ACTE m, SCÈNE ZIII. a
Les bois et les jardins sont des écueils d'honneur,
Des coupe-gorges de pudeur.
On voit certains oiseaux, non des oiseaux à plume,
Femelles à maintien suspect , Qui, sans aller chercher les îles Canaries, Trouvent à faire un nid le soir aux Tuileries,
Avec des serins à gros bec.
GOLOMBINE. ^
Je ne conduisois point une intrigue en cachette; J'écoutois mille oiseaux murmurer tour-à-tour.
Et ne passois point pour coquette, Quoique avec tout venant je parlasse d'amour.
ARLEQUIN
Eh bien ! c'est encor la méthode ; Sans être trop coquette, on a plusieurs. amants i
D'^té, d'hiver, et de printemps.
Dont on change suivant la mode. ^
Une fille aujourd'hui, sans sonner le tocsin.
Attire un garçon d'une lieue , Et l'on ne trouve point de femelle en chemin
Qui n'ait maint mâle après sa queue.
COLOHBINE.
Lorsque le printemps, de retour.
Excite nos cœurs à l'amour, Sans appeler ni parents, ni notaire.
Je choisissois l'époux qui savoit mieux me plaire;
Nous goûtions un heureux destin,
Et mon époux étoit certain Que de tous ses petits il étoit le vrai père.
ARLEQUIN
Ceux que le dieu dlhymen a pris au tréboehet
Ne sont pas si sûrs de leur ùàt ; Et tel se voit d'enfants une longue couvée, Qui ne fait que prêter son nom à la nichée.
COLOMBINE
Sans aller en justice exposer les défauts
De ces maris froids et brutaux, tQuandun nouveau Tenu me plaisoit davantage,
Je rompois net mon mariage,
Sans craindre que, par des arrêts,
On eût droit de me mettre en cage; Et le printemps suivant, j^allois dans un bocage
Me marier sur nouveaux frais.
ARLEQtTIN, àntahen.
Prends vite de ma main cette femme ptudente; Pour ne pas effleurer ta réputation , Tu la verras changer de maris plus de trente, Avant de demander la séparation.
l'italien.
Monsieur, je la prendrai; mais souvenez -vous que...
(n chante.)
Je sois oui, je suis non; Selon Foccasion, La chose est incertaine :
Je suis toujours oui Chez la femme d'autnii ; Mais j« suis non avec la mienne.