‹ Œuvres complètes de Pigault LebrunChapitre 2 sur 20 · LES BARONS DE FELSHEIM · texte numérisé non relu

LES BARONS DE FELSHEIM

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lui promit de Tavan^eF à la pii^mièfie fy^osioiâîpf}-^ ' et on 86 gavda hi/en de lui tenir fxarple 9 an l^QH

de 60^ iaoapaeité. •

Mdhâieur le Qaron, toujows buy^aiit, liipisi^t, jurant et se battant , ^t ei^xim deux om^l^nàgmfk sans qa^on s'occupât de lui* U pi^sealia d^s. p|acets; on n'y répondit pas. Il se plaignît | on m» Vér eoitiâ point. Il se ËLpha^ on n'y fit pafi gStmém- Son Fégiment ftit eneoré échai^é i la bataiU^* 4^» Denain, opi sauva la Sranee, b% qui a»9i&|)a la paÎ¥. Le Bavoi^ fut péfomné ; il vendit £ent cbevdu« , qui kû rastâiient, avec leurs ixpûpages, el il BUVfOyjd^ ppomener ii son tour ses hussards ^ qui lui ^m%nr daieM (de qum vivre, et qui s^ea retcmrnfiFent fbfi^^ eux, en vfKÀBxA sur la Foute, jeoznme ^ela eat arr rivé quelquefois à la paix, et poim^ Br^y^ fiUr cooe.*

Entre les bas-officiers de &im FégimenÉ , mosiiiieur le Bai'on avait distingué un fnafécbal^rdes-rlogîs, gros^.tfourt, vigoureux, bravjB, buvant hèiuicoufi sans qu^l y parât jamais, quabté précieuse fowf mi îvi^a», qui est bien aise ,de |rûuvw qmeliqpiVin sur qui il puisse eompl^F , d^ns tpus les te»ps , pouv ]^ mettre au ht. 0%^ avec ilrapdfc que le Sêr FOU s'enivrait de pséféBence , et il répondait à ses officiers , qui se permettaient quelquefois 4^ ^^ flexions à .^ égard , qu'il éteÔÈ du deViOiif d'UH .QO lonel d^eneourager les bons âolda&s, TouJ£»urs t0|Q[Rr I, staatdaaeses^jSe^feûdiis, le fiaiMHi proposa à

de s'attaci^ev à sa persûnne , et de ^^mmv pHeivice

ses iiiYaJidea an château de Witikii>d. Brandt , qui n'avait rien de mieux à faire, accepta la proposition , et tous deux se mirent en route ^ en ae piroposant de passer par Vienne, ou mon»emr4e BÛron devait voir le ministre.de k gueire., et aoUUdti^r le prix de ses longs et impoartaua s^Fvic^.

QuaiKl nos deux héros fojrent arrivés à Vienne, ils se concertèrent suv les déwarchea à faire ; et Brandt , qui avc^t toujours de bonnes idées , eon^ sfiilla à monsieur le Baron de présenter un pla^ cet. Monsieur le Baron* qui savait que Brandt avait plus d'esprit que lui,^ le chargea de la rédaction. On fit venir du vin, Aea pipes, une trsoiche de . jambon , et Brandt écrivit directemeid' 4 l'empe^» reur Joseph T**, d'assez médiocre mémoire. ♦

« VOTBÇ MAJESTÉ,

« J'ai perdu à votre service un œil , un bras , « l'usage d'une jambe , et la moitié de ma fortune. « Vos généraux m'ont frappé sur l'épaule , m'ont a fait des complimens et m'ont emjbrassé. Tout cela « est bel et bon ; maiç une gratification vaudrait « mieux encore. Vous descendez des César3, comme « je descends de Witikind, et entre grands hommes tf on doit s'entr'aidej*.

« J'ai l'honneur d'être , en attendant votre ré^ « ponse ,

a Votre très-humbk serviteur ^ Ça^ndt, pour « le colonel baron de Felsheim , qui ne peut « pas signer, parce qu*H hii manqpietin bras a droit, >'

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Monsieur le Baron trouva le placet plein d'esprit, et de gentillesse, et Brandt, enchanté de son coup d'essai , courut le porter à sou adresse. Un soldat des gardes l'arrêta à la première porte du palais, et lui. demanda ce qu'il voulait. « — Je veux « parler à l'empereur. — On ne parle pas à l'em- « pereur. — On ne parle pas à l'empereur! — On «ne parle pas à l'empereur. — Je lui ai écrit une

<c lettre On n'écrit pas à l'empereur. — Gom-

« ment diable faut-il donc s'y prendre avec lui? « — On ne jure pas à la porte de l'empereur. — a Tu commences à m'échauffer les oreilles. — Et « toi aussi. Passe ton chemin; il est temps. — Ah! •a tu te joues à un maréchal-des-logis du régiment « de- Felsheim. » Et Brandt prend le factionnaire à deux mains , lui iait faire un demi-tour à droi^te , et entre dans la première cour. Le factionnaire crie , la garde sort , Brandt court , on court après lui , et on arrive en courant dans la seconde cour, où une seconde garde barre le maréchal-des-logis, et l'arrête. Brandt tenait sa lettre à la maip, et criait à tue-tête qu'il voulait voir l'empereur. On le prend pour un fou, et on se met à rire. Brandt, qui n'aime pas qu'on se moque de lui , crie plus haut , et un homme paraît à une croisée. 'Brandt, qu'on serre de tous les côtés, et à qui on met la main sur kl bouche, parvient à élever un bras, et agite son placet. L'homme qui est à la croisée s'informe de la cause de ce tumulte. « Votre majesté, lui répond €< un lieutenant des gardes , c'est un hussard en dé-

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« mence, qui a osé vous écrire, et qui prétend apte prochér de votre personne sacrée. « « Voyons ce « qu'il m'écrit » , reprend Joseph V. Et le lieutenant se hâte de lui porter le placet de monsieur le Baron. L'empereur le lut à la croisée , rit beaucoup , et Brandt , qui vit rire l'empereur, ne douta plus du succès. Il sortit des cours du palais trèssatisfait des procédés 'du successeur des Césars , et retourna à son auberge attendre sa réponse.

Deux jours s'écoulèrent, et César ne répondait pas. Monsieur le Baron, qui passait son temps dans les cabarets , fauite de pouvoir faire mieux , apprit quelque chose des usages de la cour, et sut qu'à telle heure l'empereur passait dans telle galerie, qu'à telle autre il allait à. la messe, et que les officiers l'approchaient facilement. En conséquence de ces éclaircissemens , monsieur le Baron pria Brandt de lui faire un second placet, de natter ses faces , de décrotter ses bottines , et il se rendit au château. Il se trouva en effet sur le passage de sa majesté, qui prit ^on placet d'un air très-gracieux.

Deux jours se passèrent encore , et l'empereur ne répondait pas à monsieur le Baron , qui , ne sachant quel parti prendre , consulta son fidèle Brandt. Celui-ci , qui ne manquait pas d'un certain bon sens , lui dit : « Monsieur le Baron , ces gens^là a n'aiment pas à donner ; mais ils aiment moins « encore qu'on les ennuie. Ne quittez pas le châ- « teau ; que l'empereur ne fasse pas un tour chez ce lui, sans vous trouver sur son chemin un placet à

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a la mam , et il vous exaucera pour se défaire de a VOU& » Bîpandt prit la plume , et griffonna une douzaine de lettres absolument semblables à la preiBière, qui était trop bien tournée pour qu'il y changeât un mot. Monsieur le baron les mit dans, sa sabredaehe ^ et s'en fut clopin-clopant afisiéger Joseph I**".

A son lever , à son coucher , à son grand , à son petit couvert , à la messe , à la promenade , Fempeireur ne voyait que l'homme à l'œil crevé, au bras emporté , et à la jambe êcloppêe. Le Baron ne le quittait pas phis que son ombre , et ne perdait jamais l'oceasiotn de glisser un placet. Un jour que l'empereur dînait à son petit couvert y. et qu'il était en meilleure humeur que de coutume, il regarda fe Baron, et se mit à rire; le Baron le regarda, de son coté, d'un air tragicomique, qui le fit rire plus fort. Les convives, que César avait admis à sa table , rirent aussi, sans savoir de quoi il était question ; mais quand l'empereur rit , tout le monde doit rire. Joseph tira de sa poche huit ou dix placets , et les distribua à ses courtisans. On rit de plus belle ; et une jeune dame , qui ne paraissait pas mal auprès de sa majesté , osa li^i recommander monsieur le Baron. Le Baron balbutia un compliment à la belle dame ; il en fit un à l'empereur lui-même , dans vax style et avec im air qui n'appartenaient qu'à lui. Il eut le bonhetir d*amuser beaucoup mesdames et messieurs du petit couvert , qui tous

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s'intéressèrent pcmr lui , à l'exception du ministre de la guerre , qui fronçait le sourcil , et qui intérieurement en voulait au Baron , qui ne s'était pas adressé direetement à lui. Il n'en fut pas moins obligé de lui faire payer le lendemain cinquante mille florins , e6 qu'il effectua d'un air maussade , que monsieur le Baron ne remarqua seulement pas* Moitié de la somme fut empaquetée dai^ la valise du colonel , l'autre moitié dans celle du marécfaal-des^logis , et ils prirent gaiement la route de LumdK>urg , d'on ils arrivèrent enfin au château de Felsheim.

Le premier soin de monsieur le Baron fut de faille répara les voûtes de ses caves, et de les garnir de bière et d'excellent vin. Il fit ensuite, rele\;^r ses créneaux et «9s tourelles , signes non équivoques de son-antique noblesse ; enfin il s'occupa de la couverture , qui était tellement délabrée 9 quie la pluie et la neige avaient pourri les planchers du grenier et du premier étage. Monsieur le Baron, qui savait s'accommoder aux circonstances , se logea au rez-de*chaussée.

Après ces premières dispositions , Ferdinand xv et so« ,é^a^tv , sans inquiétude , et se trouvant en fcmife , se livrèrent à leuar goût favori , et ne se couchèrent pas de huit jours ^ parce que Brandt , qui portait fort bien son vin , s'en chargea tellexmpX , qu'il lui fut impossible de mettre monsieur je jBtaron au lit r par la raison infiniment simple qu'il ne pouvait plus s'aider lui-méirte.

Le neuvième jour, monsieur le Baron voulut recommencer; mais Brandt lui fit un discours si pathétique, sur les dangers de l'ivrognerie, que le Baron se sentit ému. Mais dans tous les temps le diable fut plus fort que tous les prédicateurs du monde ; et , à peine Brandt cessait-il de parler , que le Baron décoiffait sa dame^jeanne.

Brandt , qui savait qu'il faut quelquefois sacrifier quelque chose , pour ne pas perdre le tout , capitula avec monsieur le Baron. Il fut convenu qu'on ne boirait dans la journée que pour le besoin , mais qu'on poufrait s'enivrer le soir ; et , pour éviter les accidens-et les fraîcheurs de nuit, on arrêta qu'on approcherait les deux lits , qu'on placerait une table entre eux , qu'on la chargerait d'une cruche de huit pîhtes , qu'on se coucherait , et qu'on boirait commodément et< sans avoir rien à craindre.

Quand monsieur le Baron s'écartait des clauses du traité, Brandt le rappelait à l'ordre ; et , bon gré, mal gré, le chef cédait à son inférieur; tant il est vrai que la raison ne perd jamais ses droits , quelque bouche qu'elle prenne pour organe.

Un soir que ces messieurs , couchas à deux pieds l'un de l'autre , s'enivraient militairement , en parlant de leurs faits et gestes , et se mettant par modestie au niveau du prince Eugène et de Marlborough , Brandt fut frappé d'une inspiration subite : « Nous sommes fort bien ici , dit-il à mon- « sieur le Baron. Fort bien , mon ami , répondit

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i( Ferdinand xv , en laissant échapper un hoquet. « — Plus de bivouac... — Phis d'eau à boire... — « Plus de pain moisi... — Plus de vache enragée... « — Plus de Français... — Qu'on bat pourtant quelce quefois... — Oui , en perdant un œil... — Un « bras... — Une jambe... — Et cela n'est pas gai. a A votre santé , mon colonel. — A la tienne , mon « garçon.: — Je ne vois qu'un petit inconvénient « qui pourrait bien déranger nos affaires. — Et « lequel ? — C'est que les Juifs de Francfort met- « tront, quand ils le voudront, le Baron de Fel- « sheim à la porte de son château. — Je ne pen- « sais plus à ces marauds-là , reprit Ferdinand xv , « en poussant son gros juron. Tu monteras de- « main à cheval ; tu iras à Francfort ; tu rassema bleras cette canaille ; tu me l'amèneras , et je la « recevrai dans cette fameuse tour, où Witikind, « avec trente saxons , arrêta trois jours Gharle- « magne et cent mille hommes. Le lieu leur « inspirera ime vénération à laquelle mon corps (( mutilé ne peut plus prétendre. — J'irai , mon a colonel. — S'ils sont raisonnables... — Nous les a paierons. — S'ils ne le sont pas... — Nous les sa- « brerons. — C'est cela , mon garçon. Buvons. — a Buvons. »

Le lendemain , au point du jour , Brandt monte k cheval , galope à Francfort , et rassemble les créanciers de monsieur le Baron. Il leur fait part de ses intentions bénévoles , leur assigne le jour où son colonel les attend , reçoit leur parole , et retourne au château.

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L'exactitude d'un bon scJdat à son poste , d'un amant à un premier renéez-vou6 > d'un courtisan à la coiu* , n'est pas comparable à l'exactitude d'un Juif qui a de l'argent à recevoir. Ceux de Francfort arrivèrent au jour indiqué , avant que le Baron eut cuvé le vin de la veille. Brandt le réveilla , lui passa une robe de chambre de velours bleu , doublée de mehu-vair> qui venait de Ferdinand xiii, et que Ferdinand xiv n'avait jamais endossée que pour donner ses audiences publiques. Il attacha son sabre de campagne par -dessus la robe de chambre ^ glissa ses pistolets à deux coups sous le ceinturon , lui peigna la moustache , mit une coiffe blanche à son bonnet de laine brune ; et le BaiY)n , appuyé sur l'épaule de Brandt , sortit majestueusement de sa chambre à coucher , passa au milieu de ses créanciers , rangés en haie dans son antichambre , et se rendit avec eux à la tour de Witildnd.

Monsieur le Baron déposa , sur un<B tablé vermoulue 9 son «abre nu , ses pistolets à deux coups , il s'assit dans son grand fauteuif d'érable , releva sa moustache , et parla en ces termes : « Fripons « que vous êtes , je vous ai convoqués pour me (c débarrasser de vous. » Les Juifs firent une profonde révérence, « J'ai servi le descendant des Cé- (( sars , qui ne vaut pas Imeux que le descendant « de Wttikind ; mais enfin je l'ai servi. J'ai eu « besoin d'argent , et j'en ai passé par ce que (( vous avez voulu. Maintenant je tiens k bourse ^

« et je fais la loi à mon tour. Youlet-* voufi moitié ? » Les usuriers se récrièrent ; Bmndt les regarda de travers , et leur imposa silence. Le Baron réitéra son joffre ; les créanciers remuèrent la tête d'un air négatif. Ferdinand jura, par ses aïeux, qu'il ferait précipiter de ses t3ours dans sa mare les o£Br ciers exploitans qui .oseraient passer le pont du château. Brandt jura, par le prince Eugène, qu'il allait à l'instant même traiter les Juifs saxons comial^ les Juifs arabes avaient traité les Amalédtes , slls n'entraient en composition. Il tournoya soà babre au - dessus des têtes israélites , et ne lès intimida pas. Un Juif ne craint jamais pqur sa tête , quand il tremble pour son argent.

Cependant le 3aron faisait la grimace ; il jurait entre ses dents , et il ét^it assez embarrassé , lorsque firandt ^ qui aimait autant les moyens doux que les autres , lorsqu'ils conduisaient au même but , fît sortir son colonel, prit ses pistolets , sortit luimême à reculons, menaça de brûler la cervelle à quiconque oserait faire un pas , et enferma les Israélites dans la tour. C'est ainsi qu'autrefois leurs pères , de pieuse mémoire , avaient été resserrés dans la sainte Sion par un empereur impie , qui les exposa aux horrqurs de la Êimine.

Les Israélites modernes., aussi magnanimes que leurs aïeux , passèrent une partie du jour sans boire , sans manger et sans céder. Bientôt la soif physique égala en. eux la soif de l'or, et ils essayèrent de déranger les barres^ux que Ferdinand

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XI avait fait placer aux croisées. L'impitoyable Brandt , qui faisait faction au dehors avec un fusil à dfeux coups , s'opposa si vivement à leur entreprise , qu'ils furent obligés d'y renoncer. Ils lui demandèrent quartier. « Voulez- vous moitié , leur répondit le maréchal-des-logis?» Les Juifs se retirèrent et poussèrent le châssis plombé.

La journée se passa , la nuit succéda au jour. Brandt alluma des feux au pied de la tour pour n'être pas surpris, et on s'observa mutuellement.

Le matin , les estomacs judaïques éprouvèrent des tiraillemens affreux , et Fun d'eux demanda à parlementer. « Voulez -vous moitié? répéta Fince flexible Brandt ? Nous prendrons deux tiers , ré- « pondit le parlementaire. » Et Brandt continua de se promener en long et en large , son fusil sur l'épaule.

A midi , les Juifs , ne pouvant résister à la faim qui les tourmentait , parlementèrent encore , et consentirent , en gémissant ^ aux conditions proposées. « Vous n'aurez qu'un tiers , répondit Brandt ; « et , si vous ne capitulez à l'instant , vous ne serez . « reçus qu'à discrétion , et vous n'aurez rien du <c tout », et il continua de se promener, son fusil sur l'épaule. « Monsieur le hussard , donnez-nous « moitié , dit un Juif, d'une voix affaiblie , vers « les quatre heures du soir. Vous n'aurez qu'un « quart » , répondit Brandt , et il continua de se promener , son fusil sur l'épaule. « Va donc pour le

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« quart , reprit llsîaélite. Il est des chrétiens qui a sont encore plus juifs que nous. »

Aussitôt Brandt va chercher du papier et une écritoire de poche ; il attache le tout au bout d'une perche qu'il présente à ses prisonniers ; il leur ordonne de donner quittance des trois quarts, ce qui fiit exécuté à l'instant. Brandt reçut les quittances par la commodité de la perche ; il les porta à monsieur le Baron , prit un sac de florins impériaux, monta à la tour, paya le quatrième quart, retira les titres originaux, et mit à la porte, avec beaucoup de civilité, les juifs, qui se retirèrent en le donnant à tous les diables.

En réjouissance de la manière économique dont monsieur le Baron venait de payer ses dettes , Brandt mit sUr table un quartier de lard fumé et un vi^x coq rôlâ; et on convint que, par extraordinaire, on commencerait à boire dès cinq heures du soir, sauf à ne se coucher que le lendemain.

Les réparations du château, et le paiement que monsieur le Bai*on venait de faire , avaient furieusement dimimié ses finances. Il aimait l'argent frais, et Brandt ne le haïssait pas. D'ailleurs , monsieur le Baron devait faire figure dans ses terres, voir et traiter les barons ses voisins, et cela ne se fait pas sans argent. Il se décida à vendre quelques arpens de bois, isolés du domaine principal : il les regretta pourtant , parce qu'ils foisonnaient en sangliers et en loups toute l'année , et en bécasses dans la saison. A la vérité, le Baron, borgne,

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boiteux et manchot ^ ne pouvait |>irs chasser facilement; mais un baron, dans quel^ie état qu'il 5oit, tient toujours à ses prérogatives. Celui-ci se consola de voir abaittre ses poteaux et ses armoi^ ries, moyennant »il mille florins qu'on lui paya comptant, et qu'il remit à Brandt, avec l'ordre précis de s'en servir pour la gloire «t les besoins de son colond.

Brandt réunit donc les fonctions de trésorier aux brillans et nombreux emplois qu'on avak déjà accumulés sur sa tête. Gomme c'était un homme d'un jugement «xquis^ il sentit d'abord qu'il n^ pouvait sufiBbre à tout, et un soir qu'il était couché auprès de monsieur le Baron, il lui conseilla^ en lui versant à boire pour la vingtième ou trentième fois, d'aviser aux moyens de monter sa maison sur un pied convenable à sa fortune et à sa naissance. 11 s'aperçut qu'il pérorait en vakn. Son suzerain était complètement dans k vî^e du seigneur. Il sabla lui-même ie vidercome concluant, s'enfonça le nez sous sa couverture, et ât fme excellente nuit Le cid en acccyrde autant âfaledïeâ^, soit qu'il coudbe seul , et qu'il ait envie de dormir; soit qu'il couche à deux s, et quHl ait envie de veiller.

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