PREMIER HOMME
Madame , il y a un carrosse qui empêche de passer.
ARLEQUIN
Un carrosse? Eh! marchez-lui sur le ventre, mon ^mi.
a48 LA FOÏRE SAÏNT-GERMAIN,
MEZ Z ET IN , la tête à la portière.
Quelle est donc Vinipertinente qui arrête moq équipage dans sa course?
ARLEQUIN, la tête hors de la portière.
C'est moi, madame : je vous trouve bien ridicule de borner avec votre fiacre les rues où je dois passer !
MEZZETIN
Fiacre vous-même ! Notre femille n^a jamais été sans carrosse ni sans chevaux.
ARLEQUIN
Ni sans bourriques, madame.
MEZZETIN
Savez-vous bien qui je suis, ma petite mie?
ARLEQUIN
Me connoisse^-vous bien, ma petite mignonne?
MEZZETIN
Apprenez, si vous ne le savez, que je suis la première cousine du premier clerc du premier huissier à verge au Châtelet de Paris.
Et moi, je suis la femme du premier marguillier du premier œuvre de la Villette.
MEZZETIN
Quand vous seriez le diable , vous reculere^^.
ARLEQUIN
Que je recule? Reculez vous-même; on na ja^ma^isi l^çc^lé, daaà ma famille.
SCÈNES AJOUTÉES. a4c)
Aezzetin.
Oh bien ! madame, je vous déclare que je ne recule point, et que je reste ici jusqu a soleil couchant.
ARLEQUIN
Et moi, j y demeure jusqu'à lune levante.
MEZZETIN
Je n ai rien à faire : pourvu que je sois aux Tuile^ ' ries entre chien et loup.
ARLEQUIN
Ni moi non plus , pourvu que je sois demain au lever de monsieur le marquis de la Virgouleuse.
MEZZETIN
Petit laquais, allez me chercher à dîner à la gargotte, et faites apporter du foin pour mes chevaux.
Pour moi, je nai que faire d^envoyer rien chercher ; je porte toujours sur moi tout ce qu*il me faut , et je ne marche jamais sans des vivres pour trois jours. Qu on me donne ma cuisine.
(Un laqciaû lui aide à prendre une petite cuisine de ierblanc, qui est faite comme un garde-manger, d'où Arlequin tire*de8 assiettes, une salade , un poulet, des burettes pleines d*huile et de vinaigre, des fourchettes, des couteaux , des serviettes et autres ustensiles propres à garnir une table. Il pose tout cela sur le devant de la vinaigrette, et mange ; et de temps en temps boit en saluant tantôt la dame sa voisine, et tantôt le parterre. Après plusieurs lazzi de cette nature, arrive le commissaire. )
LE COMMISSAIRE
Quelle cphue est-ce donc, mesdames? Voilà on embarras terrible! Un enterrement, un troupeau de
a5o LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
bœufs, et deux charrettes de foin qui ne sauroient passer. Otes-vous de là, et au plus vite.
MEZZETIN, au oommiiBurie.
Oh bien , monsieur, je sécherai plutôt sur pied que d'en branler.
ARLEQUIN
Pour moi, je n^en démarerai pas, dussé-je arrêter la circulation de Paris. A votre santé, monsieur le commissaire. (Il boit.)
MEZZETIN
Je souffrirai bien, vraiment, qu^nne sous-roturière insulte ma calèche en pleine rue !
ARLEQUIN
Nous verrons si une anière^boorgeoise me mangera la laine sur le dos !
LE COMMISSAIRE
Il faut pourtant quelque accommodement à cela.
ARLEQUIN
Qu^est-ce à dire, monsieur le praticien? Est-ce que vous me prenez pour une femme d*accommode-! ment? ,
LE COMMISSAIRE
£h! madame, entrez mieux dans ce que je dis. Je dis qu'il £aut vider ce différent et sortir d'affaire.
ARLEQUIN
Vider! Mais voyez un peu quelle insolence! Ohl apprenez, monsieur le commissaire, que je ne vide fien, mai; allez chercher vos videusea d'affeires ail-leurs.
SCÈNES AJOUTÉES. ^5i
LE COMMISSAIRE
Il faut pourtant que vous reculiez. (Il le met entre len
deux yinaigrettef, et lei fait recaler toutes les deux en même temps. )
MSZZETIN,
Que je recule ? Morbleu i cela ne sera pas vrai.
(Il «ttte fur le oommiiiaûre. ) ARLEQUIN.
Que je recule? Parbleu ! vous en aurez menti.
^11 saute sur le commissaire , qui s*e84piiye. Les deux femmes se prennent au collet, se décoiffent, et s'eo Tont^ ce q^aà Sait li^ KBdqe.)