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milieu de la chambre. « Levez-vous donc, mille a morts! vous n'avez plus qu'une demi -heure à « vous. » Charles bataillait encore^avec son oreiller : le bonhomme lui lève la. chemise, et lui jette une potée d'eau au derrière. Le Baron fait un saut, jette un cri , court par la chambre, et rit de tout son coeur, en prenant le linge sec que lui présentait son valet-de-chambre.
Dès qu'il fut prêt, il se rendit à la grandgarde, accompagné de ses deux acolytes. L'officier du poste lui demanda ce que voulaient ces deux hommes. « L'un , répondit Charles , ne m'a « jamais quitté ; l'autre est mon valet-de-chambre. « — Les pages n'ont pas de valet-de-chambre, « répondit l'officier en levant les épaules. .Us « logent dans le même cf4|idor, se peignent « entre eux , s'habillent eux-mêmes , et donnent « très-peu de temps à ces niaiseries. Quant à celui a qui ne vous à jamais quitté , il faut vous en sé- (c parer : le roi n'en a pas besoin. Mais j'entends «• trois heures , marchons. »
Brandt se faisait une fête de voir l'aceueil distingué que* le roi ne pouvait pas manquer de faire à monsieur le* Baron : il fut très-choqué du refus qu'il éprouvait. Il allait en témoigner son mécontentement à sa manière accoutumée ; mais Charles le devina , lui serra la main , et le bonhomme se retira avec Hantz, sans proférer un mot Ils rentrèrent à leur logement^ et se couchèrent
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dans les draps de ^monsieur le Baron. Us étaient trempés, ainsi que les matelas; mais de vieux soldats n'y . regardent pas de si près. Us dormirent une partie de la journée , et arrêtèrent , le verre à fci main , que , puisque le» pages n'avaient pas de valets-de-chambre , Hantz continuerait à donner des coups de peigne à VAi^ noir; qu'en raison de la conformité de leurs caractères, ils logeraient désormais ensemble , et que les économies , résultantes de det arrangement , leur permettraient roquille de plus à chaque repas.
Le commandant du poste remit Charles à l'adjudant , qui l'attendait en se promenant en long et en large. « Vous allez paraître devant Frédéric, « lui dit ce dernier; peut-être. vous interrogera- « t-il : de la présence d'esprit , et sjirtout des « réponses courtes et précises. » Le pauvre petit Charles ne savait où il en était. Ce qu'il voyait ee qu'il entendait , n'avait nulle espèce de rapport avec ses habitudes passées. ^1 fallait devenir un homme nouveau ; il Iç sentit et se résigna.
Charles entra chez le roi. La simplicité de son costume, qui semblait dire à l'observateur. L'entourage n'est quelque chose que quand . l'individu n'est rien ; la faciUté avec laquelle on l'approchait ^ le feu perçant de ses i:egards , ce que la renommée, publiait déjà de ce prince , tout s'accordait pour pénétrer yle jeune homme d^étonnement et de respect. Use tenait debout
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OQntve la porte% ses maîas jointes par-dessus son chapeau ; il retenait s6n haleine ; le cœur lui battait avec une fcx^ incroyable.
Le roi avait devaut hit une carte de la Silésî^. Il réfléchissait profondément , et écrivait ((ueli]fttes notes de sa main. Il se tourna enfin du côté du jeu^e page, et lui fit signe d'approcher de son bureau. «cQuel âge avez-.vou&? — Quitise ans et « demi. — > Que savez^vou& ? — Bieo peu de chose y « sire. — Point de mots. Que savesc^'Vous } -^ Un c< peu de mathématiques^, de dessin, de géogra- « phîe , d'histoire , de mil^que. -— Voyons cela, a Comment prenez-vous la surface d'un cercle ? « — ^ En multipliant la circonférence par la moitié « du rayon. — Qu'est-ce que la peinture ? — « L'art d'imiter les objets, par le moyen des om* ^ bfes et 4e» claH*s. — Quelle est la pr^nière « forteresse de la Silésie dtf coté des. états de « Brandebourg? — Glc^au. » Le roi se tut uû moment , et regarda Charles très^fixemeu4x L'en* fiint , embajrassé au-delà de toute expression , ne savait qiuslle contenance prendre. «Levez les « yeujc et regardez-moi. » Charles se remit un peu^ « Savez-vous lever un (>lan ? — Je^n^'ai jamais » essayé. — ; Etes -vous en état d'en copier pf-^^ « .OiM, sire* — Savez-vous montear à cheval?-*^ it Ma mère; n'a pas vouju permettra... -^SavepK-' « vous monter à cheval ?—t Kon , sire; —^ Crai^ « gnes-^vous les chevaux ? — ► Jene ormnsrien. -^ « Voilà comme j'aime qu'on me r^onde. Mbii-
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« sieur l'adjudant , jt place ce jeuae homme (( dans les pages de ma chambre. Il ne suivra (( pas les leçons du précepteur. Vous le feres <v monteir à cheral .deux heures le matin , et au- « imkt • TaprèsKliner. Je veux qu'il puisse me « suivre avant un mois. Ailes le faire habiller. )>
L'adjudant d'Herleini était un vieil officier , qui avait passé par tous les grades , sous le (en roi. Son exactitude ne s'était jamais dénlentie* Il avait un sens drok^ et une sensibilité 4 i|ii'oâ> trouve t^arement dans cëtix qui ont vieilli sous les armes. La figure de Charles l'avait prévenu en sa &veur , et la manière , dont il venait de répondre au roi, lui inspira un intérêt qui augmenta chaque jour. Il donna au jeune homme des conseils f fondés sur la connaissànîce intime du caractère du prince ; il l'assura qu'il avait plu ; il lui apprit que le roi n'admettait dans lès pages de sa chambre que les jçiinës gens qui lui parais^, saient digues de ses^ bontés^ enfin il lui répondit de sa Ibrtune, s'il était sage et laborieux.
Le toti brusque et imposant de Frédéric ne promettait rien de bien avantageux : Charles» était loii» de se croire si avancé. 11 était sorti de diez le roi le cœur serré , -et il avait besoin de quelqu'un qui compatit à sa situation. La bienveâllancé et la familiarité de yadjudant kii parurent d'an prix, inestimîable : il était le seul qui? eut daigné se mettre à la pc^rtée de son âge. Charles , sensible comme sa mère j s'attacha siu-
cèrement à M. d'Herleim. Heureux , si la fougue de la jeunesse lui eut toujours permis d'écouter cet homme prudent , et de suivre ses avis !
Monsieur d'Herleim fit venir le tailleur et l'écuyer , et exécuta les ordres du roi. Dès que Charles eut ^ni avec le premier , le second s'empara de lui , le conduisit au manège , et lui donna sa première leçon. .Après l'équitation , les pages allèrent déjeûner, et se firent un plaisir de fêter à leur tour le nouveau camarade. Le plus joli et le plus éveillé de tous, après Charles, le jeune Théodore, qui était aussi de la chambre du roi , le conduisit au^ écuries , dans les corridors , à la salle d'étude ; il lui fit voir ce qu'il y avait de remarquable au château, dans les jardins; il lui conta quelques anecdotes de cour, tourna ses supérieurs en ridicule , avec beaucoup de gaîté et de finesse ; enfin , il lui offrit son amitié , et lui demanda la sienne.
• Charles reçut , avec transport , les offres de son camarade. Ils se promirent de passer , ensemble tous les mômens, dont ils pourraient disposer. Le jeune Baron avait trop peu' d'expérience pour sentir que celui qui plaisante ses chefe ne les estime pas, et que le mépris de ses supérieurs conduit insensiblement à la négligence et k l'oubli de ses devoirs. Il ne voyait dans Théodore qu'un extérieur agréable, que des saillies vives et spirituelles rendaient plus piquant encore; il était séduit surtout par une conformité de goûts
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et d'humeur, à laquelle on ne résiste pas dans la première jeunesse.
Cettç nouvelle liaison ne lui fit pas oublier encore ce qu'il devait à la reconnaissance et k la nature. Dès qu'il fut seul , il courut chez Brandt , et lui raconta avec ravissement les événemens de la matinée. Le bonhomme l'écoutait , .la bouche ouverte , les yeux humides ; il . se transportait dans l'avenir ; il voyait Charles général-major pour le moins. « Si je pouvais vivre jusque-li, a disait-i| , en le tirant entre ses jambes et en le ff pressant contre sa poitrine. Ecrivez , monsieur « le Baron, écrivez tout cela à madame, comme « vous venez de me le conter. » Charles écrivit , et n'omit pas un mot de ce que lui avait dit le roi, et de. ce qu'il avait répondu. 11. remercia Werner, dont les soins avaient préparé son avancement; il finissait en assurant sa mère que rien n'altérait son bonheur que le regret d'être séparé d'elle. Il envoya la Içttre à la poste ^ et revint partager le dîner de i^es camarades.
Les pages mangent dans une salle commune. Us sont soumis à l'adjudant, pour tout ce qui a rapport à leur service; la police intérieure est confiée à un précepteur,- qui les élève le moins mal qu'il lui est possible , et qui occupe le haut bout de la table, pour y maintenir l'ordj^e. Charles s'était placé à côté de son. ami Théodore^ et ils faisaient à voix basse leurs petites observations sur l'air capable et important de monsieur le
précepteuf*. Celui-ci avait trouvé fort extraordinaire que Charles fut dispensé d'assister k se^ leçons; il le regardait un peu de travers, «et, à la fin du repas , il lui fit quelques questions avec le ton tranchant d'un cuistre de collège. « Pourfieztf vous me dire, ïnonsieur, lui demanda-t-ilentre a autres niaiseries, où se réuniraient deux lignes «: parallèles prolongées à l'infini ? — Pourriez- « vous ni'apprendre , vous, quand vous trou* « verez la quadrature du cercle ? n Les pages partirent d'un éclat de rire, le précepteur se mordit «les lèvres, et se promit* bien d'humilier Charles à la première occasion.
On allait se lever, lorsqu'un valet-de-pied vint dire au petit Baron que le roi le demandait. Frédéric, servi moins somptqeuseinent qu^un simple n^avquis français , ne restait à table qu'une demi-heure, parlait peu, et s'occupait sans ces^ d^s grands projets , qui éclatèrent au bout de quelques mois.
Charles courut, comme on peut le croire. Il trouvai chez le roi une table dressée, du papier de Hollande, des couleurs et un étui de mathématiques, ce Copiez -moi ces deux plans, lui dit ce Frédéric ; et , sur votre tête , ne parlez à perr « sonne du travail que je vous &is faire* 9 Ces plans étaient ceux dé Glogau et de Breslaw. Ils étaient exacts, mais usés, déchires même en phib sieurs endroits. Charles appliqua : une feuille de papier sous le premier plan , et se disposait à
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piquer, a Si j'avais voiUu des plans calqués , vous « n'auriez pas trouvé ici d'instruiiiens. ««^ Cette a méthode abrège beaucoup. --^CFoyez-vous me « ra[^eiidre ? -^ Pardon , sire... • — Copiez et « taiseJb-Tous. »
Charles commença, et ne dit plus un giot. Le roi* se remit à son bureau, travailla de son côté, et de temps en temps il se levait , et venait s'appuyer sur le dos de 4a chaise de Charles. Il examinait sa méthode , le laissait £âire , et retournait à sa place. Vers la nuit, il sonna et demanda monsieur d'Herleim. «Monsieur l'adjudant, lui « dit41 , Tjiéodore est de semaine ; mais de quelle ques jours je n'aurai pas besoin de ses ser- « vices. Charles couchera ici, et je lui enverrai ce de ma table ce qui lui sera^ nécess<aire. »
DUerleim sorti, le roi prit sa flûte : la tète d'un prince à besoin de relâche comme celle d'un goujat. La musique délassait Frédéric, et lui rafraîchissait l'imagination. Charles, passionné pour cet art, oubliait 6}ogau et Sreslaw. Il écoutait, il battait la mesure, et applaudissait à certains traits assez brillans. « A propos, dit le roi, qui <s avait toujcMirs les yevx sur lui , vous m'avez dit « que vous êtes musicien. De quel instrument « jouez* vous ?. — ^ Du violon , sire. ^^ Passez dans « ce cabinet, et prenez-en un. Bon. Je vais vous « donner le &z. Voyons oe iluo. — Oserai- je, sire.. ^ « — . Vgyons ce duo. — C'est abuser.... — Do ma « patience. Obéisse. »
Voilà donc le monarque et son page , oubliant Tun son rang, l'autre son infériorité, faisant de la musique , et rivaux en talens. <c Bien , fort bien, « disait quelquefois Frédéric. — Au mieux, à merce veille , sire ! s'écriait Charles un instant après. a — £|^ tu n'as que quinze ans et demi, dit Fréa déric à la fin du duo ? — Pas plus , sire. — Qui « a fait ton éducation ? — Le colonel Wcrner. — « Il s'est distingué à Peterwaradin ? — Oui , sire. — « Il y a près de seize ans de cela? — Oui, sire. « — Et il est resté colonel ? — Oui , sire. — Et « tu n'as pas eu .d'autre maître? — Non, sire. » Le roi prit une plume , écrivit quatre lignes , et serra le papier dans sa poche. « Allons, Charles, « c'est assez faire le^ virtuoses ; remettons - nous « au travail. » . .
Huit jours s'écoulèrent ainsi. Charles bâillait quelquefois sur ses forteresses, et dessinait à la dérobée quelques carricatures ; mais enfin le neuvième jour il avait terminé ses deux plans, et mis au net un manifeste, que le roi comptait publier au moment où il entrerait en Silésie. Frédéric, qui avait trouvé au jeune homme un jugement assez avancé , et qui peut- être se laissait aller a|i petit amour -propre d'auteur, demanda au page ce qu'il pensait de son Manifeste « Ma a foi, sire, je l'aurais fait beaucoup plus court. — « Ah* ah!' et comment aurais-tu fait? — Le voilà, a sire : Mes ancêtres ont renoncé à la Silésie , « parce qu'ils étaient les plus faibles ; je la re-
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« prendrai parce que je suis le plus fort. — Tu « as raison , mon ami ; je n'ai fait qu'amplifier et « colorer cette idée. Mais il faut aux peuples de « grands mots et de longues phrases : c'est avec ff cela qu'on les mène, d
Le dixième jour au matin , le roi regarda Charles en souriant; Charles sourit à son toui^. Le roi passa çt repassa auprès de lai, se frottant le menton et souriant toujours : enfin il lui demanda s'il avait bien dormi. « Fort; bien , sire. — ot Et tu n'as pas rêvé ? — Non , sire. — J'ai rêvé , a moi, qu'il était arrivé à l'auberge de la Couronne «• quelqu'un que tu ne serais pas fâché d'y trouver. « Vas voir un peu ce qui en est. Tu dois avoir <x la tête fatiguée ; je te donne campo pendant « quatre jours. » Le page ne se le fait pas répéter: il range ses papiers, prend son chapeau; il allait sortir, le roi le rappelle. « Qu'en passant le seuil « de cette porte , vous ayez oublié ce que vous y a avez fait : il y va du sort de toute votre vie. » Charles avait appris de bonne heure que la discrétion est une des premières qualités qui constituent un honnête homme: Il assura le roi de son entier dévouement, et partit comme un trait.
Il se souciait fort peu de ceux qui' étaient ou n'étaient pas à l'auberge de la Couronne ; mais il était bien aise de courir par la ville avec un uniforme , couvert jd'or, que , sans s'en douter, il embellissait encore. Il passa par la salle d'étude , dit deux mots à son ami Théodore , qu'il n'avait paà
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VU depuis des siècles y Itti dontin rend^z-^vous pour le soir dms la rue des Arbres ^ sortit du palais et arriva en deut sauts à la chanibre de Brandt. Le bonhomme était sorti ; il n'était que six heurei; du matin , et Charles ne savait que faire. Ce n'était pas le moment d'être vu : tous les gens comme il faut y hocs le roi , dormaient encore. Charles entra dans un estaminet, et se fit servir un déjeuner, qu'il prolongea le plus long-temps qu'il* put. Enfin le désœuvrement et peut-être un peu de curio^té^ le poussèrent à la Couronne.
tl demanda s'il n'était arrivé personne la veîUe. On lui répondit qu'on avait reçu un olficier^énéral, commandant de Stavenovi^. « Qu'ai -j« de <c commun , disait Charles , avec \t commandant « de Staveno w ? Qui sont les autres personne» que <c vous avez chez vous ? — Quelques mardiands « de Leipsick. — Je ne connais pas de marcbanésr. « Et comment 9*appelle votre général ? — Les « postillons m^6nt dît ce qu'il était^ mais j'ignore* « son nom. -r— Où est-il logé ? — Au gtand app»"* « tement, au premier. »
« Monteras- je, se disait Charles?... ma foi ^ mm; « car enfin que dirai-je à ce général ?:.. Cepemlant ff il n'y a pas d'apparence que le roi ait votdu'se « moquer de moi. Et puis, qM lui répondre ^ sll « mUnterroge?... Ouï, je monterai. Que risqué -«j«^ (c après tout? avec l'habit que je porte, cm est %oa- <« jours hien reçu. » Il arrive à l'appartemeiit, il écoute , il réfléchit encore , î) irappe eilfin. Per-
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sonne neirépond. U ouvre, traverse Tantichanibre et nn saloa. La porte . de la ehamlire à coucher était entr'ottverte ; il la pousse ,• il eiiitre , et se laisse aller sur un &uteuil , accablé par la joie et la surprise : c'étaient sa mère et Werner.
Le Aouveaui général était venu prendre les ord^s du rot, et le remercier de cette dernière faveuir. Madame Warner avait profité de Tocca^ sioA ; eïe n'avait pas vu Berlin : o» se doute bien da; oe qu'elle y venait voir. Vous , qui me lisez , si vous éte& père ,, vous pressentirez, aîsémeat. ce que cette entrevue eut de charmés pour Taûnal^le famille.
On ne connaisait pasi les usages de la cour ; on n'avait su par' çpii ^ ni commeot faire appeler Charles; çoaîs, au poiet du jowr, on avait mandé Brandt. Le brave homme était accouru,, et,, pendant. deOK heuves consécutive , il n^'avait cessé de porlec du BaDroim^t ; il avait glissé sur l'aventure du cocfae,. et sur le dinev de V Aigle noir; du reste: rieoi n'avait été oublié : uni mot , un geste , un regaod,. tout était rappelé avec la plus scrupuleuse^ exactitude , et on avait attendu, en s'entrett^i^nt du jcdi page,, le mamesut heureux de l'embcaâfiet. Gharies ,. toujours attaché au vieux hussard , saisit en homme habile ce moment^, ou une mèce ne sait rien refuser. Il parla des qjua* raole fbédéries, du désintâressement du brave homme ;. il pressa, baisa sa maman sur le^ deux joues, et le petit sac de peau fut remis dans son premier état.
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Werner comptait se faire présenter par le comte de Fersen. Charles se faisait un plaisir* secret de prouver qu'il avait déjà du crédit en cour. « Ve- « nez, venez, dit -il, ne dérangez personne. Je « vous présenterai, moi, et j'espère que vous a serezbien reçus. Allons , maman. >' Madame Werner se défendait. «Venez, vous dis-je; le roi (c ne sera pas "fâché de connaître ma mère. — « Mais , mon enfant , il faut se coiffer, s'habiller. « Non, non, dit Charles, en leur prenant la main « à tous deux. Frédéric n'a ni fer- à -cheval, ni te boucles à l'aile de pigeon, ni galon* sur son ce habit. »
En traversant les appartemens , Charles se donnait des airs de courtisan; il faisait l'important avec les uns, l'aiinable avec les autres; il parlait à tous, il les nommait à sa mère, et en quatre mots il lui faisait leur portrait. Il trouva ^on vieux ami, monsieur d'Herleim ,' dans l'antichambre du roi, et lui présenta son beau-père. Après les premiers complimens , l'adjudant dit quelques mots à l'oreille de Werner, et Charles, qui avait l'œil au guet, jugea à la manière dont on le regardait, qu'on ne disait pas de mal de lui. La maman , à qui rien n'échappait, fit la même observation, et sourit àf l'aimable enfant.
Il entra chez le roi, et annonça sa mère et le nouveau général. Le roi se leva et fit quelques pas au - devant de madame Werner. « Vous « m'avez fait un vrai cadeau, lui dit-il, «et j'ai cru
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« devoir vous en marquer ma reconnaissance , en (c avançant un officier, auquel vous prenez quelce que intérêt. » Madame Werner attendrie et hors d'elle , ouvrit ses bras pour embrasser un enfant si cher .* le respect, et un geste de son mari l'arrêtèrent. « Allez, allez, dit le roi en poussant c( Charles par les épaules, sitivez l'impulsion de « la nature. x> Il donna "à Vemer un papier qui renfermait ses instructions, et se remit à son bureau.
On sortit. Werner alla faire une visite à M. de Fersen. Il le ramena avec lui, on dîna, et on passa une partie de la journée ensemble. Charles, se plaisait beaucoup avec ses parens ; cependant il pensait au rendez-vous de la rue des Arbres. Pendant dix jours , il avait fait l'ingénieur, le diplomate ; il avait envie de faire un peu le page. Il demanda une heure à sa mère, et fut joindre son camarade.
Le jeune Théodore, bien plus avancé que (Charles, d'un certain voté y se promenait , en attendant son second. Le chapeau sous le bras, et im gros bouquet à la main , il parcourait les allées , et fixait toutes les jolies femmes. Il èouriait à celles qui avaient trop de réputation ; il affectait de passer et de repasser auprès de quelques autres, qui étaient d'un rang à ne pas craindre les. espiègleries d'un page , mais qui étaient assez intéressantes pour mériter son attention.
Le petit fripon cherchait à se fixer, et il savait
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déjà qtie lorgueii de la naifisanoe ne tient pas contre lea grâces d'un joli homiM. Il prit Charles sous le bras ^ et y e» deux tours de promenade < il le mit au fait de nille petits riens ^ que celui-ci aTait bien soupçonnés , maïs qui n'avaient pas encore exercé st>n imaginaticm. On va vite en plaisir : tout est précepte , tout est exemple , et il n'est rien qn'à seize anS on ne brûle de réaliser. Charles étaîl; né aveic des dtspontion» trop marquées , pour ne pas avancer rapidement sous wn mmtfe comme Tfaéodote.
La soirée était belle. Ce qu'il y avait de mieux à Berlin était réinii dans la rue des Arbres. Ce n'est pas, à beaucoup près, la plus belle promenade de eette capitale : le parc , qui touche aux portes de la ville, n'aurait rien en Europe qui put lui être comparé, sans le double inoonvé* meml du sable , où. l'on ne peut s'enfoncer qu'en bottes , et des cousins , qui piquent indistinctement la pnnoesse et la petite bourgeoise. La mode , d'ailleups , étend pisMout son empire , et il. était du hofi ton de se montrer dans la rue des Afires. Charles qui de connaissait enciure que cpielqaes villages de la Basse-Saxe ^ idk étonné en vi^yaat une multctnde de fenoies , parées de tdut ce que l'art peut ajouter à la nature. De l'étonnemeiit, il passa à l'admiration. Bientôt les. expressûms véhéaoe»tes de son ami, les attraits qui s'offraient à lui, à chaK|ne pas, et qui semblaient défier lé plus sévère e^ervâteur, pH:>ic|èrent le
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tpouble dans son ame : une vie nouvelle semblait l'animer ; le désir et la pudeur, qui se combattaient encore, coloraient ses joues ^l'un incarnat si vif, et donnait à ses traits un charme si touchant, que la femme la plus insensible s'en fut difficilement -défendue.
Une jeivne personne , dans Téclat de la beauté naissante^ fixa particulièrement ses regards. £lle «était assise à côté d'une dame âgée, qui, selon les apparences , était chargée de veiller sur ellf . Un instincjt naturel fit sentir à Charles que la vieillesse est l'ennemie des plaisirs et des. amours. 11 s'observa; il craignit d'élever le' soupçon. Ce n'était qu'à la dérobée qu'il regardait cette femme intéressante ; mais comme il la f egardait ! ses prunelles «embrasées et humides , portaient le désordre et le fea dans le sein de celle qu'il adorait, sans s'en <louter «ocore. Une femme ne se trompe jamais sur les sentimens qu'elle inspire , et celle-ci s'applaudit de son triomphe. Il était si beau, ce petit Charles 3 il était si bien tourné , ses yeux étaient à-la-fois si expressifs et si doux, qu'on ne pensait pas à lui disputer la victoire. Au cinquième ou sixième tour, on était à -peu -près d'intelligence, quoiqu'on ne se fut pas dit un mot. On suivait Charles , autant que la foule et la distance pouivoient le permettre; on le cherchait eneore quand on l'avait perdu , et on l'attendait av retour.
Il n'est point de novices en amour. Il jugea qu'il avait plu ; un soupir soulagea son cceim ; il
s'embellit encore de l'eupoir du Aucoè». ^ dé* marche devint aisée ^ ses mouvemens souples et gracieux. Le sourire de la volupté vint errer sur ses lèvres , et la jeune personne , bien innocente , bien incapable de réfléchir, lui sourit à son tpur. Charles tremblait qu'elle ne fut remarquée de Théodore. On est si neuf, on est sî gauche quand on aime pour la première fois ! Il semble que l'objet qu'on préfère ait droit aux homnaages de ('univers; on ne voit que des rivaux, on ue prévoit que des obstacle^. Cependant l'heure de se retirer approchait : Charles ne pouvait faàre attendre sa mère.' Il était dur de ue pas connaître ceUe qui était tout pour lui ; il était cruel de ne savoir où la retrouve». Il affecta l'air et le ton de l'indifférence , en demandant à son ami qui était cette jeune personne. On ne sait pas feindre à seize ans<, et plus Charles faisait d'efforts, plus il était facile à pénétrer. Théodore, qui ne manquait pas d'usage, le plaisanta d'ab(M*d , l'encouragea ensuite, et le força ainsi à le mettre dans sa confidence. Il promit de découvrir bientôt la beauté qui avait sur lui tant d'empire, et les deux amis se séparèi*ent, après être convenus de se retrouver le lendemain au même endroit. Théodore alla £aire son service, et Charles retourna à l'Aigle noir.
Il soupa peu et ne dormit pas : on n aime point impunémenj^ à cet âge. Son inconnue était plus forte que la fatigue et le sommeil. Il voyait sa chevelure blonde, sa taille svelte, sou pied
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mignon ; «on œil voluptueux et timide brillait à travers ies ténèbres. Il voyait ce sourire enchanteur, qui avait porté dans ses veines le feu du désir ^€t les doiîiceurs de l'espérance. Taïitôt il tremblait de ne pas la revoit, tantôt il comptait sur l'exactitude de ses recherches. Quelquefois il atiaibitait au hasard ce qu'il avait pris pour l'effet d'uAe i^ympathie marquée ; l'instant d'après il se fkttait qu'ion n^attteaclait que son aveu pour se déclarer à son tour ; enfin le jour le surprit dans ces aniifétés. Il se leva et passa chez ^a raèré.
Les ordres que Frédéric avait remis à Werner portaient, entre autres choses, xjue sans le moindre délai il se rendrait à son toramandetnênt. Oti detaît partir le lendemain pour Stavenow, et la famille était invitée chez le comte de Fersen. Werner seul avait accepté. La digne mère avait opposé des apprêts, des embarras ; elle voulait être seule atêc èon fils. Une mère aime partout \ mais les caresses les plus innocentes redoutent les tém<;Nins : On ne jouit vraiment que dans la solitude et le silence.
Charles trouta à peine Un moment vers le toir. H 'cowrt, il vole à la rue 'des Arbtei. Il en pai^coort ks différchtes allées ; il va, il vient, il cherche } il. ne trouve que Théodore , et déjà l'iimitié ne lui suffit plus. Il se plaint de Tabdence dé. son amattite^ il se plaint avec plus d'amertiiuié encore^ quand il sait qUe Théodore n'a rieA dé* couvert. Ce dernier Vêtait engagf iDCt^âldëil^
ment , et avait promis plus qu'il ne pouvait tenir. La confiance et la présomption accompagnent toujours la jeunesse.
' Charles ne pouvait se résoudre à s'éloigner. Il espérait encore voir paraître son inconnue. L'illusion parait de ses charmes celles à qui l'éloignement donnait quelque ressemblance avec l'objet de sa tendresse. Il courait au-devant d'elles, et à mesure qu'il s'approchait, la ressemblance et l'espoir s'évanouissaient à la fois. Sa mère partait au point du jour; il n'avait que peu d'heures à passer avec elle. Il balança quelque temps entre la nature et l'amour. L'amour céda enfin à la nature ; mais ce sacrifice fut le dernier. .
Monsieur et madame Werner étaient à peine partis, que Charles, libre encore pendant deux jours entiers, s'occupa uniquement de son amour. Il parcourut la rue Guillaume, celle de Leipsick, il retourna aux Arbres^ il traversa le Parc, il entra dans les églises^ aux spectacles, iliùarcha enfin au hasard dans les différens quartiers de Berlin. Il sarrétait devant les maisons qui avaient un peu d'apparence, il examinait les croisées, il interrogeait les commissionnaires du coin , et n'était pas plus avancé. Il se désolait, et ne concevait pas qu'on pût vi\Te à Berlin et ne pas connaître sa belle. Ceux à qui il en parlait, ne concevaient rien non plus à l'opiniâtreté d'tm jeune homme, qui ne se lasse pas de chercher une femme qu'il n'a vue qu'en passant , à qui, il
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ua poin^t. parte ^ et dont il ne sait pas même le nom. Ceux-là n^étaient poiat amoureux.
La seconde journée se passa de la même manière > et avec aussi peu *de succès. Le devoir rappelait Charles^ ^u palais , et il renonça malgré lui aux plus agréables chimères. Il revenait triste et pensif, et siiivait la rue aux Oiu-s, habitée par cette espèce de femmes, qui n'ont d'autre métier que de n'en faire aucun. Charles n'était pas encore corrompu. Il s'étonnait qu'elles offrissent leurs faveurs, qu'elles se prétassent à ce que la débauche peut imaginer de plus dégoûtant, qu'elles bravassent les mauvais traitemens, l'infamie, et la misère qui les attend plus tard, et cela pour une misérable rétribution, qui fournit à peine aux be§i)ins de la journée. Il donnait de l'argent à celles qui l'accostaient, et leur parlait raison et morale. On. prenait son argent , et on se moquait de sa morale et de sa raison.
. Théodore , moins délicat , sortait de chez une de ces dames, et fut stupéfait de trouver son ami préchant au milieu de la rue. Un page missionnaire est en effet un phénomène dans toute l'acception du mot. Il rit aux éclats de la candeur du camarade ^ et lui conseilla, en l'emmenant, de prendre le monde comme il est. Charles n'entendait pas raUJerie là-dessus, et citait tous les apophthegmes mosaux qui lui revenaient à la mémoire. Théodore le convainquit, en le prenant par son côté faible : ot Les tempêtes , lui cjit-il ,