ACTE I, SCÊNË XL i
ARLEQUIN
Si TOUS aviez fait connoissance avec de certains esprits palpables, vous auriez moins peur d'eux que de votre mère. Puisque vous êtes ti tiknide, il faut donc que je devine le sujet qui vous conduit ici. Voulez -vous savoir si votre beauté durera long* temps?
LA JEDSE FILLE.
Mais , monsieur ) je crois qu^elle durera autant que ma jeunesse.
ARLEQUIN
Les femmes d'aujourd'hui poussent la jeunesse bien loin; et j'en vois tous les jours qui, selon leur calcul, sont encore plus jeunes que leurs filles.
LA JEUNE FILLE
Il est Vrai, et j'ai une vieille tante qui veut à toute force passer pour ma sœur, et qui dernièrement cassa de dépit son miroir, en disaât que la glace en étoic ridée , et qu'on n*en faisoit plus d^aussi belles qu'au temps passé.
ARLEQUIN
Laissez^moi faire; je suis après à établir une manufacture de glaces exprès pour les vieilles.
LA JEUNE PILLE
Je trouve cela si ridicule, que je renoncerai à la jeunesse dès que j'aurai vingt ans.
ARLEQUIN
Oui , vous compterez de bonne foi jusqu'à dix'huit;
miais vous serez terriblement long-temps sur la dix-
i64 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
neuvième. Ce n'est donc pas le soin de votre jeunesse ni de votre beauté qui vous amène ici?
LA JEUNE FILLE
Non, monsieur.
ARLEQUIN
Cela m'étonne ; car c'est d'ordinaire le seul soin qui occupe les femmes. Vous voulez peut-être savoir si vous aurez des amants?
LA JEUNE FILLE
Des amants? Qu'est-ce que c'est que des amants?
ARLEQUIN
Un amant ! C'est une espèce d'animal soumis , qui % ^'ijwi^Ue auprès des filles en chien couchant ^ les ifi^Stà en mâtin , et s'enfuit en lévrier.
^-^ LA JEUNE FILLE
Si c'est cela que vous appelez des amants, j'en ai bien de cette espèce-là. J'ai entre autres un grand cousin qui me suit toujours , qui me baise les mains quand il peut les attraper, et qui me dit qu'il se tuera si je ne l'aime. . «^
ARLEQ,U.IN.
Voilà le chien couchant, cela : prenez garde qu'il ne devienne mâtin ; car je suis bien trompé si ce cousinJà n'a envie de faire avec vous une alliance plus étroite. ,
LA JEUNE FILLE
Je connois encore un jeune monsieur , qui va à l'armée, qui me fait toujours quelque petit présent.