‹ Œuvres complètes de Pigault LebrunChapitre 14 sur 20 · LES ftAiio)r · texte numérisé non relu

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tt purifient les airs; les poisons devienne!»! s»ce lutaires entre les mains d'un médéem habite ; « les vices, qui infectent une partie desbumûns, a sauvent l'aatre pavtie de la eontagîon , el , sans « les filles de la rue aux Ours , ta belle inconnue « et celles qui lui ressemblent ne seraient nulle « part en sûreté. Vois les travers de ton siècljQ « d'un qmI iildi£Sérent , jouis de ce qui tj& plïiîl , « IsMSse ce qui te répugne , et surtout ne te fàeh^ « de rien. »

Ils allaient soitir de cette rue , lorsqu'ils s'aper^ çurent qu'un homme, assez bien mis, les suivait de très-près, et leur parlait à demi-voix, ils pré^ tèrent'. l'oreille. On leur proposait de se joindre à deSi messieuors, très-bonnétes, qui se rassemblaient dans une maison voisine. Une assemblée d'hoQieiètes gens dans: la rue aux Ours ! Théodore sentait bien qu'un homme estimable pouvait, parfois , s'y égarer un quart-d'heure. Mais que la probité, les talens, la décence pussent s'y réunir, voilà ce qu'il ne compr^iait point.

U proposa à Charles de voir un peu ces prél^endus honnêtes gens, auxquels on s'agrégeait avec tant de fatalité. Gelui-ci, mdifïerent sur tout ce qui n'était pas amour, se laissa en^aîn^. Le conducteur ofifiideux leur fit enfiler une allée longue et obscure. On arriva à un escalier difficile et étroit, qui conduisait à une porte épaisse, ^u milieu de laquelle était un guichet. Le guide (rappa trois coups. Un grand drôle à moustaches

regarda p^v \û guichet , et à Ta^ect de l'introducteur la pd^e i*oiivrit. Nos jeunes gens, un peo déGoneerlés par cet air de mystère, ne savaient s'ils enti^eraienl ou s'ils reculeraient La curiosité, et la confiance qu'inspire l'uniforme, les déterminèfefit à suivre l'aventure. En effet, il n^élait pas probable qu'on fit , Sâfns raison , un mauvais parti k deu* pages de Frédéric. Ils avancèrent dans »ne vaste chambre magnifiquement meublée , qu'éclairaient trente bougie»; Le plus profond silence y régnait , quoiqu'on y fut les uns sur les autres. On était debout et rangé circtilairement. Charles et Théodore s'approchent du cercle, et aperçoivent enfin une longue table couverte d'un tapis verd , sur leqtiel étaient rangés des rouleaux d'or et des piles d'écus. Ils étaient dans un tripot.

Le roi de Prusse , quand il avait besoin d'argent, établissait des impots, qui pèsent également sur tous, il ne vendait à personne le droit ini^ime de dépouiller Tinexpérience et la fsiiblesse. Les maisons de jeux étaient sévèrement procrites dans tous ses états, comme dans tous ceux où l'on conserve quelqu'apparence de moralité. C'est d'après la sévérité connue du prince , que ceu^sr , qui transgressaient ses réglemena, prenaient le» précautions les plus sûres, pour ichapper aux recherches.

On jouait dans ce repaire im jeu infernal^ appelé trente et garante : jeu à-peu-près égal , en appa*rence, où il semble que l'unique bénéfice de la

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banque soit établi sur le refait du trente - un ; mais où l'opiniâtre délire des perdans et la timi* dite de ceux que la fortune favorise, doivent, à la longue, attirer tout du côté du banquier. C'est là que se rassemblent l'opulence et la misère, le maître et le laquais, l'insensé qui a volé son père, le père trop faible pour résister à ses passions, l'escroc, le filou, les fripons de toute espèce que la société rejette de son sein; c'est là que l'ivresse d'une joie folle, et que les convulsions du désespoir se développent alternativement sur tous les visages ; c'est là que l'honnête homrae égaré vide d'abord sa poche , use ensuite de ses ressources, en vient aux moyefts honteux , s'endurcit le cœur, oublie ses devoirs, les liens de l'amitié, ceux du sang, et perd enfin l'hoimeur et quelquefois la vie. Et il est des pays où ces antres sont publiquement ouverts^ où ils sont protégés !

Charles et Théodore s'amusèrent quelque temps des bizarreries de la fortune. Plusieurs coups brillans les éblouirent; ils furent tentés de courir les hasards : ils résistèrent cependant* On expose difficilement son premier écu; celui-là perdu, il ^t impossible de prévoir où Ton s'arrêtera. Tous deux convoitaient l'or, qui était- étalé devant eux , tous deux avaient la main sur leur argent ; ThéO' dore cède le premier : il jette un reichs-lhaler sur le tapis. Il gagne , il double , tous ses coups sont heureux. Charles .n'est plus . maître de lui;

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il joue et gagne aussi. En une demi-heure ils font soixante frédérics. Il semble que la fatalité , toujours aveugle, devine, démêle ses victimes, et se fasse un plaisir cruel de les. séduire par l'appât du gain.

Nos jeunes gens , étourdis par des succès qui passaient leurs désirs , en auraient suivi le cours, si le coucher du roi ne les eût rappelés. Ils sortirent, ep regrettant le temps qu'ils allaient donner au devoir. Ils étaient moins sensibles à leur bonheur présent , qu'aux bénéfices immenses qu'ils se promettaient encore. La cupidité régnait déjà dans deux cœurs , qui ne devaient connaître que des sentimens doux : ce n'étaient plus les mêmes hommes.

Charles, fatigué de projets établis sur sa fortune à venir, s'endormit enfin. L'amour, qui peu d'heures auparavant était sa seule affaire , fut subordonné à la frénésie, qui s'emparait de lui. Il . négligea le bonhomme Brandt , ne vit presque plus monsieur d'Herleim , oublia tout-àfait monsieur de Fersen , chez qui il devait aller, et ne parut devant le roi que lorsqu'il y fut absolument obligé. Avait-il un moment à lui , il courait au tripot. Pouvait-il se dispenser d'une partie de son service., il courait au tripot. L'adjudant lui reprochait-il sa tiédeur, il s'en consolait au tripot. Le tripot , toujours le tripot.

Le bon hussard ne se doutait de rien. En apprenant à jouer, Charles avait appris à menlir,

el quand son vieil ami se plaignsût de ses Icmgues absences , il avait toujours une défaite , qui lui fermait la bouche. Cependant il semblait avoir fixé la fortune. Malgré la manière folle dont il jouait son argent, à la fin du premier mois, il avait cinq cents fi^érics. Théodore, à peu de chose près , avait été aussi heureux.

Une somme aussi forte est du poison entre lés mains de deux jeunes gens. A quoi Femployer, quand on est logé , vêtu ; nourri ? C'est au vice qu'appartient f argent que le vice procure , et un excès mène toujours à un autre. En passant et repassant dans cette- malheureuse me aux Ours , Charles s'accoutuma insensiblement à Timpu^ dence de ces femmes , qui l'avaient d'abord révolté. La beauté timide de son inconnue avait perdu tous ses droits ; l'amour délicat lui parut un travers ; il avait de l'or , il voulut des plaisirs faciles. Arrête, infortuné, tu te perds... Le mal est fait. Deux de ces misérables sont tirées de la fenge. Elles habitent un logement agréable, leur ameublement est recherché, la soie et les dentelles les couvrent, et des lèvres flétries recueillent les premiers baisers de l'innocence. C'est entre ces créatures et le jeu que se partageaient Charles et Théodore; * On voit avec douleur un enfant , qui donnait de si belles espérances, exposer son état et sa réputation. Puisse au moins son exemple être utile à ceux qui peuvent rétrograder encore ! Une

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Habon daa^reuse a é^aré Charles : jeunes gens, apprenesi à cJbsotsiar vos^ «mis.

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