CHAPITRE X
Suite des amours du Baron. Guerre de Siléùe.
V^'est quelque chose de la plus haute importance qu'une première lettre d'amour, écrite par l'objet qui sait plaire. C'est une bien pure jouissance que celle de la lire, de la relire sans témoin, sans être gêné par les bienséances. On s'entretient avec son amant, on lui parle sans se compromettre, on répond à ses caractères, on les étudie, on les caresse; si l'on rougit, ce n'est que de plaisir, et Técrivain charmant ne peut s'en prévaloir.
La jeune Baltide n'eut pas plutôt fermé le sac à ouvrage, qu'elle trouva un prétexte pour quitter sa mère. Elle court à sa chambre, elle s'enferme à double tour; le papier divin se déploie sous ses doigts de roses. Chaque expression va au cœur, le cœur palpite d'aise, et le burin du désir y grave jusqu'au moindre mot.
Que faire de ce billet précieux, qu'on sait déjà
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par cœur, et qu'on ne peut conserver sans danger? Le déchirer... Il est si bien tourné! ce serait trop cruel. Et puis, on ne voit point Charles; on ne peut ni lui parler, ni l'entendre, et le jour, la nuit, dans la solitude, au milieu des importuns, partout où l'on sera avec sa lettre , on croira être avec lui : il faut donc la garder. Mais où la mettre? On ouvre tous les tiroirs, on la cache de vingt manières, et elle n'est en* sûreté nulle part. On à une mère indulgente; mais que dirait-elle, que ferait-elle, si elle découvrait le tendre mystère? Une fille de quinze ans se marie quelquefois; mais ce n'est pas à un homme de seize, à un page, et sur-tout à un page qui se fait mettre à Spandavsr. Il faut donc une cachette , où la surveillance maternelle ne puisse arriver. On délace son corset, on écarte sa collerette, et le papier brûlant est déposé sous une gorge , naissante , qui doit s'embellir chaque jour.
On pressent que Charles, enhardi par son premier succès, avait toujours une lettre prête. On devine que Baltide était toujours disposée à la recevoir.. Le moyen de s'en empêcher? La dernière était toujours la plus tendre. A gauche de la croisée était un myrte épais : c'est à ses branches, touffues et discrètes , qu'on confiait le secret des amours. Ce fut bientôt l'arbuste chéri; ce fut lui que Baltide cultivait de préférence.
Charles était aimé; il n'en pouvait douter: on prenait, on lisait ses lettres. Mais on n'y répon-
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dait pas encore. Il attendait, il pressait, il implo* rait le doux aveu. Sa situation était si déplorable, elle le rendait si digne de pitié, et quelle marque plus touchante d'intérêt que deux mots... Deux mots ! cela coûte si peu , et Êtit tant de bien à ce* lut à qui on les adresse ! On ne se tait que quand on n'aime pas. Baltide ne pouvait résister longtemps à des raisons aussi fortes, aussi persuasives. Elle écrivit donc : a Si votre bonheur tient <K H mes sentimens , vous n'avez rien à désirer. i>
Cependant la jeune personne ne pouvsHt pas être tout le jour sur la terrasse^ sans motife apparens. Elle ne pouvait nourrir, son tendre ami, sans évdller enfin l'attention de l'acariâtre Suzanne. Il manquait toujours qudque chose à la cuisine , et il n'était pas possible de s'en prendre toujours au chat. Baltide persuada à sa mère qne la vie , soUtaire et oisive de Spandaw, ne convenait plus à une fille de son âge , et qu'elle éprouvait le besoin de s'occuper d'une manière agréable pour elle et utile aux autres. La botaniqjoe rempHssait ces deux objets, et Baltide avait, disaitelle , un goût décidé pour la botanique.
Un autre jour, elle représenta qu'une demoiselle doit apprendre à mener sa maison , et qu'il convenait qu'elle se mêlât des détails du ménage. Il était temps d'ailleurs qu'elle remplaçât sa mère, dans des sroins, qui ne sont pas toujours agréables, et qu'elle se reprochait de lui avoir laissé pnrendre si long-temps. La petite rusée!
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Madame Blumenthal, qui ne voyait dans t(»ut cela rien que de simple et d'ordinaire , s*y prêta facilement, et Baltide disposa du jardin et de Tôt fice. Suzanne criait au gaspillage , le jardinier à la dévastation. Mais les commencemens en tout genre sont difficiles; il fallait bien que mademoiselle eut le temps de se mfettre au fait : c'est ce que répondait madame aux plaintes de ses gens.
Baltide ne s'embarrassait pas de leurs criailleries. Elle parlait à tout le monde histoire naturelle et affaires de ménage , et en secret elle suivait son petit plan. Charles était dans l'abondance, la correspondance était vive et soutenue; Baltide était heureuse. Elle Tétait sur-tout quand le jardinier, impatienté, jetait sa bêche, et s'en allait. Alors elle approchait des tristes barreaux , elle s'asseyait sous le myrte , son traité de Botanique sur ses genoux; elle passait sa main blancbette, et les lèvres de Charles puisaient et communi-* quaient une nouvelle vie. Était -on bien sûr de n'être pas* surpris, on se regardait d'aussi près que le permettait l'impitoyable grille. Deux ha* leisnes parfumées se rencontraient, se confondaient, et portaient l'ivresse jusqu'au délire. Que d'extravagances, que de choses inintelligibles on.se disait alors, et pourtant combien tout cela semblait raisonnable et clair ! combien tout cela était joli!
Laissons nos amans à leurs délicieuses jouissances , et revenons au brave homme qui est resté
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à Berlin. Brandt n'avait rien compris à Tadieu pré- . dpité de Charies; il ne prévoyait pas ce qui pouvait rinquiéter, dans le message dont le roi l'avait chargé. Cependant l'altération de sa voix était sensible, et son émotion, chimérique ou fondée, devait intriguer le vieux camarade : rien de ce qui intéressait son Baron ne pouvait lui être étranger. Qu'allait-on faire de ce cher enfant? L'emprisonner? Cela n'était pas présumable: il aimait les filles et le jeu ; mais il faisait exactement son devoir. Au reste, Charles, par&itement monté, devait aller et revenir en deux heures, et deux heures sont bientôt passées : Brandt fut les boire dans un cabaret , situé sur la grande route.
Les deux tiers de la journée étaient écoulés, et Charles ne paraissait pas. Les gens vifs se £sitiguent moins à marcher qu'à attendre, et l'impatient hussard se mit tout bonnement en route* pour Spandaw.
Il arriva à la barrière , harassé , excédé , et crut qu'il entrerait là comme d^jBS sa chambre. Toute l'Europe est hérissée de baïonnettes, portées par des machines à quatre sols par jour, et les machines qui gardent les bastilles sont sourdes et muettes. Brandt eut beau se mettre en frais de politesses, l'impitoyable factionnaire n'y fit pas la moindre attention. Les prières, les menaces, l'o£&e séduisante d'i^ne pinte de genièvre ne firent pas plus d'effet. '"
Brandt s'imagina que l'officier du poste serait
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plus Gommunicatif , et il entra au corps-de-garde. L'invalide ne répondit rien à ses questions multipliées, sinon qu'il lui était défendu de s'entretenir "des prisonniers d'état. « Mais , sacrés mille « sacrés diables ! s'écrie Brandt, est-il en prison, « ou n'y est-il pas? » A cette interpellation l'officier se fâcha, et Brandt cria plus - fort; l'offioier menaça , et^ Brandt lui proposa de tirer le sabre à la garde descendante ; l'officier lui rit au nez , et Brandt l'envoya faire kinlaire.
La nuit approchait; le commandant faisait sa première ronde, et il entra au corps - de - garde , pendant le fort de la discussion. Brandt s'adressa directement à lui, et dans un discours, où le respect et la colère perçaient alternativement, il déclina son nom , ses qualités , et exposa les raisons qui l'intéressaient au sort de Charles. Pour toute réponse, monsieur Blumehthal ordonna à la garde de reconduire Brandt de l'autre côté du pont , et de faire feu sur lui , s'il se présentait encore. Le vieux hussard eut envie de sabrer la garde vétérante, et il était homme à l'échiner; mais cela pouvait nuire à Charles, et il se retira, en jurant qu'il verrait le roi, et qu'il aurait raison du commandant et de la garde incivile.
Il est des cas où la valeur n'est quelque chose qu'autant qu'elle' est réfléchie , et où l'homme de cœur, enchaîné par les convenances, sHrrite de son impuissance ; c'est ce qui arriva à Brandt. Il se mordit les poings, il s'arracha la moustache; //. 27
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mais, comme cela lui fiaiisait mal, et ne remédiait à rien , il prit le parti de retourner à Berlin , bien décidé à se présenter le lendemain à Frédéric, et à lui demander grâce pour Charles, et justice pour
lut
Bien ne calme les humeurs comme un somme de huit ou dix heures. Brandt, en s'éveillant, ne s'écarta pas de son projet; mais il lui parut susceptible de modification : il crut qu'il convenait d'abord de voir l'adjudant d'Herleim, dont l'amitié pour Charles n'était pas équivoque. Il fut le trouver au point du jour, et monsieur d'Herleim lui confirma ce qu'il avait déjà soupçonné, I que le page était en prison, et il apprit que c^était
pour avoir joué. L'arrêt parut à Brandt injuste et ^ tyrannique , car enfin l'argent que Charles avait perdu était celui de sa mère , et il était fort étrange que Frédéric s'immisçât dans les affaires de famille. Brandt protesta qu'il allait écrire au roi, et qu'il lui écrirait de bonne encre. Il n'était pas homme à y manquer. Voici ce qu'il appelait un placet :
', « SlKE ,
r «La maison de Witikind est plus ancienne que
« la vôtre : vous avez donc un page plus noble
) « que vous. Cependant vous le traitez comme un
« goujat, et vous le livrez à un commandant, le « plus incivil de vos officiers : ce n'est pas ainsi « que se conduit un roi qui sait vivre. Qu7a-t-il
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«fait «ce pauvre enfant? Il a joué, il a perdu: « voyez le grand malheur ! S'il vous arrivait de « jouer une province à la bataille , et que vous per» ic dissiez la partie, trouveriez-vous bon qu'on vous <c mit à Spandaw ou à Magdebourg? Allons, sire^ <c un bon mouvement ; rendez-moi ce j eune homme, - « sans qui je ne peux vivre j et j'irai vous* assurer, « de vive voix , que je suis et serai toujours votre c( fidèle sujet et ami.
« BRANDTy vainqueur à Hochstedt , à Barcelone , à Ramil^ « lies, à Turin , à Malplaquet, à Petterwaradin , et prêt
« à se battre pour vous , quand cela i^oqs fera plaisir. »
Le hussard s'était lié , nous croyons l'avoir dit , avec quelques soldats du régiment des gardes. Ceux-ci lui en avaient feiit connaître d'autres , et il lui fut aisé d'approcher le roi à la promenade. Monsieur d'Herleim était alors auprès de lui. Il n'avait pas fait grande attention à ce qu'avait dit Brandt en sortant de chez lui ; il avait regardé la menace d'écrire au roi, et de bonne encre y comme le propos d'un homme emporté , qui n'y donnerait pas de suite. Il fut très^-étonné de voir le hussard aborder Frédéric, et lui présenter son papier avec ses grimaces ordinaires. Le roi lisait lui-même tous les placets : il mit- celui-ci dans sa poche.
L'adjudant commençait à démêler les bonnes qualités de Brandt à travers ses formes grossières. Il savait que Werner lui était sincèrement attaché,
4aO LES BAAOïrS
et il craignit, non sans raison , que son style ne lui attirât des désagrémens. 11 l'aborda ; et lui demanda ce qu'il avait écrit. Brandt, encore plein du feu de sa composition, lui répéta mot pour mot le contenu de son placet. Monsieur d'Herleim fut effrayé. Il était dans le caractère du roi, ou de s'en amuser beaucoup, ou d'en être indigné. Il conseil!^ très-sérieusement à Brandt de se retirer et de se tenir caché , au moins pendant quelques jours. Brandt répondit qu'il ne s'était jamais caché en temps de guerre , qu'il se cacherait bien moins en temps de paix; qu'il avait été sur le point d'être pendu à Blekède , et que cela ne l'avait pas fait trembler; qu'il voulait ravoir son Baron, et qu'il écrirait jusqu'à ce qu'on le lui rendît. Monsieur dllerleim , irrité de son opiniâtreté , lui tourna le dos , et l'abandonna à sa destinée.
La parade déÉQée , Frédéric entra au palais , et le hussard, à qui on avait voulu inspirer de la crainte, n'en fut que pluâ entêté. Il resta ferme sur la place, le jarret tendu, la maiti droite appuyée sur sa hanche , la gauche sur la poignée de son sabre, regardant fixement les croisées des appartemens , et semblant défier tous les rois de l'univers.
Quelques fortes que soient les résolutions des hommes, même les plus énergiques, la nature ne perd jamais totalement ses droits. Le sang de Braiidt se rafraîchit ; il sentit que si le roi était de mauvaise humeur, il pourrait en effet lui faire un
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triste parti , et que cela ne tirerait pas Charles de prison. Il crut donc , toutes réflexions faites , n'avoir qu'à suivre le conseil de monsieur d'Herleira. Il jugea d'ailleurs qu'un homme, qui a attendu les évènemens pendant quarante minutes, a satifait à l'honneur, et n'a rien à se reprocheri II fut tout droit faire son petit paquet ; il prit congé de l'ami Hantz, et lui dit qu'en cas de besoin il le trouverait à Potsdam.
Frédéric, en rentrant au palais, s'était selon sa coutume, entretenu quelque temps avec ses officiers ; ensuite il â'était mis à table , puis il s'était renfermé pour suivre son travail ordinaire. Ge fiit alors qu'il tira les placets qu'il avait reçus dans la journée. Il devint furieux en lisant celui du hussard, et jura qu'il le ferait fusiller. Ce prince prétendait cependant au titre de philosophe ; mais la philosophie , affectée ou réelle , n'est souvent que le manteau de la vanité.
Le premier moment passé, Frédéric réfléchit que rien n'est moins philosophique que l'abus de la force, que l'écrivain ne pouvait être qu'un original , et que, pour être original , on ne mérite pas d'avoir la tête cassée. Il 6t appeler monsieur d'Herieim , lui donna le placet à lire , et lui demanda s'il connaissait le héros qui prenait . si singulièrement la défense de Charles. D'Herieim tourna la chose en plaisanterie , et raconta ë^u roi quelques-unes des facéties de Brandt. Frédéric finit par rire , et dit qu'il voulait voir le , vain-
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queur d'Hochstedi et dfe Tnrin. On envoya chercher le bonhomme , et Hantz , comme on s'en doute bien, ne manqua pas- de dine qu'il ne savait ce qu'il était devenu. On fit, pendant huit jours, des perquisitions dans les carrefours, dans les tabagies , . et dans les casernes. Quelques soldats dirent enfin à Hantz que Brandt avait tort de se cacher, que le roi ne le dberchait pas pour le punir; qu'au contraire il s'amusait de sa lettre, qui était devenue publique, et que Brandt, en se présentant devant lui, obtiendrait peut-être la grâce de monsieur le Baron.
Hantz , gagné par ces raisons , et confiant dans ia droiture et la sincérité de ses camarades , partît pour Potsdam. Il courut les cabarets, et ne tarda pas à trouver le bonhomme. Il le rassura , le persuada , et le ramena.
Monsieur dllerleim introduisit le hussard. a C'est donc toi , lui dit Frédéric , qui tfe permets ic d'écrire ainsi aux têtes couronnées?... — Snre, « rendez-moi mon Baron. — Et qui prétends leur « apprendre à vivre ? — Rendez-moi mon Baron. « — Je te trouve bien hardi. — Mon Baron , sire , « mon Baron. — Mais ce drôle- là ne m'écoute « pas. — Mon Baron , par grâce, mon Baron. — « Je ne te rendrai pas ton Baron. Tout ce que je « peux faire , c'est de t'enfermer avec lui. — Eh «r bien ! soit. Je le consolerai, je lui ferai des « contes , j'adoucirai son état. — Pars donc pour « Spandaw, et porte cet ordre au commandant. »
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Pendant que le roi écrivait ^ le boa hussard était à ses genoux. Il tenait le pan de son habit, et le baisait , avec des transpe>rts aussi vifs, que s'il eût obtenu le plus signs|lé bienfait. Quelques jeunes ofj^iers riaient de cette, scène, qui ne leur paraissait que plaisante* « Messieurs , leur dit se- « chenient le roi , ce brave homme a fait les K guerres de Flandre et d'Italie ; il pmt la sejn^ « sibilité à la valeur, et je voudrais avoir trente « mille hommes comme lui. ^^ Vous n'êtes pas M dégoûté , répondit Brandt en se relevant. x>
Tout ce qui était extraordinaire plaisait à Fré* déric, qui lui-même ne ressemblait à persontie.
Il était eu train de causer, et il n'eût pas été fâché de prolonger l'entretien, peut-être pour humilier un peu cette jeunesse inconsidérée et présomptueuse. Mais le paquet fut à peine cacheté que Brandt disparut. Il avait eni&lé les galeries et traversé les cours, avant. qu'on pût le rappeler. Il courut à la poste et sauta à bidet pour arriver plus tôt en prison.
I,ie factionnaire de l'avancée le reconnut de cent pas, allant ventre à terre, et tenant son papier élevé au-dessué de sa tête. Fidèle pbervateur de la consigne ^ donnée huit jours avant, le soldat crie : uârrête. « C'est de par le roi , crie Brandt de (ç son coté, et il galope toujours. — Arrête, ou « je tire. — Eh ! tire tant que tu voudras. » . Le soldat fait feu , et fort heureusement manque son homme. La garde se met en bataille , et couche
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le faussard en joue. Trèft-heureu^ement encore il n'était plus qu'à deux pas du peloton. Il pique de plus belle , passe lAir le ventre à ceux qui ne se rangent pas assez vite , arrive , sans accident, dans l'intérieur de la forteresse , se jette à terre , abandonne le bidet à qui voudra le prendre , et porte son ordre au commandant.
C'était sa nomination à la place de concierge en chef: celui qui l'occupait devait passer à la forteresse de Custrin. Le commandant était, en outre , autorisé à faire servir à Charles l'ordinaire commun aux prisonniers.
La sévérité du roi avait fortement indisposé Brandt : cette manière d'accorder des grâces le racommoda avec lui. Il était en effet difficile de garder de la rancune : l'emploi valait cent ducats, le logement et la table.
Le nouveau conciei^e était impatient d'embrasser son jeune ami. Il fellut, bon gré, malgré, recevoir de monsieur Blumenthal de longues et minutieuses instructions. Brandt s'ennuyait comme un abonné du Fanal ^ qui y trouve des vers de Balourd: il fallut faire bonne mine à mauvais jeu. Mais la leçon ne fut pas plus tôt terminée , que Brandt prit avec lui un porte -clefs, et se fit ouvrir toutes les chambres. Il trouva , à tant de précipitation , un prétexte plausible , la nécessité de connaître son monde et son local ; mais le rusé vieillard ne doutait pas qu'en allant de chambre en chambre , il n'arrivât enfin à celle de son cher Baron.
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Lorsqu'il y entra, Charles était à la bienheureuse croisée. La tendre Baltide lui parlait , et Charles ne pouvait entendre qu'elle. Le bon hussard pleurait de tendresse , en le serrant dans ses bras, ^ le jeune homme n^avait été averti ni par le bn^it des clefs , ni par celui des verroux : il tenait de sa mère ; il était tout amour.
Les Qraces sont toujours timides. Elles cherchent la solitude et le mystère. L'aimable Baltide fut effrayée de l'apparition subite de* la vieille moustache ; elle s'enfuit légère comme le zéphyr. Une écuelle de vermeil , meuble antique ^ mais à couvercle bien fermant, était, depuis quelques jours, le garde-manger du doux ami. Le vermicelle , la rémoulade ne pouvaient s'en échapper, et la pdche de bazin, toujours intacte et bjanchette, trompait la vigilance de l'attentive maman.
Charles venait de prendre un repas, dont l'amour pur, et les soins délicats de Baltide avait fait les honneurs. Il avait rendu ' la vaisselle d'héritage , et la frayeur de l'amante , la rapidité de sa course firent tomber le malheureux couvercle sur le sable fin d'un allée , et la pauvre petite ne s'en aperçut pas. Éperdue et tremblante, elle remit le dessous à l'office, sans prendrç garde qu'il manquait un dessus.
Pendant que Charles et Brandt s'entretenaient, avec cette chaleur, naturelle à des gens que l'infortune à séparés, et qui ne comptaient pas se revoir de sitôt , madame Blumenthal fut faire son
tour de terrasse. Baltide , retirée dans sa chambre , cherchait tous les moyens de se persuader que le hussard ne l'avait pas aperçue, et sa mère, qui n'avait pas encore vu Charles , ne savait pas corn» bien le fripon était dangereux pour une fillette de quinze ans. £lle était dans une sécurité parfaite; elle s'applaudissait même, en se promenant, du goût que Baltide avait pris pour l'étude , lorsque le perfide couvercle se rencontra sous ses pieds.
Ce n'était pas le jardinier qui l'avait apporté là ; il n'entrait pas à l'offîce. Suzanne , pour cueillir des légumes, n'avait besoin que d'un couteau et d'un panier. Madame Blumenthal se rappela avec quel empressement Baltide l'arrêtait au jardin, avec quel art elle l'amenait à la croisée. Elle s'en approcha, conduite cette fois par le soupçon; elle jeta un coup-d'œil dans la chambre du Baronnet , qu'elle n'avait pas vu encore , et ce coupd'œil expliqua tout. Le plus beau garçon des Marches de Brandebourg !...
En mère raisonnable et . prudente , m^^me Blumenthal résolut d'éviter l'éclat , et même les remontrances. Les mots sont sans i^ce sur un cœur prévenu, et ne valent pas les précautions. Il pouvait être dangereux d'ailleurs d'exposer Baltide aux procédés, ordinairement durs, de son père. Madame Blumenthal qui aimait beaucoup sou mari, à ce qu'elle croyait, le redoutait au moins autant que Iç trop aimable Baronnet. Elle
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se flatta que l'absence et le temps guénraîent sa fille : une mère se flatte toujours.
Elle prit la clef de la grille qui fennait Ui terrasse. Dès le lendemain, la bourrache, la centaurée, la guimauve furent impitoyablement arrachées, et remplacées , à la grande satisfaction du jardinier, par le petit pois, le haricot verd, la fève de marais. Baltide étonnée , fit des représentations ; madame Blumenthal répondit qu^elle croyait l'é^ tude dangereuse, et qu'elle était persuadée que l'air de la terrasse était contagieux. Cela était trop clair pour que Baltide pût répliquer.
Cependant elle ne concevait pas ce qui avait donné lieu aux soupçons de sa mère : elle avait si bien pris ses précautions ! elle descendit à 1 office : le malheureux couvercle était remis à sa place ; ainsi nul indice, Mais pour ne savoir à quoi s'en prendre ) elle n'en sentait pas moins vive* ment l'amertume de cette séparation. Ne plus revoir son tendre ami ! il, y^ avait de quoi se désoler. Ces firéquens entretiens étaient devenus une habitude , et femme, qui aime bien, ne renonce pas aisément à ces habitudes-là. Heureusement Brandt était à Spandaw.
Baltide passa le reste du jour dans sa chambre : elle donnait sur la terrasse. On ne découvrait pas la croisée de Charles ; mais on voyait moitié du myrte discret, et c^était quelque chose. On ne regardait pas le myrte sans se rappeler les tant douces lettres qu'il avait si souvent recelées, et
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puisqu'on était séparé de l'auteur , que ùire de mieux que les relire?
Ces lettres s'étaient multipliées , et l'étroit corset n'avait pu les renfermer toutes. Nécessité est mère d'industrie : on avait levé adroitement un carreau , on avait creusé dessous , et c'est là qu'on cachait son trésor.
Deux fois l'impatient Charles avait attendu, mais en vain , l'heure où îl pressait la main- de sa tendre amie. La journée s'était écoulée , et même une partie de la suivante : point de Baltide. Le jardinier s'offrit seul à ses regards toutes les fois qu'il revint à sa croisée, et que de* fois il y revint! La plantation détruite, le petit râteau jeté dans un carré de choux , le traité de botanique abandonné à la rosée , inspirèrent à Charles cette mélancolie profonde , et pourtant douce , qu'éprouve l'amant des arts au milieu des ruines de la Grèce. L'imagination du voyageur lui retrace la splendeur des siècles qui ne sont plus : Charles se rappelait les plaisirs de la veille.
L'amour se nourrit d'espérances. Le passé n'est pour lui quelque chose, que lorsque l'avenir n'est rien. Charles se lançait dans l'obscurité des temps, et il ne prévoyait, qu'obstacles et privations : les amans sont extrêmes ; ils voient tout noir , ou couleur de rose.
Il fallait pourtant savoir à quoi s'en .tenir; sur l'éfemelle absence de Baltide. Était-elle inconstante ? on ne manque pas à de si doux sermens !
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Avait-elle été découverte? on s'attacha à cette idée : c'était la moins déchirante.
La fortune et l'amitié avaient amené un confident , 1^ fidèle Brandt. Libre d'aller et. de venir ^ il pouvait porter à Baltide les regrets d'un cœur qu'elle seule remphssait, et rapporter à ce cœur si tendre les . consolations de Baltide. Lorsque monsieur le concierge fit servir le Baron , il fut engagé à renvoyer son porte-cdef , et à rester quelques momens : le cher homme ne demandait pas mieu^c.
Charles , après quelques phrases préparatoires y lui déclara qu'il aimait. «Un moment, dit Brandi « Est-ce encore une FerUck ou une Ferlock ? — « Ah! mon ami, que dis-'tu? la fille de mon- « sieur Blumenthal... — Ma foi? — Quinze ans, « une fiigure céleste, une candeur angélique. — a Diable ! — ^ Et elle m'aime , mon cher Brandt , a elle m'aime! — Parbleu, je le crois; elle serait « bien difficile ! il faut l'épouser. — ;J'en meurs « d'envie. — Je vais la demander au papa. — a Garde-t'en bien ; tu nous perdrais sans res- « sources. — Comment cela ? »
Charles lui raconta , le plus brièvement possible^ comment il avait vu Baltide à Berlin, comment son seul a^ect lui avait tourné la tête, comment il l'avait inutilement cherchée, icomiment il l'avait retrouvée àSpandaw, et comment sa prison était devenue un palais. Il ajouta, avec un repentir sincère, que monsieur Blumenthal,
43o LES BARONS
beau-frère du comte de Fersen , devait être instruit de ses fredaines ; il avoua , de la meilleure foi du monde , qu'on ne donne pas une fille qu'on aime à un petit mauvais sujet ; que Bal* tide , qui s'était permis d'aimer , sans aveu de parens , aurait peut-être à souffrir de leur mau* vaise humeur; qu'il ne devait penser qu'à ré> parer ses sottises , et qu'il convenait qu'il fût au moins capitaine avant que de se déclarer ; que ce* pendant il fallait s'aimer en secret , se l'écrire tous les jours , et tâcher de se le dire quelquefois.
Brandt , âgé de soixante ans , desirait d'embrasser, avant que de mourir le petit-fils de son frère d'armes , de son meilleur ami , de son bon maître : il se prêta à tout ce que Charles voulut. Sa place lui donnait des relations directes avec le commandant ; et il ne manqua pas de prétextes , quand il eut une lettre à donner ou à recevoir* Il avait reconnu Baltide à son signalement , et la jeune personne , se prêtant de son côté avec une grâce toute particulière , la correspondance s'était renouée, et se suivait avec la plus scrupuleuse exactitude.
Les journées sont longues en prison , quand on n a d'autre occupation qu'une lettre à lire^ et une réponse à y faire : cela ne prend au plus que la sixième partie du temps. Là conversation de Brandt avait son genre de mérite , et Charles le voyait toujours avec un plaisir nouveau : il lui parlait de Baltide. Mais Charles n'avait Brandt
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qu'un autre sixième du jour. Que faire des huit heures qui restaient ? s'ennuyer ? triste passetemps. Charles dit un mot, et le bon concierge, au- risque de perdre sa place , lui procura de la société.
Au bout du corridor , où logeait le jeune Felsheim, végétait depuis dix ans un baron de Fridberg, qui autrefois vivait heureux du produit d'une assez belle terre, située au centre de la Silésie. Il avait toujours pensé que le gouvernement patriarcal était celui qu'indiquait la nature , que par conséquent il était le meilleur , et que le gouvernement républicain était celui qui se rapprochait le plus du gouvernement patriarcal. Tant qu'il ne fit que penser, on le laissa parfaitement tranquille. /
Malheureusement pour lui, il ne s'en tint pas là. Il s'en fut à Berlin ; il écrivit quelques pamphlets, qui s'imprimèrent et se vendirent clandestinement. Le peuple de Berlin n'est pas lecteur, et la noblesse n'est pas républicaine : les pamphlets tombèrent dans l'oubli , et Fridberg , qui n'avait pu se faire lire, voulut au moins se faire écouter. Il composa une comédie, qui n'était pas précisément anti-monarchique , mais qui attaquait directement certains abus de la monarchie.
Il'se garda bien de présenter sa pièce au théâtre royal. Les comédiens de Berlin ne ressemblent pas à ceux de Paris, dont les auteurs font tout ce qu'ils veulent. Ceux-ci étaient fiers, sans savoir
43a LES BARONS
pourquoi; impérieux par habitude; quelquefois insolens par bêtise. Le républicain Fridberg n'était pas homme à faire antichambre chez monsieur l'amoureux , ou chez monsieur le décorateur. D'ailleurs le théâtre du roi n'était fréquenté que par la cour et ses adhérens , et. ce n'était pas là que sa pièce pouvait avoir du succès. Il la porta tout bonnement aux marionnettes de la Landschaft , quartier peuplé de gens tout-à-fait propres à seconder les grandes vues de l'auteur.
Cette nouveauté , intitulée : Polichinelle Savetier et Polichinelle Sultan^ fit un effet de tous les diables; aussi la police s'en m^a dès la seconde représentation. Les deux Polichinelles, leurs camarades de bois , les décorations , le théâtre, furent jetés au feu; le directeur et son compère passèrent aux baguettes ; monsieur Fridberg y convaincu d'avoir suivi les répétitions , fut. enfermé à Spandaw, par grâce spéciale du feu roi, qui était bien le maître de le faire décoller, et qui avait quelque raison d'avoir de l'humeur : on en jugera par cette scène, prise au hasard.
Polichinelle Savetier, parfaitement ressemblant à Polichinelle Sultan, lui prend son sceptre et sa couronne, pendant qu'il dort dans une forêt à quelque distance de sa suite.
LE SULTAN
Quel est donc le coquin qui m'ose réveiller ?
DE FELSHEIM. 4^^
LE SAVETIER
Paix, ci-devant sultan, paix.
LE SULTAN
Qu'appelles-tu ci-devant?
LE SAVETIER
Sans doute. Tu n'étais rien que par ton bonnet, et avec ta coiffure je t'ai ôté tout ton mérite.
LE SULTAN
Je vais appeler mea gens et te faire empaler.
LE SAVETIER
Us ne t'obéiront pas , ils ne te craindront plus.
LE SULTAN
Us me craignent, et ils m'aiment.
, * LE SAVETIER
Imbécille ! Us craignaient ton autorité , ils aimaient tes trésors, leurs emplois; tu ne peux plus .rien pour eux : serviteur , ils vont te tourner casaque.
LE SULTAN
£t ils te reconnaîtront , toi ? ma couronne passée sur ta tête opérerait ce changement ?
LE SAVETIER
Hé , mon ami ! il n'y a souvent que ce petit meuble-là qui iPait la différence d'un sultan au pliis sot de ses sujets.
LE SULTAN
Tout cela est bel et bon ; je veux jouir de mes droits.
LE SAVETIER
Et quels sont ces droits ?
LE SULTAN
Je dois être sultan , parce que je suis le 6is de mon père.
LE SAVETIER
Et il était suUaa? .
LE SVl^iTAN.
Sans doutç.
LE SAVETIER
IVJon cher a^mi , il y a bien des souverains qui sont fort heureux d'être fils de leur père. Au reste finissons, et prends ton parti.
LE SULTAN
C'est bien aisé à dire. Hé ! que deviendrai-je , moi?
LE SAVETIER
Tu travailleras , mon ami*, t^u gagi^eras.. (9. vi^i^. ?
LE SULTAN
Je né sais rien £aire.
LE SAVETI-ER.
Comment donc ? est-ce que tu n'as pas eu un gouvemeiu* ?
LE SULTAN
J'en avais un admirable , à ce qu'on dit,
LE SAVETIER
Il ne t'a rien appris pour gagner son argçq) ?
DE fELSHEIM. 435
lI: sultan.
Oh ? que si fait. Il m'a apprig que je serais le plus grand sultan dé tous les i^ultans , et que mes sujets seraient trop heureux d'être mes petits serviteurs.
LE SAVETfÈJl.
Je serai plus honnête que lui. Je sais un bon métier , et je te l'apprendrai gratis.
LE SULTAN
Un métier ! insolent... Ici le sultan se fâche tout de bon. Veux-tu me rendre ma couroniie ?
LE SAVETIER
Non, Tentrebleu! Je trouve une bonne place, je la garde. Je boirai, je mangerai, je dormirai. Je rejetterai mes sottises sur mes ministres, et je me ferai honneur de ce qu'ils auront fait de bien, comme cela se pratique.
*' LE SULTAN
C'en est trop. Holà! janissaires, venez défendre ma majesté. Battez- vous pour moi, puisque je vous paie pour cela, et je vous regarderai faire, suivant l'usage des potentats.
En attendant les janissaires , le sultan, qui est vif , saute sur sa couronne ; le savetier la retient ; ils tirent chacun de leur côté. La couronne , trèsvieille , se casse et tombe en poudre impalpable. Les janissaires arrivent , et ne reconnaissent plus de sultan ; ils vont assiéger le château des Sept- Tours, en chantant un hymne à Mahomet.
Le spectacle finit par un pas de deux, dansé par le muphti, et notre saint -père le pape. L'Evangile et TAlcoran sont rangés dans la bibliothèque des romans^ et la toile tombe.
Le lecteur impartial conviendra qu'il n'est pas de roi qui pût rire àr une pareille pièce , et qu il en est peu qui pardonnassent à l'auteur. Aussi Frédéric Guillaume, le plus rancuneux de tous les princes, résista constamment aux supplications des parens et des amis du pauvre Fridberg. Il re§ta à Spandaw , et on était sûr au moins que s'il y faisait des comédies , il ne les ferait pas jouer.
Pendant sa longue captivité, Fridberg n'avait parlé encore qu'à son porte-clés, et on connaît ces messieurs-là. Hargneux, brutaux, impitoyables, ils font reculer le sentiment. Il avait donc fallu suffire à soi-même. Se suffire pendant dix ans! les premiers mois furent insupportables. Un penseur n'est jamais sans quelques ressources, et il est des hommes que le malheur n'abbat que lentement. Fridberg, toujours plein de ses grandes idées , toujours jaloux d'être utile , et ne voulant pas perdre l'habitude d'écrire, mit l'histoire romaine en madrigaux, méthode précieuse pour l'instruction des femmes et des enfans, qui se rappellent les faits à la faveur de la rime.
Il n'avait ni plumes, ni papier, ni encre. Mais ses murs étaient blancs , et le charbon de Spandaw est moêleux. Fridberg se fit une tapisserie de ses vers. lies vignettes bien noires représentaient les
DE FELiSHEIM. 4^7
événemens principaux , et le baron républicain vivait au milieu des héros de l'ancienne Rome.
Cependant quand il eut charbonné ses quatre murailles, qu'il eut lu et relu ses madrigaux, il s'ennuya de ses illustres Romains : on s'ennuie de tout, quelquefois même de sa maîtresse. Depuis plusieurs années, il n'avait d'autres occupations que de bâiller, en regardant sa porte, et de maudire l'arrêt qui la tenait fermée.
Elle s'entrouvrit un matin , non à la liberté , mais à un jeune homme beau, aimable et instruit , qui demandait , comme une grâce , la permission de venir quelquefcHS désennuyer le vieux reclus. L'oflfre fiit reçue avec transport; il n'est pas de demi -jouissance? pour les malheureux. Tous les jours Charles et Fridberg, passaient quatre heures ensemble ; ils parlaient de leurs disgrâces, et surtout de leurs espérances. Charles écoutait complaisamment des projets de réforme qui n'étaient ni raisonnables ni raisonnes ; Fridberg souriait aux peintures naïves des amours de Charles, et des charmes de Baltide. Bientôt malgré la disproportion d'âge, ils se lièrent d'une amitié intime : rien ne rapproche leshçmmes comme l'infortune. Le jeune page trouva l'occasion de s'attacher Fridberg par la reconnaissance. L'histoire romaine tombait tous les jours de la muraille sur le carreaii : Charles la fit passer, en superbe coulée, sur papier de Hollande. Il en dessina les tableaux, avec cette grâce qu'il savait mettre à tout , et l'au-
teur channé ne douta plus que son ouvrage ne fît un jour l'admiratioa de la postérité, il en aima davantage l'aimable jeune homme qui le sauvait de l'oubli.
Charles n'était pas tout-à*iiaiit à plaindre. Sa correspondance, les soins de Brandt^ la conversation souvent piquante de Fridberg , la facilité de lui parler -sans cesse de sa douce amie , tout s'accordait à rendre sa situation aussi tolérable que peut l'être celle d'un prisonnier, dont le cœur ardent franchit à chaque instant les grilles et les murs qui l'environnent. Baltide, à beaucoup près y n'était pas aussi heureuse. La pauvre enfant n'avait personne à qui confier ses prises : elle ne voyait firandt qu'à la dérobée, çt elle craignait de lui parler, de peur de le rendre suspect.
Cependant il y avait un grand mois que la terrasse lui était interdite , que le silence et les privations ét&ient son unique partage. Les lettres de Charles ne la soutenaient plus, elies, la brillaient. A la faveur des dissipations, une fille sage s'étourdit .dans le monde , sur ce que son état a de pénible; mais à Spandaw, de quoi s'occuper, si ce n'était de Charles ? et comment penser sans cesse à lui , sans penser en même temps aux moyens de le revoir ? La crainte de ses parens , le joug des bienséances, l'arrêtèrent quelques jours. L'amour parla plus haut que tout cela : on lui cède à tout âge, on ne lui résiste pas à quinze ans.
DE FELSHEIM. 4^9
Baltide'ne pouvait conférer avec Brandt : elle lui écrivit. Son plan n'avait pa!» le sens commun , mais elle le trouvait admirable. Â.u reste, le voilà tel qu'elle l'avait conçu.
La terrasse n'était élevée au-dessus de la coiit ffae de sept à huit pieds : un jeuuè homme leste franchit cela aisément. La grille de la*croisée était enchâssée dans un dormant de chêne à-^en-près pourri : on pouvait faire une entaille en avant d'un des barreaux, le dégager, le démonter, et une pièce adroitement rapportée devait remettre tout dans son premier état , et tromper les yejix les plus exercés. D'ailleurs on était sûr du concierge, et il avait le droit exclusif de visiter les serrures et les grilles.
La chambre de Baltide donnait sut la colir. Une croisée , qui s'ouvrait 'sans bruit , était peu élevée, et au-dessous on avait construit une loge eti treillage, dont l'usage avait souvent variée mais qui renfermait alors de tendres tourterelles, que nourrissait Baltide, et doiit les carressès langoureuses lui peignaient le bonheur suprême, et lui donnaient satîs cesse à penser.
Ge treillage ^ asile des amours , .favoriserait son aitiânt. Charles y monterait, la fenêtre s'ouvrirait. On sépal^lerait bien bas ; Baltide avancerait sa main, Charles la saisirait peut-être; il la presserait, la baiserait, la baisei^it encore. S'il baisait celle de Baltide, Baltide au^si. pourrait baiser la sienne, et l'itmocence présiderait à celte scène de délices.
44^ L£S BAROirS
Telles étaient les idées qu'on confiait à Brandt. Le bonhomme n'entendait rien à tous ces raffînemens ; mais son gros bon sens jugeait assez sainement des choses. Il sentait les dangers que Charles aurait à courir, pour parvenir jusqu'à mademoiselle Baltide ; il pouvait; être vu du factionnaire de la tourelle, recevoir un coup de fusil, se blesser lui-même, en sortant ou en. rentrant , être surpris par le commandant ; et courir tant de hasard^ pour dire qu'on aime , pour s'entendre dire qu'on est aimé, lui semblait le comble de la démence.
Il se promit bien de ne pas' se prêter à de semblables folies ; mais il était un peu bavard. Il eut l'indiscrétion de parler à Charles des fantaisies de Baltjde, et celui-ci prit feu dès la première ouverture. Il ne voyait rien que de facile dans le plan de sa jeune amie. Il levait toutes les difficultés, il détruisait toutes les objections ; il priait, il suppliait, il conjurait, et Brandt ne savait pas résister à cela. Le bonhomme à demi vaincu , ne savait plus que répondre. Charles proposa de s'en rapporter à monsieur Fridberg, et Brandt accepta l'arbitrage.. Le vieux baron fût facile à persuader : il aimait Charles de tout son cœur, et son intérêt personnel entra pour quelque chose dans sa décision. Les vignettes de son histoire romaine n'étaient pas terminées , et il pouvait être dangereux d'indispçser son peintre : voilà les hommes. Monsieur Fridberg décida, que Charles
DE FELSHEIM. 44^
pouvait converser avec sa future. Dans la journée l'aimable espiègle eut un ciseau et un maillet , et le soir même tout était disposé polir l'excursion noQturne*
On n'était convenu ni de la nuit qu'on choisirait , ni du signal que donnerait Baltide. Il faisait ce soir-là un clair de lune effrayant. Cependant il y avait trente jours , trente jours éternels que Charles n'avait parlé à sa maîtresse , et il ne voyait que la possibilité de s'en rapprocher. Elje n'était pas prévenue; mais on jeterait de petits cailloux à sa croisée ; elle entendrait , et ouvrirait. Pourquoi remettre au lendemain quand on peut jouir à l'instant même , et comment résister à la tentation ? L'impatience l'emporta sur la prudence et la raison.
Charles déplace son barreau; il se glisse, il fait un effort , et le voilà sur la teirasse , en petite veste et en pantalon blanc. La couleur n'était pas favorable pour le temp^ qu'il faisait ; mais quand la tête est montée, on ne calculé rien. Il est apperçu de la tourelle ; le factionnaire fait un mouvement. Charles, qui a l'oreiUe et l'œil au guet , voit qu'il est découvert ; il s'arrête ; le soldat et lui s'observent mutuellement. La senti- , nellè ne conçoit pas que monsieur Blumenthal se promène en veste à l'heure qu'il est ; Charles ne conçoit pas davantage l'inaction de la sentinelle. Il s'enhardit, il avance, il met les tilleuls entre l'observateur et lui.
44^ tES BARONS
Il approche du mur , il s'assied sur le bord ^ se suspend à un bras, let se laisse couler datis la cour. Le saut n'était pas périlleux ; toais il y avait assez d'élévation pour qu'on ne pût remonter sans secours. Charles en fit la remarque quand il fut en bas : il était bien temps ! Voilà les amoureux. Que faire cependant ? il feut aller en avant, quand on ne peut reculer. Il y avait . peut-être quelque échelle , et Baltide sôule pouvait la lui indiquer. Charles ramasse un tuileau. Il croit le jeter doucement, il* le lance avec force : le trouble du moment lui a dérangé la main. Le malheureux tuileau firappe dans les* vitres de la chambre voisine et les brise : c'étaient celles de monsieur Bluménthal.
L'officier , son épouse f Baltide , Suzanne , s'éveillent en sursaut , et sautent de leurs lits. Charles , effrayé de la rumeur qui passe de chambre en chambre, se jette dans la loge, et se tapit avec les tourterelles. Il avait à peine refermé la porte , qu'il entend ouvrir toutes les croisées. Le commandant avait trouvé le tuileau au bas de la sienne^ et regardait d'où le coup pouvait être parti. Il s'épuisait en conjectures, pendant que Baltide , qui soupçonnait la vérité , tremblait comme la feuille.
Monsieur Bluménthal, las de conjecturer , se remit au lit. Baltide, qui ne vit personne dans la cour ni sur la terrasse , se rassura et se rendormit. Suzanne , qui croyait aux revenans , passa
DE FELSHBIM. 44^
le reste de la nuit en prières. Charles cherchait quelques moyens de rentrer dans sa prison. Il nen trouvait pas ; il se désolait , non pour lui ; mais Baltide serait convaincue d'être d'intelligence, et il était affreux de compromettre Baltide.
Il fatiguait son imagination de toutes les ma* nières possibles , et n'était pas plus avancé. Il se rappela enfin avoir entrevu une grillp qui fermait les degrés par où l'on montait à la terrasse. Cette grille était traversée et soutenue par d'autres barres de fer, peu éloignées les unes des autres. Il n'y avait qu'un parti à prendre ; c'était de franchir cette barrière, et il n'y avait pas de temps à perdre : deux heures encore, et le jour allait poindre. Charles sort bien doucement de la loge hospitalière, il s'avance vers les degrés, il monte ^ il s'élance après la grille. Déjà il en touche le faîte. Il écoute ; un silence profond règne partout : il se croit certain de regagner sa chanlbre, et de ne laisser nulle trace de son excursion.
Mais le mur , dans lequel était scellée la grille , avait considérablement vieilli. Du côté de la terrasse, il était chargé de terre sur toute sa hauteur, et l'humidité l'avait miné de toutes parts* L'élan, que prend Charles pour sauter de la cour dans le jardin, donne une secousse violente. Le plâtre décomposé se détache ; la grillé surchargée vacille ; Charles , soutenu sur un pied , le
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corps et les bras en avaut, sent toiit-à*caiip la grille manquer sous lui ; eUe penche , elle s'écrase , elle Tentraîne , elle tombe, avec un fracas épouvantable.' Il est trop heureux de n^étre pas tué.
L'alarme se répand de nouveau au gouvernement. Suzanne , qui ne s'est pas recouchée , est la première à sa croisée. Elle voit un grand £uitôme blanc, qui semble sortir de dessous terre, et qui s'envole par-dessus les tilleuls. C'était le malheureux page , qui se dégageait des ruines du vieux mur , et qui, clopin dopant , rentrait dans sa prison ,» sans prendre garde aux qui vm hiuI- 4ipliés du actionnaire de la tourelle , qui ne savait que penser de tout ce tintanoarre. Le barreau est remis à sa place ; Charles se jette dans son lit, moulu, brisé, mais sans b]essure , et désespéré du triste succès de soq entreprise.
Cependant Suzanne assurait à monsieur et à madame Blumenthal qu'elle avait vu le diable , et très-distinctement. Sur la description qu elle en fit, Baltide devina quel était le diannant diablotin, qui efiBrayait les bonnes âmes. Son père , qui ne croyait pas aux diableries , ne douta point que ses prisonniers n'eussent conçu un projet de rébellion , d'évasion , et qu'ib n'eussent procédé à l'exécution.
- Il s'habille à la hât^ , il fait battre la générale, il éveille Brandt et les porte -clefs. On entre
DE FELSHEIM. 44^
t^hez tous les pensionnaires du roi de Prusse , les chiens-dogues en avant, les baïonnettes ensuite, et le commandant en troisième. Les pauvres détenus ne savent à quoi attribuer un réveil aussi brusque. Les uns s'imaginent qu'on vient les expédier incognito, et ils jettent des cris perçans ; d'autres* se croient rendus à la liberté , et ils poussent des cris de joie. Tout le monde crie, personne ne s'entend ; le commandant lui-même ne sait plus ce qu'il fait , fce qu'il veut.
Pour cette fois , il crut ne devoir s'en rapporter qu'à lui de l'état de ses fortifications. Il examina^ de ses propres yeux, ses verroux et ses portes; il agita , de ses nobles mains ^ les barreaux des fenêtres ; tout était dans l'ordre , et ce qui s'était passé paraissait inconcevable. On avait relevé la sentinelle du donjon , et sa déposition s'accordait avec celle de Suzanne, à cela près pourtant que le prétendu fantôme ne s'était pas envolé pardessus les arbres , mais courait par - dessous , comme s'il eût eu le diable au corps.
Il ne restait à visiter que la chambre de Charles , et l'infatigable commandant continue son inspection. A peine a-t-il touché le barreau du milieu , qu'il s'échappe , qu'il tombé , qu'il écorche une jambe, encore malade d'un reste de goutte. La douleur qu'il ressent ajoute à l'humiliation d'être joué par un enfant. La colère soulève, arrache la couverture , sous laquelle le tendre page fait semblant de ronfler. Oti le trouve
babillé , et dans un désordre parlant. Le plâtre incrusté dans le dos de sa veste , les manches et ses culottes tachées dé rouille , une contusion au front , tout le trahit ,. et on ne peut plus douter que Charles ne soit le diable qui a fait toute la nuit son sabbat.
Le commandant le fait enlever. Oo le porte dans une chambre au troisième étage , qui ne reçoit le jour que par un entonnoir; on lui attache à la jambe un snneau de £er, tenant à une longue chaîne , dont l'autre bout est scellé dans une*énorme pierre. Le commandant £atigué se retire enfin. Brandt interdit, adQigé et silencieux, suit le commandant, et reçoit Tordre d'amener le lendemaân le prisonnier dans la salle du con* seil , pour , en présence de l'état-major , être interrogé sur ses moyens d'évasion. Charles , resté seul, pleura amèrement. Plus de possibilité de voir Balùde,' plus.de papier pour lui écrire: c'est de ce moment que commençait sa détention.
Il faisait à peine jour , qu'il entendit, crier ses verroui^. On entra ; c'était le bon hussard , qui venait prendre Charles , pour le conduire au commandant , qui voulait lui -parler à l'instant même.* Sirandt sanglotait , en détachant la chsune , et il ne S6 permettait pas le moindre reproche : son jeune amû était trop malheureux, pour qu'il ne craignît pas d'ajouter à sa douleur. Charles descend; il se présente d'un air timide devant M. Blumen-
D£ FELSUEIM. 44?
thaL II s'a,ttendait à subir un interrogatoire rigoureux, et il avait préparé des réponses, qui devaient éloigner le soupçon de JBaltid^ : un homme, qu'il n'a pas le temps d'envisager, se précipite dans ses bra3 ; c'est monsieur d'Hedeim.
Frédéric avait révoqué l'ordre qui retenait Taimaj|;)le jeu^ hommç à Spandaw. L'adjud,ant, qui s^ys^it disjtiiiguef* les écarts, de la jeunesse des vices 4u cOeur , n'avait pas cessé d'aimer Charles , et malgré son âge , il s'était fait un plaisir de lui apporter cette heureuse nouvelle.
Il li;ii donna une de cçs leçons , qui persuadent souvent , et qui n'o£fe.nsent jai^^s. Il lui dit de prendre de Çrandt l'argçnt qui lui appartenait. Charles et le vieux hussard se tinrent long -temps embrassés , et sç dirent quelques ippts. à l'oreille : on se doute bien de qui Us parlaient.
La démarche de M. d'Herleim pirouvait au coiqiB^ndant que. le page n'éts^t pas mal à la cour. Il se tut su^ les événements d^ la nuit ; il le quitta même avec des démolnstrations d'affalit^ et d'es^ni^ , et le ba^on suiyit Iç respectable s^^ud^Q^ Ils trav^sèr^nt cette cour, où, quelques heurçs a^up^ravaut^ ce tendre cœur avait été le jojaet d'illusions, que le retour à la liberté dissi«« pait, au, moips pour long-temps. Charles soupira en regs^rdaiM; cette chambrç , où. reposait tout ce qui lui .étai|t cher. La trop^ sensible Baltide ne doi^mait pas; elle faisait mieu^ , çUe pensait à son amant. Elle était loin de croire qu'on le lui en-
levait ; elle eût couru à la fenêtre ; ils eussent pu se voir pour la dernière fois ; leurs yeux se fus* sent parlé encore : ils n'eurent pas cette consolation.
M. D'Herleim fit monter Charles dans sa voi«> ture, le descendit au palais , et le conduisit che zle roi. « Monsieur, lui dit Frédéric , je vous ai traité « sévèrement, pour n'avoir plus à vous punir. « J'oublie le passé ; souvenez-vous-en* pour vous u corriger. Demain vous partez avec moi pour â l'armée : allez faire vos dispositions ».
Elles n'étaient ni longues ni embarrassantes. Il n'avait que deux lettres à écrire. La première , à sa mère , était touchante , respectueuse , propre à lui rendre ses bonnes grâces. La seconde , à Brandt , exprimait les inquiétudes , la tendresse , et était toute en recommandations. Il indiquait l'endroit où il cachait les lettres de Baltide. On pouvait les trouver ; il était urgent de les rétirer, et comme c'était tout ce qui lui restait d'elle , il pressait le hussard d'en faire un paquet , et de le lui envoyer aussitôt ; il n'y avait pas de temps à perdre. Il se recommandait au souvenir de M. Fridberg ;• il suppliait Baltide de lui rester fidèle , et de lui écrire quelquefois. Il finissait par quelques lignes pour Baltide elle • même. « D'après a l'opinion que vos parens doivent avoir de moi , M il faut des prodiges pour vous mériter. Je vais « à l'armée ; c'est là qu'on en peut faire , et j'en « ferai , n'en doutez pas. »
DE FELSHEIM. 449
Cette dernière lettre ne fut pas confiée à la poste ; on ne pouvait prendre trop de précautions. Hantz fut chargé de la porter, et le soir même it revint avec le paquet si désiré. Brandt et Baltide y avaient joint chacun un billet.
« Battez -vous comme votre père, écrivait « Brandt. Prouvez aux ennemis que vous êtes de « bonne race, et rossez-moi ces marauds-là. Parce tez , mon petit ami , et n'oubliez jamais l'hon- « neur ni votre maîtresse. Je lui parlerai de vous a tous les jours , et si vous vous faites tuer , ce a qui n est pas impossible , nous vous pleurerons a ensemble. »
« Ne vous exposez pas inconsidérément, écri- « vait Baltide. Conservez-vous, pour votre amie. « Sa vie est attachée à la vôtre. x\mour éternel. ».
Dans le billet de. Baltide était un petit cœur de cristal. C'était ce qu'elle pouvait donner de plus précieux : elle l'avait porté. Charles le porta à son tour, et ne le quitta plus.
Il y avait à peine une heure que Hantz était de retour, lorsque Brandt parut inopinément. 11 n'avait pu se décider à laisser partir son baron sans lui dire au moins un dernier adieu. S^il eut été permis aux pages d'avoir quelqu'un à leur suite, avec quel empressement il eût quitté sa place , avec quel plaisir il eût revu les camps et les batailles ! Il resta à Spandaw avec moins de regret, en pensant qu'il y serait utile d'une autre manière.