‹ Œuvres complètes de Regnard (volume 2)Chapitre 34 sur 189 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

AtlLiEQUIN, en capitaine , ayec une jambe de bois ; I S A-

BELLE, ROQUILLARD, COLOMBINE.

ARLEQUIN

Ne soyez point surprise, mademoiselle, de voir tin amant démantelé; la mousqueterie de vos ycfux estropie les libertés les plus libres, et devant voUti les cœurs les plus fiers ne marchent qu en béquilles.

ISABELLE

Je necroyois pas, monsieur, que mes yeux fissent des effets si terribles; et si vous n'aviez jamais été exposé qu'à leurs coups, vous marcheriez plus droit que vous ne faites.

ARLEQtJINi

J'avoue) mademoiselle, qu'il y a quel<[ue chosd à 6. 4

5o LES CHINOIS.

refaire à mon attitude; mais quand on a été comme moi soixante ans exposé aux périls de Mars, on est bien heureux de n avoir qu^une jambe de bois.

BOQUILLARD.

De pareilles incommodités sont lettres-patentes de noblesse; et tout le chagrin que j^ai, cest de n'avoir pas laissé quelque jambe ou quelque bras à Tarrière-ban.

ARLEQUIN

Vous étiez là, beau-père, dans un corps dont les membres ne courent pas grand risque, et où le vivandier a plus de pratique que le chirurgien. Mais vous n aurez pas plus tôt fait trente ou quarante campagnes dans mon régiment, qu'il ne vous restera pa» une seule dent dans la bouche.

ROQUILLARD.

Il me semble aussi qu il y a quelque chose à redire à vos yeux.

ARLEQUIN

Oh! ce n'est rien; cest qu'au dernier siège il m« tomba dans la prunelle gauche une bombcir

ROQUILLARD.

Une bombe \

ARLEQUIN

Et cela a un peu dérangé l'économie du nerf optique. Mais quoique je n'en voie goutte , je ne lais«« pas de m^en servir fort utilement^

ISABELLE

jLJtilement ! et à quel usage ?

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