‹ Œuvres complètes de Regnard (volume 2)Chapitre 134 sur 189 · OCTAVE, ARLEQUIN, PIERROT · texte numérisé non relu

OCTAVE, ARLEQUIN, PIERROT

ARLEQUIN, à Pierrot.

Otez-vous de là, vous dis-je, j ai commencé Faf- Êaiire, et je prétends la finir.

OCTAVE

^ Mais laisse-le parler. Voyons.

ARLEQUIN

Oh ! je le veux bien ; qu il parle : je ne dis plus rien, moié Une béte parler! morbleu ! cela me désole*.

PIERROT

Oui, parler, parler, et mieux que toi*

OCTAVE, à Arleipiin.

Que sait- on? écoutons-le* L'envie qu^il a de parler vient peut-être**..

ARLEQUIN

Oh! Fenvie qu'il a de parler ne me surprend pas; mais je suis surpris que vous vouliez Fécouter*

OCTAVE

Oh ça! mon pauvre Pierrot, parle donc, et laisse dire Arlequin. Comment ferons-^nous pour avoir le consentement du docteur pour mon mariage avec Angélique? Tu sais que nous en avons besoin.,

ao8 LA FOIRE SAlNT-GERMAIN.

PIERfiOT.

Tenez y monsieur, je sais une manière aure...

ARLEQUIN

Pour aller aux Petites-Maisons.

PIERROT

Une manière sûre pour avoir ce consentement-là. Tene:^; mais c'est que cela part de là. (il se touche le front.) Il faut tâcher de rendre le docteur muet.

ARLEQUIN

II randroit mieux te rendre muet toi-même, tu tie dirois pas tant de sottises.

Patience, Arlequin; laisse-le parier, ^àfterrot ) Et pourquoi rendre le docteur muet? Je ne te comprends pasi

^iERROt.

Pourquoi? Voici comment jWgtimente : Qui est muet ne dit mot; qui ne dit mot, consent. Erffy^ en rendant le decteur muet, nous aurons son consetltement. Hem?

ARLEQUIN, nanti '

Voilà un argument in balardoi

OCTAVE

Hé ! va- t^en au diable ^ avec totl argument, (à Arlequin.) Mon pauvre Arlequin, je suis perdu sans toi.

ARLEQUIN

Moi, monsieur, je me donnerai bien de garde de tous rien dire. Pierrot a envie de pajfler : écoutez-le} que sait-on?...

. ACTE III, SCÈNE L àoi)

OCTAVE

J'ai tort de l'avoir écouté; mais que veux-tu? Le désir de sortir de Fembarras où je suis m'a fait tom^ ber dans Ferrçur. Je conviens que tu as plus d'esprit que lui, et que tu es le seul qui peux me tirer de peine. Mon cher Arlequin, de grâce.»*

ABLEQUINé

Si je parle, ce n'est point pour l'amoul* dé vouâ; c'est pour confondre ce bélitre-là, qui se croit un docteur, et veut parler argument, (à Pierrot.) Va-t'en argumenter dans l'écurie, mon ami, va. (à Octave.) Écoutez , monsieur , voici comme l'on argumente quand on veut prouver quelque chose.

OCTAVE

Que tu me fais plaisir!

ARLEQUIN

Pour avoir Angélique, il faut que vous alliez vousmême la demander au docteur. D'abord, vous l'aboi^ derez d'un air grave et soumis.

OCTAVE

D'un air grave et soumis?

ARLEQUIN

Oui, pour marquer, par la gravité, que vous étes^ de qualité ; et par la soumission , que vous venez pour

le prier. (H fait un lazzi pour exprimer la gravité et la soUmissioa

en même temps ) Et^puis, dans Cette attitude, vous direz au docteur : je viens vous supplier de m'accorder ma^ demoiselle Angélique en mariage*

;iio LA F0!RE,SAINT-GÉRMAIN.

OCTAVE

Et lui, qui Be veut poiat cooâentir à cela, me ré^ pondra d'abord : Noq, voua nfi laurez pas*

ARLEQVlIf.

Tant mieux : je serois bien fâché qu^ii dtt om« Aussitôt vous répliquerez, sans changer de postures Hé! de grâce, uionsij^ar le docteur, accordez Ange-* lique en mariage au pauvre Octavei

Hais il dira encore : Non, je ne rcuat pa$ voiig ki donner.

ARLEQUIN

Voilà où je l'attends. Dès qu il aura dit encore une fois non, vous le rem^ercierez^ et vous irez épouser Angélique.

OCTAVE

Tu te moques de mot. Quand le docteur aura dit deux fois non , je serai aussi avancé que je Tétois avant de lui parler.

ARLEQUIN

Que TOUS avez Fintelligence épaisse l Ma foi, je ne m'étonne pas si vous aimez Pierrot. Est-ce que tous ne savez pas qu en bonne école, deux négations valent une affirmation? JErgby quan^le docteur aura dit deux fois non, cela voudra dire; une fois oui; et par conséquent vous aurez son consentement.

OCTAVE

Ton argument est aussi impertinent que celui de Pierrot, et...

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