‹ Œuvres complètes de Pigault LebrunChapitre 1 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce que c'est que les barons de Felsheim: Les campagnes , les exploits et la retraite de Ferdinand xv.

A QUELQUES lieues de Lunebourg , en Saxe , au milieu des bois , des montagnes et des ravins , exis* tait encore 9 il y a quelques vingt années , un château gothique, bâti , selon les propriétaires , qui probablement se trompaient , par le fameux Witikind , Iqr^ de Tinvasion de Charlemagne.

Ferdinand xrv , bai:on de Felsheim , descendant en ligne dinçcte de ce. même Witikind , bien plus

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noble que rémperéur , ël Beaucoup plîis fier que lui , habitait le château du contemporain de Çharlemagtié , et il contemplait j avec UH plaisir touiours nouvéàlf , ëeH IlohjfeAs ruîhés 5 qÀ lui ra[|)pefeient l'antiquité de sa race.

Son fils unique , Ferdinand xv , fut destiné , dès sa naissance , à là profession des armes , la seule qui cbflfîfit à un arrière-petit-fils de Witikind. Il apprit de très-bonne heure qu'il avait des parens dans tous les chapitres flobles , dans l'ordre Teutonique , et à la tête des armées. C'est à peu près à cela qioUe se bol^iià sdh ^d'àdalibil , èf \ dans le fond , il n'est pas nécessaire d'en savoir davantage pour se faire tuer.

Le papa Felsheim écrivit successivement à toutes les puissaRces d'Allemagne 5 Qt leur demanda à chacune un régiment pour monsieur le Baron son fih. Pei«ôiktë ne jugea à propos de lui répondre, et Fei^nand xv ftit trop heureux d'obtenir enfin une compagnie djms les troupes de l'électeur de Brandebourg , qui n'était pas encore roi de Prusse.

La veille du départ , Ferdinand xiv manda Fer- ¥lina»d «tv lïàns ÛH^ ^Ml^ teâfuttïé^é^^ Vj^ déëëfàiëiht teàportïfAe§<JêSeMl!'ttSl^feâïéUk: Totl§y âgUftWéttt, itei^4 A^ltihtfld jusqu'à lui -, à l'é^éëpti'^ m^ëùr 'éiht ^ F^ittlASd Vki^, «Iké, à là tieôf dé I1%ës âli ^W%è '^d'Atttii^rèhë |)ar *^ €f^^s^ ^A V^. 6* petit acciéem ftft liftttste Ipié ** fé«è iéHérôKle dte PW- (SMlffîâ ^ ne f^lèlL fi^ à m ^bst^të } fom f er- 'êlkixhA &IV ^Sfik ¥ëfn^lBëé lé tàl^ftA «(UÎ iâ&mi|ul^

DE FjSlsHBIM. *]

par une iiàftcnptioki honbrable^ qti'ttn moâne de Framsome avait airangée en manridB vers latins.

Ce fut ail miHeu de ces ancêtre^ chéris que le papa Baron rappela à son fils ce qu'il devait à son illmtte naissance : «c Vos pères vous regardent , lui « dit>-ilaVec noblesse , dt lenrs mlLnes vons suivront u au mili^i des combatSv ^ Âprè^ cette courte , mais énergi^iue hai^angne ^ Ferdinand xt se itiit à g9^ HOUX par ordre de Ferdinand xiv« Il reçut l'iureo^ Uide; on lui ceigmt l'épée ^ et on lui'chausta tes épim)»ë. La soirée Se passa dans des lectures ana^logues à là circonstance. Le papa lat à son fils tei hat2ts feits de Tancrède et de Godeiroi de Bouillon. Il lisait avec tant d'oneiiori et de chaleur , qu'il ne s'apef eut pas que P^dinand n^ tétait end(»tnl ^ les premi^s pages.

A la pointe du jour, /on lui amena son cheval de bataille , derrière lequel on attacha une valise qui renfermait sa garde-robe exiguë. Le papa lui fit pressât de deux cents florins et de sa bénédiction ^ et le jeune homnie partit, bien décidé à soutetnr llionneur de sa race»

Monsieur lé Bai^on ,• qui savait boire , fumer et joueif, mais qui d'ailleurs était îndisciplinable , ne convint pas du tout à Ft^étic-GUillaume. Son colonel lui notifia que s'il ne changeait de condinte , on le- renverrait (ktts sa gentilhommière. Monsieur le Baron trouva mauvais qu'on traita» aussi lestemétii un descendant- de Witikind , et il ne se eor^gea poitit. Otilui tint' parole , et on le

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pria d'aller chercher fortune ailleurs. Il jura que Frédéric - Guillaume n'était pas digne d'avoir un homme comm^ lui à son service , et il passa à celui de l'électeur d'Hanovre.

Monsieur le Baron conserva au service de l'électeur d'Hanovre les petites habitudes qui l'avaient fait congédier. en Brandebourg , et on le mit en! prison. Il eut un petit démêlé avec le geôlier , et le rossa ^lôgoureusement ; on le mit au cachot. Son nouveau colonel prit la peine d'y descendre , et lui fit une vive mercuriale. Monsieur le Baron ^ qui avait vidé quelques vidercomes , et dont les humeurs i^ient aigries,, par le traitement qu'il éprouvait , prit le colonel par les oreilles , le poussa dans le fond du cachot , et en ferma la porte ; rossa une seconde fois le geôlier , prit ses clefe , sorbt de la ville , et revint boire et fiimer chez Ferdinaiid xiv , qui ne Concevait pas que les puissances ne $'accommodassent point d'un jeune homme aussi accotûpli , et qu'il avait formé lui-même. .

Ferdinand xv, de retour ^au château de ses pères, chercha à occuper utilement ses loisirsw. Il chassait la bete fauve daus les montagnes , lés jemies. filles dans la plaine ; battait les vassaux de monsieur son père 9 et s'enivrait régulièrement tous les jours.

' Le papa Baron , malgré son ext*êmQ indulgence, fut bientôt aussi fatigué de la présence de monteur son fils, que l'avaient été Frédéric -Guillaume et l'électeur d'Hanovre, Il solliâta §t- obtint pour lui de l'emploi dans Içs. troupes bavaroisesi, et il

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lui notifia à son départ qu'il ne voulait le revoir que général. Le ciel ne lui réservait pas de si hautes destinées.

Monsieur le Baron , qui craignait encore un peu monsieur son père , et qui était instruit par sapropre expérience , se conduisit tant bien que mal en Ba* vière. Il y passa quekpies années dan» les grades» subalternes ; et , en attendant le généralat , il ve* naît tous les ans prendre ses quartiers d'hivqr au, château; tous les ans il y faisait de nouvelles sottises ; tous les ans son père le chassait , ce qui ne. Tempédiait pas de revenir l'année suivante.

Pendant l'hiver de 1699 , Eerdti^nd xiv maria une de ses vas^lesr, qui , à ce qu'on assurait dans le pays , le touchait de beaucoup plus près. La noce se fit au diâteau. Ferdinand xy , qui tranchait dans ses domaine^ du petiJt pot^t^t,. prétendit le droit de jambage. Le futur époux trouva la prétention déplacée. ,On $'é.chauffa. Le papa Baron , qui. tremblait que monsieur son fils ne conùnît un iaeeste , interposa son autorité. Monsieur son fils n'en tint compte., et saisit l'épousée.- L'époux la saisit à son tour .* Ferdinand xv; tirait d'un coté , et le mari de l'autre. Le père putatif de la mariée, prêta main-forte à son gendre , et deux ou trois laquais se rangèrent. du parti^du jei^ne Bajcon. Dix ou douze Allemands renforcés prirent la défense, des 'jeunes époux ;- Ferdinand xv , voyant qu'il n'était pas le'plus fort, lâcha prise , et se retira furieux dans une chandwpe voisine. Trois de ses vas-

àiileft ^ eUrayées du tumulte , s'y étaient réfugiées» Ferdinand xv s'y enferma avec elles. Je ne sais ce qui se passa pendant que Ferdinand xiv apai*sdit ses vassaux , en leur parlant avec ce méls^e de noblesse et de bonté qui lui était familier ; mais ^ trois mois après , les troi^ vassales se trouvèrent gtx:M»seè. Les trois maris prétendirent qu'il n'y avait pas de leur faute ; et un soir que le héros bavarois rentrait ivre au cbàteau, trois gourdins metjrtrireilt ses illustres épaule^ , de manière qu'il fut oUigé de se mettre au lit^ De* papa Baron venait de s'y mettre pour une cause toute différente. Il était malade de soiitante^dix-neuf ans. On ne guérit pas» de cetm maladie-là ; aussi l'ame de Ferdi*^ i^alid xtv s'éôhappa-tHelle dé son enveloppe décré»plte^ pour aller se réunir à celle du grand Witikind. .

Ferdinand xv , nouveau baroQ de Felsbeim , n'ignorait p^ , quoique très^ignate , que non» sommés tous' mortels. Il savait ^ en outre y que les lar*lïies ne ressusciteraient pas Ferdinand xiv ^ et il coîiclut, avec beaucoup de sagacité, qi*'il était inutile de le pleurer. Il se mit tout bonnement en possession d'un château qui avait besoin d'être ré* paré , ui^is qui était le chef- lieu -d'une terre qui rapportait ^x mille florins de rentes Jl fit quelques kt^esses à ses'vassaux i» et se réconcilia avec eux ^ en leyr promettant à l'oreille de s'en rapporter uniquement à eux de la propagation de l'espèce humaine dans la- baronnie de Felsheim.-

Avec de très-grands défauts , monsieur le Baron

DE FELSHEIM. Il

était Un tl%s4irÉ¥d homme ^ «t à la pi^mière étintl^lte de la guerre de 1 701 ^ il leva à se» firai» un ^éfgÉSïêist d'hussards pour le sérriGe de l'empereiH*» Stàk vassauàc -, à t|ui il promit le pillage de l' Alsaee ^ du l^yGhAfessin > de l'ilep^dè-FraB^ce ^ ide Paris et de y etsaiUc» ^ s'èdrolèrèat ^n foule sous ses éteiidardë v et fdrmèreiil} à peu près une demi^ompagtiie. Lé IWtJë ^e traUvâ dnôs les cantons TOidins ^ oii le jdi*f^t §ur Ik route.

Mt»iisiëur te Baron ^ ptswat faire (aoe à ces dé» pensés extvior<Ënakrt;» 4 aTaik^ selon l'usage dés gu^rrkr^s de ce temps^là ^ engetgé ia moitié dt ses tdisnlûii^ à dèrs juifs de Fralidbrt-sur^ l'Oder; et, grâeBft à son dérouement «t*à ses soins > le régi» «Émut de Felsbebn be ^oura enfih en étal de pa»^ sto lèéceimnisné la revue de son coloneli

Oett^ revue «ut lieu dahs la oour du château, <m mohsteur le Barbu fit ^ès pl^omotiobs. Quel* ^es^entiUâttes des environs fîirelit faits officiers; 'g^ lapais ^ seà gardes ^chassé , inaréêhauxHiès^ logis, et ses piqueurs^ trompettes^ Le régiment dé^ âla^r le poiit4eTis^ ipi'on avait étayé à cet effet, -et prît gaitetnent la k-oute du pays IVekitin , eà élaat te j^txide fiugèlïe^ eh passaiit par la Haute^^i^, la l^raHGome , k SouabS eb le TiînoL Oe n'était jpas le ^ébi^tàm te pfais txmtt pour arriver' à Yersaili»; ïftat»^ ^cûÊÊkÊïé dit le pto^eTbey^imifehemtn mène

Measteul*» w» bmssarc]^ istw^nt en eâet pouvoir £ûrê tfan^iiâllëMient le voytige de Ft^nce , après

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