepvoir ses commandemens, et luy donner advis de ce qu'il aura entendu, tant par les gens qui auront esté dehors à la guerre que par les espions, et aussy de ce qu'il intervient d'heure en autre en l'itmée, et pour faire assembler les cheft qui sont du conseil extraordinairement quand l'occasion s'y présente.
Si l'armée estoit si grande qu'il fallust des* partir radvant-garde en la battaille en logis et assiettes, et qu'il y eust à ladicte advant-garde bataillon et piquet comme il est accoustumé aux camps royaux , il faudroit prendre et faire Tassiette au pied de ce que dessus , et la loger près de ladicte battaille, afin qu'ils se puissent promptement secourir Tun l'autre; et faut qu'il y aye un mareschal de camp ayant des mareschaux de logis.
S'il y a arriere-garde, il la faut loger sur la queue de Tassiette de l'armée , afin qu'elle serre le camp , et fasse les gardes de ce costé là : et cas advenant qu'il n'y eust arriere-gardei faut cboysir des trouppes , tant de cheval que de pied, pour les y loger à tour de rolle.
Les chevaux - légers , estans tels qu'ils doivent estre, peuvent de beaucoup servir au sou« lagement de l'armée , et les faut loger le plus souvent que Ton pourra à seureté, afin qa'iU ne soient lassés de gardes , et puissent travail* 1er le jour à la campaigne. Quelquesfois on les logera devant en un village non loing , h seu^ reté , en leur baillant cinq ou six compaignie^ de gens de pied pour escorter, afin de leui donner moyen et temps pour monter à cheval s'ils estoient assaillis.
Le mareschal de camp doit estre aecompaigné de trois ou qpatre aydes, gens de guerre, qui ayent hanté les mareschaux de camp, et veu faire les assiettes d'armées , pour aller faire le despartement des quartiers des tréuppes et compaignies de La gendanoerie, Uea que, à cesle heure que l'on les met par régiment , il y aye moins de peine, car c'est au mareschal des logis en chief de regûcient à despartir à chascune compaignie. Lesdicis aydes doivent assister tousjours au mareschal de camp, pour entendre ce qu'ils auront ordonné , afin de veoyr par près s'il s'exécute , et aussy pour